Québec solidaire et les Autochtones

Québec solidaire (QS) se définit comme un parti indépendantiste, écologiste, altermondialiste, féministe et de gauche. Dans ce cadre, la politique autochtone de QS traverse tous ces champs idéologiques. Intéressant à souligner, la question autochtone fut abordée en même temps que celle de la souveraineté, dès le départ de la démarche de construction collective du programme, au premier congrès en 2009. Lors de ce congrès, l’enjeu sur la souveraineté fut beaucoup débattu. Les quelque 450 membres présents adoptèrent les axes d’action prioritaires mis sur la table par un groupe de travail coordonné par la commission thématique des droits autochtones et la commission politique du parti. Ce fut un moment collectif intense, suivi d’une allocution de remerciement, en innu et en français, de Ghislain Picard, chef régional de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador (APNQL), lequel fut chaudement applaudi.

 

Une question de droits

L’axe central de la politique autochtone de QS est « sans restriction » l’application de la Déclaration des Nations unies sur les droits des personnes autochtones (DNUDPA), une proposition-cadre émanant des interlocuteurs politiques des Autochtones. Cette Déclaration, qui ne fut adoptée par le gouvernement Harper qu’en 2010 (trois ans après les autres pays membres de l’ONU), ouvre un vaste chantier international de débats politiques et juridiques au niveau des droits des peuples autochtones. Elle s’insère également dans le narratif altermondialiste voulant que la Terre n’appartienne à personne.

À partir de la DNUDPA, les instances de QS ont ensuite développé quatre priorités :

 

  • respect de l’autonomie politique ;
  • accès aux territoires et aux ressources ;
  • amélioration des conditions de vie ;
  • soutien aux cultures autochtones, incluant l’histoire et les langues traditionnelles.

 

La promotion du droit à l’autodétermination politique des onze peuples autochtones vivant sur le territoire du Québec implique que QS reconnaisse que ceux-ci n’ont jamais renoncé à leur souveraineté, ni par traité, ni autrement. Elle se base sur un principe simple : le peuple québécois ne peut refuser ce qu’il revendique pour lui-même.

Québec solidaire reconnaît également que des relations égalitaires avec les peuples autochtones nécessitent le remplacement de l’a priori de « l’intégrité territoriale » du Québec par celui de la nécessaire cohabitation sur un même territoire de peuples souverains pouvant disposer librement de leur avenir.

 

Une vision écologiste

Pour QS, cette cohabitation est portée par une vision écologiste de l’occupation du territoire, définie comme une responsabilité à partager, et non une façon d’exploiter et de marchander des ressources jusqu’à leur épuisement. Le discours traditionnel autochtone soutient que la protection du territoire est une responsabilité envers les générations futures. Les deux sont compatibles.

 

Solidarité avec les femmes autochtones

Étant donné le niveau indécent des conditions de vie des autochtones par rapport aux autres habitants du Québec, il n’est pas surprenant qu’un parti de gauche défende l’amélioration des services sociaux et de santé des communautés. L’origine féministe de Manon Massé et de Françoise David et leurs rapports de solidarité avec Femmes autochtones du Québec (FAQ) impliquaient forcément l’ajout d’une clause particulière pour les femmes autochtones, lesquelles font face à des problèmes spécifiques.

 

Culture et langue

Quant au soutien aux communautés pour diffuser, se réapproprier ou conserver leur langue, leur histoire et leur culture traditionnelles, il s’insère dans la mouvance des travaux de la Commission de vérité et réconciliation (CVR). Rappelons que le but de cette commission était de dévoiler publiquement l’existence et les conséquences néfastes de l’épisode des pensionnats indiens, une stratégie génocidaire imposée par le gouvernement canadien pendant une centaine d’années et dont le but avoué était de « tuer l’Indien dans l’Indien ». Pour tourner la page et guérir, les communautés autochtones ont encouragé leurs membres à se reconnecter avec leur territoire, leurs traditions, leurs langues et leur histoire.

 

Des actions, pas seulement des mots

Afin de concrétiser les orientations politiques de leur parti, les porte-paroles de QS ont répondu aux revendications autochtones de leur façon habituelle, en descendant dans la rue, en allant rencontrer des gens et en utilisant leur présence à l’Assemblée nationale du Québec pour déposer des motions ou organiser des conférences de presse.

 

 

Quelques interventions des porte-parole de QS en soutien aux Autochtones

·         2013 – Soutien à la réforme du programme d’histoire au secondaire pour y inclure l’histoire des Premières Nations, des Métis et des Inuits, incluant l’épisode des pensionnats (pétition demandée par Viviane Michel de Femmes autochtones du Québec et parrainée par Amir Khadir)

·         2013 – Prise de parole lors du rassemblement à Oka/Kanesatake contre le pipeline d’Enbridge avec les communautés mohawks (Amir Khadir et Andrés Fontecilla)

·         2013 et plus à Montréal, Québec, Rimouski – Participation à la vigile et à la marche commémorative pour les femmes autochtones disparues et assassinées (Françoise David et Manon Massé)

·         2014 à Montréal – Participation à la Marche des Peuples pour la Terre-Mère (les trois députés)

·         2016 à Montréal – Organisation par QS d’un Forum parlementaire solidaire international dans le cadre du Forum social mondial avec la participation du chef de l’APNQL, Ghislain Picard

 

Motions de QS reliées aux enjeux autochtones à l’Assemblée nationale

 

  • 2011 – Appel à un engagement véritable du gouvernement pour résoudre les problèmes sociaux des communautés autochtones, un an après les excuses officielles de S. Harper (Amir Khadir)
  • 2014 – Mise sur pied d’une commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées (Manon Massé)
  • 2014 – Appui à la Déclaration de souveraineté des Atikamekws
  • 2016 – Appui aux communautés algonquines de Lac-Barrière et de Malartic face aux projets miniers (Amir Khadir) et participation à une conférence de presse avec Michel Thusky, représentant de Lac-Barrière
  • 2017 – Reconnaissance du racisme systémique envers les communautés racisées, y compris les Autochtones (Manon Massé)

 

 

Le monde autochtone et QS

Le monde autochtone n’est pas indifférent à Québec solidaire. Lors de la campagne électorale de 2014, la présidente de FAQ, Viviane Michel, donna publiquement son appui à QS. Durant cette campagne, un effort particulier fut fait par les instances de QS pour rejoindre les communautés autochtones et pour mieux informer les candidates et les candidats sur les réalités autochtones. Un document d’information bilingue sur les propositions de QS envers les Autochtones fut envoyé dans toutes les communautés ainsi qu’à tous les membres, et une revue de presse hebdomadaire sur la politique autochtone fut mise en place et diffusée par courriel à tous les candidats et candidates intéressés. Suite à cela, des candidats de QS ont été invités par des médias autochtones tels que SOCAM ou The Cree Nation. Entre-temps, Amir Khadir a dénoncé le peu d’attention accordée aux enjeux autochtones par les autres partis politiques. En 2016, le Chef de l’APNQL, Ghislain Picard, à titre personnel, a fait partie des personnalités publiques appuyant QS.

 

Une zone sensible

On remarque toutefois certaines ambiguïtés. Pour QS, le droit des Autochtones à utiliser la langue de leur choix – l’anglais pour le dire clairement – est plus timidement soutenu, même si c’est dans la Déclaration des Nations unies, et même si c’est un enjeu important pour les communautés autochtones. En effet, le territoire culturel de la majorité des Autochtones dépasse les frontières du Québec, s’étalant dans plusieurs provinces ou même dans des États américains voisins, ce qui fait de l’anglais la langue d’usage. D’autre part, les nouvelles générations autochtones mettent beaucoup d’efforts pour se réapproprier leur langue d’origine, ce qui fait du français une troisième langue pour eux. Étant donné l’importance du français pour les Québécois et les Québécoises, il est essentiel de développer une approche respectueuse pour apprivoiser cette réalité.

 

Des relations à développer

En conclusion, malgré quelques questions controversées, il ne fait pas de doute que Québec solidaire a les positions politiques les plus avant-gardistes et les plus progressistes du Québec, voire du Canada, envers les Autochtones, ce que les leaders autochtones eux-mêmes reconnaissent. Des relations politiques ont été créées, ce qui devrait avoir une influence sur la politique québécoise. Plusieurs leaders autochtones de la nouvelle génération appuient Québec solidaire, mais, jusqu’à maintenant, aucune ou aucun ne s’est impliqué dans le parti. On peut espérer que cela se fera bientôt.

 


 

 

Ce texte est paru dans le nu 18 des Nouveaux Cahiers du socialisme.

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