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Québec solidaire clarifie son soutien à l’indépendance

Par Mis en ligne le 04 février 2018

Deux tâches principales étaient à l’ordre du jour du congrès du parti de gauche Québec solidaire (QS), réuni à Longueuil du 1er au 3 décembre 2017. L’un était l’adoption de la plate-forme du parti pour les prochaines élections générales du Québec, qui se tiendront en octobre 2018. L’autre était la ratification d’une fusion proposée avec Option nationale (ON), un petit parti issu d’une scission du Parti québécois en 2011 après que le PQ ait mis de côté son objectif d’indépendance du Québec dans un avenir prévisible. La fusion pourrait ajouter plusieurs centaines de militants de l’ON à l’effectif de 18 000 membres de QS.

Après de longs débats, la pro­po­si­tion de fusion a été adop­tée par un vote de plus de 80% des 550 délé­gué-e-s QS [1]. Lors d’un congrès ulté­rieur d’ON à Québec le 10 décembre, la fusion avec QS a été accep­tée par 90% des membres qui ont voté. Plusieurs dizaines d’autres, oppo­sés à la fusion, sont sortis et n’ont pas voté [2].

Cependant, le congrès de QS n’a pas eu suf­fi­sam­ment de temps pour débattre et adop­ter l’essentiel de la pla­te­forme pro­po­sée, y com­pris cer­taines des par­ties les plus impor­tantes. Il revien­dra aux 16 membres du comité exé­cu­tif, le comité natio­nal de coor­di­na­tion (CCN), d’adopter les pro­po­si­tions res­tantes au prin­temps 2018, en consul­ta­tion avec la com­mis­sion poli­tique du parti qui a créé le projet de pla­te­forme ori­gi­nal.

Hommage à la Catalogne

Les débats du congrès ont été ins­pi­rés dès le début par les leçons de la lutte de masse mili­tante de la Catalogne pour l’indépendance vis-à-vis l’État espa­gnol. La soirée d’ouverture a été mar­quée par de puis­sants dis­cours de deux diri­geantes du parti indé­pen­dan­tiste cata­lan de gauche, la Candidatura d’Unitat Popular (CUP), Eulàlià Reguant et Anna Gabriel, porte-parole de la CUP au Parlement cata­lan, aujourd’hui dis­sous [3]. Leur mes­sage de soli­da­rité inter­na­tio­na­liste avec les luttes de libé­ra­tion natio­nale par­tout [4] a été cité par un cer­tain nombre de par­ti­ci­pant-e-s dans les débats ulté­rieurs du congrès [5].
Dans un entre­tien pré-congrès, le porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, a déclaré que les évé­ne­ments récents en Catalogne avaient « ouvert notre réflexion sur la néces­sité d’une approche claire et posi­tive » de l’indépendance du Québec. Ils révèlent, a-t-il dit, la nature pro­fon­dé­ment révo­lu­tion­naire du pro­ces­sus de l’indépendance, qui implique une rup­ture avec le régime poli­tique domi­nant ». Gabriel Nadeau-Dubois croit que c’est « un bon rappel que l’indépendance ne pourra se faire seule­ment en haut lieu, dans les salons outre­mon­tois, avec des consti­tu­tion­na­listes che­vron­nés. Les forces poli­tiques qui vont mener le peuple qué­bé­cois vers l’indépendance vont devoir avoir le poten­tiel de géné­rer une forte mobi­li­sa­tion sociale » [6].
Cette idée s’est reflé­tée dans le débat du Congrès sur la fusion avec ON, et notam­ment dans la nou­velle cen­tra­lité de la lutte pour l’indépendance du Québec que com­porte la fusion.

Plus de clarté sur l’indépendance du Québec

Lors de son congrès pré­cé­dent en mai der­nier [7], Québec soli­daire avait voté pour sonder les pos­si­bi­li­tés de fusion entre QS et Option natio­nale. Dans les négo­cia­tions pro­po­sées entre les diri­geant-e-s des partis res­pec­tifs, il est dit que « [d]ans ce pro­ces­sus de dis­cus­sion menant à la fusion, QS s’engage à dis­cu­ter dans ses ins­tances du déve­lop­pe­ment des cam­pagnes poli­tiques sur l’indépendance du Québec et les moyens d’y accé­der ».

Cependant, aucun rap­port sur ces négo­cia­tions n’a été remis aux membres de QS jusqu’au début d’octobre, lorsqu’une confé­rence de presse conjointe des diri­geants de QS et d’ON a annoncé sou­dai­ne­ment qu’ils avaient signé une « entente de prin­cipe » sur une fusion qui devait être approu­vée à leur congrès res­pec­tifs en décembre.

L’accord — pré­senté comme un « paquet global » pour adop­tion sans pos­si­bi­lité de modi­fi­ca­tion par les congres­sistes — mon­trait qu’Option natio­nale avait pro­fité de l’empressement des res­pon­sables de QS envers une fusion pour mener une négo­cia­tion serrée. On lira le texte de l’entente pour le consta­ter (voir note 1). Parmi ces dis­po­si­tions :
• ON doit conti­nuer à exis­ter au sein de QS en tant que « col­lec­tif » avec des droits spé­ciaux non auto­ri­sés à l’autre demi-dou­zaine de col­lec­tifs dans le parti. Selon les sta­tuts de QS, les membres pro­mou­vant des orien­ta­tions spé­ci­fiques pour le parti (laï­cité, éco­so­cia­lisme, décrois­sance, droits des ani­maux, etc.) sont auto­ri­sés à s’organiser au sein du parti en tant que col­lec­tif reconnu, à condi­tion qu’ils comptent au moins 10 membres et res­pectent les « valeurs fon­da­men­tales » du parti. Toutefois, ils ne sont pas repré­sen­tés dans les ins­tances diri­geantes du parti. En vertu de cet accord, ON consti­tuera un col­lec­tif dis­tinct avec son propre finan­ce­ment et sa propre repré­sen­ta­tion dans les ins­tances diri­geantes, et au moins trois membres d’ON seront dési­gnés, en 2018, can­di­dats dans les cir­cons­crip­tions élec­to­rales jugés « gagnables » pour QS.
• Le chef d’ON, Sol Zanetti, sera pré­senté comme le prin­ci­pal porte-parole du parti sur « les enjeux entou­rant l’indépendance du Québec ».
• Le col­lec­tif ON orga­ni­sera une « uni­ver­sité » sur l’indépendance au prin­temps 2018, avec le droit d’organiser cet évé­ne­ment chaque année, à condi­tion qu’il soit auto­fi­nancé.
• Le parti unifié réédi­tera une publi­ca­tion d’ON, le Livre qui fait dire oui, bien que le Québec « sou­ve­rain » qu’il pré­co­nise soit tota­le­ment néo­li­bé­ral dans son pro­gramme éco­no­mique et entre en conflit avec plu­sieurs aspects des grands enjeux du pro­gramme de QS [8].
• Un congrès du parti après l’élection de 2018 exa­mi­nera le pro­gramme QS en vue de « l’aligner avec le pro­gramme ON » lequel a tou­jours dit que l’indépendance qu’il pro­pose n’est « ni de gauche ni de droite » dans son contenu poli­tique.
Comme on pou­vait s’y attendre, l’annonce sou­daine de cet accord ON-QS a sus­cité une contro­verse consi­dé­rable dans les rangs des deux partis. De nom­breux mili­tant-e-s du QS, en par­ti­cu­lier, ont déploré le fait qu’ils-elles n’avaient pas eu l’occasion de dia­lo­guer ou de col­la­bo­rer avec ON comme pré­lude à l’unification des partis. Au lieu de cela, cer­tains ont noté qu’ON avait pré­senté un can­di­dat contre QS lors d’une récente élec­tion par­tielle à Québec et (contrai­re­ment au PQ, qui y avait renoncé) s’était même opposé à Nadeau-Dubois alors qu’il était le can­di­dat QS pour suc­cé­der à Françoise David dans Gouin au prin­temps der­nier.

Certains membres ont pro­testé contre leur inca­pa­cité à amen­der l’accord avec ses 18 dis­po­si­tions dif­fé­rentes, ainsi que contre l’insistance des diri­geants du parti à l’autoriser à la majo­rité simple des voix au congrès, même si cela impli­quait des chan­ge­ments dans les sta­tuts du parti, ce qui requiert une majo­rité des deux tiers.

Une Assemblée consti­tuante pour un État indé­pen­dant

Mais la cri­tique de fond, sujet le plus contro­versé au sein de QS, était l’inclusion dans l’entente d’amendements au pro­gramme du parti pré­voyant qu’un gou­ver­ne­ment Québec soli­daire agi­rait d’emblée comme le gou­ver­ne­ment d’un Québec indé­pen­dant, et que son assem­blée consti­tuante pro­po­sée déve­lop­pe­rait un projet de consti­tu­tion d’un Québec indé­pen­dant qui serait ensuite soumis à un réfé­ren­dum popu­laire pour appro­ba­tion.

Ainsi, l’entente ON-QS modi­fie le méca­nisme pri­vi­lé­gié par Québec soli­daire pour l’accession à l’indépendance. Comme je l’ai noté dans des articles pré­cé­dents, depuis sa fon­da­tion en 2006, le parti a insisté sur le fait que la consti­tu­tion à rédi­ger par son Assemblée consti­tuante ne doit pas néces­sai­re­ment être la consti­tu­tion d’un Québec indé­pen­dant, mais sim­ple­ment une pro­po­si­tion par exemple pour une plus grande auto­no­mie pro­vin­ciale dans le régime consti­tu­tion­nel cana­dien — même si Québec soli­daire lut­te­rait pour un Québec indé­pen­dant au sein de l’Assemblée.

Cette ambi­guïté par rap­port au mandat de l’Assemblée reflé­tait en partie la crainte que les par­ti­sans fédé­ra­listes — actuel­le­ment majo­ri­taires au Québec — soient peu enclins à par­ti­ci­per à un projet visant à fonder un État indé­pen­dant. Cela reflé­tait aussi, je le soup­çonne, les sym­pa­thies fédé­ra­listes per­sis­tantes parmi les anciens membres d’Option citoyenne, l’organisation fémi­niste et com­mu­nau­taire qui était l’une des com­po­santes fon­da­trices du nou­veau parti en 2006. (L’autre, l’Union des forces pro­gres­sistes de gauche radi­cale, avait tou­jours pré­co­nisé une assem­blée consti­tuante avec un « mandat fermé » pour fonder un Québec indé­pen­dant et socia­liste.)

Cependant, cette ambi­va­lence sur le mandat de l’Assemblée n’a pas été uni­ver­sel­le­ment accep­tée par les membres de QS. Nadeau Dubois avait indi­qué qu’il n’était pas d’accord avec le mandat ouvert. Et en mai der­nier, des repré­sen­tants de QS à OUI Québec, une coa­li­tion de partis pro-sou­ve­rai­neté (PQ, ON, QS et le Bloc qué­bé­cois), tra­vaillant à l’élaboration d’une « feuille de route » com­mune dans la lutte pour l’indépendance, ont signé avec les autres partis un accord approu­vant la pro­po­si­tion d’une Assemblée consti­tuante pré­ci­sant que cette Assemblée doit déve­lop­per la consti­tu­tion d’un Québec indé­pen­dant [9]. Cet accord a ensuite été rejeté par la direc­tion de QS qui a caché cette décla­ra­tion au congrès de QS tenu peu de temps après. Comme l’a ensuite expli­qué le comité natio­nal de coor­di­na­tion du parti dans un rap­port au congrès de décembre, la décla­ra­tion qua­dri­par­tite « a com­plè­te­ment enfreint le pro­gramme QS sur cette ques­tion sen­sible ».

Ainsi, l’entente de prin­cipe ON-QS, avec ses amen­de­ments allant à l’encontre du pro­gramme de QS à propos du mandat de l’Assemblée consti­tuante, a repré­senté pour cer­tains membres de QS un chan­ge­ment radi­cal dans une partie fon­da­men­tale de ce pro­gramme. Une réac­tion typique était celle de Jean-Claude Balu, res­pon­sable aux orien­ta­tions de QS. Dans une vigou­reuse dis­si­dence, Balu note que depuis le début du pro­ces­sus de défi­ni­tion de son pro­gramme, QS a fait une dis­tinc­tion rigou­reuse entre son sou­tien à l’indépendance du Québec et sa concep­tion d’une assem­blée consti­tuante qui est « un ras­sem­ble­ment citoyen entiè­re­ment sou­ve­rain et ouvert à toutes et tous. »

En effet, nos prin­cipes fon­da­teurs énoncent que la ques­tion natio­nale doit appar­te­nir à la popu­la­tion du Québec dans son ensemble, incluant les autoch­tones et les per­sonnes de toute ori­gine, et non aux partis poli­tiques.
De plus, si nous sou­hai­tons réel­le­ment avoir des rela­tions d’égal à égal, de nation à nation, avec les peuples autoch­tones durant tout le pro­ces­sus consti­tuant, il faudra les invi­ter à y par­ti­ci­per sans leur impo­ser quoi que ce soit.

Option natio­nale, a-t-il noté, avec son accent qua­si­ment unique sur l’indépendance, avait mani­fes­te­ment échoué à obte­nir le sou­tien élec­to­ral. (En fait, les résul­tats élec­to­raux d’ON ont à peine dépassé 1% du vote popu­laire.)
Pour ral­lier une majo­rité popu­laire, Québec soli­daire mise depuis sa fon­da­tion sur son projet de société et, pour contrer le recul de l’appui à l’indépendance, sur une stra­té­gie liant son projet de trans­for­ma­tion sociale à l’accession à l’indépendance par une Assemblée consti­tuante popu­laire et sou­ve­raine.

Les membres de QS qui négo­ciaient la fusion avec l’ON, a conclu Balu, auraient dû faire un meilleur tra­vail pour défendre les posi­tions du parti.

La plus grande partie du débat sur l’accord de fusion a eu lieu publi­que­ment et presque tous les docu­ments clés ont été publiés dans la revue en ligne Presse-toi à gauche [10].

L’indé­pen­dance l’emporte-t-elle sur la démo­cra­tie ?

Balu exprime avec jus­tesse le rai­son­ne­ment der­rière la feuille de route de Québec soli­daire vers l’indépendance, tel qu’il a été arti­culé jusqu’à pré­sent. Cependant, l’argument est remar­quable pour son vœu pieux. La lutte pour un Québec indé­pen­dant se heurte néces­sai­re­ment à des inté­rêts puis­sants domi­nants au sein de l’État fédé­ral et de la société civile. Ils uti­li­se­ront d’immenses res­sources média­tiques et maté­rielles pour influen­cer et, si néces­saire, pour sabo­ter les pro­cé­dures d’une Assemblée consti­tuante. Peu importe la manière dont elle est démo­cra­ti­que­ment nommée, ou son fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique, si elle n’a pas comme objec­tif clair d’établir le cadre d’un État indé­pen­dant, l’Assemblée sera extrê­me­ment vul­né­rable à de telles pres­sions. Pourtant, tout résul­tat en-deçà du projet de consti­tu­tion d’un Québec indé­pen­dant serait sim­ple­ment sans effet. Comme l’a tou­jours dit Québec soli­daire, le régime fédé­ral ne peut être réformé pour deve­nir un cadre adé­quat pour le projet social pro­gres­siste du parti. Pourtant, l’ambiguïté de QS sur le mandat de l’Assemblée consti­tuante a miné la cré­di­bi­lité de l’engagement du parti pour l’indépendance.

Dans une bro­chure de six pages dis­tri­buée aux délé­gué-e-s du congrès, « des membres de QS en faveur de l’entente de fusion avec ON » a évoqué la crainte de cer­tains membres de QS que son sou­tien à l’indépendance prenne le pas sur la démo­cra­tie :

« Ce qui fait le carac­tère radi­ca­le­ment démo­cra­tique de l’Assemblée consti­tuante est pré­ci­sé­ment qu’elle implique direc­te­ment le peuple dans la fon­da­tion d’un nouvel État, étant donné la pers­pec­tive de l’indépendance. Mais pour ce faire, il faut qu’il soit clair dès le début que la ques­tion de l’indépendance sera posée lors du réfé­ren­dum. Si on est dans le flou durant le pro­ces­sus consti­tuant, les débats seront confus ; est-on en train d’écrire la consti­tu­tion d’une pro­vince, d’un pays, les deux à la fois, l’un et l’autre sépa­ré­ment ? C’est pour­quoi il faut savoir clai­re­ment où on s’en va. »

« Donner une direc­tion ou une des­ti­na­tion à un pro­ces­sus consti­tuant n’implique pas que celui-ci sera contrôlé par le haut, ou que le peuple n’aura pas l’occasion de se pro­non­cer libre­ment sur son avenir poli­tique. Bien au contraire, c’est en lais­sant le soin aux gens de rédi­ger démo­cra­ti­que­ment leur consti­tu­tion et leur projet de pays, sans devoir res­pec­ter a priori les constraintes étroites du régime cana­dien…. »

De plus, l’argument de l’indépendance ne peut être laissé à une assem­blée nommée après l’élection d’un gou­ver­ne­ment de Québec soli­daire. Le parti doit faire cam­pagne même aujourd’hui autour d’un pro­gramme social pro­gres­siste qui est clai­re­ment le pro­gramme d’un Québec sou­ve­rain ayant le contrôle de tous les pou­voirs d’un État indé­pen­dant. Et il faut recon­naître que le parti n’accèdera au pou­voir que par la force d’un mou­ve­ment social massif venant d’en bas qui défie la logique capi­ta­liste et les lois res­pon­sables de l’inégalité sociale et de la catas­trophe envi­ron­ne­men­tale aux­quelles nous sommes confron­tés — un mou­ve­ment pour un « autre Québec » ana­logue, mais mul­ti­plié plu­sieurs fois, à la riposte mas­sive sus­ci­tée par les étu­diant-e-s qué­bé­cois-e-s qui, en 2012, ont mobi­lisé et gagné un large sou­tien popu­laire en faveur de l’éducation post­se­con­daire publique gra­tuite.

Les argu­ments en faveur de l’entente de prin­cipe négo­ciée par les diri­geants de QS et de ON avaient été ample­ment expri­més avant le congrès, de sorte que le débat au congrès a donné une plus grande place aux cri­tiques et aux oppo­sant-e-s. Cependant, à la fin les délé­gué-e-s ont voté mas­si­ve­ment pour accep­ter l’accord.

Québec soli­daire a tout fait pour répondre aux pré­oc­cu­pa­tions d’Option natio­nale et il reste à voir com­ment cela va affec­ter le fonc­tion­ne­ment du parti dans un proche avenir. De toute évi­dence, l’intégration des membres d’ON qui rejoin­dront désor­mais QS sti­mu­lera un débat interne utile. Avec la fusion, l’ancien ON a été conquis par un parti qui reven­dique fiè­re­ment ses objec­tifs et son pro­gramme pro­gres­sistes — et ne pré­tend pas que l’indépendance du Québec n’est ni de droite ni de gauche.

Débat non concluant sur la pla­te­forme élec­to­rale

Le congrès n’a pas pu atteindre son autre objec­tif majeur, l’adoption d’une pla­te­forme pour les pro­chaines élec­tions qué­bé­coises. La pla­te­forme, pour Québec soli­daire, a pour but de sélec­tion­ner et de mettre en lumière des enjeux et des demandes par­ti­cu­lières issues du long pro­gramme [11] que le parti a éla­boré depuis près d’une décen­nie en vue de leur per­ti­nence immé­diate. Une ébauche ini­tiale est com­pi­lée par la com­mis­sion poli­tique du parti. Elle est ensuite sou­mise aux membres pour amen­de­ment, après quoi une syn­thèse com­pre­nant le projet et les amen­de­ments pro­po­sés par les asso­cia­tions QS et les ins­tances diri­geantes est dis­cu­tée par les délé­gué-e-s du congrès.

Cela s’est avéré être un pro­ces­sus quelque peu com­plexe. Cette année, il a abouti à un docu­ment de 130 pages dans lequel les 15 sujets abor­dés sont clas­sés par ordre alpha­bé­tique — de l’agriculture (Agroalimentaire et rura­lité) à la démo­cra­tie locale (Vie démo­cra­tique et régio­nale). Et bien que l’on ait tenté de donner la prio­rité à cer­tains sujets pen­dant moins de deux jours de débat, l’ordre pro­posé, selon cer­tains délé­gué-e-s, n’attribuait pas suf­fi­sam­ment d’importance à cer­taines ques­tions urgentes.

En fait, le congrès a réussi à passer à tra­vers les six pre­miers sujets pro­po­sés, pour la plu­part sans modi­fi­ca­tions majeures, lais­sant le reste (comme je l’ai noté plus haut) pour débat et adop­tion par le comité natio­nal de coor­di­na­tion du parti plus tard en 2018. Parmi les sujets omis lors du débat, citons l’économie et la fis­ca­lité, l’éducation, l’environnement et l’énergie, la jus­tice, la santé et les ser­vices sociaux et la stra­té­gie pour la sou­ve­rai­neté, soit les ques­tions les plus cru­ciales à abor­der lors d’une cam­pagne élec­to­rale, com­po­santes clés d’un projet social cohé­rent.

En outre, cer­taines des pro­po­si­tions de la plate-forme lais­sées à l’adoption ulté­rieure par l’exécutif du parti omettent des par­ties impor­tantes du pro­gramme adopté par le parti. Un exemple fla­grant est le projet de pla­te­forme sur l’environnement et le chan­ge­ment cli­ma­tique qui omet l’objectif du pro­gramme QS de réduire de 67% les émis­sions de car­bone d’ici 2030 pour res­pec­ter les accords de Paris COP 21, ainsi que l’opposition du parti à la taxe car­bone et au marché du car­bone. Québec soli­daire a été unique parmi les partis poli­tiques au Canada en adop­tant ces cibles et demandes exi­geantes. Incroyablement, une bro­chure de 24 pages dif­fu­sée au congrès QS par le Réseau éco­so­cia­liste [12] omet pareille­ment ces demandes, de même qu’un article pré-congrès d’un res­pon­sable du Réseau qui tente de prio­ri­ser les pro­po­si­tions de la pla­te­forme d’un point de vue éco­so­cia­liste [13].

Québec soli­daire a fait d’importants pro­grès en 2017. Mais les débats du congrès sou­lignent les défis impor­tants aux­quels le parti doit faire face au cours de l’année à venir et au-delà.

Richard Fidler, 12/12/17
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Notes
[1] Voir le texte com­plet de l’entente de fusion QS-ON : https://drive.google.com/file/d/1J0EaXTIuD9IpBAFsdbA74pldO-4QDL–/view
[2] « Option natio­nale et Québec soli­daire ne font plus qu’un, » Le Devoir, 11/12/17 :
http://​www​.lede​voir​.com/​p​o​l​i​t​i​q​u​e​/​q​u​e​b​e​c​/​5​1​5​1​5​8​/​o​p​t​i​o​n​-​n​a​t​i​o​n​a​l​e​-​e​t​-​q​u​e​b​e​c​-​s​o​l​i​d​a​i​r​e​-​u​n​i​s​s​e​n​t​-​l​e​u​r​s​-​f​orces
[3] Un autre confé­ren­cier invité, Jean-Luc Mélenchon, leader du nou­veau parti de gauche fran­çais, La France Insoumise, a dû annu­ler sa pré­sence mais a enre­gis­tré un mes­sage vidéo de 15 minutes au congrès : https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​C​E​6​M​9​V​3v7I0
[4] On peut écou­ter en fran­çais leur pré­sen­ta­tion : https://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​t​i​m​e​_​c​o​n​t​i​n​u​e​=​1​2​&​v​=​3​s​c​Y​s​k​qagU4
[5] Une réunion publique à Montréal le 4 décembre pour entendre les deux diri­geantes de la CUP a attiré une foule débor­dante, dont plu­sieurs membres de la com­mu­nauté cata­lane du Québec.
[6] “L’indépendance, un pro­ces­sus révo­lu­tion­naire,” L’aut’journal, No. 365, GND inter­viwé par Pierre Dubuc :
http://​laut​jour​nal​.info/​2​0​1​7​1​1​2​9​/​e​n​t​r​e​v​u​e​-​a​v​e​c​-​g​a​b​r​i​e​l​-​n​a​d​e​a​u​-​d​ubois
[7] Voir Life on the Left, 28/05/17, dis­po­nible sur ESSF (article 41194), Québec soli­daire (2) : No to an elec­to­ral pact with the PQ, Yes to a united front against aus­te­rity, for energy tran­si­tion and for inde­pen­dence :
http://​www​.europe​-soli​daire​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​41194
[8] Pour une cri­tique tran­chante du livre par un éco­no­miste mar­xiste et mili­tant de la QS, voir Marc Bonhomme, « Le livre qui fait dire oui à un Québec concur­ren­tiel sur le marché mon­dial » :
http://​www​.marc​bon​homme​.com/​f​i​l​e​s​/​l​a​-​f​u​s​i​o​n​-​d​e​-​q​u​e​0​3​0​1​b​e​c​-​s​o​l​i​d​a​i​r​e​-​a​v​e​c​-​o​p​t​i​o​n​-​n​a​t​i​o​n​a​l​e​-​v​e​r​s​-​u​n​-​v​i​r​a​g​e​-​a​0​3​0​0​-​d​r​o​i​t​e.pdf
[9] Pour un compte rendu détaillé du texte de la décla­ra­tion à quatre : http://​lifeon​left​.blog​spot​.ca/​2​0​1​7​/​0​5​/​q​u​e​b​e​c​-​s​o​l​i​d​a​i​r​e​-​n​o​-​t​o​-​e​l​e​c​t​o​r​a​l​-​p​a​c​t​.html
[10] Voir « Débats autour de la fusion de Québec soli­daire et d’Option natio­nale. » :
http://​www​.pres​se​gauche​.org/​+​-​0​1​-​D​e​b​a​t​s​-​a​u​t​o​u​r​-​d​e​-​l​a​-​f​u​s​i​o​n​-​d​e​-​Q​u​e​b​e​c​-​s​o​l​i​d​a​i​r​e​-​e​t​-​d​-​O​p​t​i​o​n​-​n​a​t​i​o​nale-
[11] https://​que​bec​so​li​daire​.net/​p​r​o​p​o​s​i​t​i​o​n​s​/​n​o​t​r​e​-​p​r​o​g​ramme
[12] Voir Québec soli­daire : Au-delà du par­le­ment, se donner le pou­voir de chan­ger la société :
https://​eco​so​cia​lisme​.ca/​n​o​u​v​e​l​l​e​s​/​q​u​e​l​-​p​o​u​v​o​i​r​-​v​o​u​l​o​n​s​-​n​o​u​s​/​#​.​W​k​J​a​g​y​N7RBx
[13] Voir Bernard Rioux, Presse-toi à gauche, 21/11/17, dis­po­nible sur ESSF (article 42749), En route vers un Québec indé­pen­dant, plu­riel, soli­daire et éga­li­taire ! : http://​www​.europe​-soli​daire​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​42749

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