Présentation d’André Frappier

Mis en ligne le 19 novembre 2008

Candidat de Québec Solidaire, Comté de Crémazie

Au moment où les prin­ci­paux pays indus­tria­li­sés se diri­gent vers une réces­sion, le gou­ver­ne­ment Charest déclen­che des élec­tions. Quels sont ses motifs ? Derrière les pro­mes­ses et les beaux dis­cours une autre réa­lité nous inter­pelle.

Par André FRAPPIER

Durant les 5 der­niè­res années, Jean Charest a été l’artisan d’une poli­ti­que rigou­reu­se­ment anti tra­vailleurs dont le projet de loi 142 en décem­bre 2005 a été le point culmi­nant, fixant par décret les condi­tions de tra­vail et les salai­res des employés et employées de la fonc­tion publi­que du Québec.

La loi spé­ciale impose les condi­tions sala­ria­les aux 500 000 tra­vailleu­ses et tra­vailleurs du sec­teur public qué­bé­cois, dont deux années de gel, et plu­sieurs reculs majeurs au niveau des condi­tions de tra­vail dans une conven­tion d’une durée sans pré­cé­dant, dans ce sec­teur, de pres­que sept années.

On parle ici de la néga­tion de droits syn­di­caux fon­da­men­taux de près de 30 % des effec­tifs syn­di­caux qué­bé­cois.

Rappelons par­ti­cu­liè­re­ment qu’au plan sala­rial, la loi 142 a limité à un total de 8 % les aug­men­ta­tions des échel­les de salaire sur une période de près de sept ans. Il importe de le signa­ler de nou­veau aujourd’hui : ce décret sala­rial signi­fie une perte mini­male du pou­voir d’achat de 4,86 % pour les deux pre­miè­res années de cette longue conven­tion col­lec­tive impo­sée.

L’effritement consi­dé­ra­ble de la poli­ti­que sala­riale de l’État à l’égard de ses sala­riés-es et par rap­port au marché du tra­vail dans son ensem­ble com­biné à une aug­men­ta­tion de la sous-trai­tance per­mise par la loi 31 n’est pas sans consé­quen­ces. En dégra­dant les condi­tions de tra­vail et les salai­res, le gou­ver­ne­ment dégrade éga­le­ment les ser­vi­ces publics et ouvre la voie au privé.

Qu’adviendra-t-il, au cours des pro­chai­nes années, de la péren­nité des ser­vi­ces publics, de la capa­cité d’attraction du sec­teur public auprès de la main-d’œuvre qué­bé­coise dans un contexte de départ massif à la retraite en paral­lèle à des pénu­ries pro­ba­bles d’effectifs dans plu­sieurs titres d’emploi ? Est-ce que ce sont des emplois mal payés que l’on réserve à la jeune relève alors que le gou­ver­ne­ment n’a de cesse d’évoquer l’équité entre les géné­ra­tions ? Pour un gou­ver­ne­ment qui n’attend que l’occasion pro­pice pour enga­ger une opé­ra­tion d’envergure de pri­va­ti­sa­tion des ser­vi­ces publics, le décret consti­tuait une suite logi­que à ses actions anté­rieu­res.

En effet, au cours de son pre­mier mandat (2003–2007), le gou­ver­ne­ment Charest a mis en place les condi­tions néces­sai­res au déve­lop­pe­ment des PPP en créant l’Agence des par­te­na­riats public-privé et en lui confiant l’étude de plu­sieurs gros pro­jets de par­te­na­riat, dont ceux des cen­tres hos­pi­ta­liers uni­ver­si­tai­res (CHUM et CUSM).

La mise sur pied d’un groupe de tra­vail sur le finan­ce­ment de la santé, pré­sidé par Claude Castonguay, consti­tue un autre fait mar­quant du der­nier mandat libé­ral. Le rap­port du groupe de tra­vail, dévoilé en février 2008, favo­rise une mar­chan­di­sa­tion accrue des besoins essen­tiels. Il ouvre la porte à la mixité de pra­ti­que des méde­cins, l’expansion de l’assurance mala­die privée, des tari­fi­ca­tions et des pro­jets pilo­tes de ges­tion privée d’établissements de santé. Malgré une réac­tion ini­tiale du gou­ver­ne­ment Charest lais­sant croire au rejet du rap­port, on a décou­vert rapi­de­ment qu’au contraire, plu­sieurs mesu­res sont mises en chan­tier : pro­jets d’agences de santé et de ser­vi­ces sociaux ache­teu­ses de ser­vi­ces, pra­ti­ques de gou­ver­nance qui font recu­ler la par­ti­ci­pa­tion de la popu­la­tion.

Cet achar­ne­ment du PLQ de Jean Charest, depuis la cam­pa­gne élec­to­rale de 2003, contre les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les, contre le taux de pré­sence syn­di­cale au Québec, ori­gine du fait que les syn­di­cats sont les prin­ci­paux obs­ta­cles aux visées néo­li­bé­ra­les de déman­tè­le­ment des ser­vi­ces publics et d’opération de pri­va­ti­sa­tion. Les pro­mes­ses de boni­fi­ca­tion du salaire des infir­miè­res de $3,000 à $8,000 par an, appa­rais­sent donc plus clai­re­ment dans ce contexte comme un écran de fumée qui vise à nous faire oublier la stra­té­gie qu’il a mise en place depuis des années. Une solu­tion très à court terme d’ailleurs qui risque de durer que le temps des élec­tions.
En cette période d’instabilité éco­no­mi­que beau­coup plus pro­non­cée qu’en 2003, et avec le passé qu’on lui connaît, à quel type de solu­tions peut-on s’attendre de la part de ce gou­ver­ne­ment ? C’est à la lumière de cette réflexion qu’on peut mieux situer la déci­sion de Charest de déclen­cher des élec­tions main­te­nant. Il veut s’assurer d’être bien en selle afin de nous impo­ser ses solu­tions et repor­ter les effets de la crise sur les sala­riés et sur la majo­rité de la popu­la­tion.
Face à une telle situa­tion, quel­les seront les solu­tions du PQ ? Si on se fie aux décla­ra­tions de Pauline Marois cette semaine, com­ment ne pas conclure que ce sera encore nous qui allons écoper. S’il y a un point avec lequel je suis en accord avec madame Marois, c’est que les déci­sions accom­pa­gnant le défi­cit zéro de 1997 n’étaient pas une erreur en effet. Il faut se rap­pe­ler qu’à l’époque Lucien Bouchard mena­çait d’adopter une loi d’exception si les négo­cia­tions n’aboutissaient pas à récu­pé­rer 6% de la masse sala­riale des employés de l’État. C’est dans ce contexte qu’est sur­ve­nue la mise à la retraite mas­sive de 33,000 employés de l’État, situa­tion qui a per­turbé notre sys­tème de santé et d’éducation jusqu’aujourd’hui. Pauline Marois avait même imposé son véto afin de frei­ner l’arrivée de nou­vel­les infir­miè­res en nur­sing. Peu après, alors minis­tre des finan­ces, elle per­sis­tait et refu­sait d’allouer les res­sour­ces finan­ciè­res aux uni­ver­si­tés qué­bé­coi­ses pour qu’elles réac­ti­vent la for­ma­tion en scien­ces infir­miè­res même s’il était su et connu qu’il y avait pénu­rie. Quelques années plus tard en 1999, elle a fait adop­ter une loi spé­ciale for­çant le retour au tra­vail des infir­miè­res.
Si le Parti Québécois a été capa­ble d’adopter ces mesu­res anti socia­les et anti syn­di­ca­les dans une période éco­no­mi­que qui ne res­sem­ble en rien à ce qui se des­sine à l’horizon, il ne fait aucun doute qu’ils appli­que­ront la même méde­cine et dans des pro­por­tions sur­ement plus inten­ses, lorsqu’ils seront confron­tés à une réces­sion. Au-delà des pro­mes­ses miel­leu­ses c’est dans les gestes posés qu’on doit juger de la valeur d’un parti poli­ti­que.

Fait pour le moins signi­fi­ca­tif d’ailleurs, ni le Parti Libéral, ni le PQ ne parle vrai­ment de réces­sion ni de crise éco­no­mi­que. Parions qu’au len­de­main des élec­tions cela leur ser­vira de pré­texte pour jus­ti­fier un chan­ge­ment de cap.

Dans ce contexte, et à plus forte raison dans une période où les pres­sions éco­no­mi­ques se feront de plus en plus inten­ses sur l’emploi, le pou­voir d’achat et sur les bud­gets sociaux, la construc­tion de Québec Solidaire devient donc une néces­sité incon­tour­na­ble.

Nous avons besoin d’un parti qui défen­dra les inté­rêts de la majo­rité de la popu­la­tion, nos inté­rêts, contre cette logi­que qui pro­tège tou­jours les biens nantis et les gran­des cor­po­ra­tions sous pré­texte qu’ils créent de l’emploi.
Le Québec sou­ve­rain que nous vou­lons, c’est un Québec de jus­tice sociale où les condi­tions de vie et de tra­vail sont au cœur de nos prio­ri­tés, où les ser­vi­ces publics pas­sent avant les pro­fits, une société inclu­sive et sans dis­cri­mi­na­tion, une société où l’économie est pla­ni­fiée et règle­men­tée, où la survie de notre pla­nète doit déter­mi­ner nos choix de société, un Québec soli­daire avec les peu­ples du monde et qui milite pour la paix.

C’est pour­quoi je me porte can­di­dat dans Crémazie et j’entends y mettre toutes mes éner­gies !

19 novem­bre 2008

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