Pour que la gauche n’ait plus honte d’être mal-à-droite

Par Mis en ligne le 09 janvier 2010

Michel Vanni, L’Adresse du poli­tique. Essai d’approche res­pon­sive, Paris, Cerf, 2009, 320 p., 24 € Bernard Waldenfels, Topographie de l’étranger, trad. F. Gregorio, F. Moinat, A. Renken et M. Vanni, Paris, Van Dieren Éditeur, col­lec­tion « Par Ailleurs Riponne », 2009, 228 p., 22 € Camille de Toledo, Le Hêtre et le Bouleau. Essai sur la tris­tesse euro­péenne, suivi de L’Utopie lin­guis­tique ou péda­go­gie du ver­tige, Paris, Seuil, 2009, 212 p., 16 € GX Jupitter-Larsen, Saccages. Textes 1978-2009, Paris, Van Dieren Éditeur, col­lec­tion « Rip on/​off », 2009, 28 € (avec CD inclus)

Par Yves Citton

Et s’il fal­lait conce­voir la poli­tique comme rele­vant d’une réponse for­cé­ment mal­adroite, à une ques­tion dont on ne sait jamais si elle se pose vrai­ment, ni à qui ? Et si l’incertitude dont témoigne cette ques­tion pou­vait être perçue, dans l’Europe d’aujourd’hui, avec autre chose que de la tris­tesse, de la culpa­bi­lité ou du dépit ? Et si l’on essayait de redé­fi­nir la conscience de « gauche » par le fait d’être « mal-à-droite » ?

C’est d’une façon remar­qua­ble­ment déses­pé­rée qu’ont été célé­brés, cet automne, les vingt ans de la chute du Mur. Alors que les qua­rante ans de mai 1968 avaient au moins été l’occasion de réchauf­fer quelques vieilles polé­miques, l’effondrement du Rideau de fer a fait l’objet d’une jubi­la­tion par­fai­te­ment para­ly­sée : bien sûr que per­sonne – à part quelques vieux Ostalgiques obser­vés avec un amu­se­ment condes­cen­dant – ne regrette l’avant ; bien sûr que tout le monde repense avec émo­tion à la déli­cieuse sur­prise éprou­vée sur le moment, à la vue d’un effon­dre­ment aussi rapide et iré­nique. Quant à en tirer quelque chose à espé­rer pour l’avenir, ou même pour le pré­sent, il aurait sans doute été consi­déré comme naïf d’en expri­mer le désir. La droite se contente d’y voir le triomphe de la « liberté » sur le « tota­li­ta­risme » . La gauche ne peut ni reven­di­quer un passé (« socia­liste démo­cra­tique ») peu glo­rieux, ni se rete­nir d’idéaliser l’époque d’avant-la-Chute (les « Trente glo­rieuses »), au cours de laquelle la peur du rouge per­met­tait quand même de conte­nir la domi­na­tion aujourd’hui effré­née du capi­ta­lisme conqué­rant.

Un phi­lo­sophe passe à tra­vers le mur

Quelques livres récents enjambent heu­reu­se­ment la (vraie) fron­tière qui conti­nue à sépa­rer la France et l’Allemagne pour repeu­pler ce […] 

Les commentaires sont fermés.