Plus de 60 000 personnes en liesse

Nul n’aurait pu imaginer pareil charivari. Des hommes et des femmes de toutes les couleurs, de tous les pays et de toutes les traditions ont foulé la terre sénégalaise avec rage et espérance dimanche 6 février. Le Forum Social Mondial qui commence aujourd’hui exalte ses participants, venus nombreux à la traditionnelle manifestation d’ouverture. « Le forum est une organisation apprenante qui nous permettra de défricher des champs mal exploités » explique un anonyme de la manifestation. « L’Afrique regorge de richesses naturelles qui sont exploités par l’impérialisme. A bas la Banque Mondiale et l’OMC » hurle un autre manifestant.

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Marche d’ouvertue du FSM Dakar 2011

Le Forum Social Mondial regroupe en son sein des dizaines d’association, de partis, d’ONG et de syndicats en tout genre qui pensent qu’« un autre monde est possible ». Du temps des tyrannies, les sénégalais s’exilaient pour Dakar. La capitale sénégalaise était considérée comme un espace de liberté. Pour les manifestants, le lieu choisi pour abriter le Forum Social Mondial n’est donc pas anodin. Il s’agirait d’envoyer un message de défiance aux tyrans modernes. « L’Afrique a une histoire forte, n’en déplaise à certains dirigeants européens. Nous plaçons nos espoirs dans la Tunisie et l’Egypte maintenant. Nous voulons vivre dans un monde solidaire où les sept milliards d’individus que compte la planète vivent enfin décemment » ajoute un autre manifestant.

Commencée devant le bâtiment de la radio télévision sénégalaise, la manifestation s’est terminée dans l’enceinte de l’université Cheikh Anta Diop où la foule a pu entendre le discours du président de la Bolivie Evo Morales : « L’invasion européenne vers l’Amérique a été presque jusqu’à l’extermination du peuple bolivien. Les peuples indigènes sont entrés en résistance pour survivre. Aujourd’hui, c’est l’Humanité qui doit être sauvée du capitalisme, du néocolonialisme, de l’impérialisme nord-américain, qui détruit notre Terre Mère. Il faut identifier nos ennemis extérieurs et intérieurs pour aller de l’avant et se battre contre les élites pour retrouver notre dignité. Le capitalisme agonise : crise des banques, crise alimentaire, réchauffement climatique…Nous payons la crise du système politique qui génocide la planète, crée des inégalités, construit des murs entre les peuples et leur refuse l’accès aux droits fondamentaux. J’appelle les mouvements sociaux à s’organiser pour préparer le prochain sommet sur le réchauffement climatique ». L’heure est donc au soulèvement pour la justice et la liberté. « Là où s’abat le découragement s’élève la victoire des persévérants » disait l’ancien président du Burkina-Faso, Thomas Sankara.

Céline Trégon