Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance

Plaidoyer en faveur des droits universels-L’universalisme menace-t-il la diversité culturelle ?

Perspectives

Par Mis en ligne le 12 mars 2020

Au sortir de la Deuxième Guerre mon­diale, pour tenter d’éviter un retour de la bar­ba­rie qui avait conduit à l’hécatombe dont elle venait d’être témoin, la com­mu­nauté inter­na­tio­nale s’est dotée, en 1948, de la Déclaration uni­ver­selle des droits humains. Conscients que, avec la bombe ato­mique, l’espèce humaine avait main­te­nant les moyens de s’autodétruire, plu­sieurs repré­sen­tants de divers conti­nents se sont enten­dus pour mettre en place les condi­tions per­met­tant d’assurer l’égalité des droits, le déve­lop­pe­ment et la jus­tice, seuls garants de la paix dans le monde. Depuis quelques années, cepen­dant, de nom­breux inter- venants inter­na­tio­naux remettent en ques­tion ces droits uni­ver­sels, les quali- fiant d’« occi­den­taux » et donc de « menace à la diver­sité cultu­relle ». Or, dans le monde actuel, affir­mer que les droits humains sont uni­ver­sels est plus que jamais essen­tiel à la survie de l’humanité.

Des socié­tés en muta­tion

Aujourd’hui, plu­sieurs popu­la­tions se sentent sou­vent tiraillées entre moder­nité et tra­di­tion, parce que les socié­tés sont de moins en moins homo­gènes. Ce phé­no­mène est dû à plu­sieurs fac­teurs qu’il est impor­tant de com­prendre. Premièrement, des flux migra­toires très impor­tants (voir le tableau à la page 214) contri­buent à métis­ser les socié­tés. Ces migra­tions sont notam­ment attri­buables aux guerres et aux nom­breux conflits armés, aux désastres envi­ron­ne­men­taux, et à la pau­vreté endé­mique qui sévit dans plu­sieurs régions du globe vic­times du néo­co­lo­nia­lisme. Il en résulte un intense bras­sage cultu­rel qui, s’il est source d’enrichissement, peut aussi appa­raître comme un fac­teur de désta­bi­li­sa­tion, en par­ti­cu­lier dans les pays occi­den­taux aux prises avec une démo­gra­phie vieillis­sante, ou pour des groupes mino­ri­taires qui pré­sentent une fra­gi­lité cultu­relle par­ti­cu­lière. La perte de l’homogénéité cultu­relle des socié­tés qu’entraîne l’intégration de toutes ces migrantes fait surgir des peurs iden­ti­taires et pose de nou­veaux défis. Cela est res­senti de façon encore plus intense dans les villes, parce que, en absor­bant de plus en plus de migrantes, elles deviennent gigan­tesques et se den­si­fient sans cesse, ce qui néces­site une restruc­tu­ra­tion des rap­ports sociaux tra­di­tion­nels.

Tableau I

Augmentation du nombre d’immigrantes dans le monde, entre 1990 et 2010

Pays / Région %
Canada 62
Amérique du Nord 56
Europe 71
Total Monde 73

Source : United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Popula- tion Division (2009). Trends in International Migrant Stock. The 2008 Revision (United Nations data­base, POP/DB/MIG/Stock/Rev.2008).

Deuxièmement, le monde actuel fait face à l’émergence d’une culture mo diale. On pré­sente sou­vent les satel­lites et les com­mu­ni­ca­tions qui se tissent sur la toile à la fois comme les ins­tru­ments et les sym­boles d’une mon­dia­li­sa­tion crois­sante, et cela, aux plans tant éco­no­mique, tech­nique, poli­tique que cultu­rel. On accuse sou­vent les satel­lites et Internet de mena­cer les « tribus ». Pour aller au-delà de l’ethnocentrisme de l’Occident, qui a très long­temps affirmé sa supé­rio­rité en s’attribuant le statut de « civi­li­sa­tion » et en qua­li­fiant le reste du monde de « tribus », on peut s’interroger sur l’avenir de la diver­sité cultu­relle dans ce contexte de mon­dia­li­sa­tion et de culture de masse. Partout sur la pla­nète, l’homogénéisation cultu­relle (notam­ment à la faveur de la culture états-unienne) qui accom­pagne la mon­dia­li­sa­tion amène des popu­la­tions qui subissent ce cou­rant écra­sant à craindre de perdre leur iden­tité cultu­relle.

Troisièmement, les socié­tés font face à des crises éco­no­miques à répé­ti­tion – aux­quelles s’ajoute, en Occident, un pro­ces­sus de dés­in­dus­tria­li­sa­tion –, qui s’accompagnent d’une décrois­sance et d’une forte insta­bi­lité éco­no­miques. À cause de la délo­ca­li­sa­tion de la pro­duc­tion vers le tiers-monde et les pays émer­gents ainsi que de la dégrin­go­lade de la classe moyenne dans les pays qu’on appe­lait aupa­ra­vant « riches », des popu­la­tions sentent que leurs capa­ci­tés d’accueil face à l’immigration sont deve­nues plus res­treintes. Invoquant l’état déplo­rable des finances de l’État (deve­nues exsangues à la suite du sau­ve­tage des banques et des réduc­tions d’impôt à répé­ti­tion), de nom­breux pays sabrent les pro­grammes sociaux, ce qui exa­cerbe l’insécurité des citoyennes. Or, l’histoire nous apprend que, mal­heu­reu­se­ment, l’accentuation de la frac­ture sociale entre les riches et les pauvres, l’augmentation du chô­mage et le déses­poir de s’en sortir consti­tuent des ter­rains fer­tiles pour le racisme, la vio­lence et la montée de l’extrême droite. Quatrièmement, l’humanité connaît actuel­le­ment un déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique pra­ti­que­ment hors de contrôle. Durant des cen­taines de mil­lé­naires, le pro­grès tech­nique allait de pair avec l’évolution du cer­veau humain, ce qui n’est plus le cas depuis quelques mil­lé­naires, les tech­no­lo­gies et la science évo­luant indé­pen­dam­ment de tout chan­ge­ment bio­lo­gique. Aujourd’hui, le seul ennemi de l’être humain est l’espèce humaine elle-même, et l’unique moyen de contrô­ler l’utilisation dan­ge­reuse des pro­grès tech­no­lo­giques réside dans l’organisation des socié­tés. Quand on réa­lise que des armes de des­truc­tion mas­sive sont à la portée d’êtres humains soumis aux mêmes pul­sions agres­sives que celles de Cro-Magnon – ou quand on constate sim­ple­ment les graves pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux qui menacent la pla­nète –, on doit ques­tion­ner le rela­ti­visme qui prône le res­pect inté­gral de toutes les cultures et de toutes les reli­gions, et se deman­der s’il est tou­jours aussi per­ti­nent et sou­hai­table de consi­dé­rer ce rela­ti­visme comme un absolu. Les guerres et les net­toyages eth­niques ou reli­gieux, qui ont marqué l’histoire de l’humanité, et qui sévissent encore dans de nom­breuses par­ties du globe, devraient éga­le­ment servir de son­nette d’alarme et nous faire prendre conscience des dan­gers qu’il y ait à lais­ser libre cours à tous les dik­tats cultu­rels et reli­gieux – sur­tout quand des groupes fon­da­men­ta­listes sont convain­cus de la supré­ma­tie des lois divines sur la raison et les lois humaines.

La néces­sité vitale d’une charte uni­ver­selle des droits humains

Il n’a jamais été aussi clair que tous les êtres humains sont liés devant leur destin. Nous navi­guons tous et toutes à bord du même navire. Comment alors esqui­ver les écueils qui risquent de nous faire som­brer ? Comment éviter les conflits de valeurs cultu­relles et main­te­nir la cohé­sion sociale et la paix tant à l’intérieur des socié­tés qu’entre les pays ? Comment arri­ver à pro­té­ger l’identité des cultures tout en se garan­tis­sant contre des valeurs incom­pa­tibles avec la démo­cra­tie et en limi­tant des com­por­te­ments into­lé­rables dans des socié­tés mul­ti­cul­tu­relles ? Pour rele­ver les défis du xxie siècle, l’humanité doit repen­ser son orga­ni­sa­tion sociale.

Il devient pri­mor­dial de ren­for­cer le carac­tère laïque de nos socié­tés afin d’assurer la neu­tra­lité des ins­ti­tu­tions publiques, ainsi que, dans une cer­taine mesure, celle de l’espace public. Cela sup­pose une claire sépa­ra­tion des États et des pou­voirs reli­gieux. C’est d’ailleurs la com­plète neu­tra­lité des ins­ti­tu­tions publiques, qui permet à la liberté de conscience et de reli­gion de s’épanouir et qui rend ainsi pos­sible l’inclusion des dif­fé­rentes mino­ri­tés, par­ti­cu­liè­re­ment nom­breuses dans les socié­tés mul­ti­cul­tu­relles. Ce pro­ces­sus de sécu­la­ri­sa­tion des ins­ti­tu­tions publiques doit aussi s’accompagner de la mise en place de mesures qui favo­risent l’intégration éco­no­mique, sociale et poli­tique des mino­ri­tés. Les nom­breux conflits reli­gieux qui ont cours dans le monde sou­lignent l’urgence de faire primer la raison sur les lois divines.

Dans un contexte de mon­dia­li­sa­tion, il devient impé­ra­tif de défi­nir des bases com­munes qui peuvent prendre le relais de croyances reli­gieuses et de valeurs cultu­relles qui nui­raient au déve­lop­pe­ment du vivre-ensemble pla­né­taire ; ces balises essen­tielles à toute vie sociale doivent repo­ser sur de nou­veaux fon­de­ments, c’est-à-dire les droits humains uni­ver­sels. Selon la Charte des droits, pro­mul­guée après la Deuxième Guerre mon­diale, « la recon­nais­sance de la dignité inhé­rente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inalié­nables consti­tue le fon­de­ment de la liberté, de la jus­tice et de la paix dans le monde » (Préambule de la Déclaration uni­ver­selle des droits de l’homme). Cela exige de lutter contre les vio­la­tions des droits humains et les dis­cri­mi­na­tions dont souffrent des popu­la­tions vul­né­rables – au Québec, en Chine, en Israël, en Iran, en Inde, en Arabie Saoudite et par­tout ailleurs sur la pla­nète. Cette recon­nais­sance de l’égalité en droit des êtres humains est plus vitale que jamais dans un monde aux prises avec des bou­le­ver­se­ments rapides et pro­fonds. Pour gérer les conflits, assu­rer un déve­lop­pe­ment plus har­mo­nieux des socié­tés, défendre la paix et éviter de nou­velles menaces d’autodestruction de l’espèce humaine, la com­mu­nauté inter­na­tio­nale a conçu des ins­tru­ments impor­tants (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfu­giés, Cour pénale inter- natio­nale, Conférences de l’ONU sur le climat, etc.). Malgré des déra­pages (la guerre du Golfe en 1993, par exemple), les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales jouent un rôle vital dans la pro­tec­tion des indi­vi­dus et des groupes vul­né­rables ainsi que dans le déve­lop­pe­ment des pays et la survie à long terme de l’humanité.

Les droits humains uni­ver­sels res­tent tou­jours aussi per­ti­nents, car ils ont suivi l’évolution des socié­tés devant les défis qu’elles ont dû rele­ver. L’histoire nous montre ainsi la pro­gres­sion qu’a suivie la recon­nais­sance de ces droits. La Révolution fran­çaise (1789) a d’abord permis de défi­nir la pre­mière géné­ra­tion des droits humains, à savoir les droits indi­vi­duels (reli­gion, opi­nions, liberté de conscience, etc.). Après la Deuxième Guerre mon­diale, des droits col­lec­tifs (droit d’association, droit à l’autodétermination des peuples, droit à la pro­tec­tion de sa langue et de sa culture, etc.) se sont pro­gres­si­ve­ment ajou­tés : c’est la deuxième géné­ra­tion. Enfin, depuis peu, de nou­veaux défis nous obligent à mettre en place la troi­sième géné­ra­tion des droits humains, c’est-à-dire les droits pla­né­taires (droits de l’espèce humaine au déve­lop­pe­ment, à la paix et à un envi­ron­ne­ment sain). Notons éga­le­ment que, dans dif­fé­rentes par­ties du monde, on crée des méca­nismes pour adap­ter la Charte uni­ver­selle à des contextes cultu­rels par­ti­cu­liers ; c’est par exemple ce qui a donné nais­sance à la Charte afri­caine des droits de l’homme et des peuples et à la Charte des droits fon­da­men­taux de l’Union euro­péenne. Sur tous les conti­nents, des orga­nismes tra­vaillent à pro- mou­voir les droits de la per­sonne, confir­mant ainsi que l’aspiration de l’être humain à l’égalité et à la dignité est uni­ver­selle et légi­time – et non, comme cer­tains le laissent entendre, le reflet d’une seule concep­tion occi­den­tale : pour preuve, les exemples récents de la Tunisie et de l’Égypte, qui montrent que la soif de démo­cra­tie et de res­pect des droits est un phé­no­mène pla­né­taire.

Cependant, avec la pro­mul­ga­tion de nou­veaux droits, des conflits de valeurs ont surgi et l’incompatibilité de cer­tains droits est appa­rue. Il s’en est suivi la mise en place pro­gres­sive d’une hié­rar­chi­sa­tion des droits – par exemple, le droit d’assurer la survie pla­né­taire pré­do­mine main­te­nant sur le droit indi­vi­duel de pos­sé­der une voi­ture pol­luante. Pour fonder cette hié­rar­chi­sa­tion, les socié­tés modernes doivent dis­cu­ter de la pri­mauté à accor­der à des valeurs fon- datrices com­munes, à savoir un cer­tain nombre de droits col­lec­tifs consi­dé­rés comme essen­tiels pour assu­rer le bien commun d’une société. Dans le Québec du xxie siècle, trois valeurs fon­da­trices com­munes ral­lient la majo­rité de la popu­la­tion : la pri­mauté du fran­çais, la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État et l’égalité des femmes et des hommes. Par exemple, la loi 101, qui a établi la pré­pon­dé­rance du fran­çais, est venue confir­mer que le droit indi­vi­duel d’envoyer ses enfants à l’école anglaise ne pou­vait pré­va­loir sur le droit à la survie de la nation qué­bé­coise, un droit col­lec­tif. Cependant, la Charte cana­dienne des droits et les diverses inter­pré­ta­tions qu’en a don­nées la Cour suprême font en sorte que, en pra­tique, ce sont main­te­nant les tri­bu­naux qui légi­fèrent à la place du Parlement, et ce, au cas par cas. La juris­pru­dence qui en res­sort semble donner la pri­mauté aux droits indi­vi­duels et aux accom­mo­de­ments reli­gieux ; la pré­pon­dé­rance accor­dée aux droits reli­gieux fondés sur la simple convic­tion sin­cère des indi­vi­dus éta­blit par le fait même une hié­rar­chi­sa­tion des droits qui se fait au détri­ment des autres droits, notam­ment aux dépens des droits col­lec­tifs des femmes.

Les menaces qui pèsent sur l’universalité des droits

L’universalité des droits est aujourd’hui remise en ques­tion sous toutes sortes de pré­textes. Certains affirment que les droits humains sont une créa­ture occi­den­tale, et qu’ils ne peuvent donc pas s’appliquer à d’autres régions du monde, puisqu’ils consti­tue­raient alors une menace à la diver­sité cultu­relle. On assiste pré­sen­te­ment à une alliance d’intérêts entre dif­fé­rents blocs, qui invoquent la sou­ve­rai­neté des pays et la spé­ci­fi­cité cultu­relle et reli­gieuse, dans le cadre même des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales ; les droits deviennent alors des objets de mar­chan­dage. Ce phé­no­mène est sou­vent le fait de régimes poli­tiques auto­ri­taires qui dési­rent ainsi conser­ver un contrôle anti­dé­mo­cra­tique sur leur popu­la­tion. Pensons par exemple à l’alliance de la Chine – qui veut conti­nuer de limi­ter l’application de cer­tains droits humains – et d’autres blocs, qui dési­rent réaf­fir­mer la pré­émi­nence de droits reli­gieux, par­ti­cu­liè­re­ment pour res­treindre les droits des femmes. Ces pra­tiques de « retour d’ascenseur », qui visent à jus­ti­fier des posi­tions rétro­grades et contraires à la Déclaration uni­ver­selle des droits humains, entraînent inévi­ta­ble­ment le recul de ces droits.

Un autre exemple de cette dérive est l’adoption, en 2009, par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, d’une réso­lu­tion affir­mant que « la dif­fa­ma­tion des reli­gions consti­tue une grave atteinte à la dignité humaine menant à des res­tric­tions de la liberté reli­gieuse de ses adeptes et une inci­ta­tion à la haine reli­gieuse et à la vio­lence », notam­ment à l’encontre de l’islam et des musul­mans ; c’est le tra­vail de l’Organisation de la Conférence isla­mique (OCI) qui, par la voix du Pakistan, a mené à cette déci­sion. Venant d’un pays comme le Pakistan qui applique la peine de mort contre les per­sonnes décla­rées cou­pables d’apostasies ou de blas­phèmes contre l’islam, une telle réso­lu­tion, qui vise davan­tage à pro­té­ger les reli­gions que les per­sonnes – et qui remet en ques­tion le droit à la liberté d’expression et de conscience –, est extrê­me­ment inquié­tante. Enfin, à Montréal en sep­tembre 2011, la Conférence mon­diale des reli­gions du monde jon­glait avec l’idée d’interdire la cri­tique des reli­gions au nom du droit des reli­gions à ne pas être « déni­grées » par les médias et les mai­sons d’enseignement. Après l’affaire des cari­ca­tures de Mahomet, cette façon d’amalgamer la cri­tique des reli­gions, l’incitation à la haine reli­gieuse et le racisme consti­tue un glisse- ment dan­ge­reux pour les droits humains.

Parmi les droits uni­ver­sels mena­cés, ceux des femmes le sont tout par­ti­cu­liè­re­ment, et la plu­part du temps pour des rai­sons reli­gieuses. Cela est d’autant plus dan­ge­reux et inac­cep­table que, aujourd’hui, toutes les études concluent que les grands défis de l’humanité ne pour­ront être rele­vés sans les femmes et sans une amé­lio­ra­tion de leur situa­tion. C’est pour­quoi la Convention pour l’élimination de toutes les dis­cri­mi­na­tions à l’égard des femmes (CEDEF ; CEDAW, en anglais), en vigueur depuis 1981, a pour objec­tif d’amener les États à prendre toutes les mesures néces­saires pour éli­mi­ner la dis­cri­mi­na­tion subie par les femmes, sous toutes ses formes et dans tous les domaines. Mais près du tiers des pays signa­taires ont exprimé des réserves face à cette conven­tion, sur­tout en ce qui a trait au mariage et au rôle tra­di­tion­nel des femmes dans la famille, et plu­sieurs pays isla­miques, comme l’Arabie Saoudite – l’un des pays les plus dis­cri­mi­na­toires à l’égard des femmes –, émettent, au nom du res­pect de la charia, une réserve géné­rale qui inva­lide l’objet même de la conven­tion, c’est-à-dire l’élimination des dis­cri­mi­na­tions. Pourtant, en novembre 2010, l’Arabie Saoudite a obtenu, en tant que pays dona­teur, un siège au conseil du tout nouvel orga­nisme ONU-Femmes…

En conclu­sion, même s’il n’existe pas de lois ou de valeurs natu­relles, et si les droits uni­ver­sels ne sont pas innés chez l’être humain, l’évolution des socié­tés mul­ti­cul­tu­relles nous impose de défi­nir des valeurs et de mettre en place des droits com­muns à l’ensemble de l’humanité, afin d’éviter le « choc des civi­li­sa­tions ». Respecter la diver­sité cultu­relle devrait alors être pos­sible, à l’intérieur des limites posées par cette base com­mune vitale au fonc­tion­ne­ment de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale. « Pour rendre la vie en commun pos­sible, pour dia- loguer avec un mini­mum d’entendement : tous les hommes sont nés libres et égaux, et la dignité humaine est le patri­moine que nous par­ta­geons et dont nous avons la garde », comme le rap­pelle Wassyla Tamzali, ex-direc­trice des droits des femmes à l’UNESCO1. Cet huma­nisme uni­ver­sel, qui a déjà contri­bué à mettre fin (entre autres) à l’esclavage, à la colo­ni­sa­tion et à l’apartheid, pour­rait, à l’avenir, nous per­mettre d’échapper à l’extinction de l’humanité.


  1. Wassyla Tamzali, La pros­ti­tu­tion menace le patri­moine humain, Sisyphe, 18 décembre 2010, < http://​sisyphe​.org/​i​m​p​r​i​m​e​r​.​p​h​p​3​?​i​d​_​a​r​t​i​c​l​e​=3724 >.

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