MANIFESTE DES PROFS CONTRE LA HAUSSE

Pour la protection de la démocratie et du droit de protestation étudiants

Par Mis en ligne le 30 juillet 2012

Nous sommes professeur.e.s au sein d’institutions d’enseignement supé­rieur. Notre tra­vail est d’ouvrir avec nos étudiant.e.s des hori­zons cri­tiques qui ques­tionnent la réa­lité et qui offrent des prises sur le monde.

Nous ne nous conce­vons pas comme de simples agent.e.s de repro­duc­tion de l’ordre social, et sur­tout pas comme des offi­ciers de la répres­sion avec laquelle le pou­voir d’État qué­bé­cois a décidé d’attaquer, en la mépri­sant, la col­lec­ti­vité étu­diante. L’inique Loi 12 (ancien­ne­ment Projet de loi 78), qui cri­mi­na­lise ce qui était encore hier des droits sociaux et des liber­tés civiles, vou­drait que les professeur.e.s québécois.es com­mencent à jouer ces rôles.

Nous dénon­çons cette loi par laquelle le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois tente de créer une véri­table chaîne d’obéissance des­ti­née à faire sys­tème et à atta­quer le droit d’association, le droit de mani­fes­ter et, plus lar­ge­ment, toute « action concer­tée » au sein des ins­ti­tu­tions col­lé­giales et uni­ver­si­taires. Désormais, nul ne peut entra­ver le droit d’un.e étudiant.e de rece­voir l’enseignement. Nul ne peut contri­buer, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, à « ralen­tir, alté­rer ou retar­der » la reprise ou le main­tien des cours. Les « ras­sem­ble­ments » sus­cep­tibles de per­tur­ber le dérou­le­ment des cours sont inter­dits dans un rayon de 50 mètres des éta­blis­se­ments. Les asso­cia­tions étu­diantes, ainsi que les syn­di­cats de professeur.e.s, ont l’obligation de veiller stric­te­ment au res­pect de ces dis­po­si­tions, sous peine d’amendes exor­bi­tantes. Le minis­tère peut ordon­ner la sup­pres­sion de toutes les res­sources des asso­cia­tions étu­diantes, y com­pris les coti­sa­tions. Enfin, les col­lèges et les uni­ver­si­tés doivent com­mu­ni­quer tout ren­sei­gne­ment que le minis­tère requiert sous peine d’amendes. Sous pré­texte de pro­té­ger le droit d’accès aux cours, cette loi, d’une incroyable féro­cité, ins­ti­tue ainsi un mode de gou­ver­nance fondé sur une répres­sion admi­nis­tra­tive, judi­ciaire et poli­cière à l’égard de tous ceux et celles qui orga­ni­se­raient leurs forces pour contes­ter ses prin­cipes et son appli­ca­tion ou pour défendre toute posi­tion adop­tée en assem­blée géné­rale, notam­ment sur l’accessibilité à l’éducation supé­rieure.

Nous tenons pour inac­cep­table que les professeur.e.s québécois.es soient désor­mais contraint.e.s d’être un rouage de ce dis­po­si­tif répres­sif digne d’un roman d’Orwell. D’une part, le gou­ver­ne­ment les somme de faire fi des déci­sions col­lec­tives prises démo­cra­ti­que­ment dans les assem­blées étu­diantes, d’enseigner aux étudiant.e.s qui se pré­sentent en classe et à qui ces cours sont censés « être dus » et, ce fai­sant, de péna­li­ser ceux et celles qui res­pec­te­raient leur vote de grève. C’est une atteinte directe à la liberté de conscience poli­tique des professeur.e.s. D’autre part, la liberté de l’enseignement est l’objet d’une ingé­rence non seule­ment de la part des direc­tions d’établissements, mais aussi de qui­conque dénon­ce­rait ces professeur.e.s pour avoir « aidé ou amené une autre per­sonne » à entrer en contra­dic­tion avec cette loi.

Nous refu­sons un tel détour­ne­ment de notre tra­vail. Nous défen­dons et défen­drons tou­jours une édu­ca­tion qui ne tait aucun débat, une édu­ca­tion capable de géné­rer des convic­tions fortes et des pra­tiques concrètes.

Nous refu­sons de contri­buer à la fabri­ca­tion d’un monde marqué par la guerre de tous contre tous, la logique mar­chande, la sur­veillance mutuelle, la déla­tion, l’autocensure, la peur. Nous refu­sons que le res­pect du contrat conclu entre un éta­blis­se­ment d’enseignement et un.e étudiant.e serve à légi­ti­mer la vio­lence que l’État exerce à l’endroit des droits col­lec­tifs de nature poli­tique – droits de s’associer, d’exprimer libre­ment son opi­nion, de déci­der col­lec­ti­ve­ment, de faire grève, de mani­fes­ter.

Nous réaf­fir­mons que les déci­sions prises de façon démo­cra­tique, par des asso­cia­tions dont la légi­ti­mité est recon­nue par la loi, sont elles-mêmes légi­times.

Nous res­pec­tons le vote de grève des étudiant.e.s. Nous recon­nais­sons leur droit de pro­tes­ter sur leur lieu d’enseignement et d’interrompre les acti­vi­tés qui s’y donnent, seul moyen pour elles et eux d’avoir un pou­voir de négo­cia­tion.

Nous ne sau­rions ensei­gner à l’encontre de ces prin­cipes.

SVP mettez vos réseaux à contri­bu­tion ; faites cir­cu­ler auprès du plus grand nombre de professeur.e.s d’ici et d’ailleurs. Pour figu­rer parmi les signa­taires, écrire à l’adresse élec­tro­nique sui­vante : manifestegreveetudiante@​gmail.​com

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