Plus que la moitié du monde

 

FSM 2016 sigleIl y a déjà de cela plusieurs décennies, la nouvelle génération féministe était montée à l’assaut du ciel, non seulement pour confronter le capitalisme patriarcal, mais aussi pour dépoussiérer les mouvements de gauche qui pensaient encore que la lutte des femmes, c’était un « front secondaire ». Cela fait presque drôle aujourd’hui, mais il a fallu des luttes et des luttes pour faire en sorte que les mouvements populaires et les partis progressistes se « déniaisent » et portent la question de l’égalité au premier plan. Cette transformation a été bien sûr initiée et consolidée par de formidables mouvements comme la Fédération des femmes du Québec qui a réussi, en plus d’organiser des résistances immenses devant les assauts contre les droits des femmes, à « infiltrer » la conscience féministe au sein des syndicats, des groupes populaires et de tout le monde. Aujourd’hui, Québec solidaire par exemple se définit comme une organisation féministe.

 

Si le tissu culturel de la société, y compris celui des mouvements populaires, a été redéfini, il en va autrement pour la société en général. Les réseaux du pouvoir réel, pas les figurants qui vont semblant de gouverner, restent dans les mains d’une oligarchie essentiellement masculine, ce qui explique l’écart persistant entre les revenus des hommes et celui des femmes. Les pratiques sexistes et masculinistes se perpétuent allègrement dans le secret des officines corporatives, dans les médias et les institutions, y compris dans les universités. Dans le Sud global, les « nouvelles » couches prolétariennes sont majoritairement féminines, dans les ateliers de misère qui fabriquent tout ce qu’on retrouve chez Walmart, dans la gigantesque industrie du « care » et même dans l’agro-business. Sous l’apparence du « droit » et de la « loi », la discrimination continue, ce que nient des imbéciles comme la « ministre » de la Condition féminine.

 

Entre-temps, la lutte pour le respect, l’égalité, la dignité, se poursuit d’un bout à l’autre de la planète, en dépit et bien au-delà des proclamations et des conventions dites internationales (qui sont très peu respectées). C’est justement à ce propos que se déroule la bataille dans les sweatshops (ateliers de misère) où les femmes sont la grande majorité des employé-es. On espère que les syndicats vont sérieusement s’investir dans la bataille du 15 $ de l’heure, ce qui serait une grande avancée pour les millions de travailleuses des services et de l’industrie. Ces travailleuses sont par ailleurs souvent des immigrantes et des réfugiées, qui se retrouvent confinées au plus bas de l’échelle.

 

Depuis son avènement en 2001, le Forum social mondial a été un site où ces débats et ces explorations ont pris forme. Grâce aux efforts concertés des mouvements regroupés au sein de la Marche mondiale des femmes, les revendications féministes ont acquis une importance très grande. Elles se sont également « transversalisées » dans tous les mouvements et toutes les luttes. Elles ont créé un nouveau territoire politique et théorique, l’intersectionnalité, qui permet de penser la rencontre et le maillage des revendications féministes avec celles plus générales pour la justice sociale et la démocratie.

 

Au Forum social à Montréal cette année, plusieurs de ces mouvements seront présents, ainsi que des personnalités comme la Malienne Aminata Traoré, la Péruvienne Gina Vargas, les Québécoises Alexa Conradi et Manon Massé. Des militantes et des chercheures au premier plan des batailles politiques et intellectuelles seront également présentes des États-Unis, de France, du Brésil, de Palestine et d’ailleurs.

 

En regardant le chemin parcouru depuis 50 ans, je constate qu’on a perdu plusieurs fois. Mais on a gagné aussi et sur la question de l’égalité, notre monde n’est plus le même. Pour reprendre une autre vieille expression, l’oppression des femmes constitue le « maillon faible » du dispositif du pouvoir, d’où les victoires remportées sur ce terrain. Alors il faut continuer, s’entêter et aller plus loin.