Québec solidaire et les Autochtones

Par Mis en ligne le 14 janvier 2018

Québec soli­daire (QS) se défi­nit comme un parti indé­pen­dan­tiste, éco­lo­giste, alter­mon­dia­liste, fémi­niste et de gauche. Dans ce cadre, la poli­tique autoch­tone de QS tra­verse tous ces champs idéo­lo­giques. Intéressant à sou­li­gner, la ques­tion autoch­tone fut abor­dée en même temps que celle de la sou­ve­rai­neté, dès le départ de la démarche de construc­tion col­lec­tive du pro­gramme, au pre­mier congrès en 2009. Lors de ce congrès, l’enjeu sur la sou­ve­rai­neté fut beau­coup débattu. Les quelque 450 membres pré­sents ado­ptèrent les axes d’action prio­ri­taires mis sur la table par un groupe de tra­vail coor­donné par la com­mis­sion thé­ma­tique des droits autoch­tones et la com­mis­sion poli­tique du parti. Ce fut un moment col­lec­tif intense, suivi d’une allo­cu­tion de remer­cie­ment, en innu et en fran­çais, de Ghislain Picard, chef régio­nal de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador (APNQL), lequel fut chau­de­ment applaudi.

Une ques­tion de droits

L’axe cen­tral de la poli­tique autoch­tone de QS est « sans res­tric­tion » l’application de la Déclaration des Nations unies sur les droits des per­sonnes autoch­tones (DNUDPA), une pro­po­si­tion-cadre éma­nant des inter­lo­cu­teurs poli­tiques des Autochtones. Cette Déclaration, qui ne fut adop­tée par le gou­ver­ne­ment Harper qu’en 2010 (trois ans après les autres pays membres de l’ONU), ouvre un vaste chan­tier inter­na­tio­nal de débats poli­tiques et juri­diques au niveau des droits des peuples autoch­tones. Elle s’insère éga­le­ment dans le nar­ra­tif alter­mon­dia­liste vou­lant que la Terre n’appartienne à per­sonne.

À partir de la DNUDPA, les ins­tances de QS ont ensuite déve­loppé quatre prio­ri­tés :

  • res­pect de l’autonomie poli­tique ;
  • accès aux ter­ri­toires et aux res­sources ;
  • amé­lio­ra­tion des condi­tions de vie ;
  • sou­tien aux cultures autoch­tones, incluant l’histoire et les langues tra­di­tion­nelles.

La pro­mo­tion du droit à l’autodétermination poli­tique des onze peuples autoch­tones vivant sur le ter­ri­toire du Québec implique que QS recon­naisse que ceux-ci n’ont jamais renoncé à leur sou­ve­rai­neté, ni par traité, ni autre­ment. Elle se base sur un prin­cipe simple : le peuple qué­bé­cois ne peut refu­ser ce qu’il reven­dique pour lui-même.

Québec soli­daire recon­naît éga­le­ment que des rela­tions éga­li­taires avec les peuples autoch­tones néces­sitent le rem­pla­ce­ment de l’a priori de « l’intégrité ter­ri­to­riale » du Québec par celui de la néces­saire coha­bi­ta­tion sur un même ter­ri­toire de peuples sou­ve­rains pou­vant dis­po­ser libre­ment de leur avenir.

Une vision éco­lo­giste

Pour QS, cette coha­bi­ta­tion est portée par une vision éco­lo­giste de l’occupation du ter­ri­toire, défi­nie comme une res­pon­sa­bi­lité à par­ta­ger, et non une façon d’exploiter et de mar­chan­der des res­sources jusqu’à leur épui­se­ment. Le dis­cours tra­di­tion­nel autoch­tone sou­tient que la pro­tec­tion du ter­ri­toire est une res­pon­sa­bi­lité envers les géné­ra­tions futures. Les deux sont com­pa­tibles.

Solidarité avec les femmes autoch­tones

Étant donné le niveau indé­cent des condi­tions de vie des autoch­tones par rap­port aux autres habi­tants du Québec, il n’est pas sur­pre­nant qu’un parti de gauche défende l’amélioration des ser­vices sociaux et de santé des com­mu­nau­tés. L’origine fémi­niste de Manon Massé et de Françoise David et leurs rap­ports de soli­da­rité avec Femmes autoch­tones du Québec (FAQ) impli­quaient for­cé­ment l’ajout d’une clause par­ti­cu­lière pour les femmes autoch­tones, les­quelles font face à des pro­blèmes spé­ci­fiques.

Culture et langue

Quant au sou­tien aux com­mu­nau­tés pour dif­fu­ser, se réap­pro­prier ou conser­ver leur langue, leur his­toire et leur culture tra­di­tion­nelles, il s’insère dans la mou­vance des tra­vaux de la Commission de vérité et récon­ci­lia­tion (CVR). Rappelons que le but de cette com­mis­sion était de dévoi­ler publi­que­ment l’existence et les consé­quences néfastes de l’épisode des pen­sion­nats indiens, une stra­té­gie géno­ci­daire impo­sée par le gou­ver­ne­ment cana­dien pen­dant une cen­taine d’années et dont le but avoué était de « tuer l’Indien dans l’Indien ». Pour tour­ner la page et guérir, les com­mu­nau­tés autoch­tones ont encou­ragé leurs membres à se recon­nec­ter avec leur ter­ri­toire, leurs tra­di­tions, leurs langues et leur his­toire.

Des actions, pas seule­ment des mots

Afin de concré­ti­ser les orien­ta­tions poli­tiques de leur parti, les porte-paroles de QS ont répondu aux reven­di­ca­tions autoch­tones de leur façon habi­tuelle, en des­cen­dant dans la rue, en allant ren­con­trer des gens et en uti­li­sant leur pré­sence à l’Assemblée natio­nale du Québec pour dépo­ser des motions ou orga­ni­ser des confé­rences de presse.

Quelques inter­ven­tions des porte-parole de QS en sou­tien aux Autochtones

· 2013 – Soutien à la réforme du pro­gramme d’histoire au secon­daire pour y inclure l’histoire des Premières Nations, des Métis et des Inuits, incluant l’épisode des pen­sion­nats (péti­tion deman­dée par Viviane Michel de Femmes autoch­tones du Québec et par­rai­née par Amir Khadir)

· 2013 – Prise de parole lors du ras­sem­ble­ment à Oka/​Kanesatake contre le pipe­line d’Enbridge avec les com­mu­nau­tés mohawks (Amir Khadir et Andrés Fontecilla)

· 2013 et plus à Montréal, Québec, Rimouski – Participation à la vigile et à la marche com­mé­mo­ra­tive pour les femmes autoch­tones dis­pa­rues et assas­si­nées (Françoise David et Manon Massé)

· 2014 à Montréal – Participation à la Marche des Peuples pour la Terre-Mère (les trois dépu­tés)

· 2016 à Montréal – Organisation par QS d’un Forum par­le­men­taire soli­daire inter­na­tio­nal dans le cadre du Forum social mon­dial avec la par­ti­ci­pa­tion du chef de l’APNQL, Ghislain Picard

Motions de QS reliées aux enjeux autoch­tones à l’Assemblée natio­nale

  • 2011 – Appel à un enga­ge­ment véri­table du gou­ver­ne­ment pour résoudre les pro­blèmes sociaux des com­mu­nau­tés autoch­tones, un an après les excuses offi­cielles de S. Harper (Amir Khadir)
  • 2014 – Mise sur pied d’une com­mis­sion d’enquête sur les femmes autoch­tones dis­pa­rues et assas­si­nées (Manon Massé)
  • 2014 – Appui à la Déclaration de sou­ve­rai­neté des Atikamekws
  • 2016 – Appui aux com­mu­nau­tés algon­quines de Lac-Barrière et de Malartic face aux pro­jets miniers (Amir Khadir) et par­ti­ci­pa­tion à une confé­rence de presse avec Michel Thusky, repré­sen­tant de Lac-Barrière
  • 2017 – Reconnaissance du racisme sys­té­mique envers les com­mu­nau­tés raci­sées, y com­pris les Autochtones (Manon Massé)

Le monde autoch­tone et QS

Le monde autoch­tone n’est pas indif­fé­rent à Québec soli­daire. Lors de la cam­pagne élec­to­rale de 2014, la pré­si­dente de FAQ, Viviane Michel, donna publi­que­ment son appui à QS. Durant cette cam­pagne, un effort par­ti­cu­lier fut fait par les ins­tances de QS pour rejoindre les com­mu­nau­tés autoch­tones et pour mieux infor­mer les can­di­dates et les can­di­dats sur les réa­li­tés autoch­tones. Un docu­ment d’information bilingue sur les pro­po­si­tions de QS envers les Autochtones fut envoyé dans toutes les com­mu­nau­tés ainsi qu’à tous les membres, et une revue de presse heb­do­ma­daire sur la poli­tique autoch­tone fut mise en place et dif­fu­sée par cour­riel à tous les can­di­dats et can­di­dates inté­res­sés. Suite à cela, des can­di­dats de QS ont été invi­tés par des médias autoch­tones tels que SOCAM ou The Cree Nation. Entre-temps, Amir Khadir a dénoncé le peu d’attention accor­dée aux enjeux autoch­tones par les autres partis poli­tiques. En 2016, le Chef de l’APNQL, Ghislain Picard, à titre per­son­nel, a fait partie des per­son­na­li­tés publiques appuyant QS.

Une zone sen­sible

On remarque tou­te­fois cer­taines ambi­guï­tés. Pour QS, le droit des Autochtones à uti­li­ser la langue de leur choix – l’anglais pour le dire clai­re­ment – est plus timi­de­ment sou­tenu, même si c’est dans la Déclaration des Nations unies, et même si c’est un enjeu impor­tant pour les com­mu­nau­tés autoch­tones. En effet, le ter­ri­toire cultu­rel de la majo­rité des Autochtones dépasse les fron­tières du Québec, s’étalant dans plu­sieurs pro­vinces ou même dans des États amé­ri­cains voi­sins, ce qui fait de l’anglais la langue d’usage. D’autre part, les nou­velles géné­ra­tions autoch­tones mettent beau­coup d’efforts pour se réap­pro­prier leur langue d’origine, ce qui fait du fran­çais une troi­sième langue pour eux. Étant donné l’importance du fran­çais pour les Québécois et les Québécoises, il est essen­tiel de déve­lop­per une approche res­pec­tueuse pour appri­voi­ser cette réa­lité.

Des rela­tions à déve­lop­per

En conclu­sion, malgré quelques ques­tions contro­ver­sées, il ne fait pas de doute que Québec soli­daire a les posi­tions poli­tiques les plus avant-gar­distes et les plus pro­gres­sistes du Québec, voire du Canada, envers les Autochtones, ce que les lea­ders autoch­tones eux-mêmes recon­naissent. Des rela­tions poli­tiques ont été créées, ce qui devrait avoir une influence sur la poli­tique qué­bé­coise. Plusieurs lea­ders autoch­tones de la nou­velle géné­ra­tion appuient Québec soli­daire, mais, jusqu’à main­te­nant, aucune ou aucun ne s’est impli­qué dans le parti. On peut espé­rer que cela se fera bien­tôt.


Ce texte est paru dans le nu 18 des Nouveaux Cahiers du socialisme.

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