Grand Moyen-Orient, Guerres ou Paix ?

Plaidoyer pour une révolution arabe

À propos du livre de Hocine Belalloufi

Par Mis en ligne le 18 février 2011
Journaliste et mili­tant poli­tique en Algérie, Hocine Belalloufi a signé en 2008 un essai « pré­mo­ni­toire » autour de l’actualité d’une nou­velle révo­lu­tion arabe, que vient spec­ta­cu­lai­re­ment remettre au goût du jour les évé­ne­ments en cours en Tunisie, au Yémen et en Egypte. En même temps que cette impo­pu­la­rité crois­sante des régimes arabes cor­rom­pus et auto­ri­taires, la recru­des­cence des agres­sions impé­ria­listes dans la région du « Grand Moyen-Orient » (GMO) (guerre du Liban en 2006, l’invasion de Gaza fin 2008), le retour à une forme de domi­na­tion directe (Afghanistan, Irak), la pour­suite de la colo­ni­sa­tion en Palestine ainsi que les menaces à l’encontre des régimes jugés « récal­ci­trants » (Iran, Syrie) remettent à l’ordre du jour la néces­sité d’une résis­tance de tous les peuples de cette région.

L’auteur pose d’emblée ce qui consti­tuera la pro­blé­ma­tique de son ouvrage : « confron­tés à l’agression amé­ri­caine qui entend rame­ner la région à l’ère tri­bale, que doivent faire les peuples du GMO ? [1] », et met aus­si­tôt le lec­teur en garde contre l’idée (sim­pliste) que l’alternative qui s’offrirait à ces peuples se limi­te­rait à un choix entre la voie dite « moder­niste » incar­née par les régimes dic­ta­to­riaux ou celle des « isla­mistes » et de leur « aven­tu­risme eth­ni­ciste ». Pour l’auteur, « ces deux voies ont beau s’opposer sur de nom­breux points, elles n’offrent aucune pers­pec­tive de libé­ra­tion réelle aux peuples de la région ». L’idée qui tra­ver­sera constam­ment le livre est qu’une autre alter­na­tive est pos­sible. En pre­nant au sérieux le projet amé­ri­cain de GMO – contrai­re­ment à l’attitude qui pré­vaut chez de nom­breuses per­sonnes en France, qui n’y voyaient que l’expression du ver­biage de G.W. Bush et de son admi­nis­tra­tion néo­con­ser­va­trice – l’auteur estime que la résis­tance achar­née que pro­voque ce projet réac­tive objec­ti­ve­ment la pers­pec­tive d’une « nou­velle révo­lu­tion arabe ».

Guerre du Liban de l’été 2006 : leçons poli­tiques et rai­sons d’une vic­toire

Cette « 6e guerre israélo-arabe » pré­sente un grand inté­rêt stra­té­gique : le succès de la résis­tance liba­naise a permis de jeter « les bases d’une stra­té­gie alter­na­tive à celle des régimes arabes et des isla­mistes – qui s’attaquent tous deux à leurs peuples ». Pour autant, de nom­breuses ques­tions ont surgi au sein du camp « démo­cra­tique » et anti-impé­ria­liste dans le monde arabe et au-delà (Europe, Etats-Unis) au sujet de la résis­tance liba­naise et de sa prin­ci­pale force poli­tique, le Hezbollah. Ce der­nier est-il un « parti isla­miste » ? La résis­tance liba­naise est-elle « isla­miste » ? Quelle atti­tude les forces pro­gres­sistes et anti-impé­ria­listes doivent-elles adop­ter face à cette résis­tance et face au « parti de Dieu » ? L’auteur répon­dra tour à tour à ces ques­tions en s’attardant sur la troi­sième, qui pré­sente pour lui un enjeu stra­té­gique majeur. S’il qua­li­fie le Hezbollah de parti islamo-natio­na­liste, la résis­tance liba­naise n’en devient pas pour autant isla­miste car « le carac­tère poli­tique de la résis­tance liba­naise découle (…) de l’objet même de son combat et non de la nature de sa direc­tion ou de sa com­po­sante sociale majo­ri­taire ». En s’opposant à l’invasion et aux inces­santes agres­sions israé­liennes, ainsi qu’aux pro­jets des puis­sances impé­ria­listes (prin­ci­pa­le­ment amé­ri­caine, fran­çaise et euro­péenne), « la résis­tance liba­naise pos­sède un carac­tère natio­nal et anti-impé­ria­liste ».

Les rai­sons de la vic­toire de la résis­tance liba­naise – dont nombre de forces poli­tiques arabes feraient bien de s’inspirer – sont, selon H. Belalloufi, dues a) à la jus­tesse de l’orientation de cette résis­tance, b) à l’habileté poli­tique du Hezbollah (dont le dis­cours est resté constam­ment et exclu­si­ve­ment poli­tique), c) à la volonté des masses liba­naises, d) au côté rela­ti­ve­ment « démo­cra­tique » du régime liba­nais ainsi qu’à la fai­blesse de celui-ci. Bien qu’entamée sur le plan mili­taire contre Israël, la bataille sur le plan interne se fera sur le ter­rain poli­tique, oppo­sant le camp pro-impé­ria­liste du bloc du 14 Mars à celui de l’opposition (dont le Hezbollah est l’un des élé­ments majeurs). La capa­cité de cette oppo­si­tion « à être can­di­date au pou­voir sur un pro­gramme natio­nal, démo­cra­tique et social sera déter­mi­nante pour l’avenir du pays du Cèdre et de son peuple ».

Contre les éra­di­ca­teurs pré­coces de tous bords

L’auteur revient au pas­sage sur le « prisme algé­rien » adopté par de nom­breux « pro­gres­sistes » – spé­cia­le­ment en France – qui consiste à assi­mi­ler le FIS au Hezbollah et à ainsi qua­li­fier la résis­tance liba­naise de confes­sion­nelle. Les consé­quences d’une telle assi­mi­la­tion sont désas­treuses, car « en refu­sant de prendre parti pour la résis­tance liba­naise sous pré­texte qu’elle serait isla­miste, [cer­taines anti-isla­mistes, démo­crates ou non] ren­voient dos à dos le colo­ni­sa­teur et le colo­nisé, le fort et le faible. Ils aident ainsi indi­rec­te­ment l’agresseur en pri­vant l’agressé de leur sou­tien ». La même assi­mi­la­tion est opérée entre le FIS et la résis­tance « isla­mique » pales­ti­nienne du Hamas et du Djihad isla­mique, deux orga­ni­sa­tions qui sont des « com­po­santes du mou­ve­ment de libé­ra­tion natio­nale », contrai­re­ment au FIS qui est un « parti fas­ciste », qui n’a pas hésité à retour­ner ses armes contre son propre peuple. S’il nous semble per­ti­nent de rap­pe­ler les dif­fé­rences pro­fondes de nature entre les orga­ni­sa­tions pré­ci­tées et le FIS, qua­li­fier ce der­nier de « parti fas­ciste » nous semble pro­blé­ma­tique, dans la mesure même où le fas­cisme ren­voie pré­ci­sé­ment à une forme de gou­ver­ne­ment qui cherche à résoudre par la force et la vio­lence une crise pro­fonde et struc­tu­relle d’une éco­no­mie capi­ta­liste avan­cée. Or, tel n’était assu­ré­ment pas le cas de l’Algérie de la fin des années 80 et du début des années 90.

La ques­tion de l’union étant cen­trale pour les forces pro­gres­sistes, il convient de mener la réflexion en évi­tant les visions uni­la­té­rales consis­tant à « refu­ser l’unité d’action avec les forces isla­mistes liba­naises ou pales­ti­niennes qui com­battent réel­le­ment Israël et l’impérialisme sous pré­texte qu’ailleurs, ou en d’autres cir­cons­tances poli­tiques, l’islamisme repré­sente l’ennemi prin­ci­pal du peuple », ou à « igno­rer le carac­tère d’ennemi de l’islamisme » sous pré­texte que l’ennemi prin­ci­pal est Israël ou l’impérialisme. L’auteur estime donc néces­saire de com­battre idéo­lo­gi­que­ment et poli­ti­que­ment – de façon certes secon­daire, mais per­ma­nente – les idées fausses et dan­ge­reuses des « partis isla­mistes », et de s’organiser de façon indé­pen­dante, voire de se défendre lorsque l’on est atta­qué par eux. Sur ce point précis, l’utilisation un peu trop vague par H. Belalloufi du terme d’« isla­misme », par­ti­cipe elle-même à cette entre­prise – qu’il dénonce pour­tant – de confu­sion des esprits en cours en Europe et aux Etats-Unis, où le terme est uni­for­mé­ment uti­lisé pour dési­gner des for­ma­tions poli­tiques n’ayant que très peu à voir les unes avec les autres. Plus encore, tout ce qui a trait de près ou de loin à l’Islam finit par être qua­li­fié d’« isla­miste », terme dont la conno­ta­tion est immé­dia­te­ment péjo­ra­tive en France, par exemple, étant donné le surin­ves­tis­se­ment idéo­lo­gique dont fait l’objet cette reli­gion.

Crise de la domi­na­tion impé­ria­liste du GMO ?

Comme nous l’avons déjà sou­li­gné, l’auteur prend au sérieux le projet amé­ri­cain de remo­de­lage du GMO, qui sous cou­vert de lutte contre le « ter­ro­risme », entend impo­ser une pax ame­ri­cana en écra­sant les régimes jugés récal­ci­trants ainsi que les mou­ve­ments poli­tiques oppo­sés à Washington et à son allié israé­lien. Citant la fameuse phrase de Lénine pour qui l’impérialisme est bien le temps des guerres et des révo­lu­tions, H. Belalloufi place ce concept d’impérialisme au cœur de son ana­lyse poli­tique de la région ; avec les Etats-Unis à sa tête, l’Union Européenne, Israël et la quasi-tota­lité des régimes arabes, le camp impé­ria­liste, en dépit des contra­dic­tions qui le tra­versent, consi­dère le régime ira­nien comme son prin­ci­pal ennemi.

Bien qu’il n’existe pas à ce jour d’alternative cré­dible à leur domi­na­tion, les com­po­santes de ce camp impé­ria­liste seraient entrées en crise. Parmi d’autres fac­teurs, la résis­tance liba­naise lors de la « 6e guerre israélo-arabe » aurait entrainé un affai­blis­se­ment des régimes arabes pro-impé­ria­listes, qui « se sont ainsi démas­qués aux yeux de leurs propres opi­nions publiques qui ont pu consta­ter que ce qui man­quait le plus à leurs diri­geants, pour résis­ter vic­to­rieu­se­ment à l’armée israé­lienne et lui infli­ger des pertes sérieuses, ce n’étaient pas des armes ou une pré­ten­due supré­ma­tie aérienne, mais la volonté poli­tique, arme que l’on trouve pour­tant en abon­dance au sein des masses arabes ». Malgré le main­tien d’une pos­ture offen­sive et en raison même de celle-ci, les bases mêmes de la domi­na­tion impé­ria­liste dans la région – et celle des régimes arabes en pre­mier lieu – se trouvent sapées, élar­gis­sant ainsi le spectre des résis­tances.

Luttes de libé­ra­tion natio­nale et luttes démo­cra­tiques et sociales

Les trois fon­de­ments de la nou­velle révo­lu­tion arabe sont consti­tués par 1) l’alliance exis­tante entre le sio­nisme et l’impérialisme, qui fait d’Israël le pre­mier et prin­ci­pal pilier de la domi­na­tion impé­ria­liste dans la région, 2) le retour à une forme de domi­na­tion mili­taire directe, comme le montrent les occu­pa­tions de l’Afghanistan et de l’Irak, et enfin par 3) le triomphe des régimes réac­tion­naires arabes. A propos de ces der­niers, l’auteur relève à juste titre que leur carac­tère auto­ri­taire pré­sente l’avantage de confé­rer « spon­ta­né­ment aux luttes sociales une dimen­sion poli­tique, ce qui consti­tue un puis­sant fac­teur de conscien­ti­sa­tion des masses ». En effet, toute reven­di­ca­tion sociale, même mini­male (par exemple contre la « vie chère ») se trans­forme en reven­di­ca­tions contre le manque de liber­tés (d’expression, d’association, syn­di­cale etc.) et par consé­quent en cri­tique du régime en place et de ceux qui en sont à la tête.
Les dif­fé­rentes formes de domi­na­tion impé­ria­liste (directe ou via des bour­geoi­sies com­pra­dores locales), ainsi que les menaces qui pèsent sur cer­tains régimes impliquent une diver­sité des formes de résis­tance des peuples de la région. Luttes de libé­ra­tion natio­nale et luttes démo­cra­tiques et sociales par­ti­cipent donc toutes deux à la résis­tance à la domi­na­tion impé­ria­liste dans la région.

Revenant sur la situa­tion par­ti­cu­lière des trois Etats dits « voyous » – Soudan, Syrie et Iran – H. Belalloufi relève que ce der­nier est « celui qui s’oppose le plus sys­té­ma­ti­que­ment à la poli­tique des Etats-Unis et de l’Union euro­péenne dans la région », fai­sant de Téhéran le « verrou poli­tique et mili­taire ultime que les impé­ria­listes vou­draient voir sauter afin d’asseoir défi­ni­ti­ve­ment leur domi­na­tion sur la région ». A l’instar de ce qui a été dit pré­cé­dem­ment au sujet du Hezbollah, l’auteur n’ignore pas les ques­tions que ne manque pas de sou­le­ver – notam­ment en France – la qua­li­fi­ca­tion du régime ira­nien de réac­tion­naire et d’anti-impérialiste. A l’appui des tra­vaux de Lénine et Trotsky, H. Belalloufi rap­pelle qu’anti­ca­pi­ta­lisme et anti-impé­ria­lisme sont loin d’être syno­nymes et « des forces petite-bour­geoises, voire bour­geoises peuvent, dans cer­taines conjonc­tures his­to­riques, s’opposer à l’impérialisme tout en défen­dant le capi­ta­lisme ou, plus exac­te­ment, pour mieux le défendre dans leur pays ». Le débat en cours sur l’attitude à adop­ter face au régime ira­nien doit donc éviter le double écueil de ne prendre en consi­dé­ra­tion que le côté réac­tion­naire de ce régime et d’oublier par là même son oppo­si­tion à l’impérialisme, à Israël et aux Etats arabes pro-impé­ria­listes, ou à l’inverse d’occulter tota­le­ment le carac­tère anti­po­pu­laire du régime ira­nien, pour ne sou­li­gner que son oppo­si­tion à l’ennemi prin­ci­pal qu’est l’impérialisme.

Dialectiques de la nou­velle révo­lu­tion arabe

L’ancienne stra­té­gie de la révo­lu­tion arabe, éla­bo­rée par l’aile gauche de la résis­tance pales­ti­nienne, pri­vi­lé­giait l’option d’une guerre popu­laire de longue durée contre l’Etat sio­niste, afin de tirer avan­tage du nombre d’habitants et de la pro­fon­deur géo­gra­phique du monde arabe. Une telle stra­té­gie eut pour consé­quence de mena­cer « direc­te­ment les régimes arabes pro-impé­ria­listes (Jordanie, Liban…), mais aussi les régimes pro­gres­sistes (Egypte, Syrie…) qui pré­fé­raient passer un com­pro­mis avec Israël et l’impérialisme plutôt que d’assumer jusqu’à ses ultimes consé­quences un affron­te­ment avec eux ». En cher­chant à faire coïn­ci­der l’agenda de la révo­lu­tion arabe avec son propre calen­drier, et en pri­vi­lé­giant exces­si­ve­ment le combat armé au détri­ment du combat poli­tique et social, la stra­té­gie adop­tée par la révo­lu­tion pales­ti­nienne condui­sit à un échec. Pour autant, l’auteur concède que « dans les condi­tions où elle se trou­vait objec­ti­ve­ment placée, la résis­tance pales­ti­nienne pou­vait dif­fi­ci­le­ment adop­ter une autre stra­té­gie que celle de la guerre popu­laire pro­lon­gée par laquelle elle concré­ti­sait l’interaction sub­jec­tive de la révo­lu­tion pales­ti­nienne et de la révo­lu­tion arabe, dont le fon­de­ment objec­tif repo­sait sur l’alliance de l’impérialisme, du sio­nisme et de la réac­tion arabe ».

Mais alors qu’elle sem­blait dura­ble­ment blo­quée, la pour­suite de la colo­ni­sa­tion de la Palestine, le triomphe des bour­geoi­sies réac­tion­naires arabes et le retour à une domi­na­tion directe de l’impérialisme vont créer les condi­tions d’une renais­sance de la révo­lu­tion arabe. Il s’agit dès lors de prendre la mesure des échecs passés et du nou­veau contexte his­to­rique.

Centralité de la révo­lu­tion pales­ti­nienne

Elle est induite par les rela­tions mêmes exis­tant entre l’impérialisme et le sio­nisme : « toute la poli­tique régio­nale des grandes puis­sances mon­diales, à com­men­cer par celle des Etats-Unis, repose sur le primat absolu de la sécu­rité d’Israël et le carac­tère indis­cu­table de la domi­na­tion de cet Etat colo­nial, raciste et expan­sion­niste ». L’Afghanistan et l’Irak sont certes occu­pés à l’heure actuelle, mais cette occu­pa­tion revêt un carac­tère pro­vi­soire et n’est pas conçue pour le long terme, contrai­re­ment à ce qui se pro­duit en Palestine.

S’agissant de la ques­tion de savoir sur quelle pro­por­tion du ter­ri­toire de la Palestine man­da­taire devait porter la libé­ra­tion, l’auteur estime que ce sont « Israël et son par­rain amé­ri­cain qui rendent pos­sible, à long terme, la libé­ra­tion de toute la Palestine ». Parmi les prin­ci­paux fac­teurs qui tendent vers une telle pers­pec­tive, se trouvent l’incapacité de la « démo­cra­tie israé­lienne » à inté­grer en son sein les citoyens « Arabes israé­liens », le refus obs­tiné d’Israël de voir érigé un Etat pales­ti­nien réel­le­ment indé­pen­dant et de res­ti­tuer les terres conquises au détri­ment de la Syrie et du Liban, ainsi que le sou­tien incon­di­tion­nel apporté à Israël par les « grandes puis­sances » et le retour de celles-ci à une poli­tique de domi­na­tion directe ou de menaces d’intervention mili­taire. A ne vou­loir rien céder, l’auteur estime qu’Israël court le risque de tout perdre. N’ignorant ni l’extrême dés­équi­libre des forces en pré­sence, ni le reflux d’une conscience anti-impé­ria­liste dans le monde arabe et ailleurs, H. Belalloufi reproche aux défai­tistes arabes de mettre constam­ment en avant le carac­tère irré­ver­sible de la colo­ni­sa­tion de la Palestine. Il estime à juste titre que toute l’expérience his­to­rique milite contre un tel défai­tisme car « la colo­ni­sa­tion ne devient irré­ver­sible que si et seule­ment l’un des deux aspects de la contra­dic­tion colo­ni­sa­teur-colo­nisé est éli­miné ».

Caractère inégal et com­biné de la nou­velle révo­lu­tion arabe

Comme l’ancienne, la nou­velle révo­lu­tion arabe a pour prin­ci­pal ennemi le sys­tème de domi­na­tion impé­ria­liste. Mais les peuples du GMO se trouvent éga­le­ment confron­tés à des « enne­mis secon­daires » presque aussi redou­tables : les régimes et forces poli­tiques mena­cés par l’impérialisme, qui tout en lui résis­tant, oppriment paral­lè­le­ment leurs peuples. Face à eux, « il convient d’éviter soi­gneu­se­ment toute approche uni­la­té­rale qui ne pren­drait pas en consi­dé­ra­tion le carac­tère contra­dic­toire de ces régimes » et d’adopter en consé­quence une poli­tique dia­lec­tique.

La nou­velle révo­lu­tion arabe pos­sède donc un carac­tère natio­nal et anti-impé­ria­liste, qui fait que « son pro­gramme poli­tique – pro­gramme de mobi­li­sa­tion et non projet de société – ne vise pas la des­truc­tion du capi­ta­lisme, l’abolition de l’exploitation et de la pro­priété privée des moyens de pro­duc­tion ». Mettre uni­que­ment en avant les reven­di­ca­tions du socia­lisme et du pou­voir ouvrier consti­tue donc un déni de la réa­lité, celle de l’oppression impé­ria­liste. H. Belalloufi invite néan­moins à rompre avec le natio­na­lisme arabe qui ren­ver­rait à l’image d’une « nation arabe » mythique ou aurait régné l’unité et la pros­pé­rité avant que le colo­nia­lisme n’advienne. Ce der­nier, en étant le « vec­teur d’un capi­ta­lisme qui bou­le­versa les socié­tés arabes et engen­dra des résis­tances sociales et poli­tiques en leur sein, créa les condi­tions maté­rielles de l’émergence d’Etas-nations modernes et ren­força la for­ma­tion de consciences natio­nales dif­fé­ren­ciées n’ayant rien d’artificiel ». L’auteur en conclut donc que « confron­tés au même sys­tème de domi­na­tion impé­ria­liste, les peuples de la région n’ont pas besoin d’une pers­pec­tive d’unification natio­nale dans le cadre d’un seul et même Etat pour consta­ter que leurs luttes sont inter­dé­pen­dantes ». Malgré cette inter­dé­pen­dance, le carac­tère inégal et com­biné de la domi­na­tion impé­ria­liste « exclut d’emblée, au stade actuel de la confron­ta­tion, tout type de stra­té­gie glo­bale et uni­forme du genre de la guerre popu­laire pro­lon­gée ». Parallèlement, « les Palestiniens n’ont pas à attendre de chan­ge­ments préa­lables dans l’ensemble du monde arabe pour déter­mi­ner le contenu, les formes et les rythmes de leur combat ».

Cinquante ans après le mou­ve­ment de déco­lo­ni­sa­tion, le GMO est aujourd’hui mûre pour une nou­velle ten­ta­tive de libé­ra­tion !

[2] Sauf men­tion, toutes les cita­tions sont extraites du livre de Hocine Belalloufi.

date :

05/02/2011 20:53


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