Quel rôle pour les mouvements sociaux dans la lutte anti-capitaliste?

La récente crise économique a révélé ce que plusieurs dénonçaient depuis des lustres à savoir que le système capitaliste – du moins tel qu’il est actuellement construit, préciseront certains – est intenable et sert de moins en moins les intérêts de la majorité au bénéfice d’une classe dominante. Si la population n’est pas dupe des abus financiers, politiques et économiques perpétrés par cette élite, force est d’admettre que cette crise économique n’a pas généré – du moins pas encore – la mobilisation anticapitaliste dont plusieurs rêvaient.

Aujourd’hui, près de deux ans après le déclenchement de cette crise, les mouvements sociaux se trouvent aux prises avec une nouvelle série de reculs sociaux annoncés par le gouvernement Charest. La crise des finances publiques fournit le prétexte rêvé pour attaquer de front les principes fondamentaux sur lesquels sont bâtis les services publics : l’égalité d’accès, l’universalité et la qualité. C’est même le caractère public de ces services qu’on tente de plus en plus d’éliminer. Devant l’inacceptable et l’injuste, une convergence des luttes s’est rapidement construite autour de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics.

Il importe de souligner la nécessité, l’urgence et la pertinence des luttes qui sont portées par cette coalition. En effet, que ce soit l’instauration d’un ticket modérateur en santé, l’augmentation des frais de scolarité et de l’ensemble des tarifs, l’imposition du principe « utilisateur-payeur » ou les coupures dans les services publics, toutes ces mesures, sans exceptions, ne font que pousser plus loin le modèle marchand prôné par les tenants d’un capitalisme débridé. Rappelons également que les femmes représentent la grande majorité des travailleuses (santé et éducation) et des usagères (santé maternelle) des services publics, faisant de l’égalité homme-femme un enjeu central de cette lutte!

Évidemment, la Coalition et la très grande majorité des organisations qui la composent ne se prétendent pas anti-capitalistes. Pourtant, les revendications portées par plusieurs d’entre elles s’inscrivent difficilement dans le système capitaliste de plus en plus tentaculaire que nous connaissons. « Revenu de citoyenneté », « gratuité scolaire », « régime public universel d’assurance médicament » « élimination de la pauvreté » sont-elles des revendications qui pourraient toutes être mises en œuvre dans le cadre d’un système capitaliste? « Probablement » diront certains, « impossible » selon d’autres. Chose certaine, malgré la crise économique et son caractère systémique, très peu d’organisations se sont penchées sur la question (ou la remise en question) du système capitaliste.

Une conclusion peut être tirée des luttes contre l’implantation de l’agenda néolibéral à la sauce péquiste et libérale : les revendications portées par les mouvements sociaux ont permis des victoires à la fois défensives et en demi-teintes. La résistance au budget Bachand et à une nouvelle série de contre-réformes invite toutefois les mouvements à se questionner et à se positionner de façon critique face au capitalisme et aux gouvernements qui nous l’imposent comme une fatalité.

Le peu de réflexions, de débats et de formations sur les sources systémiques de nos oppressions est une des principales causes du peu de connaissance des alternatives qui s’offrent à nous et des différentes tendances à l’intérieur de celles-ci. D’autres facteurs d’ordre structurel ou humain constituent également des obstacles à l’amorce d’une réflexion critique.

À la lumière de ce qui précède, de quelle façon les mouvements sociaux pourraient devenir porteur d’un discours plus radical, qui dénoncerait les rouages de ce système? Quels rôles peuvent jouer les intellectuels, les organisations plus radicales pour mieux faire connaître leurs idées, leurs analyses? Comment développer ce mouvement radical à l’extérieur des grands centres? Comment utiliser le travail d’éducation populaire comme vecteur de mobilisations citoyennes? Les techniques actuellement utilisées (tractage, affichage, etc) sont-elles efficaces? Comment renouveler nos pratiques? De quelles façons les nouvelles technologies et les médias sociaux peuvent servir notre dessein?

Je proposerai quelques pistes de solutions aux problématiques ci-haut mentionnées. Par contre, loin de prétendre avoir réponse à tout, c’est également collectivement que je vous propose de réfléchir à ces questions et aux pistes de solutions qui s’offrent à nous.