Quelques réflexions autour du projet de charte des valeurs québécoises

Une éventuelle interdiction du port de signes religieux ostentatoires dans les services publics

Par Mis en ligne le 07 novembre 2013

Dans l’actuel débat sur le projet de charte des valeurs qué­bé­coise, pré­sen­tée par le gou­ver­ne­ment du Parti qué­bé­cois, un sujet enflamme les pas­sions plus que les autres, celui du port du voile (fou­lard, hidjab) par les musul­manes dans les ser­vices publics. Même si le projet de charte parle de signes reli­gieux osten­ta­toires, bien peu de gens ont parlé de la kippa ou du turban, mais beau­coup a été dit sur le hidjab.

Diverses réflexions sur les moti­va­tions des femmes qui le portent, moti­va­tions reli­gieuses, certes, mais aussi poli­tiques et iden­ti­taires ont été pré­sen­tées. Pourtant assez peu s’est dit sur ce que pou­vait signi­fier le hidjab pour les per­sonnes, femmes ou hommes, qui le voient dans l’espace public. On a parlé de signe d’inégalité entre les sexes, voire de sou­mis­sion de la femme. Certains ont aussi évoqué qu’il pou­vait être un obs­tacle dans la com­mu­ni­ca­tion entre les per­sonnes. Dans un véri­table dia­logue inter­cul­tu­rel, il est impor­tant que chacun puisse s’exprimer sur le sens qu’il donne au port du voile isla­mique et l’effort de com­pré­hen­sion de la vision de l’autre doit être par­tagé.

En effet, une des choses qui dis­tingue le hidjab de la kippa et du turban est la mixité des sexes dans l’espace public. Le port d’un couvre-chef, même s’il ne touche qu’un sexe, le mas­cu­lin, est, pour un Juif ou un Sikh, indé­pen­dant de la pré­sence ou non de femmes. Pour le hidjab, c’est le contraire. Dans un contexte fami­lial, ou entre femmes seule­ment, le hidjab devient facul­ta­tif. C’est donc dire que sans hommes, il n’y aurait pas de voile !

À mon sens, cela pose non seule­ment la ques­tion de l’égalité entre les sexes, ce qui a été sou­vent sou­li­gné, mais plus lar­ge­ment les ques­tions de la rela­tion entre les sexes, de la ségré­ga­tion sexuelle et de la mixité. Les contro­verses sur l’utilisation des pis­cines publiques, où on réserve par­fois des plages horaires pour les femmes seule­ment, illus­trent bien cette pro­blé­ma­tique. Encore une fois, le débat citoyen est néces­saire.

Il ne faut pas oublier non plus que la laï­ci­sa­tion du Québec a pris son envol dans les années 1960 et concer­nait alors la reli­gion de la majo­rité, le catho­li­cisme. Il en est de même avec la loi de 1905 en France. Alors qu’aujourd’hui, le débat sur la laï­cité se fait dans un contexte d’immigration beau­coup plus impor­tante et touche donc les reli­gions mino­ri­taires, celles de cer­taines com­mu­nau­tés cultu­relles. Il faut en tenir compte dans le débat actuel, et cher­cher à éviter les rac­cour­cis et les dis­cours qui excluent.

Enfin, la laï­ci­sa­tion doit être vue comme un pro­ces­sus continu, et non comme une lutte à finir. Bien que com­men­cée depuis plu­sieurs décen­nies, et malgré des pro­grès indé­niables, la laï­ci­sa­tion du Québec se pour­suit encore, avec ou sans charte. Souvenons-nous qu’il y a eu de l’enseignement reli­gieux dans les écoles publiques qué­bé­coises jusqu’en 2008. L’adoption d’une éven­tuelle charte vien­dra bien sûr poser des jalons impor­tants dans ce pro­ces­sus, à nous de défi­nir, par débat démo­cra­tique, de quoi seront faits ces jalons.

Les commentaires sont fermés.