Réaction au budget Bachand LA SOLIDARITÉ ASSIÉGÉE

Mis en ligne le 01 avril 2010

par Médecins qué­bé­cois pour le régime public

mer­credi 31 mars 2010

Médecins qué­bé­cois pour le régime public dénonce les mesures Bachand sur le finan­ce­ment des soins de santé : le fon­de­ment même de l’assurance-maladie est doré­na­vant remis en cause.

Au Québec, nous nous sommes battus pour obte­nir, au début des années 1970, une assu­rance-mala­die uni­ver­selle et publique, comme la plu­part des pays indus­tria­li­sés où les soins sont dis­pen­sés, non pas en fonc­tion du por­te­feuille, mais bien des besoins. Pourquoi ? Par soli­da­rité sociale, parce que la très grande majo­rité des gens, même assez for­tu­nés, ne peuvent assu­mer véri­ta­ble­ment les coûts reliés aux soins de santé à un moment ou l’autre de leur vie. Il s’agissait de par­ta­ger col­lec­ti­ve­ment les risques asso­ciés à la mala­die indi­vi­duelle.

C’est cela, et bien d’autres choses, que ce nou­veau budget remet essen­tiel­le­ment en ques­tion : le prin­cipe de « l’utilisateur-payeur » est contraire au sys­tème d’assurance-maladie uni­ver­selle et à la soli­da­rité dont elle s’inspire.

Imposer à toute la popu­la­tion, peu importe ses reve­nus, la même taxe santé consti­tue une mesure aussi régres­sive qu’injuste. Riche ou pauvre, chacun va payer le même mon­tant, appau­vris­sant ceux qui sont déjà en dif­fi­culté.

On ajoute l’insulte à l’injure en ajou­tant une « fran­chise santé » ou « ticket modé­ra­teur » dis­si­mulé sous le vocable « ticket orien­teur », appli­cable selon le nombre de visites médi­cales ou même selon l’endroit où l’on consulte. Comme si on avait vrai­ment le choix. Cette mesure lamen­table véhi­cule le pré­jugé commun que beau­coup de gens consultent « pour rien » ou ne vont pas « à la bonne place ». Des études sérieuses démontrent pour­tant l’effet délé­tère d’un tel « ticket », les gens les plus malades et les plus dému­nis consul­te­ront moins, non pas parce qu’ils en auront moins besoin… mais parce qu’ils n’auront pas l’argent pour le faire ; lorsqu’ils consul­te­ront fina­le­ment… les coûts pour­raient être plus élevés : l’hospitalisation sera plus fré­quente et sou­vent pro­lon­gée, comme cela a bien été démon­tré aux États-Unis.

On tente éga­le­ment de nous faire croire qu’il faut appli­quer les règles du marché à notre sys­tème de santé et qu’on doit mettre les éta­blis­se­ments en com­pé­ti­tion et les finan­cer ensuite en fonc­tion de leur pro­duc­ti­vité et de leurs résul­tats. On sait pour­tant per­ti­nem­ment que les règles du marché sont inva­lides lorsqu’appliquées à la pres­ta­tion de soins de santé. Favoriser de telles règles conduit à mul­ti­plier les inter­ven­tions « ren­tables », sou­vent inutiles, dans la popu­la­tion la moins malade… et à mettre de côté les clien­tèles chro­niques et âgées. On parle de soi­gner des malades…pas de vendre son pro­duit ! Pourquoi ne pas miser sur la col­la­bo­ra­tion, qui a fait ses preuves, plutôt que la com­pé­ti­tion ?

Et si on parle d’argent…parlons-en sérieu­se­ment. Peut-on réel­le­ment deman­der aux usa­gers de se vider les poches pour payer le sys­tème de soins de santé, tout en ne leur offrant pas plus de ser­vices, tout en conti­nuant à payer nos médi­ca­ments au gros prix, en mul­ti­pliant des cli­niques pri­vées à but lucra­tif et en pri­vi­lé­giant la sous-trai­tance du public, alors qu’on sait per­ti­nem­ment qu’au final les coûts seront plus élevés. Sans parler des agences pri­vées de main-d’œuvre ou encore du choix très coû­teux des PPP pour nos CHUs.

Comment se réjouir suite à l’annonce d’un budget qui remet en ques­tion les fon­de­ments mêmes de notre sys­tème de santé ? Comment se réjouir alors qu’on vient remettre en ques­tion les prin­cipes d’accessibilité et d’universalité ? Qui pro­fi­tera de ce budget et qui en paiera les frais ?

Monsieur Bachand, votre budget indé­fen­dable, MQRP le dénonce haut et fort. C’est un affront envers les gens les plus malades et les plus dému­nis, un affront à la soli­da­rité sociale, un affront à la démo­cra­tie.

Dre Marie-Claude Goulet, Présidente Médecins qué­bé­cois pour le régime public

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