Pierre Bélanger, le défricheur méconnu

Par , , Mis en ligne le 13 octobre 2012

Le 22 sep­tembre der­nier nous a quitté Pierre Bélanger. Professeur d’histoire au secon­daire, Pierre Bélanger a marqué des géné­ra­tions de mili­tants et mili­tantes du milieu étu­diant en raison de l’importante syn­thèse his­to­rique du mou­ve­ment étu­diant qu’il a publiée en 1984 : « Le mou­ve­ment étu­diant qué­bé­cois, son passé ses reven­di­ca­tions et ses luttes : 1960-1983 ». Ce livre a long­temps été la « bible » qui fai­sait auto­rité en la matière. Son livre fait partie des bou­quins qui ne cessent jamais d’être lus. On n’a qu’à consul­ter les copies usées de la biblio­thèque de l’UQAM pour s’en convaincre.

Premier ouvrage de syn­thèse à être publié sur ce qui peine encore à être iden­ti­fié comme un objet d’étude, le livre de Bélanger avait la qua­lité d’être acces­sible, bien illus­tré, et d’offrir une ana­lyse cri­tique des bons et moins bons coups de ce mou­ve­ment social main­te­nant incon­tour­nable du pay­sage poli­tique.

Il a réussi le tour de force de rédi­ger l’imposant ouvrage durant ses études en ensei­gne­ment, et ce prin­ci­pa­le­ment à titre béné­vole. Il dési­rait com­bler la prin­ci­pale lacune du mou­ve­ment étu­diant : la mémoire ins­ti­tu­tion­nelle. En effet, par défi­ni­tion, les acteurs du mou­ve­ment étu­diant y sont en moyenne actifs que quelques années. Comment, alors, trans­mettre un mémoire his­to­rique sur la longue durée et ainsi construire une conscience col­lec­tive suf­fi­sam­ment forte pour être en mesure d’atteindre les buts et objec­tifs que le mou­ve­ment s’est donnés ? Une syn­thèse his­to­rique était l’outil qu’il man­quait.

Nos par­cours aca­dé­miques et mili­tants ne nous ont pas fait connaître beau­coup l’homme que fût Pierre Bélanger, et nous voyons là un regret. Cependant, nous avions été fort heu­reux de ren­con­trer Pierre à la Nuit de la Philosophie, édi­tion 2008, où nous pré­sen­tions une confé­rence inti­tu­lée : « Un nou­veau champ d’études : le mou­ve­ment étu­diant ». D’un natu­rel sym­pa­thique, il nous avait encou­ragé dans notre volonté de déve­lop­per la recherche dans ce domaine qui peine à légi­ti­mer son véri­table carac­tère aca­dé­mique, c’est-à-dire en dehors des seuls cercles mili­tants.

Notre regret est donc de ne pas l’avoir inter­rogé davan­tage sur sa démarche intel­lec­tuelle l’ayant mené à la rédac­tion de son ouvrage. Comment était-il perçu au sein du mou­ve­ment dont il était à la fois acteur, témoin et en quelque sorte juge ? Comment son livre a-t-il été reçu lors de sa publi­ca­tion ? Pourquoi n’en avoir jamais fait une réédi­tion ? Plusieurs ques­tions qui seront doré­na­vant entou­rées d’une plus grande part de mys­tère.

Pierre Bélanger aura donc été pour nous une ins­pi­ra­tion en ce sens que, d’acteur d’un mou­ve­ment social dyna­mique, il en est devenu un his­to­rien engagé. Si son œuvre conte­nait des imper­fec­tions et demeure à être par­ache­vée encore aujourd’hui, il faut sou­li­gner le carac­tère avant-gar­diste de l’initiative et son impact sur plu­sieurs géné­ra­tions de mili­tants et mili­tantes. À son tour, donc, il devra figu­rer dans les pro­chains livres d’histoire.

Alexandre Leduc, MA Histoire
« UGEQ : cen­trale étu­diante » : l’idéologie syn­di­cale et le mou­ve­ment étu­diant qué­bé­cois des années 1960

Benoît Lacoursière, MA Science poli­tique
« Le mou­ve­ment étu­diant qu Québec de 1983 à 2000 »

Arnaud Theurillat-Cloutier
Étudiant à la maî­trise en phi­lo­so­phie qui tra­vaille à la rédac­tion d’un ouvrage sur l’histoire du mou­ve­ment étu­diant qué­bé­cois.

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