Pour Obama, aucune occasion n’est trop belle pour être ratée (The Nation)

Par Mis en ligne le 06 janvier 2010

Contrairement à d’innombrables com­men­taires, la débâcle à Copenhague n’est pas la faute à tout le monde. Elle n’a pas eu lieu parce que les êtres humains seraient inca­pables de s’entendre, ou parce qu’ils seraient intrin­sè­que­ment auto­des­truc­teurs. Ce n’était pas non plus la faute à la Chine, ni à la mal­heu­reuse ONU.

Beaucoup de torts sont à par­ta­ger, mais il y a un pays qui était le seul à déte­nir le pou­voir de chan­ger la donne. Il n’en a rien été. Si Barack Obama était venu à Copenhague avec l’engagement trans­for­ma­teur et entrai­nant de sortir l’économie US de la dépen­dance des car­bu­rants fos­siles, tous les autres pays émet­teurs auraient suivi. L’UE, le Japon, la Chine et l’Inde avaient tous pré­cisé qu’ils étaient prêts à s’engager plus loin, mais uni­que­ment si les Etats-Unis mon­traient l’exemple. Au lieu de cela, Obama est arrivé avec des objec­tifs hon­teu­se­ment minimes et tous les gros pays pol­lueurs se sont ali­gnés sur lui.

(l’”accord” qui fut fina­le­ment imposé n’est rien de plus d’un médiocre pacte entre les pays les plus pol­lueurs : allez, je fais sem­blant que tu fais quelque chose pour le climat si toi tu fais sem­blant que moi je le fais. D’ac ? D’ac.)

Je com­prends tous les argu­ments sur les pro­messes qu’on ne peut pas tenir, sur le dis­fonc­tion­ne­ment du Sénat US, sur l’art du pos­sible. Mais épar­gnez-moi le dis­cours sur le peu de pou­voir que le pauvre Obama aurait entre ses mains. Aucun pré­sident depuis le Président Roosevelt n’a eu autant d’occasions pour trans­for­mer les Etats-Unis en quelque chose qui ne soit plus une menace pour la vie sur terre. Il a refusé de les saisir, toutes. Examinons les trois plus impor­tantes.

Occasion ratée Numéro 1 : le Plan de Relance

Lorsqu’Obama a pris ses fonc­tions il avait les mains libres et carte blanche pour créer un plan de relance pour sti­mu­ler l’économie. Il aurait pu employer ce pou­voir pour lancer ce que beau­coup appellent un “New Deal” vert – pour construire le meilleur sys­tème et réseau de trans­port public au monde. Au lieu de cela, il s’est brûlé en jouant avec le feu en ten­dant la main aux Républicains, en mini­mi­sant l’ampleur du Plan de Relance et en gas­pillant une grande partie en réduc­tion d’impôts. Sûr, il a consa­cré un peu d’argent au Climat, mais les trans­ports publics ont été pra­ti­que­ment igno­rés tandis que les auto­routes qui per­pé­tuent le culte de l’automobile ont eu droit au gros lot.

Occasion ratée numéro 2 : Le sau­ve­tage des construc­teurs auto­mo­biles

Parlant de culture de l’auto, lorsqu’Obama a pris ses fonc­tions il s’est aussi retrouvé en charge de deux des trois gros construc­teurs auto­mo­biles et de toutes les émis­sions dont ils sont res­pon­sables. Un diri­geant vision­naire déter­miné à lutter contre le chaos cli­ma­tique aurait évi­dem­ment pro­fité de l »occa­sion pour réorien­ter ces indus­tries défaillantes vers la construc­tion d’une infra­struc­ture éco­lo­gique dont le monde a urgem­ment besoin. Obama a pré­féré s’en tenir à une banale restruc­tu­ra­tion, sans tou­cher aux fon­de­mentx de l’industrie.

Occasion ratée numéro 3 : Le sau­ve­tage des Banques

Il ne faut pas oublier qu’Obama a aussi pris ses fonc­tions alors que les grandes banques étaient genou à terre. Il a vrai­ment fallu faire de gros efforts pour ne pas les natio­na­li­ser. Là encore, si Obama avait osé uti­li­ser le pou­voir que l’histoire lui avait confié, il aurait ordonné aux banques de prêter l’argent pour réorien­ter la pro­duc­tion des usines et finan­cer la construc­tion d’une nou­velle infra­struc­ture éco­lo­gique. Mais il a déclaré que les gou­ver­ne­ments n’avaient pas à dicter aux banques en faillite leur ges­tion. Et main­te­nant les entre­prises éco­lo­giques signa­le­ment qu’elles n’ont jamais eu autant de mal pour obte­nir des prêts.

Imaginez si ces trois énormes moteurs de l’économie – les banques, les construc­teurs auto­mo­biles, le Plan de Relance – avaient été asso­ciés à projet éco­lo­gique commun. Dans ce cas, une loi sur l’énergie aurait pu faire partie d’un pro­gramme cohé­rent de trans­for­ma­tion.

Mais avec ou sans une telle loi, à l’heure de Copenhague, les Etats-Unis auraient été déjà bien enga­gés dans la réduc­tion radi­cale de leurs émis­sions, et auraient pu être un exemple, et non une décep­tion, pour le reste du monde.

Très peu de pré­si­dents US ont raté autant d’occasions his­to­riques. Plus qu’à tout autre, c’est à Obama qu’on doit l’échec du sommet de Copenhague.

Naomi Klein

article ori­gi­nal

http://​www​.nao​mik​lein​.org/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​2​0​0​9​/​1​2​/​o​b​a​m​a​-​n​o​-​o​p​p​o​r​t​u​n​i​t​y​-​t​o​o​-​b​i​g​-blow

Traduction le Grand Soir. Elle aurait pu rajou­ter les guerres, les tor­tures, les inter­ven­tions en Amérique latine… La liste est déjà si longue ?

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