Penser comme Gaïa

Par Mis en ligne le 11 septembre 2010

La crise envi­ron­ne­men­tale est un défi poli­tique majeur. Elle se tra­duit éga­le­ment par une remise en cause de nos caté­go­ries éthiques fon­da­men­tales. Car c’est autre­ment qu’il faut désor­mais penser la res­pon­sa­bi­lité, la jus­tice, la valeur – ce que nous permet de com­prendre le recueil d’articles dirigé par Hicham-Stéphane Afeissa.

Recensé : Afeissa H.-S. (éd.), Écosophies, La phi­lo­so­phie à l’épreuve de l’écologie, Éditions MF, col­lec­tion Dehors, Paris, 2009, 296 p., 18 euros.

La pré­sente publi­ca­tion fait suite à un col­loque inter­na­tio­nal orga­nisé à Paris les 29 et 30 mai 2008 à la Cité des sciences et de l’industrie. Plusieurs des contri­bu­tions à l’ouvrage sont rede­vables à quelques-unes des per­son­na­li­tés les plus influentes de la pensée envi­ron­ne­men­tale contem­po­raine : John Baird Callicott, Andrew Light, Mark Sagoff, Catherine Larrère ou encore Augustin Berque. L’un des mérites de ce recueil consiste à ras­sem­bler des auteurs amé­ri­cains et fran­çais qui s’inscrivent dans des tra­di­tions de pensée dif­fé­rentes. Répartis sous trois volets – « Ethique et jus­tice », « Biodiversité, science, valeurs » et « Du prag­ma­tisme à la deep eco­logy » – les dif­fé­rents essais abordent des ques­tions aussi diverses que la jus­tice envi­ron­ne­men­tale, la valeur intrin­sèque de la nature, la bio­di­ver­sité, le réchauf­fe­ment cli­ma­tique ou le rap­port entre l’urbain et le rural.

En dépit de cette diver­sité, le livre n’en pré­sente pas moins une incon­tes­table unité. Celle-ci me semble tou­te­fois moins résul­ter d’un « espace commun d’interlocution », comme l’affirme la qua­trième de cou­ver­ture du livre, que du souci des contri­bu­teurs de répondre, à partir de leur champ de recherche res­pec­tif, à plu­sieurs grands enjeux de la crise éco­lo­gique actuelle. Il serait trop long de reprendre chacun des douze essais du recueil, raison pour laquelle je me limi­te­rai à en pré­sen­ter quelques-uns plus en détail, sui­vant le fil de trois pro­blèmes consti­tu­tifs de la crise envi­ron­ne­men­tale actuelle.

Communauté bio­tique et chan­ge­ment climatique

Lorsque l’éthique envi­ron­ne­men­tale est deve­nue, avant tout aux États-Unis, une dis­ci­pline aca­dé­mique au début des années 1970, la pre­mière géné­ra­tion de phi­lo­sophes envi­ron­ne­men­ta­listes a sur­tout cher­ché à déve­lop­per une « nou­velle éthique ». Celle-ci s’opposait à l’anthropocentrisme moral étroit qui pré­va­lait alors dans le champ de l’éthique appli­quée. Ce fai­sant, on défen­dait l’idée que la nature pos­sède une valeur propre, une valeur pour elle-même – une valeur intrin­sèque ou morale –, indé­pen­dam­ment de consi­dé­ra­tions éco­no­miques, esthé­tiques ou autres habi­tuel­le­ment mises en avant lorsqu’il en va de notre rela­tion à la nature. Revendiquant l’héritage du grand pré­cur­seur amé­ri­cain de la pensée éco­lo­gique Aldo Leopold, le phi­lo­sophe John Baird Callicott, pro­fes­seur au dépar­te­ment de phi­lo­so­phie et d’études reli­gieuses à l’université de Denton (Texas), est l’un de ceux qui a contri­bué à éla­bo­rer une éthique envi­ron­ne­men­tale concep­tuel­le­ment ambi­tieuse et exi­geante. Il s’agit avant tout, selon lui, de penser la pro­tec­tion de l’environnement en termes de com­mu­nau­tés bio­tiques déten­trices de valeur, regrou­pant aussi bien les plantes, les ani­maux, le sol, l’eau. En tant qu’il en est un membre à part entière, l’homme doit les inté­grer dans ses consi­dé­ra­tions morales.

En regard du chan­ge­ment cli­ma­tique, la notion de com­mu­nauté bio­tique sou­lève néan­moins une dif­fi­culté. En effet, malgré sa pers­pec­tive holis­tique, elle se prête mal à un trai­te­ment moral du phé­no­mène cli­ma­tique. Tout comme la ges­tion des res­sources natu­relles (l’eau, la bio­di­ver­sité, etc.), ce der­nier est un pro­blème global pour lequel une pers­pec­tive holis­tique semble, à pre­mière vue, plus adap­tée. Or le chan­ge­ment cli­ma­tique est d’abord asso­cié à des ques­tions de jus­tice inter­gé­né­ra­tion­nelle (les géné­ra­tions futures). Si ce concept de « géné­ra­tions futures » est très popu­laire, il n’empêche, comme le montre Émilie Hache dans la qua­trième partie du livre, qu’il est pro­blé­ma­tique et qu’il faut lui donner un contenu pertinent.

Le chan­ge­ment cli­ma­tique pose ensuite des pro­blèmes de jus­tice intra­gé­né­ra­tion­nelle (la répar­ti­tion entre nations des devoirs, des droits, des coûts du chan­ge­ment cli­ma­tique). Aucune de ces deux formes de jus­tice n’est vrai­ment prise en compte avec le concept de com­mu­nauté bio­tique. C’est pour­quoi Callicott lui sub­sti­tue l’idée de « com­mu­nauté bio­sphé­rique » (p. 59) qui invite à refor­mu­ler la land ethic de Leopold dans les termes d’une éthique de la Terre. Se basant sur un manus­crit de 1923 inti­tulé « Some Fudamentals of Conservation in the Southwest », Callicott sou­tient que Leopold a anti­cipé l’hypothèse Gaïa d’après laquelle la Terre est un orga­nisme vivant. Cette hypo­thèse fonde ainsi la notion de com­mu­nauté bio­sphé­rique, déten­trice dès lors d’une valeur propre, et cir­cons­crit son enjeu moral : res­pec­ter la Terre comme un être vivant, se pré­oc­cu­per des géné­ra­tions futures – humaines et non humaines – et pra­ti­quer la vertu du res­pect de soi à titre indi­vi­duel, pro­fes­sion­nel et social. Pour qu’elle soit par­fai­te­ment adap­tée au chan­ge­ment cli­ma­tique, cette éthique de la terre doit, selon Callicot, être com­plé­tée par l’idée de jus­tice intra­gé­né­ra­tion­nelle, censée réduire les inéga­li­tés entre les pays riches (pour la plu­part les moins expo­sés aux consé­quences dra­ma­tiques du chan­ge­ment cli­ma­tique) et les pays pauvres (les plus expo­sés aux effets néga­tifs de ce phénomène).

Réunies sous le même volet que l’essai de Callicott, deux autres contri­bu­tions s’interrogent éga­le­ment sur le défi éthique du chan­ge­ment cli­ma­tique : celle de Dale Jamieson, direc­teur du dépar­te­ment d’études envi­ron­ne­men­tales à l’université de New York et celle de Catherine Larrère, pro­fes­seur de phi­lo­so­phie poli­tique et d’éthique appli­quée à l’université de Paris I – Sorbonne. La réflexion de D. Jamieson aborde le pro­blème sous l’angle de la res­pon­sa­bi­lité, de la res­pon­sa­bi­lité pra­tique en par­ti­cu­lier. Celle-ci pré­sente deux aspects : un aspect pru­den­tiel et un aspect éthique (à la fois moral et poli­tique). L’auteur défend la thèse selon laquelle le chan­ge­ment cli­ma­tique défi­nit des condi­tions d’exercice de cette res­pon­sa­bi­lité sen­si­ble­ment dif­fé­rentes des cas ordi­naires. Il s’efforce de mon­trer que le défi moral du chan­ge­ment cli­ma­tique n’est pas facile à faire com­prendre sur la base d’une concep­tion clas­sique de la res­pon­sa­bi­lité pra­tique, en raison du carac­tère col­lec­tif, com­mu­nau­taire de la ques­tion climatique.

Pour ce faire, D. Jamieson dis­tingue trois formes de res­pon­sa­bi­lité pra­tique : pru­den­tielle, morale et poli­tique. Le climat engage les com­mu­nau­tés humaines. Qu’en est-il donc tout d’abord de la res­pon­sa­bi­lité pru­den­tielle ? Une res­pon­sa­bi­lité pru­den­tielle col­lec­tive, que ce soit sous la forme d’une pré­voyance ou sous la forme d’une éva­lua­tion éco­no­mique des dom­mages poten­tiels, échoue à répondre au défi cli­ma­tique. La diver­sité cultu­relle des com­mu­nau­tés humaines et de leurs valeurs, l’incertitude voire l’ignorance empêchent une poli­tique cli­ma­tique pré­ven­tive adé­quate. La res­pon­sa­bi­lité morale, quant à elle, semble encore plus pro­blé­ma­tique. Car, comme l’écrit D. Jamieson, « le chan­ge­ment cli­ma­tique ne cor­res­pond pas à une situa­tion où un indi­vidu clai­re­ment iden­ti­fiable, agis­sant en connais­sance de cause, por­te­rait un pré­ju­dice iden­ti­fiable à un autre indi­vidu iden­ti­fiable, situés l’un et l’autre dans un même contexte spa­tial et tem­po­rel » (p. 91-92). Enfin, la res­pon­sa­bi­lité poli­tique ou glo­bale impli­que­rait un enga­ge­ment des pays riches, prin­ci­paux émet­teurs de gaz à effet de serre, à l’égard des pays pauvres. Or « les prin­ci­pales vic­times du chan­ge­ment cli­ma­tique sont dis­per­sées de par le monde, comme le sont les prin­ci­paux res­pon­sables de cette situa­tion » (p. 96). L’obstacle à un accord poli­tique entre les nations, comme on a pu le consta­ter à la der­nière Conférence inter­na­tio­nale sur le climat à Copenhague, est donc inévitable.

Le texte de Catherine Larrère s’attache à mon­trer les limites des éthiques envi­ron­ne­men­tales non anthro­po­cen­trées lorsqu’il s’agit de penser mora­le­ment le chan­ge­ment cli­ma­tique. La jus­tice éco­lo­gique, qu’elle soit inter ou intra­gé­né­ra­tion­nelle, met en évi­dence la glo­ba­lité des dif­fi­cul­tés envi­ron­ne­men­tales actuelles, même si, a priori, la jus­tice ne concerne que les rela­tions entre les hommes et non direc­te­ment la nature. C’est, selon C. Larrère, une tâche des éthiques envi­ron­ne­men­tales non anthro­po­cen­trées d’intégrer cette dimen­sion glo­bale des pro­blèmes, sans renon­cer à défendre l’idée d’une valeur morale de la nature. À la suite de Rolston et Callicott, l’auteur estime donc qu’« il faut chan­ger d’échelle, passer de l’écosystème à la bio­sphère. Il ne s’agit plus d’écrire “Penser comme une mon­tagne” mais “Penser comme Gaïa”. On aura alors le modèle inté­gra­teur à l’intérieur duquel penser les inter­ac­tions de ses diverses com­po­santes (humaines et non humaines) réunies dans une même appar­te­nance à Gaïa » (p. 117).

Environnement et biodiversité

Un deuxième défi de la crise éco­lo­gique actuelle est consti­tué par les menaces qui pèsent sur la bio­di­ver­sité. La notion même de bio­di­ver­sité est mul­tiple, comme le relève le phi­lo­sophe Julien Delord, qui défend du coup un « anar­chisme éco­lo­gique » des­tiné à pré­ser­ver « la diver­sité de la diver­sité » (p. 203), c’est-à-dire à éviter un res­ser­re­ment des normes de conser­va­tion et leur réduc­tion à des pres­crip­tions domi­nantes. Pour la phi­lo­sophe Virginie Maris, la pro­tec­tion de la bio­di­ver­sité est d’abord une ques­tion d’engagement pra­tique. Elle rejoint ainsi la pensée de l’un des chefs de file du prag­ma­tisme, Andrew Light, un autre contri­bu­teur du recueil sur lequel je revien­drai plus tard.

L’essai de Mark Sagoff, pro­fes­seur à l’université de Maryland, s’arrête sur le rôle des éco­logues, notam­ment des bio­lo­gistes dans la for­mu­la­tion d’une poli­tique envi­ron­ne­men­tale. L’auteur sou­tient que ceux-ci ont sou­vent ten­dance à pro­po­ser à la société des poli­tiques envi­ron­ne­men­tales sur la base de construc­tions concep­tuelles que les pro­fanes ne com­prennent pas. Ils pres­crivent alors des valeurs qui sont les leurs plutôt que de pro­mou­voir les valeurs exis­tantes de la société. Que veulent dire les éco­logues, par exemple, lorsqu’ils parlent de la « sta­bi­lité », de l’« inté­grité » d’un éco­sys­tème ou de son « effon­dre­ment » ? Tous ces concepts servent régu­liè­re­ment à for­mu­ler des recom­man­da­tions scien­ti­fiques pour des poli­tiques envi­ron­ne­men­tales. En réa­lité, affirme M. Sagoff, les scien­ti­fiques « se montrent inca­pables de dire ce qu’il entendent par là » (p. 129). Il en va de même pour d’autres notions comme les ser­vices éco­sys­té­miques, les espèces inva­sives ou la bio­di­ver­sité. L’auteur en conclut que les objec­tifs des poli­tiques envi­ron­ne­men­tales ne doivent pas être déduits des construc­tions théo­riques des hommes de science, mais que ceux-ci « servent les inté­rêts de la société quand ils nous aident à réa­li­ser des valeurs et à atteindre des objec­tifs que nous pou­vons com­prendre sans l’aide de la science » (p. 124).

C’est éga­le­ment dans un esprit cri­tique que Raphaël Larrère, direc­teur de recherches à l’INRA, s’interroge sur les espèces inva­sives (l’Ambroisie ou la perche du Nil au lac Victoria, par exemple), c’est-à-dire sur des ani­maux ou des végé­taux qui seraient res­pon­sables de la perte de la bio­di­ver­sité, per­tur­bant for­te­ment les espèces locales. Sont-ils aussi inva­sifs que le pré­tendent les éco­logues ? Parmi les argu­ments qui nuancent la réponse à cette ques­tion, R. Larrère invoque le fait que dans l’histoire de la Terre, en par­ti­cu­lier lors des cycles cli­ma­tiques du Quaternaire, bien des espèces étran­gères ont colo­nisé de nou­veaux ter­ri­toires à l’origine de la faune et de la flore actuelles. Par ailleurs, ajoute l’auteur, les espèces inva­sives sont davan­tage le symp­tôme d’un dys­fonc­tion­ne­ment de la nature. « Il serait alors plus judi­cieux, constate-t-il, de s’interroger sur les causes de la fra­gi­li­sa­tion des com­mu­nau­tés bio­tiques et d’en cher­cher les remèdes, que de lutter contre les intrus » (p. 157). Une pro­po­si­tion que vient confir­mer une enquête sur les dis­cours et les pra­tiques concer­nant la bio­di­ver­sité au sein des parcs natio­naux fran­çais. Dans le parc de Port-Cros, confronté à la cau­lerpe – dénom­mée aussi par ceux qui la com­battent « algue tueuse » –, les inter­lo­cu­teurs des enquê­teurs « consi­dèrent ainsi la pré­sence de la cau­lerpe comme un indice de fra­gi­lité des her­biers de posi­do­nie [1], et non comme l’agent res­pon­sable de leur régres­sion. Mieux vaut donc se pré­oc­cu­per de ce qui affai­blit la posi­do­nie » (p. 162).

Nature et prag­ma­tisme environnemental

Un troi­sième pro­blème éco­lo­gique, et non des moindres, consiste dans l’urgence de poli­tiques envi­ron­ne­men­tales ambi­tieuses, impli­quant à terme un chan­ge­ment de repré­sen­ta­tions, de valeurs et de com­por­te­ments. C’est là l’enjeu affi­ché de la troi­sième et der­nière partie de l’ouvrage. Alors que le phi­lo­sophe Hicham-Stéphane Afeissa déve­loppe une inter­pré­ta­tion phi­lo­so­phique du carac­tère volon­tai­re­ment vague des sept pro­po­si­tions fon­da­trices de la deep eco­logy, for­mu­lées en 1973 – jus­ti­fiant ainsi l’usage ulté­rieur par son fon­da­teur, Arne Naess, du concept de « pla­te­forme » pour réunir les envi­ron­ne­men­ta­listes de tous bords –, la géo­graphe Nathalie Blanc se penche sur l’opposition rural/​urbain ou nature/​ville. Partant de cette dicho­to­mie, décli­née sur plu­sieurs registres (mor­pho­lo­giques, esthé­tiques, etc.), elle constate l’emprise de l’urbain sur le rural par le biais des poli­tiques actuelles de conser­va­tion de la nature. Sortir de cette dicho­to­mie et dépas­ser cette emprise requiert, selon l’auteur, « de réin­ven­ter conti­nuel­le­ment les façons par les­quelles la nature humaine s’inscrit dans la nature non-humaine » (p. 243). Autrement dit, la ville doit être consi­dé­rée, elle aussi, comme un « écou­mène », selon le mot fameux du géo­graphe et orien­ta­liste Augustin Berque. L’essai de ce der­nier en début d’ouvrage permet du reste au lec­teur d’avoir une vision syn­thé­tique de sa concep­tion de la nature comme « médiance », c’est-à-dire comme un milieu qui est tou­jours à la fois inter­prété et pro­jeté par les humains.

Professeur de phi­lo­so­phie à l’université de Washington, Andrew Light s’attache à cla­ri­fier le rôle que les phi­lo­sophes ont à jouer dans les ques­tions tou­chant à l’environnement. Selon lui, la tâche de l’éthique envi­ron­ne­men­tale ne consiste pas à s’opposer à l’anthropocentrisme moral. Les théo­ries d’une valeur morale de la nature, en effet, ne sont pas d’une grande uti­lité lorsqu’il s’agit d’atteindre des objec­tifs envi­ron­ne­men­taux. Mieux vaut à cet égard accep­ter l’idée qu’il existe dif­fé­rents contextes de déci­sion et, par suite, des prin­cipes moraux variés se rap­por­tant à dif­fé­rents types de valeurs natu­relles : cette posi­tion fon­da­men­ta­le­ment prag­ma­tique, l’auteur la dénomme « un plu­ra­lisme métho­do­lo­gique ». L’enjeu d’une telle posi­tion est la réso­lu­tion de pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux, dont l’auteur estime qu’elle est mieux sou­te­nue par une inter­pré­ta­tion anthro­po­cen­triste (faible) des valeurs natu­relles (par la valeur esthé­tique ou le souci des géné­ra­tions futures, par exemple).

Il est pos­sible, recon­naît Light, que les phi­lo­sophes non anthro­po­cen­tristes soient en désac­cord avec ce souci du com­pro­mis en vue de réa­li­ser cer­tains objec­tifs envi­ron­ne­men­taux, esti­mant qu’une poli­tique envi­ron­ne­men­tale ne peut être mise en œuvre qu’à la condi­tion de chan­ger de vision du monde. Light rétorque tou­te­fois, à juste titre, que même si un chan­ge­ment dans la vision du monde est indis­pen­sable, il faut tout de même « garder sous la main quelques pro­po­si­tions immé­dia­te­ment réa­li­sables qui soient com­pa­tibles avec les sys­tèmes éco­no­miques et poli­tiques actuel­le­ment en vigueur » (p. 224). Ce qui importe, c’est d’amener le public à chan­ger son com­por­te­ment et à agir. Et pour cela, le phi­lo­sophe envi­ron­ne­men­ta­liste doit mobi­li­ser plu­sieurs cadres concep­tuels dif­fé­rents et adap­ter ses argu­ments aux mul­tiples audi­toires aux­quels il a affaire.

Au final, le recueil édité par Hicham-Stéphane Afeissa est un livre ori­gi­nal dans le pay­sage phi­lo­so­phique fran­çais et, par la variété et la qua­lité d’ensemble des contri­bu­tions, tout à fait sti­mu­lant. Trop sou­vent les pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux demeurent un sujet de réflexion can­tonné aux domaines de la bio­lo­gie, de l’économie, de la géo­gra­phie, de l’écologie, de l’ingénierie, etc. C’est en géné­ral aux spé­cia­listes de ces dis­ci­plines que les res­pon­sables poli­tiques s’adressent pour pro­po­ser des solu­tions aux enjeux envi­ron­ne­men­taux. En ce sens, l’ouvrage offre une belle illus­tra­tion de l’intérêt qu’il y a à consi­dé­rer les choses éga­le­ment dans une pers­pec­tive dif­fé­rente, à la fois plus en retrait mais aussi plus en amont. Il inté­res­sera donc non seule­ment le phi­lo­sophe, mais tous ceux que la crise éco­lo­gique actuelle pré­oc­cupe et qui sou­haitent nour­rir leur action par la pensée.

Documents joints

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Penser comme Gaïa (PDF – 194.1 ko)

par Gérald Hess

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