Débat

Quelle attitude face aux néodémocrates

Par Mis en ligne le 04 octobre 2011

Le site Web de nos amis de Presse toi à gauche ! a publié une lettre de Richard Fidler adres­sée à André Frappier au sujet de son article Le Québec et la ques­tion du NPD, mais éga­le­ment en lien avec les réflexions de Pierre Beaudet et François Cyr : Le NPD et la ques­tion qué­bé­coise : conti­nui­tés et rup­tures.

En publiant cette réponse, l’auteur sou­haite pour­suivre un débat concer­nant les pers­pec­tives des pro­gres­sistes du Québec et du Reste du Canada au niveau fédé­ral. [NDLR]


Bonjour Richard,

J’ai lu avec inté­rêt ta réponse à mon article. Je crois qu’il y a deux aspects impor­tants à sou­li­gner. Le rôle de la lutte de libé­ra­tion natio­nale au Québec et les pers­pec­tives pro­gres­sistes dans l’État cana­dien. Dans ta lettre tu retiens avec jus­tesse l’importance de la ques­tion natio­nale, et tu expliques les fai­blesses du mou­ve­ment pro­gres­siste dans le ROC à cet égard. Tu rejettes éga­le­ment le Bloc qué­bé­cois et le NPD sur la base de leur pro­gramme mais tu ne sembles mal­heu­reu­se­ment pas entre­voir de pers­pec­tives. C’est sur ces ques­tions que j’aimerais m’attarder.

Je suis par­fai­te­ment d’accord avec le fait qu’historiquement la montée des luttes au Québec a eu un impact sur le niveau de lutte dans le ROC et sur la com­pré­hen­sion du rôle de la lutte de libé­ra­tion natio­nale au Québec. Je crois en effet qu’il y a un rap­port dyna­mique entre les luttes du mou­ve­ment ouvrier et popu­laire au Canada et au Québec. Les pro­gres­sistes au Québec doivent avoir comme prio­rité la construc­tion de Québec Solidaire et son impli­ca­tion dans les luttes sociales pour en faire un véri­table parti des urnes et de la rue. En même temps la lutte de libé­ra­tion natio­nale et pour l’émancipation sociale au Québec pos­sède un carac­tère explo­sif. Elle ne peut que remettre en ques­tion l’État cana­dien comme fon­de­ment d’un sys­tème d’oppression et d’exploitation. La lutte pour l’indépendance du Québec, pour être vic­to­rieuse, ne pourra se réa­li­ser sans une forte mobi­li­sa­tion de la popu­la­tion du Québec et par consé­quent devra cor­res­pondre à ses aspi­ra­tions de chan­ge­ment pour une jus­tice sociale.

Objectivement cela remet­tra éga­le­ment en ques­tion les rap­ports sociaux dans l’ensemble de l’État cana­dien et nous per­met­tra de redé­fi­nir la société sur de nou­velles bases. Dans ce sens oui, le déve­lop­pe­ment d’une alter­na­tive poli­tique pro­gres­siste au Québec pourra avoir un effet dyna­mique.

C’est pour cette raison qu’il est abso­lu­ment essen­tiel que les pro­gres­sistes au Québec posent l’horizon poli­tique en termes de liens avec les pro­gres­sistes du ROC mais éga­le­ment en termes de déve­lop­pe­ment d’une alter­na­tive poli­tique pro­gres­siste au niveau fédé­ral.

Pour des rai­sons prag­ma­tiques immé­diates d’abord, on doit aussi com­battre la droite mon­tante au Canada parce qu’elle aura néces­sai­re­ment des impacts au Québec, les déci­sions poli­tiques au niveau fédé­ral ont des impli­ca­tions qui nous concernent tous et toutes, que ce soit la guerre, les cou­pures à l’assurance-emploi, le res­ser­re­ment des lois sur la cri­mi­na­lité, les légis­la­tions anti­syn­di­cales et j’en passe.

Mais éga­le­ment pour des ques­tions stra­té­giques, la lutte pour l’émancipation et pour la jus­tice sociale au Québec ne pourra se faire en vase clos. La situa­tion au niveau inter­na­tio­nal et les réper­cus­sions en Amérique du nord et plus par­ti­cu­liè­re­ment aux États-Unis ont des impacts directs sur notre propre situa­tion. La ques­tion éco­lo­gique étant la plus évi­dente.

Nous assis­tons à un appau­vris­se­ment gran­dis­sant de la popu­la­tion à l’échelle pla­né­taire. Les entre­prises maga­sinent les pays où ils rece­vront le plus de sub­ven­tions et où les salaires seront les plus bas. Elles pro­cèdent à des délo­ca­li­sa­tions de plus en plus sau­vages comme cela a été le cas avec Électrolux. La situa­tion éco­no­mique aux États-Unis, qui a dépensé des cen­taines de mil­liards de dol­lars dans la Guerre en Iraq et en Afghanistan pour le contrôle stra­té­gique du moyen orient et pour le contrôle des res­sources pétro­lières, est dans une situa­tion plus que pré­caire. Je ne ferai pas ici l’analyse du gou­ver­ne­ment Obama qui décide de ren­flouer les banques, les­quelles avaient pro­cédé à de la spé­cu­la­tion hon­teuse, mais qui n’investit rien dans le sys­tème public. Le fait est qu’une réces­sion géné­ra­li­sée est à la porte des États-Unis et qu’une telle situa­tion ne pourra être sans consé­quences pour le Canada et le Québec.

D’autre part, l’establishment cana­dien a démon­tré à de nom­breuses reprises qu’il n’assisterait pas les bras croi­sés à un chan­ge­ment social et consti­tu­tion­nel au Québec. À plus forte raison dans le cas d’une lutte de libé­ra­tion natio­nale qui remet­trait en ques­tion les ins­ti­tu­tions cana­diennes et leur pri­mauté envers les droits popu­laires. La ques­tion de la soli­da­rité des pro­gres­sistes du reste du Canada risque donc de deve­nir un enjeu impor­tant.

Comment alors construire une telle alter­na­tive ? Est-ce qu’on peut y arri­ver à côté du NPD ? Si oui il faut défi­nir com­ment et avec qui. Je par­tage ton opi­nion sur la carac­té­ri­sa­tion du NPD et je sais que tu connais mieux que moi la situa­tion poli­tique dans le ROC, mais tu convien­dras qu’on ne peut lais­ser ces ques­tions sans réponse. Le NPD est un parti réfor­miste mais qui s’est construit à partir des orga­ni­sa­tions syn­di­cales. Les résul­tats élec­to­raux nous indiquent cepen­dant que la majo­rité des tra­vailleurs et tra­vailleuses votent pour les conser­va­teurs ou encore les libé­raux ,à tout le moins dans le ROC lors du der­nier scru­tin. Au Québec la situa­tion a été dif­fé­rente, entre autres pour des rai­sons expri­mées dans mon der­nier article (Le Québec et la ques­tion du NPD). La ques­tion pour moi n’est pas d’appuyer le NPD comme une fin en soi, mais de construire un réflexe de classe afin que le mou­ve­ment ouvrier et popu­laire s’approprie le ter­rain poli­tique. C’est dans ce sens que j’ai parlé de construire le NPD mais j’ai indi­qué « jusqu’à preuve du contraire, auquel cas d’autres tâches atten­dront les pro­gres­sistes ». Si ma pensée n’était pas bien for­mu­lée, alors j’en pro­fite pour faire le point. Pour l’instant le NPD est l’instrument dont nous dis­po­sons. Cela n’empêche en rien la construc­tion d’une alliance pan-cana­dienne sur une base pro­gram­ma­tique pro­gres­siste voire anti­ca­pi­ta­liste et pour la recon­nais­sance de l’autodétermination du Québec. Cela demeure plus que jamais une tâche essen­tielle. Mais il faut éga­le­ment s’adresser à l’ensemble de la popu­la­tion ouvrière, chô­meuse ou étu­diante afin de dire non on ne votera pas Conservateur, non on ne votera pas Libéral.

Je ne t’apprends rien en te disant que la moti­va­tion d’un tel appui se trouve dans la volonté d’arracher les suf­frages ouvriers et popu­laires aux partis capi­ta­listes pour les concen­trer sur le ou les partis du mou­ve­ment ouvrier, même si ces der­niers sont réfor­mistes, sociaux-démo­crates et bureau­cra­ti­sés, sou­vent à l’image du mou­ve­ment syn­di­cal lui-même. Les tra­vailleurs et tra­vailleuses ne doivent pas appor­ter un seul vote aux partis des ban­quiers et des Chambres de com­merce, mais uni­que­ment aux partis qui s’appuient sur leurs orga­ni­sa­tions de classe, et en dépit de leur pro­gramme, comme dans ce cas-ci pour le NPD.

André Frappier, 4 octobre 2011

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