Penser à droite

Mis en ligne le 21 avril 2012

La pensée de droite est diverse et chan­geante ; elle varie selon les cou­rants entre les­quels elle se par­tage, selon les sec­teurs de la vie sociale où elle s’énonce, selon les inter­lo­cu­teurs aux­quels elle s’adresse. Elle pré­sente par­fois des inco­hé­rences, mais comme elle n’est jamais obli­gée de se consti­tuer en sys­tème, ces inco­hé­rences passent très lar­ge­ment inaper­çues.

Par-delà cette mul­ti­pli­cité de facettes dif­fé­rentes, il est cepen­dant pos­sible – telle est l’hypothèse de ce livre – d’identifier un socle commun, un fais­ceau d’axiomes qui, sans former une doc­trine unique, permet aux pen­seurs de droite d’appréhender les faits à tra­vers les mêmes caté­go­ries et de les appré­cier au regard des mêmes valeurs ; ainsi se pré­parent les condi­tions d’une conver­gence face à l’adversaire.

Ces axiomes sont passés en revue : ils ont nom réa­lisme, ordre, hié­rar­chie, auto­rité, nation, morale. Ils impliquent une cer­taine concep­tion de la nature humaine et de l’histoire, une cer­taine image des rap­ports entre l’individu, la société et l’État, et une cer­taine idée de la poli­tique. Enfin, ils orga­nisent les rela­tions que la pensée de droite entre­tient avec deux « voi­sins » de nature très dif­fé­rente, mais qui sont pour elle de la plus haute impor­tance : d’un côté l’extrême droite, de l’autre l’Église catho­lique.

Forte en la matière d’une longue expé­rience, la pensée de droite sait vivre avec ses contra­dic­tions. L’écart se creuse cepen­dant entre sa ver­sion libé­rale et sa ver­sion conser­va­trice, entre les exi­gences du sys­tème éco­no­mique et social auquel elle adhère et son atta­che­ment à l’ordre établi. Pour l’instant, le cli­vage passe à l’intérieur de chacun des pen­seurs, mais il pour­rait bien­tôt s’approfondir au point de les contraindre à choi­sir leur camp.

Emmanuel Terray, ancien élève de l’École nor­male supé­rieure, agrégé de phi­lo­so­phie et doc­teur d’État en anthro­po­lo­gie poli­tique, est direc­teur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales. Il a ensei­gné à l’Institut d’études poli­tiques de Paris, à l’Université d’Abidjan dont il est devenu le doyen de l’École des Lettres et à l’Université de Paris VIII. Il a dirigé de 1984 à 1991 le Centre d’études afri­caines de l’École des hautes études en sciences sociales. Après trois années pas­sées à Berlin en qua­lité de cher­cheur, il rejoint le Centre d’anthropologie des mondes contem­po­rains.

Penser à droite, d’Emmanuel Terray, aux édi­tions Galilée, Paris, février 2012, 161 pages, 25 euros.

Les commentaires sont fermés.