Promesses électorales en santé : un peu d’humanité s’il vous plait !

Par Mis en ligne le 24 août 2012

Une pre­mière semaine de cam­pagne est déjà der­rière nous. Mais quoi rete­nir de cette série de bat­tages média­tiques autour d’annonces lan­cées à la pièce. Des pro­messes élec­to­rales qui retiennent d’ailleurs à peine l’attention des obser­va­teurs et de la popu­la­tion !

Beaucoup de place a sur­tout été accor­dée à toutes les ques­tions de cor­rup­tion et de « crise étu­diante ». La santé a tout de même fait l’objet de quelques sor­ties orches­trées par les partis. La ques­tion que sou­lèvent ces annonces : sommes-nous dans une course visant à déter­mi­ner quel parti pro­pose les mesures les plus sus­cep­tibles d’améliorer la qua­lité, la conti­nuité et la sécu­rité des soins et des ser­vices de santé ou dans un concours de popu­la­rité entre méde­cins aspi­rant au poste de ministre de la Santé ? Est-ce besoin de le rap­pe­ler, un can­di­dat vedette, fut-il très bon pra­ti­cien ou émi­nent spé­cia­liste, n’est pas une garan­tie que des chan­ge­ments au sys­tème de santé publique du Québec seront réel­le­ment appor­tés pour mieux répondre aux besoins des Québécois-ses.

Mais au-delà de ces aspects de forme, qu’en est-il du fond des pro­messes lan­cées ? On a eu droit à quelques sta­tis­tiques et à des sommes d’argent qui seraient inves­ties pour des mesures éparses à peine expli­quées : six-cents mil­lions sur un an pour un méde­cin de famille par per­sonne ; créa­tion d’un fonds « Assurance auto­no­mie » pour les per­sonnes âgées ; quelques dizaines de mil­lions de dol­lars pour des suivis télé­pho­niques auprès de cer­taines clien­tèles ; cin­quante-huit mil­lions pour étendre la cou­ver­ture de soins den­taires aux enfants de 16 ans et moins. Mais qui, com­ment, où ? Pas un mot, ou presque !

En fait, ce n’est pas sur­pre­nant ! Après tout, depuis des années, la pre­mière pré­oc­cu­pa­tion dans le réseau de la santé et des ser­vices sociaux, c’est la ges­tion du budget ! Une phi­lo­so­phie de ges­tion essen­tiel­le­ment « finan­cière ». Les ges­tion­naires du réseau se concentrent sur l’atteinte d’objectifs comp­tables, sans se sou­cier de la dété­rio­ra­tion des condi­tions de pra­tique des pro­fes­sion­nelles en soins et des impacts sur la dis­pen­sa­tion des soins : effec­tifs insuf­fi­sants, insta­bi­lité des équipes de soins, recours à la main-d’œuvre indé­pen­dante, etc., autant de fac­teurs qui entrainent épui­se­ment, décou­ra­ge­ment et déva­lo­ri­sa­tion chez les pro­fes­sion­nelles en soins.

De fait, l’importance de la rela­tion humaine entre la soi­gnante et le soigné est éva­cuée de l’exercice comp­table des ges­tion­naires. Au-delà du geste qui fait appel à des com­pé­tences, à un savoir-faire et à un savoir-être par­ti­cu­lier, donner des soins est aussi un geste humain empreint d’émotions et de sen­ti­ments. Il est temps d’opérer un virage à 180 degrés en adop­tant une approche qui place les besoins de la per­sonne au cœur des choix sur notre sys­tème de santé et qui assure aux pro­fes­sion­nelles en soins un envi­ron­ne­ment de tra­vail où elles sont res­pec­tées comme per­sonne et comme pro­fes­sion­nelle, où leurs com­pé­tences sont recon­nues et valo­ri­sées, où elles dis­posent des moyens néces­saires pour dis­pen­ser des soins et des ser­vices de qua­lité et sécu­ri­taires.

Mais la pre­mière étape consiste peut-être à trou­ver un aspi­rant au poste de ministre de la Santé qui peut parler de l’importance de la per­sonne humaine au sein du réseau de la santé, qu’elle soit celle qui dis­pense les soins et les ser­vices de santé ou celle qui les reçoit ?

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