Projet censuré Les USA, le Canada et le Mexique arment l’ALENA

Mis en ligne le 17 avril 2010

par Stephen Lendman*, Laura Carlsen*, Constance Fogal*

Plusieurs articles, primés par Projet Censuré en 2009, ont mis en évi­dence la mili­ta­ri­sa­tion de la zone de libre échange d’Amérique du Nord. Ce pro­gramme essen­tiel de l’administration Bush a été passé sous silence par les médias domi­nants. Et pour cause : il sert les inté­rêts de quelques mul­ti­na­tio­nales, incluant des consor­tium de presse. Bien que durant sa cam­pagne élec­to­rale pré­si­den­tielle Barack Obama ait publi­que­ment émis des réserves sur la pour­suite de l’ALENA, son admi­nis­tra­tion n’a rien changé au dispositif.

Des diri­geants du Canada, des Etats-Unis et du Mexique ont tenu des réunions secrètes visant à élar­gir l’Accord de libre échange d’Amérique du Nord (ALENA) (en anglais : North American Free Trade Agreement —NAFTA). Ce bloc com­mer­cial qui fixe une zone de libre échange est entré en vigueur en jan­vier 1994 avec l’« inté­gra­tion appro­fon­die » d’une force tri­na­tio­nale et pour­suit des objec­tifs de mili­ta­ri­sa­tion au nom de la « sécu­rité intérieure ».

La Société dite « de sécu­rité et de pros­pé­rité » (SPP) qui a pris corps sous ces gou­ver­ne­ments, dans le plus grand secret et en dehors de toute consi­dé­ra­tion d’ordre public —elle a établi ses bureaux cen­traux à Washington—, se pro­pose de regrou­per les trois pays en un seul bloc poli­tique, éco­no­mique et militaire.

La SPP a été créée lors d’une réunion entre les pré­si­dents George W. Bush (USA), Vicente Fox (Mexique) et le Premier ministre Paul Martin (Canada) à Waco, au Texas, le 31 mai 2005. Le site Web offi­ciel des Etats-Unis décrit la SPP comme « une ini­tia­tive entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique diri­gée par la Maison-Blanche pour ren­for­cer la sécu­rité et accroître la pros­pé­rité… » La SPP n’est le fruit ni d’une loi, ni d’un traité, ni d’un d’accord. N’importe laquelle de ces défi­ni­tions exi­ge­rait une dis­cus­sion publique, et la par­ti­ci­pa­tion de parlementaires.

La SPP a vu le jour sous l’ère de la « guerre contre le ter­ro­risme », et tra­duit le souci exces­sif de la sécu­rité, tel que l’interprète le Département US de la sécu­rité de la Patrie. Ses accords auto­risent des actions mili­taires fron­ta­lières, l’entraînement de poli­ciers, la moder­ni­sa­tion de l’équipement et l’adoption de nou­velles tech­no­lo­gies, le tout dans la logique de la croi­sade contre le ter­ro­risme menée par les Etats-Unis. La secré­taire à la Sécurité de la Patrie, la secré­taire d’Etat et le secré­taire aux Finances sont les trois hauts fonc­tion­naires dési­gnés pour assis­ter aux confé­rences minis­té­rielles de la SPP.

Les mesures des­ti­nées à coor­don­ner la sécu­rité ont exercé une pres­sion sur le Mexique pour l’obliger à mili­ta­ri­ser sa fron­tière sud. Les forces mili­taires US qui opèrent déjà au Mexique, ainsi que les effec­tifs de la DEA (Drug Enforcement Administration) et du FBI, orga­nisent des pro­grammes d’entraînement pour l’armée mexi­caine (actuel­le­ment impli­quée dans la guerre contre les drogues), la police fédé­rale et les unités de ren­sei­gne­ment. Le jour­na­liste Stephen Lendman explique qu’une page du manuel d’instruction du Pentagone sug­gère une inva­sion de ce pays par les Etats-Unis en cas de désta­bi­li­sa­tion, ou si le gou­ver­ne­ment mexi­cain se trou­vait menacé d’un ren­ver­se­ment pro­vo­qué par un « chaos éco­no­mique et social géné­ra­lisé », sus­cep­tible de com­pro­mettre les inves­tis­se­ments des Etats-Unis, l’accès au pétrole, le fonc­tion­ne­ment mon­dial du com­merce, et de déclen­cher une émi­gra­tion mas­sive vers le Nord.

L’influent dépar­te­ment de la Défense natio­nale du Canada, avec son nou­veau chef d’état-major de la défense et le ministre de la Défense sont éga­le­ment ali­gnés sur cette posi­tion. Ils sont contraints d’accroître les dépenses mili­taires du pays et de suivre les USA dans leur « guerre contre le terrorisme »

La SPP a créé le Conseil pour la com­pé­ti­ti­vité d’Amérique du Nord (NACC) qui fonc­tionne comme un groupe offi­ciel de tra­vail tri­na­tio­nal. Il réunit des repré­sen­tants d’une tren­taine de com­pa­gnies géantes d’Amérique du Nord, dont General Electric, Ford Motors, General Motors, Wal-Mart, Lockheed-Martin, Merck et Chevron.

Les recom­man­da­tions du NACC sont axées sur la « par­ti­ci­pa­tion du sec­teur privé », consi­dé­rée comme « un fac­teur déci­sif pour amé­lio­rer la posi­tion concur­ren­tielle des Etats-Unis sur les mar­chés du monde et comme un cata­ly­seur de l’innovation et de la crois­sance ». Le NACC a insisté sur l’importance de la mise en place d’une poli­tique des­ti­née à maxi­mi­ser les gains.

L’agenda fixé par les USA pri­vi­lé­gie l’accès sans entrave des com­pa­gnies pétro­lières aux res­sources natu­relles cana­diennes et mexi­caines, notam­ment au pétrole et à l’eau. Le Conseil de com­pé­ti­ti­vité US sti­pule que « la pros­pé­rité des Etats-Unis se base essen­tiel­le­ment sur un appro­vi­sion­ne­ment sûr en éner­gie impor­tée ». La sécu­rité éner­gé­tique des USA est consi­dé­rée comme une prio­rité abso­lue, si bien qu’on incite le Canada et le Mexique à auto­ri­ser la pri­va­ti­sa­tion des entre­prises gérées par l’Etat, comme la com­pa­gnie pétro­lière publique du Mexique Pemex –Petroleos Mexicanos. En jan­vier 2008, Halliburton [la mul­ti­na­tio­nale ancien­ne­ment diri­gée par le vice-pré­sident Dick Cheney] a signé un contrat avec Pemex d’un mon­tant de 683 mil­lions de dol­lars pour le forage de 58 nou­veaux puits de pétrole dans les Etats de Chiapas et de Tabasco, ainsi que pour super­vi­ser l’entretien des oléo­ducs. Il s’agit du plus récent des contrats, pour un mon­tant de 2 mil­liards de dol­lars, décro­ché par Halliburton avec Pemex sous les gou­ver­ne­ments de Calderon et de Fox, ce qui, de l’avis de l’opposition, n’est que la façade publique de la pri­va­ti­sa­tion prônée par le capi­tal mono­po­liste US [1]. La poli­tique des Etats-Unis cherche aussi à s’assurer un accès illi­mité aux res­sources hydriques du Canada.

Connie Fogal, du Parti Canadian Action, a déclaré : « Le SPP est une prise de pos­ses­sion fran­che­ment hos­tile de l’appareil du gou­ver­ne­ment démo­cra­tique… Un coup d’Etat dirigé contre les opé­ra­tions des gou­ver­ne­ments du Canada, des USA et du Mexique ».

Projet de super-voies de com­mu­ni­ca­tions du NAFTA

Mise à jour de Stephen Lendman

La 4e Réunion de la SPP s’est tenue à la Nouvelle Orléans du 22 au 24 avril 2008 en pré­sence de George Bush, du Premier ministre cana­dien Stephen Harper, et du pré­sident mexi­cain Felipe Calderon. Un groupe de mani­fes­tants a orga­nisé ce qu’ils ont appelé le « Sommet du peuple », avec des mee­tings dans les rues et des ate­liers de dis­cus­sion dans les centre de tra­vail pour infor­mer les gens du carac­tère des­truc­teur de la SPP, ren­for­cer les liens orga­ni­sa­tion­nels et les contacts, main­te­nir l’information en ligne sur ses acti­vi­tés, encou­ra­ger les efforts pour ral­lier davan­tage de sou­tien et expri­mer leur déter­mi­na­tion de conti­nuer de résis­ter à une poli­tique extrê­me­ment répres­sive et finan­cée par les socié­tés corporatives.

Cette coa­li­tion a des alliés au Congrès. En jan­vier 2007, le repré­sen­tant répu­bli­cain Virgil H. Goode et ses six copar­rains ont pré­senté la Résolution concur­rente nº 40 de la Chambre des repré­sen­tants, qui tra­duit « le sen­ti­ment du Congrès, selon lequel les Etats-Unis doivent s’abstenir de s’impliquer dans un sys­tème d’autoroutes [en éta­blis­sant un NAFTA] ou d’entrer dans la NAU avec le Mexique et le Canada »

Le Sommet d’avril a confirmé les inten­tions de la SPP de créer une Amérique du Nord sans fron­tières, de dis­soudre la sou­ve­rai­neté natio­nale, d’asseoir le contrôle des géants cor­po­ra­tifs et de réser­ver la meilleure part du gâteau aux grandes com­pa­gnies US. Il pro­pose éga­le­ment de trans­for­mer l’Amérique du Nord en une for­te­resse par la mili­ta­ri­sa­tion du conti­nent sous le com­man­de­ment des Etats-Unis.

La SPP a un site Web mon­trant des « succès impor­tants » depuis août 2007, mis en jour en date du 22 avril 2008. L’information est trop détaillée pour cette mise à jour, mais on se réfé­rera au docu­ment télé­char­geable au bas de cette page.

Ce site offre une liste assez com­plète : prin­cipes adop­tés, accords bila­té­raux conclus, négo­cia­tions enga­gées, éva­lua­tions d’études publiées, accords signés sur le « libre flux des infor­ma­tions », acti­vi­tés ayant trait à l’accomplissement de la loi, efforts liés à la pro­priété intel­lec­tuelle, au trans­port rou­tier aux fron­tières et sur de longues dis­tances, pro­cé­dures pour les permis d’importation, affaires rela­tives à la sécu­rité des pro­duits et de l’alimentation, thèmes liés à l’énergie (axée essen­tiel­le­ment sur le pétrole), déve­lop­pe­ment de l’infrastructure, ges­tion des situa­tions d’urgence, et bien d’autres infor­ma­tions. Le tout exposé sur un ton appa­rem­ment modéré pour bien dis­si­mu­ler l’objectif conti­nen­tal : per­mettre une exploi­ta­tion cor­po­ra­tive amé­lio­rée dans la plus grande dis­cré­tion possible.

La mili­ta­ri­sa­tion concerne le Commandement Nord (Northcom), activé en octobre 2002, dont la zone d’opération com­prend l’espace aérien, ter­restre et mari­time sur le conti­nent sans que soient pris en compte les limites du Posse Comitatus, qui ne sont plus appli­quées, ou les fron­tières sou­ve­raines qui sont faci­le­ment effa­çables. Le dépar­te­ment de la Sécurité de la Patrie (DHS) et le Bureau d’immigration et du contrôle des douanes (ICE) jouent éga­le­ment un rôle impor­tant. Tout comme le FBI, la CIA et toutes les agences d’espionnage des USA, la police locale et fédé­rale mili­ta­ri­sée, les forces de la Garde natio­nale et les mer­ce­naires para­mi­li­taires en pro­ve­nance de Blackwater USA. Ils sont dépê­chés dans n’importe quel point du conti­nent avec l’autorisation d’opérer aussi libre­ment qu’en Irak ou dans la Nouvelle Orléans d’après le pas­sage de l’ouragan Katrina. Ils pour­raient trans­for­mer toutes les rues du conti­nent en nou­velles ver­sions de Bagdad et créer des condi­tions pour vivre sur la lune, le cas échéant.

Il existe d’autres pro­ces­sus de mili­ta­ri­sa­tion. Le 14 février 2008, les Etats-Unis et le Canada sont conve­nus d’autoriser la pré­sence de troupes US au Canada. Les citoyens cana­diens n’ont pas été mis au cou­rant de cet accord, dont le brouillon a été rédigé en 2002. Le docu­ment n’a pas non plus été dis­cuté au Congrès ni à la Chambre cana­dienne des Communes (Canadian House of Commons). L’accord pré­voit l’« inté­gra­tion bila­té­rale » des struc­tures de com­man­de­ment mili­taire pour l’immigration, la police et le ren­sei­gne­ment, ou toute autre struc­ture que le Pentagone ou Washington sou­hai­te­rait. En des termes plus géné­raux, il s’inscrit dans la « guerre contre la ter­reur » et la mili­ta­ri­sa­tion du conti­nent. Pour le rendre « plus sûr » pour les affaires et faire face à toute forme d’opposition civile.

Le Mexique est un autre objec­tif, avec un « Plan Mexique » annoncé en octobre 2007. Il s’agit d’un plan de sécu­rité pour le Mexique et l’Amérique cen­trale bap­tisé « Initiative Mérida », qui se monte à 1,4 mil­liard de dol­lars en assis­tance. Le Congrès se pro­non­cera bien­tôt sur cette ini­tia­tive, pro­ba­ble­ment avant que cet article ne soit publié. Il s’agit « d’« une ini­tia­tive de coopé­ra­tion en matière de sécu­rité régio­nale », sem­blable au « Plan Colombie » et pré­sen­tée comme un effort pour lutter contre le trafic de drogue.

En réa­lité, l’Initiative Mérida fait partie de la mili­ta­ri­sa­tion du Mexique diri­gée par la SPP et ren­force l’emprise de Washington sur ce pays. La plu­part de l’aide est des­ti­née aux forces mili­taires et poli­cières du Mexique, ainsi qu’aux entre­pre­neurs privés de la défense des Etats-Unis char­gés du maté­riel, de l’entraînement et de l’entretien. La déli­cate ques­tion du déploie­ment de troupes des Etats-Unis pourra être contour­née en uti­li­sant des forces pri­vées de sécu­rité des USA, autre­ment dit Blackwater et DynCorp.

Sources

• Center for International Policy, 30 mai 2007

Titre : Deep Integration” – the Anti-Democratic Expansion of NAFTA

Auteur : Laura Carlsen

• Global Research, 19 juillet 2007

Titre : The Militarization and Annexation of North America

Auteur : Stephen Lendman

• Global Research, 2 août 2007

Titre : North American Union : The SPP is a “hos­tile takeo­ver” of demo­cra­tic govern­ment and an end to the Rule of Law

Auteur : Constance Fogal

• Etudiants cher­cheurs : Rebecca Newsome et Andrea Lochtefeld

• Tuteur : Ron Lopez, Ph.D

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