L’université d’été des NCS

Quel rôle pour les mouvements sociaux dans la lutte anti-capitaliste ?

Présentation à l’Université d’été des Nouveaux Cahiers du socialisme

Par Mis en ligne le 24 août 2010

La récente crise éco­no­mique a révélé ce que plu­sieurs dénon­çaient depuis des lustres à savoir que le sys­tème capi­ta­liste – du moins tel qu’il est actuel­le­ment construit, pré­ci­se­ront cer­tains – est inte­nable et sert de moins en moins les inté­rêts de la majo­rité au béné­fice d’une classe domi­nante. Si la popu­la­tion n’est pas dupe des abus finan­ciers, poli­tiques et éco­no­miques per­pé­trés par cette élite, force est d’admettre que cette crise éco­no­mique n’a pas généré – du moins pas encore – la mobi­li­sa­tion anti­ca­pi­ta­liste dont plu­sieurs rêvaient.

Aujourd’hui, près de deux ans après le déclen­che­ment de cette crise, les mou­ve­ments sociaux se trouvent aux prises avec une nou­velle série de reculs sociaux annon­cés par le gou­ver­ne­ment Charest. La crise des finances publiques four­nit le pré­texte rêvé pour atta­quer de front les prin­cipes fon­da­men­taux sur les­quels sont bâtis les ser­vices publics : l’égalité d’accès, l’universalité et la qua­lité. C’est même le carac­tère public de ces ser­vices qu’on tente de plus en plus d’éliminer. Devant l’inacceptable et l’injuste, une conver­gence des luttes s’est rapi­de­ment construite autour de la Coalition oppo­sée à la tari­fi­ca­tion et à la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics.

Il importe de sou­li­gner la néces­sité, l’urgence et la per­ti­nence des luttes qui sont por­tées par cette coa­li­tion. En effet, que ce soit l’instauration d’un ticket modé­ra­teur en santé, l’augmentation des frais de sco­la­rité et de l’ensemble des tarifs, l’imposition du prin­cipe « uti­li­sa­teur-payeur » ou les cou­pures dans les ser­vices publics, toutes ces mesures, sans excep­tions, ne font que pous­ser plus loin le modèle mar­chand prôné par les tenants d’un capi­ta­lisme débridé. Rappelons éga­le­ment que les femmes repré­sentent la grande majo­rité des tra­vailleuses (santé et édu­ca­tion) et des usa­gères (santé mater­nelle) des ser­vices publics, fai­sant de l’égalité homme-femme un enjeu cen­tral de cette lutte !

Évidemment, la Coalition et la très grande majo­rité des orga­ni­sa­tions qui la com­posent ne se pré­tendent pas anti-capi­ta­listes. Pourtant, les reven­di­ca­tions por­tées par plu­sieurs d’entre elles s’inscrivent dif­fi­ci­le­ment dans le sys­tème capi­ta­liste de plus en plus ten­ta­cu­laire que nous connais­sons. « Revenu de citoyen­neté », « gra­tuité sco­laire », « régime public uni­ver­sel d’assurance médi­ca­ment » « éli­mi­na­tion de la pau­vreté » sont-elles des reven­di­ca­tions qui pour­raient toutes être mises en œuvre dans le cadre d’un sys­tème capi­ta­liste ? « Probablement » diront cer­tains, « impos­sible » selon d’autres. Chose cer­taine, malgré la crise éco­no­mique et son carac­tère sys­té­mique, très peu d’organisations se sont pen­chées sur la ques­tion (ou la remise en ques­tion) du sys­tème capi­ta­liste.

Une conclu­sion peut être tirée des luttes contre l’implantation de l’agenda néo­li­bé­ral à la sauce péquiste et libé­rale : les reven­di­ca­tions por­tées par les mou­ve­ments sociaux ont permis des vic­toires à la fois défen­sives et en demi-teintes. La résis­tance au budget Bachand et à une nou­velle série de contre-réformes invite tou­te­fois les mou­ve­ments à se ques­tion­ner et à se posi­tion­ner de façon cri­tique face au capi­ta­lisme et aux gou­ver­ne­ments qui nous l’imposent comme une fata­lité.

Le peu de réflexions, de débats et de for­ma­tions sur les sources sys­té­miques de nos oppres­sions est une des prin­ci­pales causes du peu de connais­sance des alter­na­tives qui s’offrent à nous et des dif­fé­rentes ten­dances à l’intérieur de celles-ci. D’autres fac­teurs d’ordre struc­tu­rel ou humain consti­tuent éga­le­ment des obs­tacles à l’amorce d’une réflexion cri­tique.

À la lumière de ce qui pré­cède, de quelle façon les mou­ve­ments sociaux pour­raient deve­nir por­teur d’un dis­cours plus radi­cal, qui dénon­ce­rait les rouages de ce sys­tème ? Quels rôles peuvent jouer les intel­lec­tuels, les orga­ni­sa­tions plus radi­cales pour mieux faire connaître leurs idées, leurs ana­lyses ? Comment déve­lop­per ce mou­ve­ment radi­cal à l’extérieur des grands centres ? Comment uti­li­ser le tra­vail d’éducation popu­laire comme vec­teur de mobi­li­sa­tions citoyennes ? Les tech­niques actuel­le­ment uti­li­sées (trac­tage, affi­chage, etc) sont-elles effi­caces ? Comment renou­ve­ler nos pra­tiques ? De quelles façons les nou­velles tech­no­lo­gies et les médias sociaux peuvent servir notre des­sein ?

Je pro­po­se­rai quelques pistes de solu­tions aux pro­blé­ma­tiques ci-haut men­tion­nées. Par contre, loin de pré­tendre avoir réponse à tout, c’est éga­le­ment col­lec­ti­ve­ment que je vous pro­pose de réflé­chir à ces ques­tions et aux pistes de solu­tions qui s’offrent à nous.

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