Québec : É(duca)tat(ion) d’exception

Par Mis en ligne le 24 mai 2012


Avant ce jeudi 17 mai 2012, on igno­rait qu’au Québec le droit à l’éducation était le droit le plus absolu et le plus fon­da­men­tal. On igno­rait que le droit de suivre ses cours pas­sait avant celui de s’associer, avant celui de mani­fes­ter, avant celui d’exprimer ses opi­nions. On igno­rait que « l’absoluité » de ce droit lui confé­rait même la faculté de donner au ministre de l’éducation le pou­voir de passer des lois et des règle­ments par-dessus le Parlement et le pou­voir d’invalider les déci­sions des cours de jus­tice.

On l’ignorait d’autant plus que la hausse des frais de sco­la­rité affecte irré­mé­dia­ble­ment l’accessibilité aux études supé­rieures et porte atteinte au droit d’étudier des classes popu­laires et des classes moyennes.

On com­mence ainsi à com­prendre ce que signi­fie l’expression « édu­ca­tion d’exception » dans la bouche de ceux qui ont pla­ni­fié la hausse des frais de sco­la­rité et qui ont éla­boré les dif­fé­rents para­graphes de la loi 78 [1]. Une édu­ca­tion qui ne sera plus la norme, qui ne sera ouverte qu’à une mino­rité. Une édu­ca­tion qui se dérou­lera dans un cadre mar­tial, avec des étu­diants contrô­lés par un appa­reil répres­sif admi­nis­tra­tif, poli­cier, judi­ciaire et gou­ver­ne­men­tal – un appa­reil répres­sif tota­li­taire.

Plusieurs qua­li­fi­ca­tifs viennent à l’esprit lorsqu’on pense aux dis­po­si­tifs de la loi 78 : « abu­sifs », « arbi­traires », « odieux », « liber­ti­cides », « fas­cistes ». Aussi, lors des débats de la nuit du 17 au 18 mai 2012, à entendre les membres de la majo­rité uti­li­ser des concepts comme « défense des droits », « liberté d’expression », « valeurs démo­cra­tiques » ou « jus­tice », on en per­dait tota­le­ment son fran­çais, sa foi dans le lan­gage. Rarement ces concepts ont-ils été autant vidés de leur sens que durant cette ter­rible veillée de can­ni­ba­lisme lexi­cal, de sabbat séman­tique, que durant cet effroyable auto­dafé des droits col­lec­tifs et des liber­tés fon­da­men­tales. Des mots sou­dain creux, des­sé­chés, ecto­plasmes zombis clau­di­quant pathé­ti­que­ment hors de bouches mor­ti­fères aux inten­tions fétides.

Pour ceux que ces leurres hideux n’ont pas trom­pés, il devient clair que le droit d’étudier dont on parle est celui des étu­diants confor­mistes à étu­dier confor­mé­ment ce qu’il est conforme de savoir.

Car que fait cette loi sinon exiger du corps étu­diant qu’il scinde le contenu de ses appren­tis­sages du monde du vécu et de la pra­tique. Qu’un étu­diant – qui étudie Sartre, Steinbeck, la socio­lo­gie de la consom­ma­tion, l’histoire du Québec contem­po­rain, la macroé­co­no­mie ou les sciences poli­tiques – éla­bore un dis­cours cri­tique à l’égard du gou­ver­ne­ment actuel, rien n’est plus normal. Et qu’il s’organise et reven­dique publi­que­ment ses opi­nions depuis ce dis­cours cri­tique, rien n’est plus natu­rel. Mais pré­ci­sé­ment, avec la loi 78, rien ne sera plus illé­gal que cela. Rien ne sera plus sus­cep­tible de consti­tuer une infrac­tion. C’est à la schi­zo­phré­nie et au cynisme que cette loi pousse nos jeunes. Et de la schi­zo­phré­nie pro­duit-elle encore avec cette double contrainte, ce double bind [deux contraintes qui s’opposent], qu’elle impose à nos étu­diants pour les pro­chains jours.

On leur demande en effet de voter pour déci­der s’ils pour­suivent leur ses­sion main­te­nant, ou s’ils la sus­pendent pour la ter­mi­ner aux mois d’août et de sep­tembre. S’ils la pour­suivent, ils s’engagent à ne pas per­tur­ber leurs propres cours, ni les cours repris plus tard de ceux qui la sus­pendent. S’ils la sus­pendent, ils s’engagent à ne pas per­tur­ber les cours de ceux qui choi­sissent de la pour­suivre main­te­nant, ni les leurs quand ils les repren­dront.

Nous disons « ils s’y engagent », mais nous devrions dire « ils sont contraints ». Car toute per­tur­ba­tion concrète est accom­pa­gnée de mesures dras­tiques allant d’amendes extrê­me­ment éle­vées à la dis­so­lu­tion pure et simple de l’association étu­diante qui porte ces per­tur­ba­tions.

De fait, concer­nant la hausse des frais de sco­la­rité, les étu­diants perdent tout moyen de pres­sion. Quel que soit leur choix, l’origine de leur lutte est obli­té­rée. Quel que soit leur choix, ils sont per­dants. Pour eux, la seule réac­tion de bon sens est donc de refu­ser de voter, de refu­ser la consul­ta­tion, de refu­ser de jouer la partie avec les règles que le gou­ver­ne­ment impose.

Malheureusement, un tel refus d’obtempérer pourra tou­jours jouer en faveur du gou­ver­ne­ment qui, depuis le début du conflit, engrange des points et du capi­tal poli­tique à chaque nou­velle preuve de chaos et de désordre, à chaque flam­bée de vio­lence. « Les étu­diants mettent le pays à feu et à sang ! » entend-on de part et d’autre – même si ce feu est celui des lacry­mo­gènes poli­cières, et même si ce sang, celui seul des pro­tes­ta­taires…

C’est pour­quoi nous, pro­fes­seurs et admi­nis­tra­teurs des éta­blis­se­ments d’enseignement, avons notre rôle à jouer dans la mise en échec de ce plan. Et ce, d’autant plus que la loi 78 ne nous demande pas autre chose que de nous faire les agents, les com­plices de son igno­mi­nie. [2]

Il sem­ble­rait ainsi que deux options s’offrent à nous, l’une légale, l’autre non.

La pre­mière option : démis­sion­ner en bloc, et rendre impos­sible la ren­trée des étu­diants par absence de pro­fes­seurs et de per­son­nel admi­nis­tra­tif. Selon la loi 78, empê­cher qu’un cours se donne par une action ou par une omis­sion est un crime, sauf si l’employé est démis­sion­naire.

La seconde option : déso­béir et refu­ser d’enseigner ou d’administrer – quels que soient les non-votes pris par les assem­blées étu­diantes qui n’ont plus grand-chose de démo­cra­tique dans un tel état de siège. Certes, les amendes et les peines de prison font peur. Mais ces­sons un ins­tant de réflé­chir selon une échelle indi­vi­duelle et ponc­tuelle : ima­gi­nons une grève qui dure plu­sieurs semaines et qui réunit plu­sieurs mil­liers de per­sonnes. Les amendes et les peines deviennent alors fara­mi­neuses, atteignent des pro­por­tions cos­miques, absurdes : des mil­lions, des mil­liards de dol­lars, des décen­nies, des siècles de prison. Toute une frange de la popu­la­tion insol­vable, sous scellé, sous huis­sier, der­rière les bar­reaux… Dans leur chif­frage exces­sif, ces amendes et ces peines rendent toute appli­ca­tion judi­ciaire impra­ti­cable en cas de réac­tion col­lec­tive serrée.

Voici donc où nous sommes. Plier, c’est accep­ter que le Québec change de régime, qu’il dérive un peu plus vers les marais d’un auto­ri­ta­risme fas­ci­sant [3]. Ne pas plier, c’est accep­ter sur soi le déchaî­ne­ment de la vio­lence totale dont dis­pose l’État. Mais c’est aussi, lueur d’espoir et de foi, donner ce choix de société aux agents concer­nés, poli­ciers, gradés, huis­siers, juges, gar­diens de prison… car aucun pou­voir ne tient ni ne s’applique sans l’obéissance de chaque maillon de la chaîne de com­mande. Et alors on verra de quel bois et de quel mine­rai nos pareils sont faits. (Article publié le 22 mai 2012 dans Presse-toi à gauche)

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[1] Déclaration au par­le­ment de M. Khadir qui éclaire le sens de la Loi n° 78. Physicien et méde­cin, spé­cia­lisé en micro­bio­lo­gie, Amir Khadir est l’un des porte-parole du parti Québec soli­daire créé en 2006. Voici son expli­ca­tion de la loi n° 78 :

« Bientôt, dans quelques heures, le projet de loi n° 78, une loi matraque, va être adopté par le gou­ver­ne­ment Charest [John James Charest dirige le Parti libé­ral du Québec depuis 1998 ; il est au pou­voir depuis 2003 ; il s’est fait connaître à la tête du Comité du NON, lors du réfé­ren­dum qué­bé­cois de 1995 ; son mandat a déjà été marqué par la crise du loge­ment et la crise du finan­ce­ment uni­ver­si­taire]. Cette loi est une loi injuste, c’est un abus de pou­voir qui enlève non seule­ment aux étu­diants, mais à tout le monde, à tous les citoyennes et citoyens du Québec, plu­sieurs de nos droits les plus fon­da­men­taux : le droit de mani­fes­ter, le droit d’exprimer nos opi­nions. Québec soli­daire s’engage donc à inva­li­der cette loi. Nous appuyons le recours légal pour une requête en annu­la­tion, en nul­lité de la loi, et nous lan­çons un appel à tous les par­te­naires de la société, les groupes popu­laires, les orga­ni­sa­tions de la société civile, le Barreau du Québec, les intel­lec­tuels, les artistes enga­gés, les éco­lo­gistes et les syn­di­cats, à réflé­chir ensemble à la pos­si­bi­lité de déso­béir à cette loi de manière paci­fique. Nous allons aussi mener cette réflexion à Québec soli­daire.

Toute loi doit être obéie en société, mais il arrive que des lois soient à ce point dérai­son­nables et injustes, qu’elles inter­disent même les choses qui sont les plus pré­cieuses, comme la liberté de penser et de parler. C’est ce que fait la loi matraque de M. Charest : inter­dire les liber­tés fon­da­men­tales. La déso­béis­sance civile, ce n’est pas seule­ment des grands gestes d’éclat comme la marche de Gandhi ou comme les actions de Martin Luther King. Avec la loi de M. Charest, même émettre une opi­nion favo­rable à la déso­béis­sance civile – avec cette nou­velle loi –, émettre une opi­nion favo­rable à la déso­béis­sance civile sans même com­mettre un quel­conque geste que ce soit peut consti­tuer une infrac­tion pas­sible d’une lourde amende et même d’emprisonnement.

Vous savez que c’est un gou­ver­ne­ment mani­pu­la­teur qui joue beau­coup avec la vérité dans plu­sieurs dos­siers, on l’a vu dans la construc­tion et dans la cor­rup­tion. Ce gou­ver­ne­ment a tenté de nous faire croire que cette loi ne vise que les per­tur­ba­teurs, les cas­seurs. Dans les faits, c’est une loi qui vise la liberté même de mani­fes­ter et pas celle uni­que­ment des étu­diants. Cette liberté est encore plus fon­da­men­tale, je vous ai dit la liberté de parole, par exemple des blogues d’intellectuels comme Jean Barbe, de jour­na­listes comme Josée Legault ou d’animateurs ou des inter­ven­tions d’animateurs comme Jeff Fillion, s’il est allé­gué, par le minis­tère de l’Éducation ou les auto­ri­tés judi­ciaires, qu’il y a quelque chose dans leurs affir­ma­tions, dans le fait de porter un carré rouge même, qui encou­rage des mani­fes­tants étu­diants ou autres à agir de manière à contre­ve­nir à la loi, nous sommes tous pas­sibles d’être atta­qués par cette loi et forcés à payer de lourdes amendes.

Mais il y a un carac­tère par­ti­cu­liè­re­ment injuste qui fait qu’aujourd’hui je vou­drais poser un geste qui, à mes yeux et j’espère aux yeux de plu­sieurs autres dépu­tés dans les pro­chaines heures ou dans les pro­chains jours, seront autant de gestes pour consti­tuer un cordon de sécu­rité alen­tour d’une per­sonne en par­ti­cu­lier que cette loi vise presque de manière nomi­na­tive, il s’agit d’un des porte-parole du mou­ve­ment étu­diant, Gabriel Nadeau-Dubois.

Pourquoi je parle d’un cordon de sécu­rité ? C’est un cordon de sécu­rité moral. Cette loi, qui est vicieuse, qui est revan­charde, contient un article, l’article 30 qui, alors même que la loi va inva­li­der, va rendre caduques les injonc­tions qui ont été émises pour la tenue des cours, des injonc­tions qui ont entraîné en par­ti­cu­lier une accu­sa­tion d’outrage aux tri­bu­naux à Gabriel Nadeau-Dubois, la loi inva­lide la cause que sont les injonc­tions mais pas la consé­quence qui est l’outrage au tri­bu­nal… l’accusation d’outrage au tri­bu­nal qui a été lancée à Gabriel Nadeau-Dubois qui pour­tant n’avait exprimé qu’une opi­nion.

Alors, voici l’opinion qu’il a expri­mée, je vais expri­mer la même opi­nion, je fais sienne l’entièreté de ces paroles, j’espère que d’autres dépu­tés vont le faire. Si le gou­ver­ne­ment décide de recou­rir à la force brute de sa loi pour sévir à l’encontre de Gabriel Nadeau-Dubois, le gou­ver­ne­ment, pour être cohé­rent, devra sévir éga­le­ment contre tous ceux et celles parmi les citoyens, parmi les dépu­tés qui se seront enga­gés à répé­ter exac­te­ment la même chose. Alors, voici, ce que le 13 mai, en onde à RDI, a dit Gabriel Nadeau-Dubois : « Ce qui est clair, c’est que ces déci­sions-là sont des ten­ta­tives de forcer le retour en classe. Ça ne fonc­tionne jamais parce que les étu­diants et les étu­diantes sont en grève depuis 13 semaines, sont soli­daires des uns et des autres et res­pectent de manière géné­rale la volonté démo­cra­tique qui s’est expri­mée à tra­vers les votes de grève, et je crois qu’il est tout à fait légi­time – je crois aussi qu’il est tout à fait légi­time, Amir Khadir croit aussi qu’il est tout à fait légi­time – pour les étu­diants et les étu­diantes de prendre les moyens qui s’imposent pour faire res­pec­ter le choix démo­cra­tique qui a été fait d’aller en grève.

C’est tout à fait regret­table – je trouve, Amir Khadir qu’il est tout à fait regret­table – qu’il y ait une mino­rité d’étudiants et d’étudiantes qui uti­lisent les tri­bu­naux pour contour­ner la déci­sion col­lec­tive qui a été prise. Donc, je trouve cela tout à fait légi­time que les gens prennent les moyens néces­saires pour faire res­pec­ter le vote de grève, et si ça prend des lignes de pique­tage, on croit – je crois, Amir Khadir croit – que c’est un moyen tout à fait légi­time de le faire. »

La forme de l’intervention a pour fonc­tion d’assumer la même res­pon­sa­bi­lité que les diri­geants étu­diants atta­qués. (Rédaction A l’Encontre)

[2] OTTAWA, le 23 mai 2012 – L’organisme natio­nal repré­sen­tant le per­son­nel aca­dé­mique au Canada a annoncé aujourd’hui son enga­ge­ment à sou­te­nir finan­ciè­re­ment et juri­di­que­ment les orga­ni­sa­tions étu­diantes au Québec. « L’Association cana­dienne des pro­fes­seures et pro­fes­seurs d’université (ACPPU) entend appuyer sans réserve les étu­diants dans leur lutte contre la hausse des droits de sco­la­rité et l’oppressive loi 78 dépo­sée ven­dredi der­nier par le gou­ver­ne­ment Charest.

« Nous ver­se­rons 20’000 $ aux orga­ni­sa­tions étu­diantes qué­bé­coises pour les aider à cou­vrir les frais de jus­tice qu’occasionnera la défense des étu­diants incul­pés pour avoir pris part à une mani­fes­ta­tion paci­fique », a annoncé aujourd’hui le direc­teur de l’ACPPU, James Turk. « Nous appel­le­rons éga­le­ment toutes nos asso­cia­tions membres à faire un don au fonds de défense juri­dique des étu­diants. »

M. Turk a de plus indi­qué que l’ACPPU par­ti­ci­pera aux mani­fes­ta­tions étu­diantes et qu’elle appuiera acti­ve­ment la contes­ta­tion judi­ciaire de la loi 78 en expo­sant, dans une pers­pec­tive pan­ca­na­dienne, les pré­ju­dices causés par cette mesure légis­la­tive.

D’autre part, l’ACPPU invite ses asso­cia­tions membres à dénon­cer publi­que­ment la loi 78 comme étant une vio­la­tion grave des liber­tés civiles, à faire cir­cu­ler une péti­tion récla­mant l’abrogation de cette loi et à faire connaître le site web www​.arre​tez​moi​quel​quun​.com où les gens peuvent affi­cher leur photo avec le mes­sage « je déso­béis ».

« L’ACPPU aidera ses membres au Québec à dépo­ser des griefs contre chaque aspect de la loi 78 qui porte atteinte à leurs droits recon­nus dans les conven­tions col­lec­tives et four­nira des conseils juri­diques à tous les membres qui envi­sa­ge­ront des recours contre la loi 78 », a jouté M. Turk.

L’Association cana­dienne des pro­fes­seures et pro­fes­seurs d’université est le porte-parole natio­nal de plus 68’000 membres du per­son­nel aca­dé­mique et géné­ral en poste dans 124 col­lèges et uni­ver­si­tés au Canada.

[3] La réac­tion de syn­di­cats contre la loi 78 est claire. Ainsi, la CSN (Confédération des syn­di­cats nationaux)-Construction, dans un com­mu­ni­qué du 23 mai 2012, affirme : « La CSN-Construction joint sa voix au concert de dénon­cia­tion de la loi spé­ciale adop­tée ven­dredi der­nier par le gou­ver­ne­ment Charest. Cette loi vise à rendre illé­gales des mobi­li­sa­tions col­lec­tives tout à fait légi­times et sou­hai­tables dans notre démo­cra­tie. Il ne fait aucun doute, aux yeux de la CSN-Construction, que cette loi va beau­coup trop loin. « Ce n’est pas la pre­mière fois que nous sommes confron­tés à une loi spé­ciale dans la construc­tion, mais cette fois il s’agit d’une loi adop­tée dans le contexte d’une crise étu­diante qui s’en prend à l’expression des droits démo­cra­tiques des citoyennes et des citoyens et de tous les groupes orga­ni­sés de la société. C’est inac­cep­table. Les tra­vailleuses et les tra­vailleurs de la construc­tion seront en négo­cia­tion le prin­temps pro­chain. Cette loi s’attaque indi­rec­te­ment à la mobi­li­sa­tion que nous pour­rions choi­sir de mener à l’occasion de ces négo­cia­tions », sou­ligne le pré­sident de la CSN-Construction, Aldo Miguel Paolinelli. La CSN-Construction trouve cette loi d’autant plus odieuse que la grande majo­rité des juristes la consi­dèrent incons­ti­tu­tion­nelle et que trois des cinq partis à l’Assemblée natio­nale ont voté contre son adop­tion. « À la CSN-Construction nous ne pou­vons que déplo­rer le lien mal­avisé que cer­tains syn­di­cats de l’industrie font entre cette loi spé­ciale et la 33, adop­tée en octobre der­nier dans l’industrie de la construc­tion. Cette loi spé­ciale vise à reti­rer des droits démo­cra­tiques alors qu’au contraire la Loi 33 a réta­bli des droits, notam­ment celui de pou­voir tra­vailler par­tout, sans dis­cri­mi­na­tion. En ce sens com­pa­rer ces deux lois, c’est de la pure déma­go­gie et cela sert bien mal tant les ouvriers de l’industrie que le mou­ve­ment étu­diant. »

Quant à la CSN Condédération syn­di­cale natio­nale), en tant que telle, elle pré­sente ainsi la mani­fes­ta­tion du 22 mai 2012 : « La mani­fes­ta­tion s’est dérou­lée paci­fi­que­ment. Elle s’est mise en route vers 14h40 et a suivi deux prin­ci­paux par­cours. Plusieurs obser­va­teurs com­parent cette mani­fes­ta­tion par son nombre de par­ti­ci­pants à celle du 22 mars der­nier. D’autres éva­luent même qu’elle dépasse celle du 22 mars avec plus de 250’000 per­sonnes dans la rue. Le taux de par­ti­ci­pa­tion est tel que la place des Festivals débor­dait de monde sur les rues avoi­si­nantes déjà vers 14 heures et il a fallu plus de deux heures et demie aux mani­fes­tants pour se rendre au parc La Fontaine où s’est ter­mi­née cette marche de pro­tes­ta­tion.

En raison du nombre impo­sant de par­ti­ci­pants, des mil­liers de per­sonnes ont dû attendre jusqu’à 16h avant de quit­ter la place des Festivals. C’était le cas, entre autres, du contin­gent de la CSN.

Des mil­liers de citoyennes et de citoyens de tous âges ont convergé vers ce lieu de ras­sem­ble­ment pour prendre part à la mani­fes­ta­tion étu­diante au cen­tième jour de la grève. Des syn­di­cats, des groupes popu­laires, des familles, des aînés et des artistes y ont par­ti­cipé, dont Michel Rivard, Paul Piché, Yan Perreau et Martin Léon. Selon Michel Rivard : « Ils (les jeunes) nous réveillent. On était en train de s’endormir sur nos rêves. »

Le contin­gent de la CLASSE [l’organisation étu­diante la plus repré­sen­ta­tive], le plus impo­sant, qui n’avait pas dévoilé son par­cours, a remonté de la place des Festivals la rue Jeanne-Mance pour ensuite se diri­ger vers la rue Peel à l’Ouest en emprun­tant la rue Sherbooke. Par la suite, il a bifur­qué sur le bou­le­vard René-Lévesque en direc­tion de la Place-Ville-Marie. Il a fina­le­ment remonté la rue Berri, fai­sant ainsi un grand carré rouge.

La marche de l’Alliance sociale dont la CSN fai­sait partie, a reçu l’appui de la FECQ et de la FEUQ. Son par­cours avait été approuvé par la police. Les mar­cheurs de ce deuxième par­cours ont remonté la rue Jeanne-Mance après une longue attente à la place des Festivals pour se diri­ger ensuite vers l’Est par la rue Sherbrooke. Seul, un troi­sième contin­gent regrou­pant quelque 200 à 300 per­sonnes vêtues de noir et mas­qués qui s’étaient diri­gés vers le quar­tier des affaires a vu sa mani­fes­ta­tion décla­rée illé­gale par la police après plu­sieurs inci­dents.

Les mani­fes­tants ont dénoncé la loi spé­ciale adop­tée à toute vapeur ven­dredi der­nier par le gou­ver­ne­ment Charest et lancé un appel à la négo­cia­tion. Lors d’un point de presse sur la rue Sainte-Catherine, Martine Desjardins de la FEUQ et Léo Bureau-Blouin de la FECQ ont rap­pelé que cette loi a été vive­ment dénon­cée et est consi­dé­rée comme une atteinte aux droits et liber­tés enchâs­sés dans les chartes qué­bé­coise et cana­dienne. Les deux orga­ni­sa­tions étu­diantes affirment rece­voir des appuis de mou­ve­ments étu­diants d’un peu par­tout dans le monde. De son côté, sur le réseau de nou­velles LCN, le pré­sident de la CSN, Louis Roy, a demandé au gou­ver­ne­ment d’annuler la hausse des droits de sco­la­rité et d’ouvrir un débat public sur ces droits.

La CSN et d’autres orga­ni­sa­tions s’apprêtent à deman­der aux tri­bu­naux de sus­pendre l’application de cette loi pour une période de temps. »

Une réponse à “Québec : É(duca)tat(ion) d’exception”

  1. Les poli­ti­ciens, notam­ment anglo-saxons, au ser­vice d’une « élite » à carac­tère maf­fieux, qui fonc­tionne grâce aux mar­chés finan­ciers spé­cu­la­tifs, ont avec celle-ci pris un pou­voir pla­né­taire sur toutes les éco­no­mies de toutes les nations, en contrô­lant toutes les entre­prises sus­cep­tibles de four­nir des EMPLOIS, (aujourd’hui ils s’attachent à faire dis­pa­raître les struc­tures publiques qui en four­nissent encore) étant en concur­rence. Et les EMPLOIS raré­fiés vont êtres trans­for­més en « mon­naies d’échange de ser­vices » soit en « cadeaux » qui seront pro­cu­rés à ceux et celles qui cour­be­ront l’échine et qui seront prêts à obéir à des demandes aussi anti­so­ciales que déli­rantes. C’est l’extension mon­diale du fonc­tion­ne­ment éco­no­mique sou­ter­rain
    « Napolitain ».