FNEEQ-CSN

Pour une vision globale de l’éducation

30 avril 2016 | Réginald Harvey - Collaborateur | Éducation

Mis en ligne le 03 mai 2016
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Photo : Michaël Monnier Le DevoirDes étu­diants du cégep du Vieux-Montréal Ce texte fait partie d’un cahier spé­cial. Une fois l’équilibre bud­gé­taire atteint, l’éducation serait deve­nue une prio­rité natio­nale, selon les dires du gou­ver­ne­ment Couillard… La Fédération natio­nale des ensei­gnantes et des ensei­gnants du Québec (FNEEQ-CSN), pré­sente en ensei­gne­ment supé­rieur, réfute de telles allé­ga­tions. Elle entend d’ailleurs pour­suivre, voire accen­tuer, sa lutte contre les choix poli­tiques des gens au pou­voir.

Il appa­raît clai­re­ment que le der­nier budget du Québec ren­fer­mait des com­pres­sions moins impor­tantes que les pré­cé­dentes. La pré­si­dente de la FNEEQ, Caroline Senneville, est convain­cue que les pres­sions des syn­di­cats et des citoyens ont porté leurs fruits à cet égard : « Il y a eu un tout petit peu de nous autres là-dedans. » Elle en veut pour preuve la cam­pagne « Je pro­tège mon école publique » à tra­vers laquelle « on a senti dans la popu­la­tion, en regar­dant les médias jour après jour, qu’elle se pré­oc­cu­pait des effets des coupes ».

Le mal a été moindre, mais l’opération min­ceur s’est pour­sui­vie, comme elle l’indique : « Pour les cégeps, le budget total est de 1,8 mil­liard en 2016-2017 alors qu’il se situait à 1,77 mil­liard il y a deux ans. » En tenant compte de l’augmentation du coût de la vie, cette hausse appa­raît comme minime, sinon inexis­tante : « Quand la fac­ture d’électricité des par­ti­cu­liers aug­mente, celle des cégeps grimpe aussi. » Il appa­raît donc « qu’on a fait en sorte de mettre un baume, mais que la bles­sure est loin d’être guérie ».

Il en découle que les jeunes qui ont été privés de ser­vices vont conti­nuer d’en subir les consé­quences durant le reste de leur par­cours, ce qui entraî­nera au bout du compte des coûts sup­plé­men­taires dans le sys­tème. Et pour les uni­ver­si­tés, la situa­tion n’est guère plus relui­sante : « Le réin­ves­tis­se­ment est par­ti­cu­liè­re­ment faible et presque deux fois moindre que dans le col­lé­gial ; il suffit à peine à tenir la tête hors de l’eau et il n’est pas à la hau­teur des attentes pour répondre aux besoins. » Elle en conclut « qu’il est ques­tion de prio­rité natio­nale dans le dis­cours mais pas dans les faits ».

La pré­si­dente se tourne vers le passé pour illus­trer ce qu’elle conçoit comme une véri­table prio­rité natio­nale en édu­ca­tion : « Il faut avoir une vision de cette édu­ca­tion. On ne peut pas parler de la Révolution tran­quille dans l’ignorance de tout ce qui s’est alors passé dans ce domaine ; il s’est agi là d’un pilier impor­tant de tout ce bond en avant qui a façonné la société qué­bé­coise. »

Et qu’en est-il main­te­nant ? « On essaie de récu­pé­rer le dis­cours public, mais ça ne s’incarne pas dans une vision large de l’éducation dans la société. On parle de bras­ser à nou­veau les struc­tures au pri­maire et au secon­daire ; en ensei­gne­ment supé­rieur, on veut atti­rer des étu­diants inter­na­tio­naux, ce qui est payant ; on s’applique à se coller sur le marché de l’emploi pour lequel on va former des jeunes à des jobs qui n’existeront même plus dans 30 ans. »

Elle s’interroge : « Qu’en est-il de ces jeunes-là comme citoyens à part entière ? Il y a en cette matière une vision à la pièce qui est un peu beau­coup uti­li­ta­riste. Il n’y a pas cette vision d’ensemble ou glo­bale néces­saire qui sert à prendre en compte les pré­oc­cu­pa­tions envi­ron­ne­men­tales, la tran­si­tion éner­gé­tique, les bou­le­ver­se­ments sociaux, l’intégration de l’immigration et la for­ma­tion conti­nue des tra­vailleurs, pour laquelle on figure d’ailleurs encore au dixième rang des pro­vinces. »

Continuons le combat…

Il n’est pas ques­tion pour la FNEEQ de sou­te­nir la gou­ver­nance libé­rale malgré l’entente sur­ve­nue lors des négo­cia­tions dans le sec­teur public. Caroline Senneville prend posi­tion : « La lutte syn­di­cale large demeure sur les attaques qu’on a subies. On a ciblé cer­tains dos­siers, comme celui des centres de la petite enfance [CPE] ; c’est la pre­mière étape dans le sys­tème d’éducation et, là encore, il y a un manque de vision. »

À l’occasion du 1er mai, elle sou­ligne qu’il y aura des mani­fes­ta­tions dans toutes les régions ; on va se déployer par­tout pour défendre le « Québec qu’on a à coeur ». À plus long terme, elle pose le constat que le gou­ver­ne­ment est encore là pour plu­sieurs mois ou années : « Notre lutte doit être envi­sa­gée sur un hori­zon de 2018 et faire en sorte d’influencer for­te­ment la mobi­li­sa­tion citoyenne autour du moment démo­cra­tique fort que sont les élec­tions. »

Entre-temps, dans un contexte où le gou­ver­ne­ment subit des coups durs à répé­ti­tion sur le plan de l’intégrité, elle four­nit cette expli­ca­tion sur le fait qu’il récolte malgré tout l’appui de l’électorat dans les son­dages : « La lec­ture que je fais de ce com­por­te­ment, c’est que l’insatisfaction popu­laire ne se cana­lise pas dans un parti poli­tique ; aucun de ceux qui existent ne réus­sit à le faire actuel­le­ment. »

Elle attri­bue lar­ge­ment cette atti­tude à la ques­tion natio­nale : « Celle-ci est encore en flot­te­ment. On se trouve tou­jours en pré­sence d’un parti sou­ve­rai­niste et on a des fédé­ra­listes qui ne sou­haitent plus ouvrir le dia­logue pour inté­grer le Québec dans la Constitution. On ne sait vrai­ment plus vers qui se tour­ner. »

Caroline Senneville lance que « c’est un peu schi­zo­phré­nique ce qu’on vit ! Beaucoup de gens font sem­blant que cette situa­tion n’existe pas et sont tannés d’en parler pour toutes sortes de bonnes rai­sons. C’est là un fait plutôt qu’une cri­tique et cela fait que, poli­ti­que­ment, quand il y a des enjeux sociaux qui se dégagent, comme c’est le cas depuis plu­sieurs années, notam­ment avec le prin­temps érable qui était quand même quelque chose, il n’y a pas de parti poli­tique qui soit capable de cana­li­ser cette volonté popu­laire de façon majo­ri­taire ».

D’où l’importance qu’elle accorde à la lutte syn­di­cale : « Notre vision poli­tique ne cor­res­pond pas aux mesures d’austérité que nous avons connues au cours des der­nières années et nous allons devoir cana­li­ser les éner­gies dans ce sens-là. »

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