Billet d’humeur

Pourquoi Madame Marois ouvre-t-elle la porte de son parti au mouvement de M.Legault ?

Par Mis en ligne le 17 mai 2011

Selon La Presse, Madame Marois vient, à nouveau, d’ouvrir la porte de son parti au mouvement de M. Legault, pourvu…que ce dernier redevienne souverainiste. De deux choses, l’une. Ou il s’agit d’une pure opération de marketing politique visant à apparaître unitaire pour deux avant que le ciment ne prenne définitivement du coté de l’ADQ. Ou, plus sérieusement, il s’agit de la dernière d’une longue série d’erreurs visant à redéployer le PQ, loin à la droite du centre et ce, en parfaite continuité avec l’orientation prise par ce parti surtout depuis Lucien Bouchard.

Il y a quelque chose de pathétique à ratisser du côté de l’ADQ qui, sur le plan de la question nationale ,a définitivement campé sa position de rejet d’une perspective indépendantiste au nom d’un autonomiste flou qui n’a même plus rien à voir avec le rapport Allaire, l’un des actes fondateurs de ce parti.

Parti politique du petit patronat de choc, dirigé par des anti-syndicalistes de combat, tels MM. Deltell et Garcia, ce parti se comporte de plus en plus comme un relais, au Québec du projet néolibéral de M. Harper. On comprend tout à fait M. Legault de lancer une OPA semi-hostile sur ce parti avec l’appui enthousiaste des commentateurs de Power Corporation. Il a montré patte blanche en renonçant à la souveraineté et la perspective d’unification d’une droite dure en vue des prochaines élections nuirait sans doute au PQ dans plusieurs circonscriptions. Une droite dure mais pas folle. Le dernier Conseil Général de l’ADQ a pris soin d’édulcorer les aspects trop radicaux de son vrai programme en évitant de toucher par exemple à Hydro-Québec.

Électoralisme oblige.

Mais que vient faire Mme Marois dans cette galère ? Pourquoi cet aveuglement à vouloir convaincre M. Legault de revenir au bercail ? En fait, c’est une très vieille histoire, celle un peu triste d’un parti politique qui dès sa naissance, bien qu’en s’appuyant sur les classes populaires, a toujours rêvé de mobiliser les forces du Québec inc. pour réaliser son projet et n’a jamais compris que cette classe dominante francophone n’a pas d’intérêts fondamentalement distincts de ceux des dominants nord-américaine. Pas au point d’assumer le risque d’une rupture de la forme de l’État qui serait porteuse d’espoir pour les forces sociales progressistes qui appuient le projet.

C’est le rêve brisé de Jacques Parizeau. On ne peut douter de l’intégrité de l’homme, de la profondeur et de la sincérité de ses convictions indépendantistes et de son sens du service public. Son nom restera dans l’histoire comme l’un des fondateurs de cette Caisse de dépôt, que veulent justement affaiblir les petits requins de l’ADQ. Il voulait construire un État. Les idéologues de chambre de commerce qui dirigent l’ADQ veulent le détruire. M. Parizeau n’a jamais réussi à rallier les dominants francophones du Québec à son projet. A son grand regret.

Mme Marois peine à comprendre que M. Legault, en laissant derrière lui le projet indépendantiste pour une messe avec l’ADQ, a sans doute trahi les intérêts de son ancien parti, mais s’est réconcilié pleinement avec ceux de sa classe sociale : le patronat québécois. Duquel les indépendantistes n’ont rien à attendre sinon des Garcia qui en 1995, pendant le référendum, hurlaient qu’il fallait non seulement battre mais écraser le camp du OUI.

Rien à attendre du patronat québécois, sinon des Bouchard qui fait profession de lutter contre les intérêts des syndiqués. Si Mme Marois veut faire triompher le projet indépendantiste, c’est autour des intérêts des classes populaires et des classes moyennes qu’elle doit le construire. C’était le projet des militants de SPQ libre. C’était. Car, Mme Marois a liquidé ce groupe comme entité reconnue à l’intérieur de son parti et ce dans l’indifférence générale. Voilà qui en dit long sur la capacité du PQ de se ressaisir.

Notre cher patronat et la corruption

Comme une éponge oubliée dans le désert depuis 2000 ans, notre cher patronat québécois a, ces 20 dernières années, absorbé les thèses néolibérales en vitesse grand V et ce, même s’il s’est largement nourri des largesses de l’État sous forme de dégrèvements, subventions, crédits et autres contrats. Laissons à d’autres le soin de s’indigner de leur ingratitude envers l’État. Nous savons que c’est dans leur nature d’agir ainsi. Contentons nous de souligner que comme des millions de personnes au Québec nous avons de bonnes raisons de croire qu’une partie de ce patronat est en voie de criminalisation et qu’une commission d’enquête s’impose plus que jamais pour commencer à faire le ménage.

La corruption n’est pas qu’une question d’éthique personnelle où il s’agirait de mobiliser le système judiciaire pour disposer de quelques fruits pourris. C’est un système parasitaire où s’imbrique, de mille et une manières, des éléments issus des élites politiques et du monde des affaires afin de faire ponction sur la richesse publique et réguler de façon occulte les mécanismes d’adjudications.

Ce système présuppose un affaiblissement du réseau public, de ses savoir faire, et un discours de mépris quotidiennement distillé dans les médias sur le service public, les fonctionnaires et leur travail. Ce système présuppose également un affaiblissement des contre pouvoirs au niveau local, comme le syndicalisme par exemple. Ce système présuppose la domestication d’une presse de plus en plus concentrée et convergente et la disparition du journalisme d’enquête au profit des pages d’opinions remplies par des chroniqueurs le plus souvent appartenant à la droite dure.

En clair, la lutte contre la corruption, au-delà des opérations policières ponctuelles, repose sur une mobilisation de la société civile, des législations qui forcent la transparence et une véritable presse libre aux mains des groupes de citoyens et citoyennes. Ça passe également par une éducation citoyenne axée sur le respect de la chose publique et du bien commun. Tout un programme.

 

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