En marche vers le Forum social mondial

Plus que la moitié du monde

Par Mis en ligne le 14 mai 2016

FSM 2016 sigleIl y a déjà de cela plu­sieurs décen­nies, la nou­velle géné­ra­tion fémi­niste était montée à l’assaut du ciel, non seule­ment pour confron­ter le capi­ta­lisme patriar­cal, mais aussi pour dépous­sié­rer les mou­ve­ments de gauche qui pen­saient encore que la lutte des femmes, c’était un « front secon­daire ». Cela fait presque drôle aujourd’hui, mais il a fallu des luttes et des luttes pour faire en sorte que les mou­ve­ments popu­laires et les partis pro­gres­sistes se « déniaisent » et portent la ques­tion de l’égalité au pre­mier plan. Cette trans­for­ma­tion a été bien sûr ini­tiée et conso­li­dée par de for­mi­dables mou­ve­ments comme la Fédération des femmes du Québec qui a réussi, en plus d’organiser des résis­tances immenses devant les assauts contre les droits des femmes, à « infil­trer » la conscience fémi­niste au sein des syn­di­cats, des groupes popu­laires et de tout le monde. Aujourd’hui, Québec soli­daire par exemple se défi­nit comme une orga­ni­sa­tion fémi­niste.

Si le tissu cultu­rel de la société, y com­pris celui des mou­ve­ments popu­laires, a été redé­fini, il en va autre­ment pour la société en géné­ral. Les réseaux du pou­voir réel, pas les figu­rants qui vont sem­blant de gou­ver­ner, res­tent dans les mains d’une oli­gar­chie essen­tiel­le­ment mas­cu­line, ce qui explique l’écart per­sis­tant entre les reve­nus des hommes et celui des femmes. Les pra­tiques sexistes et mas­cu­li­nistes se per­pé­tuent allè­gre­ment dans le secret des offi­cines cor­po­ra­tives, dans les médias et les ins­ti­tu­tions, y com­pris dans les uni­ver­si­tés. Dans le Sud global, les « nou­velles » couches pro­lé­ta­riennes sont majo­ri­tai­re­ment fémi­nines, dans les ate­liers de misère qui fabriquent tout ce qu’on retrouve chez Walmart, dans la gigan­tesque indus­trie du « care » et même dans l’agro-business. Sous l’apparence du « droit » et de la « loi », la dis­cri­mi­na­tion conti­nue, ce que nient des imbé­ciles comme la « ministre » de la Condition fémi­nine.

Entre-temps, la lutte pour le res­pect, l’égalité, la dignité, se pour­suit d’un bout à l’autre de la pla­nète, en dépit et bien au-delà des pro­cla­ma­tions et des conven­tions dites inter­na­tio­nales (qui sont très peu res­pec­tées). C’est jus­te­ment à ce propos que se déroule la bataille dans les sweat­shops (ate­liers de misère) où les femmes sont la grande majo­rité des employé-es. On espère que les syn­di­cats vont sérieu­se­ment s’investir dans la bataille du 15 $ de l’heure, ce qui serait une grande avan­cée pour les mil­lions de tra­vailleuses des ser­vices et de l’industrie. Ces tra­vailleuses sont par ailleurs sou­vent des immi­grantes et des réfu­giées, qui se retrouvent confi­nées au plus bas de l’échelle.

Depuis son avè­ne­ment en 2001, le Forum social mon­dial a été un site où ces débats et ces explo­ra­tions ont pris forme. Grâce aux efforts concer­tés des mou­ve­ments regrou­pés au sein de la Marche mon­diale des femmes, les reven­di­ca­tions fémi­nistes ont acquis une impor­tance très grande. Elles se sont éga­le­ment « trans­ver­sa­li­sées » dans tous les mou­ve­ments et toutes les luttes. Elles ont créé un nou­veau ter­ri­toire poli­tique et théo­rique, l’intersectionnalité, qui permet de penser la ren­contre et le maillage des reven­di­ca­tions fémi­nistes avec celles plus géné­rales pour la jus­tice sociale et la démo­cra­tie.

Au Forum social à Montréal cette année, plu­sieurs de ces mou­ve­ments seront pré­sents, ainsi que des per­son­na­li­tés comme la Malienne Aminata Traoré, la Péruvienne Gina Vargas, les Québécoises Alexa Conradi et Manon Massé. Des mili­tantes et des cher­cheures au pre­mier plan des batailles poli­tiques et intel­lec­tuelles seront éga­le­ment pré­sentes des États-Unis, de France, du Brésil, de Palestine et d’ailleurs.

En regar­dant le chemin par­couru depuis 50 ans, je constate qu’on a perdu plu­sieurs fois. Mais on a gagné aussi et sur la ques­tion de l’égalité, notre monde n’est plus le même. Pour reprendre une autre vieille expres­sion, l’oppression des femmes consti­tue le « maillon faible » du dis­po­si­tif du pou­voir, d’où les vic­toires rem­por­tées sur ce ter­rain. Alors il faut conti­nuer, s’entêter et aller plus loin.

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