Aminante

Quand le Québec exporte le cancer

Par Mis en ligne le 04 octobre 2011

La mine d’amiante Jeffrey (PQ)

L’amiante est res­pon­sable de 100 000 morts par an dans le monde, selon l’Organisation mon­diale de la santé (OMS) et le Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail (BIT). Qu’importe ! Le gou­ver­ne­ment du Québec, et l’Etat Canadien, conti­nuent de sou­te­nir leurs der­nières mines d’amiante, des­ti­née à l’exportation.

Dans les jours qui viennent, le Québec pour­rait accor­der un prêt de 58 mil­lions de dol­lars à la mine Jeffrey, dans la ville d’Asbestos, entre Montréal et Québec. Une mine d’amiante exploi­tée depuis un siècle. Ce prêt sur fonds publics, en com­plé­ment d’un inves­tis­se­ment privé, per­met­tra de relan­cer l’extraction du « chry­so­tile », le doux nom donné à l’amiante par ses pro­mo­teurs cana­diens. Ce qui n’enlève rien aux sym­pa­thiques pro­prié­tés can­cé­ri­gènes de la pous­sière tueuse. L’amiante chry­so­tile est d’ailleurs inter­dite dans plus de 40 pays.

Entre 2008 et 2011, le gou­ver­ne­ment fédé­ral cana­dien et le Québec avaient déjà sub­ven­tionné l’Institut du chry­so­tile (ancien­ne­ment Institut de l’amiante) à hau­teur de 1,35 mil­lion de dol­lars [1] Véritable outil de lob­bying pro-amiante, cet « ins­ti­tut » répète à qui veut l’entendre – en par­ti­cu­lier auprès des fabri­cants de fibro­ci­ment des pays du Sud, où l’amiante cana­dienne est expor­tée (en Thaïlande ou en Indonésie) – que le chry­so­tile « ne pré­sente aucun risque mesu­rable pour la santé humaine ». L’un des « scien­ti­fiques » de l’institut s’est même fait gras­se­ment rému­né­rer par la mul­ti­na­tio­nale Union Carbide (res­pon­sable de la catas­trophe de Bhopal) pour pro­duire la seule étude au monde qui explique que le chry­so­tile peut être uti­lisé en toute sécu­rité.

Aide à l’exportation de cancérogène

Une sub­ven­tion de 250 000 dol­lars a de nou­veau été accor­dée à l’institut en mars 2011. « Le des­crip­tif de la ligne bud­gé­taire pour­rait indi­quer « Aide à l’exportation de can­cé­ro­gène » ou « Contribution à l’empoisonnement des pays en voie de déve­lop­pe­ment » mais les auto­ri­tés cana­diennes ont pré­féré la des­crip­tion hypo­crite sui­vante : « Contribution à l’Institut de l’amiante pour favo­ri­ser la mise en appli­ca­tion inter­na­tio­nale de l’utilisation sécu­ri­taire et res­pon­sable de l’amiante chry­so­tile » », déplore, en France, l’Andeva(Association natio­nale des vic­times de l’amiante).

Cette obses­sion cana­dienne en faveur de l’amiante n’est pas nou­velle. Lorsque la France se décide enfin à l’interdire en 1997, le gou­ver­ne­ment cana­dien demande à l’Organisation mon­diale du com­merce (OMC) d’annuler la mesure, arguant qu’elle est « irra­tion­nelle et dis­pro­por­tion­née » et que « les uti­li­sa­tions actuelles du chry­so­tile ne repré­sentent pas un risque détec­table pour la santé humaine ». Les veuves de l’amiante, ici, appré­cie­ront. Les mul­tiples recours cana­diens seront reje­tés, l’OMC consi­dé­rant que l’amiante est un can­cé­ro­gène avéré [2].

Cette pos­ture du gou­ver­ne­ment cana­dien est de plus en plus cri­ti­quée par l’opinion publique, natio­nale et inter­na­tio­nale. Lors d’un son­dage réa­lisé en jan­vier, 75% des Canadiens inter­ro­gés se décla­raient hos­tiles à la relance de la mine de Jeffrey. « Nos élus cana­diens, ceux-là même qui sou­tiennent aujourd’hui la pour­suite de cette indus­trie, se sont empres­sés de désa­mian­ter leurs murs à Ottawa. Symbole iro­nique, mais aussi tra­gique de l’incohérence, sinon de l’hypocrisie, qui sous-tend le sou­tien poli­tique à cette indus­trie », atta­quait, mi-août, la Coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, qui regroupe plu­sieurs asso­cia­tions envi­ron­ne­men­tales ou syn­di­cales qué­bé­coises. Les grandes revues scien­ti­fiques nord-amé­ri­caines (The Lancet ou Nature) fus­tigent éga­le­ment la posi­tion cana­dienne. Une péti­tion contre le prêt de 58 mil­lions d’euros vient d’être lancée par le site Avaaz. La posi­tion du Québec et du Canada devient de plus en plus inte­nable. Reste qu’ils ne sont les seuls : la Russie, le Kazakhstan et le Brésil sont aussi de gros expor­ta­teurs de can­cers en fibres.

Ivan du Roy

Notes

[1] La Tribune (Sherbrooke, Québec), 21 février 2008. Canada News Wire, Communiqué de presse, minis­tère des Ressources natu­relles du Québec, 17 mars 2008. [2] Lire à ces sujets le rap­port « Quand le Canada exporte le mal, la vente d’amiante dans les pays en déve­lop­pe­ment », par Kathleen Ruff, télé­char­geable ici.

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