Directement de Palestine

Un point tournant pour la Palestine et Israël

Par Mis en ligne le 24 juillet 2017

Depuis quelques jours dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occu­pés depuis 1967, j’observe à Jérusalem et Ramallah les affron­te­ments qui n’ont cessé depuis ven­dredi et qui ont fait plus de 450 bles­sés du côté pales­ti­nien, de même que 6 morts dont trois tués israé­liens. La plu­part des bles­sés sont de Jérusalem et de Ramallah (au nord de la ville), dont une qua­ran­taine ont été atteints par balle. Dans ces deux villes et dans d’autres endroits en Palestine, entre 75 000 et 150 000 per­sonnes ont été pré­sentes. Dans la vieille ville de Jérusalem et notam­ment autour de l’esplanade des mos­quées (al-Ḥaram aš-Šarīf), des dizaines de mil­liers de Palestiniens se retrouvent jour et nuit pour mani­fes­ter et prier. Cette espla­nade consti­tue l’un des plus impor­tants lieux saints pour les musul­mans dans le monde, ainsi que le joyau archi­tec­tu­ral de la vieille ville de Jérusalem. Depuis l’occupation israé­lienne de 1967, malgré les réso­lu­tions de l’ONU, Israël a refusé d’évacuer Jérusalem-Est où résident plus de 300 000 Palestiniens et l’a déclaré « capi­tale éter­nelle et indi­vi­sible d’Israël ».

La coopé­ra­tion avec Israël en ques­tion

Entre-temps, le pré­sident pales­ti­nien, Mahmoud Abbas, a sus­pendu les rela­tions avec l’État israé­lien. Il demande la levée des nou­velles mesures de sécu­rité et des res­tric­tions limi­tant l’entrée des Palestiniens. Pour le moment, malgré l’opinion des res­pon­sables des ser­vices de sécu­rité israé­liens qui pensent que cela a été une erreur, le cabi­net du pre­mier ministre Netanyahu a décidé de les garder en place.

Le gel des rela­tions avec Israël remet en ques­tion la coopé­ra­tion éta­blie dans le domaine sécu­ri­taire, ce qui obli­geait les forces de sécu­rité pales­ti­niennes à poli­cer les ter­ri­toires et à empê­cher les actes de résis­tance. Actuellement, plus de la moitié des employés de l’État pales­ti­nien sont des poli­ciers (plus de 83 000). Plus de 30% de l’aide consa­crée aux Palestiniens par les États-Unis et ses alliés est des­ti­née aux « ser­vices de sécu­rité », dont les bud­gets dépassent tout ce qui est dépensé pour la santé, l’éducation et la pro­tec­tion sociale. Selon plu­sieurs son­dages récents, de 60 à 80 % de la popu­la­tion pales­ti­nienne est oppo­sée à cette col­la­bo­ra­tion avec les forces de sécu­rité israé­liennes.

La ten­sion monte

Pour la popu­la­tion pales­ti­nienne, la raison invo­quée par le gou­ver­ne­ment israé­lien pour impo­ser de nou­velles res­tric­tions, à savoir l’incident armé le 14 juillet der­nier (des poli­ciers israé­liens et des com­bat­tants pales­ti­niens ont été tués sur l’esplanade) ne s’inscrivent dans une longue série de mesures par les­quelles l’État israé­lien tente d’affirmer sa sou­ve­rai­neté sur Haram aš-Šarīf, ce qui est une vio­la­tion aux accords passés il y a plu­sieurs années avec les auto­ri­tés reli­gieuses pales­ti­niennes et le gou­ver­ne­ment jor­da­nien. Déjà en 2000, une rup­ture avait été effec­tuée lorsqu’Ariel Sharon, alors ministre de la défense, avait envahi l’esplanade avec plus de 3000 sol­dats. La stra­té­gie per­pé­tuée jusqu’à aujourd’hui est d’imposer un « par­tage » du lieu saint avec les Israéliens, notam­ment les sec­teurs ultras reli­gieux qui demandent le « droit » de prier sur ces mêmes lieux. Des tra­vaux israé­liens autour et en des­sous de l’esplanade impo­sés par le gou­ver­ne­ment israé­lien à des « fins archéo­lo­giques » inquiètent éga­le­ment les Palestiniens. L’enjeu en fait dépasse les ques­tions reli­gieuses et devient un point de fixa­tion sur cette occu­pa­tion qui conti­nue depuis 1967 et dont les consé­quences sont désas­treuses pour les Palestiniens.

L’enjeu de Jérusalem

Jusqu’à l’occupation de 1967, Jérusalem-Est où se trouve éga­le­ment la vieille ville était le centre poli­tique, cultu­rel et éco­no­mique de la Cisjordanie. En annexant illé­ga­le­ment la ville, l’État israé­lien y a imposé un état d’exception per­ma­nent. Les habi­tants pales­ti­niens n’ont aucune natio­na­lité, ni israé­lienne ni pales­ti­nienne. Ils ont des permis de rési­dence qui peuvent être révo­qués selon des condi­tions éta­blies arbi­trai­re­ment. Ils ont accès à des ser­vices muni­ci­paux en des­sous de ce qui est offert à Jérusalem-Ouest. Seulement au mois de juin der­nier, plus de 125 Palestiniens de Jérusalem ont été appré­hen­dés par la police dont plu­sieurs sont placés en déten­tion admi­nis­tra­tive (sans accu­sa­tion ni procès). Les condi­tions de déten­tion incluent des méthodes psy­cho­lo­giques et phy­siques très dures et des formes de tor­ture et de mau­vais trai­te­ments.

Sur le plan éco­no­mique, l’occupation de Jérusalem-Est a des consé­quences très néga­tives pour la popu­la­tion pales­ti­nienne. Le sec­teur tou­ris­tique, tra­di­tion­nel poumon éco­no­mique, a dimi­nué consi­dé­ra­ble­ment au profit des éta­blis­se­ments de la partie ouest de la ville. De l’autre côté, l’administration israé­lienne tente de judaï­ser le pay­sage tou­ris­tique. Les efforts se concentrent sur l’encerclement de l’enceinte d’Al-Aqsa à l’intérieur et à l’extérieur de la Vieille Ville avec des sites juifs, tel l’établissement du parc à thème biblique « Cité de David », qui encercle les murailles de la Vieille Ville et englobe la majeure partie du quar­tier arabe de Wadi Hilwa.

Depuis l’érection du Mur qui sépare Jérusalem-Est de la Cisjordanie et res­treint l’accès aux Palestiniens des ter­ri­toires occu­pés, les acti­vi­tés com­mer­ciales et indus­trielles ont for­te­ment dimi­nué, d’autant plus que la taxa­tion israé­lienne frappe dure­ment les com­mer­çants pales­ti­niens, sur­tout dans les petits éta­blis­se­ments. Aujourd’hui à Jérusalem, le chô­mage frappe les jeunes, y com­pris les jeunes diplô­més qu’on retrouve en grand nombre dans les res­tau­rants comme ser­veurs ou dans la rue comme chauf­feurs de taxi. Selon des esti­ma­tions récentes, 81 % des rési­dents de Jérusalem-Est vivent en des­sous du seuil de pau­vreté (contre 28 % des citoyens israé­liens).

Le Canada com­plai­sant

Le gou­ver­ne­ment cana­dien actuel semble peu récep­tif à ces vio­la­tions de droits. Comme le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent de Stephen Harper, l’emphase est mise sur l’alliance avec l’État israé­lien et la « lutte contre le ter­ro­risme ». Fait à noter, plu­sieurs membres de la Chambre des com­munes, y com­pris au NPD, s’affichent avec des orga­ni­sa­tions qui défendent la colo­ni­sa­tion, notam­ment le grand lobby pro-israé­lien, le American Israël Public Affairs Committee (AIPAC) et le Fonds natio­nal juif. Une des excep­tions est la dépu­tée du NPD (et can­di­date à la chef­fe­rie de ce parti) Niki Ashton qui a d’ailleurs été vio­lem­ment cri­ti­quée par des groupes pro israé­liens pour avoir demandé la fin de l’enfermement de Gaza dont les consé­quences sur cette popu­la­tion sont désas­treuses.

Un virage est néces­saire

Le gou­ver­ne­ment israé­lien a visi­ble­ment commis une erreur tac­tique avec les nou­velles mesures contre l’accès aux lieux saints. Il est contesté de l’intérieur ainsi que par une partie signi­fi­ca­tive de la popu­la­tion israé­lienne qui pense que cette esca­lade ne promet rien de bon. Du côté des Palestiniens, il semble se pro­duire une conver­gence pour s’unir contre l’occupation. Il reste alors au reste du monde y com­pris le Canada d’agir, pas seule­ment avec des décla­ra­tions un peu vagues contre la vio­lence, mais avec des pres­sions orga­ni­sées et sys­té­ma­tiques pour exiger de l’État israé­lien le res­pect des droits.

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