Élections fédérales 2019 - Enjeu climatique

Pensée magique : la droite canadienne et le climatonégationnisme

Par Mis en ligne le 15 octobre 2019

Alors que le rap­port de 2019 d’Environnement et chan­ge­ment cli­ma­tique Canada révèle que le Canada devance de loin le reste du monde en ce qui a trait au rythme du réchauf­fe­ment de la pla­nète[1], on aurait pu espé­rer que la nou­velle don­ne­rait du fil à retordre aux auteurs du déni du chan­ge­ment cli­ma­tique. Cependant, comme on pou­vait mal­heu­reu­se­ment s’y attendre, à peine le rap­port a-t-il été publié que l’économiste Ross McKitrick, cher­cheur prin­ci­pal à l’Institut Fraser, un bas­tion du néga­tion­nisme, a publié un article dans le Financial Post (10 avril 2019), fai­sant écho à l’approche « tout le monde prend un valium » du météo­ro­logue et cli­mato-scep­tique sué­dois Lennart Bengtssom, qui met en doute la vali­dité des modèles uti­li­sés par les cli­ma­to­logues pour cal­cu­ler et pré­voir les ten­dances au réchauf­fe­ment – un stra­ta­gème habi­tuel dans l’arsenal néga­tion­niste.

Et le blogue « No Tricks Zone », scep­tique à l’égard du climat, a pré­senté ce qu’il a qua­li­fié de don­nées « non alté­rées » de l’Agence météo­ro­lo­gique japo­naise (appa­rem­ment une source d’information pour les par­ti­sans du rejet du climat[2]) afin de sou­te­nir qu’il n’y a eu aucun réchauf­fe­ment réel au Canada au cours des 25 der­nières années[3]. Même pour un public averti, ce genre de duel de don­nées dépasse le degré de com­pré­hen­sion usuel, ce qui est l’une des rai­sons pour les­quelles le scep­ti­cisme à l’égard de la science du climat peut main­te­nir une cer­taine emprise.

La science com­plexe des chan­ge­ments cli­ma­tiques est bien sûr hors du domaine des non-ini­tiés, et comme la majo­rité d’entre nous ne pos­sède pas l’expertise néces­saire pour éva­luer les don­nées, hypo­thèses et modèles per­ti­nents, nous devons nous fier à notre croyance en la cré­di­bi­lité de la pré­pon­dé­rance de l’opinion scien­ti­fique. Il y a un grand nombre de per­sonnes, cepen­dant, qui sont tenaces en leurs croyances contre-cou­rant à l’opinion scien­ti­fique domi­nante, comme en témoignent le mou­ve­ment anti-vac­cins et la per­sis­tance du créa­tion­nisme. Comme le fait remar­quer David Robert, pour le public non initié, « le déve­lop­pe­ment de croyances sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques implique de choi­sir en qui avoir confiance. En géné­ral, ce ne sont pas les ques­tions de pre­mier ordre sur les preuves qui font la dif­fé­rence, ce sont les ques­tions de second ordre sur qui croire[4] ».

De plus, l’impact des chan­ge­ments cli­ma­tiques est cumu­la­tif plutôt que sou­dain et, comme le sou­ligne Joe Shea, pro­fes­seur de géo­ma­tique envi­ron­ne­men­tale à l’Université du Nord de la Colombie-Britannique, au Canada, les gens ne croi­ront pas vrai­ment aux graves réper­cus­sions du chan­ge­ment cli­ma­tique avant qu’il ne fasse irrup­tion dans leur vie en raison des effets amor­tis­sants de la pros­pé­rité[5]. En cela, il fait écho à une idée mise de l’avant par un cer­tain nombre d’universitaires selon laquelle le déni des chan­ge­ments cli­ma­tiques est, dans une cer­taine mesure, inhé­rent à la ten­dance évo­lu­tive du cer­veau humain à se concen­trer sur un danger immi­nent au détri­ment de menaces moins immé­diates.

Beaucoup de gens mani­festent éga­le­ment ce que le cher­cheur aus­tra­lien Clive Hamilton appelle le « déni désin­volte » et les « méca­nismes de défense inadap­tés » : le recours à un éven­tail de stra­té­gies psy­cho­lo­giques qui visent à mini­mi­ser l’importance des mises en garde et rap­ports alar­mants sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques et à éviter les conclu­sions logiques qui en découlent concer­nant la néces­sité d’actions en pro­fon­deur. Dans divers écrits, Hamilton énu­mère ces stra­té­gies, qui vont de l’assurance pas­sive que la menace des chan­ge­ments cli­ma­tiques est exa­gé­rée jusqu’à l’adoption de petits gestes pour apai­ser la culpa­bi­lité et la peur, en pas­sant par une ten­dance à esqui­ver l’information et une atti­tude opti­miste quant à une solu­tion tech­no­lo­gique immi­nente, parmi d’autres méca­nismes[6].

Les cher­cheurs qui étu­dient le cli­mato-néga­tion­nisme s’accordent pour dire que le phé­no­mène va de la néga­tion pure et simple de la science du climat jusqu’à l’indifférence, en pas­sant par divers degrés de doute quant à l’origine et à l’impact des chan­ge­ments cli­ma­tiques. Une typo­lo­gie for­melle, pro­po­sée par le cli­ma­to­logue Stefan Rahmstorf [7] et lar­ge­ment reprise dans la lit­té­ra­ture, divise les détrac­teurs en trois caté­go­ries : ceux qui rejettent la notion même d’une ten­dance vers le réchauf­fe­ment cli­ma­tique ; ceux qui nient les ori­gines anthro­piques des chan­ge­ments cli­ma­tiques et main­tiennent qu’il s’agit d’un phé­no­mène natu­rel ; et ceux qui contestent la gra­vité des consé­quences pré­vues des chan­ge­ments cli­ma­tiques et sug­gèrent même que cela puisse avoir un effet posi­tif. Comme nous le ver­rons dans le cas des conser­va­teurs ordi­naires et des popu­listes de droite au Canada, il peut y avoir des rai­sons poli­tiques oppor­tu­nistes pour expli­quer où l’on se situe sur ce conti­nuum.

Cependant, la force motrice du déni actif et du doute sérieux quant à la réa­lité des chan­ge­ments cli­ma­tiques anthro­piques est vrai­sem­bla­ble­ment une cam­pagne orches­trée et finan­cée par l’industrie des com­bus­tibles fos­siles, qui fait l’objet d’une atten­tion exces­sive de la part des grands médias.

Orchestrer le déni

Dans une inter­view avec Jane Mayer pour son livre Dark Money, Michael Mann, le cli­ma­to­logue (et cli­ma­tos­cep­tique repenti) bien connu pour son gra­phique en forme de bâton de hockey illus­trant près d’un mil­lé­naire de sta­bi­lité cli­ma­tique suivi d’une forte hausse des tem­pé­ra­tures au XXième siècle, explique : « Ce dont nous n’avons pas tenu compte, c’est de la féro­cité des inté­rêts finan­ciers et des poli­ti­ciens qui obéissent à leurs ordres. Il s’agit d’un défi direct à l’industrie la plus puis­sante qui ait jamais existé sur la pla­nète. Ils ne recu­le­ront devant aucune bas­sesse pour contes­ter quoi que ce soit qui menace leurs inté­rêts, même si c’est de la science…[8] »

Mayer cite le cher­cheur Robert Brulle, qui démon­trait qu’entre 2003 et 2010 plus d’un demi-mil­liard de dol­lars ont été dépen­sés aux États-Unis pour ce qu’il carac­té­rise comme une « cam­pagne visant à mani­pu­ler et trom­per le public sur la menace posée par les chan­ge­ments cli­ma­tiques[9] ».

Ceux qui étu­dient la stra­té­gie et les effets de la pro­mo­tion déli­bé­rée de l’ignorance par la dif­fu­sion de la dés­in­for­ma­tion ont bap­tisé cette dis­ci­pline « agno­to­lo­gie » ou « socio­lo­gie de l’ignorance ». Un cas type fré­quem­ment invo­qué, qui est aussi l’inspiration des cli­ma­to­né­ga­tion­nistes, est la cam­pagne déve­lop­pée par l’agence de rela­tions publiques Hill & Knowlton pour l’industrie du tabac, qui a servi de modèle pour semer le doute sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques. Toujours selon Jane Mayer, il s’agissait de recru­ter un groupe de scien­ti­fiques à contre-cou­rant, d’amplifier leur voix par le biais de « think-tanks » de droite, d’organisations frau­du­leu­se­ment non par­ti­sanes et de publi­ca­tions peu fiables, le tout visant à mini­mi­ser et détour­ner les pré­oc­cu­pa­tions concer­nant les dan­gers du tabac pour la santé et dis­cré­di­ter les cher­cheurs qui éta­blis­saient des preuves acca­blantes[10]. En fait, aux États-Unis, parmi les pre­miers scien­ti­fiques recru­tés pour pro­mou­voir le scep­ti­cisme à l’égard de la science du climat se trou­vaient deux phy­si­ciens, Frederick Seitz et Fred Singer, qui étaient aupa­ra­vant asso­ciés à la cam­pagne de dés­in­for­ma­tion sans ver­gogne de l’industrie du tabac[11].

Ce n’est donc pro­ba­ble­ment pas un hasard si l’un des prin­ci­paux cli­ma­to­né­ga­tion­nistes au Canada, Ezra Levant, a tra­vaillé pen­dant un an comme lob­byiste pour la com­pa­gnie de tabac Rothman’s. Il est la force motrice der­rière The Rebel Media, fondé en 2015, connu pour ses opi­nions racistes d’extrême droite et sur­tout isla­mo­phobes et pour avoir nié l’existence des chan­ge­ments cli­ma­tiques,[12] offrant une plate-forme au Dr Tim Ball décrit par Michael Mann comme « peut-être le plus impor­tant cli­ma­to­né­ga­tion­niste au Canada[13] ». Ancien orga­ni­sa­teur du Parti réfor­miste et par­ti­san de la fusion avec le Parti pro­gres­siste-conser­va­teur, Levant a publié Ethical Oil (2010), une défense des sables bitu­mi­neux pré­ten­dant que l’achat de pétrole cana­dien est pré­fé­rable à celui d’autres pays comme l’Arabie saou­dite – un argu­ment tou­jours popu­laire chez les conser­va­teurs comme Jason Kenney, le pre­mier ministre alber­tain, qui l’a uti­lisé pour exhor­ter François Legault à donné son aval pour un nou­veau pipe­line (Montreal Gazette, 12 juin 2019) ainsi qu’Andrew Scheer, chef du Parti conser­va­teur du Canada, qui compte parmi ses pro­messes élec­to­rales d’obliger les sta­tions-ser­vice d’identifier les pompes four­nis­sant de l’essence pro­duite à partir de pétrole importé.

Le lien avec le tabac se révèle aussi dans le cas du prin­ci­pal « think-tank » de droite du Canada, le Fraser Institute, qui a reçu des fonds de Rothman’s et de Philip Morris dans les années 1990 et qui a orga­nisé deux col­loques en 1999 visant à remettre en ques­tion la sagesse de la régle­men­ta­tion gou­ver­ne­men­tale de l’industrie du tabac, en par­ti­cu­lier en ce qui tou­chait la fumée secon­daire[14]. C’est aussi dans les années 90 que l’Institut Fraser a inau­guré son rôle de vec­teur de cli­ma­to­né­ga­tion­nisme (rôle par­tagé par son homo­logue qué­bé­cois, l’Institut éco­no­mique de Montréal). L’Institut Fraser a éga­le­ment reçu envi­ron 1,4 mil­lion de dol­lars en sub­ven­tions depuis 2008 de la Charles G. Koch Charitable Foundation, finan­cée par les frères Koch, qui ont un grand inté­rêt dans les sables bitu­mi­neux de l’Alberta et qui sont connus pour leur lar­gesse dans la com­man­dite du cli­ma­to­né­ga­tion­nisme[15]. Selon Greenpeace, la Fondation de la famille Koch a dépensé 127 006 756 $ de 1997 à 2017 pour finan­cer 92 groupes cli­ma­tos­cep­tique qui s’insurgeaient contre les poli­tiques visant à lutter contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques[16].

Quels sont les effets de ces manœuvres orches­trées de dés­in­for­ma­tion ? Propagées par les chambres d’échos en ligne et par la frange conser­va­trice des médias grand public (dont le Wall Street Journal, par exemple, et le National Post au Canada), elles sèment le doute chez ceux qui éprouvent de l’incertitude[17] et ren­forcent le biais de confir­ma­tion des per­sonnes pré­dis­po­sées à douter de la vali­dité ou de la gra­vité du chan­ge­ment cli­ma­tique parce que celui-ci menace leur vision du monde.

Le lien avec le conser­va­tisme

Au Canada, selon un son­dage Angus Reid réa­lisé en novembre 2018, un Canadien sur trois demeure scep­tique face au fait que les chan­ge­ments cli­ma­tiques sont pro­vo­qués par l’activité humaine[18]. Les résul­tats du son­dage varient selon la région (comme on pou­vait s’y attendre, les Albertains sont les moins sus­cep­tibles de croire aux chan­ge­ments cli­ma­tiques), les habi­tudes de vote, l’âge et d’autres fac­teurs, mais l’une des prin­ci­paux constats est que seule­ment le tiers des élec­teurs ayant voté pour le Parti conser­va­teur en 2015 acceptent la réa­lité des chan­ge­ments cli­ma­tiques et que le reste est beau­coup plus sus­cep­tible que les par­ti­sans des autres partis de croire que le réchauf­fe­ment pla­né­taire demeure une théo­rie non démon­trée. Les anciens élec­teurs conser­va­teurs sont éga­le­ment moins enclins que les anciens élec­teurs libé­raux et néo-démo­crates à faire confiance aux scien­ti­fiques uni­ver­si­taires, à l’ONU et à d’autres orga­nismes inter­na­tio­naux, aux médias et au gou­ver­ne­ment pour les ren­sei­gne­ments sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques.

De nom­breux cher­cheurs ont démon­tré une cor­ré­la­tion claire entre les affi­lia­tions poli­tiques conser­va­trices et le déni des chan­ge­ments cli­ma­tiques et, en par­ti­cu­lier, une inci­dence plus élevée du déni chez les hommes blancs conser­va­teurs[19]. Dans une étude influente[20], Aaron McCright et Riley Dunlap placent à juste titre le néga­tion­nisme cli­ma­tique dans le contexte plus large de l’anti-environnementalisme conser­va­teur qui remonte aux années 1970 et qui est entré dans une nou­velle phase au milieu des années 1990 quand on a com­mencé à s’attaquer aux preuves scien­ti­fiques à l’origine des pré­oc­cu­pa­tions du mou­ve­ment envi­ron­ne­men­tal tout en fai­sant sem­blant d’être sen­sible aux pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux. Ils dressent un cata­logue com­plet des diverses stra­té­gies uti­li­sées par le mou­ve­ment conser­va­teur amé­ri­cain pour « obs­cur­cir, défor­mer, mani­pu­ler et sup­pri­mer » les constats de la cli­ma­to­lo­gie. Il s’agit par exemple de s’assurer que les scien­ti­fiques mar­gi­naux qui remettent en ques­tion la réa­lité des chan­ge­ments cli­ma­tiques soient repré­sen­tés dans les médias grands publics sou­cieux de favo­ri­ser une cou­ver­ture « équi­li­brée » ou bien de pro­mou­voir l’argument que les chan­ge­ments cli­ma­tiques sont un phé­no­mène natu­rel qui pour­rait béné­fi­cier à l’économie ou contrai­re­ment de sus­ci­ter la crainte que les poli­tiques visant à com­battre les chan­ge­ments cli­ma­tiques nuisent à l’économie et à la liberté poli­tique ou encore d’intimider car­ré­ment les scien­ti­fiques. (Il suffit de jeter un coup d’œil rapide au dis­cours de nom­breux conser­va­teurs cana­diens pour confir­mer qu’ils font recours aux mêmes stra­ta­gèmes.)

McCright et Dunlap pro­posent un argu­ment centré sur le concept de « moder­ni­sa­tion réflexive » selon lequel l’anti-environnementalisme et le néga­tion­nisme du mou­ve­ment conser­va­teur face aux chan­ge­ments cli­ma­tiques sont liés à un refus d’affronter les effets néga­tifs du capi­ta­lisme indus­triel et à un désir de « réaf­fir­mer la cer­ti­tude de l’ordre social capi­ta­liste indus­triel de la moder­ni­sa­tion anté­rieure… » (p. 105).

Il va de soi que les conser­va­teurs, achar­nés au main­tien du statu quo ainsi qu’au mythe du pro­grès lié au récit héroïque du capi­ta­lisme et aux vertus incon­tes­tables de la crois­sance éco­no­mique, per­çoivent les chan­ge­ments cli­ma­tiques ainsi que toute sug­ges­tion de la néces­sité d’une réponse poli­tique vigou­reuse comme une grave menace pour leur vision du monde et l’ordre social domi­nant auquel ils s’identifient.

Cette idée concorde aussi avec les argu­ments de Naomi Oreskes, his­to­rienne des sciences cli­ma­tiques, qui asso­cie éga­le­ment le cli­ma­to­né­ga­tion­nisme à une réti­cence à recon­naître l’échec du capi­ta­lisme néo­li­bé­ral :

« Mes recherches ont démon­tré que les think-tanks et les ins­ti­tuts qui démentent la réa­lité ou la gra­vité des chan­ge­ments cli­ma­tiques, ou qui sus­citent la méfiance à l’égard de la cli­ma­to­lo­gie, le font par inté­rêt per­son­nel, par convic­tion idéo­lo­gique ou les deux. Certains groupes, comme l’industrie des com­bus­tibles fos­siles, ont un inté­rêt évident dans l’exploitation conti­nue des com­bus­tibles fos­siles. D’autres craignent que si nous accep­tons la réa­lité des chan­ge­ments cli­ma­tiques, nous soyons dans l’obligation de recon­naître les échecs du capi­ta­lisme de marché libre. D’autres encore craignent que si nous per­met­tons au gou­ver­ne­ment d’intervenir sur le marché pour mettre fin aux chan­ge­ments cli­ma­tiques, il ne conduise à une nou­velle expan­sion du pou­voir gou­ver­ne­men­tal qui mena­cera nos liber­tés dans leur ensemble » (« The ver­dict is in on cli­mate change », Los Angeles Times, 22 jan­vier 2012).

Il existe cepen­dant des études qui contestent toute cor­ré­la­tion géné­rale entre le conser­va­tisme et le déni du chan­ge­ment cli­ma­tique. Par exemple, Matthew Hornsey et ses col­lègues ont constaté que le lien entre l’idéologie conser­va­trice et le déni du chan­ge­ment cli­ma­tique était beau­coup plus fort aux États-Unis que dans 24 autres pays[21]. Ils ont conclu que « il n’y a rien d’inhérent à l’idéation conspi­ra­trice ou aux idéo­lo­gies conser­va­trices qui pré­dis­pose les gens à reje­ter la science cli­ma­tique ». Cependant, ils ont éga­le­ment constaté une cor­ré­la­tion impor­tante entre l’idéologie et le déni en Australie, au Canada et au Brésil — pays qui ont tous en commun avec les États-Unis une dépen­dance éco­no­mique aux com­bus­tibles fos­siles ainsi que des émis­sions de car­bone par habi­tant plus éle­vées. Commentant son étude pour le média aus­tra­lien ABC Central West, Hornsey explique : « Lorsque les enjeux sont élevés et que l’on fait face aux énormes inté­rêts de l’industrie des com­bus­tibles fos­siles, on assiste à des cam­pagnes de dés­in­for­ma­tion finan­cées, qui four­nissent une ligne de pensée aux conser­va­teurs sur la ques­tion des chan­ge­ments cli­ma­tiques. Les médias conser­va­teurs s’en emparent et il en découle une cam­pagne de dés­in­for­ma­tion orches­trée, très cohé­rente pour envoyer le signal que le ver­dict scien­ti­fique n’est pas encore acquis[22] ». Et en fait, ce ne sont pas seule­ment les médias car­ré­ment conser­va­teurs qui four­nissent une plate-forme au cli­ma­to­né­ga­tion­nisme. Une étude récente démontre que les cli­ma­tos­cep­tiques ont reçu plus d’attention de la part des médias grand public au fil des ans que les cli­ma­to­logues res­pec­tés (Le Devoir, 14 août 2019).

Climatonégationnisme et popu­lisme de droite

Au Canada, comme ailleurs, ce sont chez les diri­geants, les partis et les groupes popu­listes de droite que l’on observe les expres­sions les plus fla­grantes du dis­cours néga­tion­niste et de l’anti-environnementalisme en géné­ral. L’une des prin­ci­pales carac­té­ris­tiques du popu­lisme de droite actuel est son refus agres­sif de recon­naître l’accélération de la dégra­da­tion éco­lo­gique et son rejet des poli­tiques – aussi faibles et inadé­quates soient-elles – des­ti­nées à ralen­tir le rythme de la des­truc­tion de la bio­sphère. Ernesto Araújo, ministre des Affaires étran­gères du gou­ver­ne­ment bré­si­lien de droite de Jair Bolsonaro, a traité les chan­ge­ments cli­ma­tiques de com­plot du « mar­xisme cultu­rel » pour étouf­fer la crois­sance des éco­no­mies occi­den­tales au profit de la Chine (The Guardian, 15 novembre 2018) – une varia­tion de la théo­rie du com­plot déjà évo­quée par Donald Trump. Mais l’idée remonte à plu­sieurs décen­nies : Dans une lettre de 2002, Stephen Harper, alors député de la cir­cons­crip­tion de Calgary-Sud-Ouest et chef de la for­ma­tion popu­liste de droite l’Alliance réfor­miste-conser­va­trice cana­dienne, a décrit l’Accord de Kyoto comme « un com­plot socia­liste qui vise à sou­ti­rer des fonds aux pays les plus riches » (Le Devoir, 31 jan­vier 2007).

Le lien entre popu­lisme de droite et cli­ma­to­né­ga­tion­nisme appa­raît évident à tra­vers les infor­ma­tions anec­do­tiques, mais il a éga­le­ment été confirmé par un cer­tain nombre d’enquêtes média­tiques[23] ainsi que par une lit­té­ra­ture aca­dé­mique en expan­sion. Des recherches sur les atti­tudes rela­tives aux chan­ge­ments cli­ma­tiques au sein des partis popu­listes de droite révèlent un quasi consen­sus néga­tion­niste. Parmi les exemples les plus mar­quants, on peut citer Alternative für Deutschland, actuel­le­ment le prin­ci­pal parti d’opposition au Bundestag, dont le Manifeste déclare que le gou­ver­ne­ment alle­mand se sert de consta­ta­tions dou­teuses sur les dan­gers des chan­ge­ments cli­ma­tiques anthro­piques pour sup­pri­mer les liber­tés indi­vi­duelles, et UKIP, le parti d’extrême droite bri­tan­nique, connu pour son rejet des chan­ge­ments cli­ma­tiques et son hos­ti­lité aux éner­gies renou­ve­lables.

Dans une étude de l’association entre le popu­lisme de droite et le cli­ma­to­né­ga­tion­nisme dans les pays d’Europe conti­nen­tale et les pays anglo-saxons, Matthew Lockwood passe en revue les pro­grammes des partis popu­listes de droite et confirme qu’ils sont « sou­vent hos­tiles aux poli­tiques d’atténuation des chan­ge­ments cli­ma­tiques, et leurs diri­geants et par­ti­sans expriment des atti­tudes cli­ma­tos­cep­tiques qui les placent en marge du dis­cours poli­tique usuel[24] ». M. Lockwood sou­ligne éga­le­ment l’existence du cli­ma­to­né­ga­tion­nisme et de l’hostilité aux mesures d’atténuation telles que les taxes sur le car­bone et les inves­tis­se­ments dans les éner­gies renou­ve­lables au sein des partis popu­listes de droite des pays qui ne dis­posent pas de res­sources natio­nales impor­tantes en com­bus­tibles fos­siles [25]. Pour Lockwood, la clé pour com­prendre ce lien se trouve dans les valeurs auto­ri­taires, socia­le­ment conser­va­trices et natio­na­listes adop­tées par le popu­lisme de droite ainsi que dans une pré­di­lec­tion pour les théo­ries du com­plot évident parmi ses diri­geants et ses par­ti­sans.

De 2009 à 2018, l’Institut Adelphi de Berlin a réa­lisé une étude impor­tante sur les atti­tudes face aux chan­ge­ments cli­ma­tiques de 21 partis popu­listes de droite en Europe, dont le tiers était membre d’une coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale à l’époque et dont plus des trois quarts déte­nait un siège au Parlement euro­péen[26]. Bien qu’elle ait fait état de varia­tions impor­tantes d’un parti à l’autre, l’étude a révélé que la grande majo­rité d’entre eux se situaient sur un spectre allant du déni com­plet du chan­ge­ment cli­ma­tique anthro­pique jusqu’au scep­ti­cisme et au doute, en pas­sant par la mini­mi­sa­tion du sérieux du pro­blème. L’étude constate éga­le­ment que l’une des prin­ci­pales objec­tions aux poli­tiques d’atténuation des chan­ge­ments cli­ma­tiques est qu’elles por­te­raient pré­ju­dice à l’économie et impo­se­raient un far­deau injuste aux gens ordi­naires.

Encore une fois, tous les cher­cheurs ne s’entendent pas sur le che­vau­che­ment entre le popu­lisme de droite et le cli­ma­to­né­ga­tion­nisme. En exa­mi­nant l’évolution récente du Ralliment natio­nal fran­çais et de l’Alternative für Deutschland (AfD), Kate Aronoff y trouve des signes clairs d’un chan­ge­ment de cap sur ce front, entraîné par la jeune géné­ra­tion[27]. S’il y a effec­ti­ve­ment un chan­ge­ment à l’horizon, il n’a tou­te­fois pas été très visible lors de la der­nière cam­pagne par­le­men­taire euro­péenne, où l’AfD dévoi­lait son indif­fé­rence et son mépris face à la ques­tion du chan­ge­ment cli­ma­tique[28].

Bien sûr, dans le cas de la droite popu­liste, prendre les chan­ge­ments cli­ma­tiques au sérieux ne signi­fie pas adop­ter des valeurs libé­rales ; elle per­çoit les réponses poli­tiques néces­saires à tra­vers ses propres len­tilles xéno­phobes. Aronoff note que l’aile jeu­nesse de l’AfD à Berlin a recom­mandé que le parti sou­tienne une poli­tique de l’enfant unique dans le sud global pour « contrer un des plus grands pro­blèmes cli­ma­tiques, la sur­po­pu­la­tion ». Et plus géné­ra­le­ment, comme le sou­ligne l’historienne Pippa Catterall à propos des par­ti­sans de l’extrême droite qui prennent en compte les pré­oc­cu­pa­tions envi­ron­ne­men­tales : « Leur approche est axée sur le local, et non sur le global, et reflète l’importance du pay­sage dans les iden­ti­tés natio­nales. Leur esprit de clo­cher défen­sif signi­fie que ces menaces sont géné­ra­le­ment per­çues en termes cultu­rels par l’appropriation de la vic­ti­mi­sa­tion, d’où la ten­dance à se concen­trer sur l’immigration plutôt que sur les prio­ri­tés des envi­ron­ne­men­ta­listes de gauche[29] ». Le Ralliement natio­nal en France en est un bon exemple, car il met l’accent sur une éco­lo­gie iden­ti­taire et loca­liste. Le porte-parole du parti en matière d’environnement, Hervé Juvin, affirme qu’une réponse effi­cace aux pro­blèmes éco­lo­giques est ancrée dans la pro­tec­tion des dif­fé­rences natio­nales par des États forts qui pro­tègent leurs fron­tières[30].

Mais en géné­ral, le popu­lisme de droite a ten­dance à reje­ter la science du climat et reprend la notion des chan­ge­ments cli­ma­tiques en tant que conspi­ra­tion libérale/​de gauche pour pro­mou­voir un gros appa­reil gou­ver­ne­men­tal, une forte fis­ca­lité et la mon­dia­li­sa­tion. Dans la mesure où le chan­ge­ment cli­ma­tique est le sym­bole d’un pré­sent insou­te­nable et d’un avenir incer­tain, sou­li­gnant la faillite du capi­ta­lisme, il n’est pas sur­pre­nant qu’il soit un para­ton­nerre pour une extrême droite qui vénère les valeurs d’ordre public, de tra­di­tion, de hié­rar­chie et de sécu­rité. En outre, les stra­té­gies de lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques impliquent néces­sai­re­ment une régle­men­ta­tion coor­don­née aux niveaux local et mon­dial, ce qui va à l’encontre du natio­na­lisme de droite et du fon­da­men­ta­lisme de marché typiques de l’idéologie popu­liste de droite.

Le déni à la cana­dienne

Au Canada, le popu­lisme de droite demeure fer­me­ment ancré dans le camp du cli­ma­tos­cep­ti­cisme et par d’ailleurs, la ligne de démar­ca­tion entre popu­lisme de droite et conser­va­tisme ordi­naire y est assez per­méable. C’est peut être en partie lié à un phé­no­mène iden­ti­fié par Matthew Lockwood, qui sou­ligne que si l’existence de sys­tèmes élec­to­raux basés sur la repré­sen­ta­tion pro­por­tion­nelle donne aux popu­listes de droite une moti­va­tion accrue pour former leurs propres partis, dans les pays uti­li­sant le scru­tin uni­no­mi­nal majo­ri­taire à un tour, les popu­listes de droite ont ten­dance à former des enclaves à l’intérieur des partis tra­di­tion­nels de centre droit[31]. Il est aussi per­ti­nent que l’actuel Parti conser­va­teur du Canada soit le fruit d’une fusion entre l’ancien Parti pro­gres­siste-conser­va­teur du Canada et le Parti réfor­miste, un parti popu­liste de droite né en Alberta, dont la créa­tion a été en partie l’œuvre de diri­geants de l’industrie pétro­lière. Ces affi­ni­tés et liens durables avec l’industrie des com­bus­tibles fos­siles créent un puis­sant inci­ta­tif maté­riel et idéo­lo­gique à nier la science du climat ou mini­mi­ser l’importance des chan­ge­ments cli­ma­tiques.

L’influence omni­pré­sente de l’industrie pétro­lière et gazière sur la poli­tique en géné­ral au Canada est éga­le­ment incon­tes­table, au point où l’on peut sou­te­nir de façon convain­cante qu’elle repré­sente un « État dans l’État » capable de sub­ver­tir les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques en les exploi­tant à ses propres inté­rêts étroits et armé d’un « puis­sant appa­reil de lob­bying et de rela­tions publiques qui touche tous les aspects de la société – du sys­tème poli­tique dans son ensemble jusqu’aux médias, aux uni­ver­si­tés et à Bay Street[32] ». Un simple regard sur le bilan du Canada en matière de chan­ge­ments cli­ma­tiques confère cer­tai­ne­ment du crédit à cette thèse. Au terme de son mandat de cinq ans à titre de véri­fi­ca­trice géné­rale indé­pen­dante du Canada en matière d’environnement, Julie Gelfand a lancé un aver­tis­se­ment sévère au sujet de l’échec du gou­ver­ne­ment à prendre des mesures suf­fi­santes pour com­battre les chan­ge­ments cli­ma­tiques et res­pec­ter ses enga­ge­ments : « Pendant des décen­nies, les gou­ver­ne­ments fédé­raux ont inva­ria­ble­ment échoué dans leurs efforts pour atteindre les cibles de réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre et le gou­ver­ne­ment n’est pas prêt à s’adapter à un climat chan­geant. Tout ceci doit chan­ger[33] ».

Les cli­ma­to­né­ga­tion­nistes sont cepen­dant pra­ti­que­ment incon­nus parmi les libé­raux et les néo-démo­crates. Pour les conser­va­teurs cana­diens, appar­te­nir à un parti domi­nant peut repré­sen­ter une contrainte, une obli­ga­tion d’au moins sem­bler s’en remettre à l’opinion scien­ti­fique. Les popu­listes de droite sont plus libres de saper ouver­te­ment les inquié­tudes de l’opinion publique face aux pro­blèmes tels que les chan­ge­ments cli­ma­tiques, la pol­lu­tion et la défo­res­ta­tion, car ils ne sont soumis à aucune contrainte de mani­fes­ter un res­pect de façade pour l’opinion scien­ti­fique ou pour les obli­ga­tions des accords inter­na­tio­naux. Au contraire, ils asso­cient les scien­ti­fiques du GIEC et les ins­ti­tu­tions de gou­ver­nance inter­na­tio­nale aux « élites mon­dia­listes » tant mépri­sées dans leur dis­cours.

Il y a néan­moins des cas de déni cli­ma­tique ouvert au sein du Parti conser­va­teur du Canada. Le cas le plus fla­grant est peut-être celui de Brad Trost, un député conser­va­teur fédé­ral de la Saskatchewan qui s’est porté can­di­dat à la direc­tion du Parti conser­va­teur en 2017. Trost remet en ques­tion le fait que les chan­ge­ments cli­ma­tiques anthro­piques repré­sentent une menace réelle, s’appuyant sur ses titres de géo­phy­si­cien en explo­ra­tion et en exploi­ta­tion minière et citant des sources aussi peu fiables que le « Comité inter­na­tio­nal non gou­ver­ne­men­tal sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques », un organe de pro­pa­gande fondé par Fred Singer (celui-là même qui a entamé sa car­rière infâme comme laquais de l’industrie du tabac) pour contes­ter la réfé­rence mon­diale en matière de chan­ge­ment cli­ma­tique, de même que par John Christy, pro­fes­seur de sciences atmo­sphé­riques à l’Université de l’Alabama, un cli­ma­to­né­ga­tion­niste tris­te­ment célèbre nommé par Donald Trump au conseil scien­ti­fique de l’Environmental Protection Agency. « Si l’on exa­mine les don­nées géo­lo­giques des 400 000 der­nières années », Trost affirme dans le Vancouver Sun (19 décembre 2016), « il existe effec­ti­ve­ment une cor­ré­la­tion entre le CO2 et les chan­ge­ments cli­ma­tiques – les concen­tra­tions éle­vées de CO2 suivent, plutôt qu’elles ne pré­cèdent, ces chan­ge­ments, ce qui sug­gère que le climat affecte les niveaux de CO2 plutôt que le contraire ».

Il pour­suit avec le com­men­taire très révé­la­teur que, quelle que soit leur posi­tion publique sur la néces­sité de réduire les émis­sions de gaz à effet de serre, der­rière des portes closes la plu­part des conser­va­teurs nour­rissent « un pro­fond scep­ti­cisme à l’égard de la science qui sous-tend le débat cli­ma­tique ».

Et en effet, Trost n’est pas un exemple isolé. Mel Arnold, député conser­va­teur de la Colombie- Britannique, a déclaré à un inter­vie­weur de la CBC qu’il était scep­tique quant aux affir­ma­tions concer­nant l’ampleur de la contri­bu­tion humaine au réchauf­fe­ment de la pla­nète, affir­mant que l’activité humaine ne repré­sente que 1,5 % des émis­sions de gaz à effet de serre et que les chan­ge­ments cli­ma­tiques pour­raient être attri­buables à des cycles natu­rels (CBC Daybreak South, 5 octobre 2015).

Plus récem­ment, un député conser­va­teur de l’Alberta, Blaine Calkins, a dit à une classe d’élèves du secon­daire que la ques­tion à savoir si le dioxyde de car­bone est de la pol­lu­tion demeure ouverte. « Je suis bio­lo­giste. Je sais que le dioxyde de car­bone est en fait un ali­ment pour les végé­taux, alors il y a des argu­ments pour et contre » (CBC News, 18 décembre 2019).

Il y a aussi bien sur le cas lamen­table de Maxime Bernier. Bernier était député fédé­ral conser­va­teur de la Beauce depuis 2006 et a occupé des postes minis­té­riels dans les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs de Stephen Harper. Il s’est pré­senté à la direc­tion du parti en 2017 et a ter­miné juste der­rière le can­di­dat gagnant Andrew Scheer. Il était membre du cabi­net fan­tôme de Scheer jusqu’en juin 2018, puis a démis­sionné du parti en août pour créer une for­ma­tion popu­liste de droite, le Parti popu­laire du Canada, en sep­tembre 2018. La posi­tion du parti sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques, telle qu’exposée dans son pro­gramme élec­to­ral de 2019, est l’expression de cli­ma­to­né­ga­tion­nisme la plus tran­chée que l’on puisse ima­gi­ner, un reflet fidèle des opi­nions éton­nantes de Bernier sur la ques­tion. Bernier rejette le terme même de « chan­ge­ment cli­ma­tique » comme une phrase dénuée de sens qu’on uti­lise pour englo­ber tout évé­ne­ment météo­ro­lo­gique natu­rel et son contraire. Il vante les avan­tages de l’augmentation des niveaux de CO2 comme étant por­teur pour l’agriculture (La Presse, 24 octobre 2018). Il s’agit en fait d’un refrain cou­rant chez les néga­tion­nistes, qui trouvent une expres­sion plus éla­bo­rée dans une bro­chure [34] écrite par un autre Canadien, Patrick Moore, ancien mili­tant de Greenpeace qui s’est depuis rétracté pour se recy­cler comme porte-parole de l’industrie du char­bon, du nucléaire et des pâtes et papiers.

Cette célé­bra­tion des émis­sions de CO2 s’inscrit dans la pla­te­forme du Parti popu­laire, qui demande entre autres le retrait du Canada des accords de Paris, l’abolition de la taxe car­bone et la fin des sub­ven­tions aux tech­no­lo­gies vertes[35]. Dernièrement, Bernier a ajouté sa voix au bar­rage d’insultes déclen­ché par des popu­listes de droite contre la jeune mili­tante sué­doise Greta Thunberg, décla­rant sur Twitter que Thunberg « est deve­nue la mas­cotte inter­na­tio­nale de l’alarmisme cli­ma­tique ». Il a ajouté que « le but de la gauche verte est de trans­for­mer radi­ca­le­ment notre société par la peur hys­té­rique que la fin du monde approche et que nous n’avons d’autre choix que d’abandonner nos liber­tés et notre mode de vie » (Global News, 2 sep­tembre 2019).

Sur la scène extra­par­le­men­taire, le mou­ve­ment des gilets jaunes du Canada et la pro­tes­ta­tion pro-pipe­line « United We Roll » qui y est asso­ciée servent d’étude de cas sur la pro­pen­sion des popu­listes de droite à nier l’existence des chan­ge­ments cli­ma­tiques. S’inspirant pré­ten­du­ment du mou­ve­ment du même nom en France, il se dis­tingue de l’original par son parti-pris réso­lu­ment à droite[36]. La teneur géné­rale de son atti­tude à l’égard des chan­ge­ments cli­ma­tiques se résume par un slogan sur une pan­carte bran­die lors d’une mani­fes­ta­tion le 19 février sur la col­line du Parlement : « The sun changes the wea­ther, not CO2. Carbon tax is a scam » (Huffington Post, 20 février 2019). Ce mou­ve­ment fait preuve aussi d’une pous­sée natio­na­liste de droite et nombre de ses par­ti­sans sou­tiennent l’argument des poli­ti­ciens conser­va­teurs selon lequel il est pré­fé­rable d’exploiter les com­bus­tibles fos­siles cana­diens plutôt que d’importer du pétrole de l’étranger, une idée qui a éga­le­ment été reprise der­niè­re­ment par Elizabeth May, chef du Parti vert du Canada[37].

Le déni qui n’ose pas dire son nom

Bien que la ligne de démar­ca­tion entre le popu­lisme de droite et le conser­va­tisme domi­nant au Canada soit floue, la majo­rité des conser­va­teurs se pré­sen­tant ou élu à un poste public au Canada se sou­cient beau­coup moins de contre­dire les cli­ma­to­logues que de ren­ver­ser ou d’entraver les poli­tiques visant à atté­nuer les chan­ge­ments cli­ma­tiques. Le socio­logue cana­dien William Carroll défi­nit ce « déni doux » comme la recon­nais­sance de l’origine du chan­ge­ment cli­ma­tique dans l’activité humaine couplé à « un menu de solu­tions axées sur le marché qui ne sont mani­fes­te­ment pas assez vigou­reuses pour créer les types de chan­ge­ments qui nous met­traient sur la voie de la sta­bi­li­sa­tion du climat [38] ». Les néga­tion­nistes doux et les néga­tion­nistes durs émettent des opi­nions sem­blables au sujet de l’impact éco­no­mique néfaste de poli­tiques plus robustes de lutte contre la chaos cli­ma­tique plus telles que l’investissement dans les éner­gies renou­ve­lables, les régle­men­ta­tions en matière d’efficacité éner­gé­tique et les poli­tiques rigou­reuses d’évaluation des impacts envi­ron­ne­men­taux, et sont par­ti­cu­liè­re­ment hos­tiles aux sys­tèmes de pla­fon­ne­ment et d’échange et aux taxes car­bone. Ils font valoir que de telles mesures nuisent à la com­pé­ti­ti­vité éco­no­mique natio­nale.

Le gou­ver­ne­ment de Stephen Harper illustre bien ces deux points. Comme nous l’avons déjà men­tionné, avant son élec­tion, Harper lui-même a ouver­te­ment remis en ques­tion la science du climat, pré­ten­dant que l’Accord de Kyoto était fondé sur des « preuves scien­ti­fiques pro­vi­soires et contra­dic­toires », et il y avait à l’intérieur de son admi­nis­tra­tion un cer­tain nombre de per­sonnes accu­sées de cli­ma­tos­cep­ti­cisme, comme Leona Aglukkaq[39], ministre de l’Environnement de 2013 à 2015, et Joe Oliver[40], ministre des Ressources natu­relles de 2011 à 2014. Une fois élu, Harper s’est assuré que l’administration était cyni­que­ment plus cir­cons­pecte dans ses décla­ra­tions publiques.

Nathan Young et Aline Coutinho ont mené une étude com­pa­ra­tive du gou­ver­ne­ment Harper au Canada et de celui de John Howard, chef du Parti libé­ral de centre droit, en Australie de 1996 à 2007. Ils ont choisi ces deux régimes parce que tous deux s’opposaient fer­me­ment aux efforts inter­na­tio­naux de lutter contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques. Les cher­cheurs constatent que l’administration Harper avait ten­dance dans son dis­cours à ne pas nier car­ré­ment le consen­sus scien­ti­fique, mais cher­chait plutôt à affai­blir le sou­tien à l’action cli­ma­tique par le biais de diverses « stra­té­gies de pro­mo­tion de l’ignorance. » Ils jugent cette stra­té­gie plus effi­cace : « En accep­tant la posi­tion consen­suelle sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques, les gou­ver­ne­ments se libèrent du besoin de la contre­dire et peuvent plutôt se concen­trer sur les rai­sons pour les­quelles il est impru­dent d’agir de manière déci­sive [41] ». Inutile de pré­ci­ser que le bilan du gou­ver­ne­ment Harper en matière de chan­ge­ments cli­ma­tiques est lamen­table[42], qu’il s’agisse de sabrer dans le finan­ce­ment en recherche, de réduire au silence les scien­ti­fiques ou de légi­fé­rer au nom de l’industrie des com­bus­tibles fos­siles en déman­te­lant diverses mesures de pro­tec­tion envi­ron­ne­men­tale consi­dé­rées tant d’obstacles au libre jeu du sec­teur pétro­lier, tel que le fameux projet de loi géné­ral C-38, sur­nommé par cer­tains « La loi de des­truc­tion envi­ron­ne­men­tale ».

Ce phé­no­mène de néga­tion­nisme doux se voit chez plu­sieurs diri­geants poli­tiques conser­va­teurs, dont Jason Kenney, ancien ministre dans le cabi­net de Stephen Harper et actuel pre­mier ministre de l’Alberta sous le United Conservative Party. Kenney a déclaré que les membres de son parti acceptent géné­ra­le­ment le consen­sus scien­ti­fique sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques anthro­piques, bien qu’il ait indi­qué qu’il y a de la place pour les gens qui rejettent car­ré­ment ce consen­sus (Global News, 22 mars 2019). Il a éga­le­ment pro­clamé : « Oui, je suis un néga­tion­niste de la taxe car­bone mais je ne suis pas un néga­tion­niste du chan­ge­ment cli­ma­tique » (cité dans le National Observer, 22 mai 2018). Mais même si son déni semble doux, il joue dur avec les mili­tants du climat et d’autres défen­seurs de l’environnement alors qu’il se fait cham­pion des sables bitu­mi­neux et des pipe­lines et qu’il lutte avec achar­ne­ment contre les taxes sur le car­bone. Son gou­ver­ne­ment a établi une caisse spé­ciale de 30 mil­lions de dol­lars pour finan­cer des attaques, y com­pris des pour­suites judi­ciaires, contre les cri­tiques de l’industrie pétro­lière et gazière, et pour dénon­cer le « finan­ce­ment étran­ger » de ce qu’il décrit comme une cam­pagne des groupes envi­ron­ne­men­taux afin d’enclaver les res­sources éner­gé­tiques cana­diennes. Son « centre de crise » a été dénoncé par des groupes de défense des liber­tés civiles tels qu’Amnesty International comme de l’intimidation et une menace à la liberté de parole[43].

Le chef du Parti pro­gres­siste-conser­va­teur de l’Ontario, Doug Ford, pre­mier ministre de la pro­vince la plus peu­plée du Canada, offre un autre exemple de la façon dont la recon­nais­sance du carac­tère anthro­pique des chan­ge­ments cli­ma­tiques peu aller de pair avec un rejet caté­go­rique des mesures d’atténuation. Bien qu’il pré­tende croire à la réa­lité des chan­ge­ments cli­ma­tiques anthro­piques, il n’a pas hésité à inter­dire les réfé­rences à la ques­tion par les minis­tères de l’Ontario, à annu­ler le pro­gramme de pla­fon­ne­ment et d’échange de la pro­vince malgré le manque total d’appui public pour sa déci­sion (Financial Post, 17 jan­vier 2019) et à se fixer comme objec­tif de com­battre la taxe car­bone aux frais des contri­buables, notam­ment en adop­tant une loi exi­geant que les sta­tions de ser­vice affichent sur leurs pompes une éti­quette contre la taxe. Dans le cas de Ford, son offen­sive s’encadre dans le contexte d’une guerre sans merci contre la pro­tec­tion de l’environnement qui com­prend entre autres le déman­tè­le­ment de l’organisme indé­pen­dant chargé de sur­veiller la confor­mité du gou­ver­ne­ment aux lois envi­ron­ne­men­tales pro­vin­ciales.

Discours et pro­messes des conser­va­teurs à la veille des élec­tions fédé­rales 

On peut se deman­der si la posi­tion des poli­ti­ciens conser­va­teurs comme Kenney et Ford relève plus de cal­culs cyniques ou de convic­tions. Il s’agit sans doute d’un mélange de motifs. On sait, selon la théo­rie de la jus­ti­fi­ca­tion du sys­tème, que ceux qui sont a priori favo­rables au sys­tème éco­no­mique actuel ont ten­dance à mini­mi­ser l’importance des chan­ge­ments cli­ma­tiques en dépit des preuves scien­ti­fiques acca­blantes[44]. Et comme font remar­quer plu­sieurs com­men­ta­teurs, les stra­tèges conser­va­teurs savent fort bien que même si la crise cli­ma­tique se trouve parmi les prin­ci­pales pré­oc­cu­pa­tions de la majo­rité de l’électorat au Canada, la lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques ne figure pas parmi les prio­ri­tés de la plu­part des élec­teurs conser­va­teurs[45]. Ainsi, la ques­tion ne fait pas l’objet d’une atten­tion par­ti­cu­lière dans la pla­te­forme et le dis­cours du parti Conservateur à l’approche des élec­tions fédé­rales en octobre 2019. Dans leur plan de pro­tec­tion de l’environnement » on recon­nait la nature anthro­pique des chan­ge­ments cli­ma­tiques mais on cherche à affai­blir la portée de ce constat en mini­mi­sant la contri­bu­tion de Canada au pro­blème à l’échelle mon­dial en sou­li­gnant que le Canada est res­pon­sable de 1,6 % des émis­sions[46]. On passe sous silence le fait qu’en tenant compte de la taille de la popu­la­tion, le Canada est l’un des plus grands émet­teurs mon­dial de gaz à effet de serre par per­sonne, dépas­sant tous les autres pays du G-20. On trouve ensuite un bouc émis­saire en poin­tant le doigt sur la Chine et on parle de « fuite de car­bone » l’idée selon laquelle les mesures comme le taxe car­bone des­tines à réduire les émis­sions de gaz à effet de serre abou­tissent à un trans­fert de pro­duc­tion et des émis­sions connexes aux pays avec des lois envi­ron­ne­men­tales moins strictes.

C’est l’un des pré­textes dont Andrew Scheer se sert pour jus­ti­fier son enga­ge­ment à abolir la taxe de car­bone. Il a promis aussi d’abroger deux lois : la loi C-69 adopté en juin, qui éta­blit un nouvel agence qui régira l’évaluation des impacts envi­ron­ne­men­taux des pro­jets éner­gé­tiques de com­pé­tence fédé­rale incluant les pipe­lines, et la loi C-48, qui offi­cia­lise un mora­toire sur la cir­cu­la­tion des pétro­liers qui trans­portent plus de 12 500 tonnes métriques de pétrole le long de la côte nord de la Colombie-Britannique afin de pro­té­ger une région qui com­porte l’écosystème fra­gile de la forêt plu­viale du Grand Ours et les îles Haida Gwaii.

Les conser­va­teurs n’abandonnent pas pour autant, du moins en prin­cipe, l’objectif de réduire les émis­sions de gaz à effet de serre par rap­port à leur niveau de 2005. Pour atteindre leur but d’une réduc­tion de 30 % d’ici 2030 ils misent sur une inno­va­tion tech­no­lo­gique sal­va­trice (et ren­table pour l’entreprise privée!) qui ren­drait le sec­teur pétro­lier et gazier du Canada « le plus propre du monde ». Les grands émet­teurs de gaz à effet de serre seront obli­gés d’y inves­tir.

Et Scheer per­siste à parler du déve­lop­pe­ment d’un « cor­ri­dor éner­gé­tique » pan­ca­na­dien qui faci­li­te­rait la construc­tion de pipe­lines, gazo­ducs et lignes élec­triques et le trans­port du pétrole de l’ouest vers l’est du Canada malgré l’opposition ferme des qué­bé­coises et qué­bé­cois aux pipe­lines qui s’est mani­fes­tée dans l’accueil hos­tile au projet Énergie Est.

Sous l’angle de poli­tiques concrètes, si on se fie au projet conser­va­teur cana­dien, il sem­ble­rait que la dis­tinc­tion entre déni décom­plexé et déni doux est plutôt négli­geable, sur­tout dans un contexte d’effondrement cli­ma­tique et éco­lo­gique en cours.[47] Mais étant donné l’enjeu on ne peut plus urgent pour le sort de l’humanité et de la vie plus qu’humaine, on pour­rait en dire presqu’autant de la vaste majo­rité des plans d’action de l’ensemble du spectre poli­tique. Des mesures axées sur le marché telles que les sys­tèmes de pla­fon­ne­ment et échange ainsi que les taxes car­bones qui per­mettent aux entre­prises de payer pour le pri­vi­lège de réchauf­fer la pla­nète, ou bien la crois­sance verte, même dans sa ver­sion équi­table, qui refuse tou­jours la réa­lité des limites bio­phy­siques de nos acti­vi­tés pro­duc­trices, ne sont que des piètres pan­se­ments sur des bles­sures mor­telles. En fin de compte, aussi décon­nec­tés qu’ils soient, les conser­va­teurs sont loin d’être seuls à faire l’autruche ; on aura beau le nier, le cli­ma­to­né­ga­tion­nisme règne en maître.

Andrea Levy
Septembre 2019

  1. Selon un rap­port gou­ver­ne­men­tal, le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la pla­nète. Depuis 1948, la tem­pé­ra­ture moyenne annuelle a aug­menté de 1,7 degré et de 2,3 degrés dans le Nord. https://​www​.lapresse​.ca/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​e​n​v​i​r​o​n​n​e​m​e​n​t​/​2​0​1​9​0​4​/​0​1​/​0​1​-​5​2​2​0​4​4​2​-​c​l​i​m​a​t​-​l​e​-​c​a​n​a​d​a​-​s​e​-​r​e​c​h​a​u​f​f​e​-​d​e​u​x​-​f​o​i​s​-​p​l​u​s​-​v​i​t​e​-​q​u​e​-​l​e​-​r​e​s​t​e​-​d​u​-​m​o​n​d​e.php.
  2. John Cook, « The Japan Meteorological Agency tem­pe­ra­ture record », 12 février 2013, https://​skep​ti​cals​cience​.com/​j​m​a​_​t​e​m​p​e​r​a​t​u​r​e​_​r​e​c​o​r​d​.html.
  3. Gosselin, « CBC Claims Canada Warming Twice As Fast As Globe, Yet Data Tell A Different Story : No Warming In 25 Years ! » No Tricks Zone, 3 avril 2019, https://​notricks​zone​.com/​2​0​1​9​/​0​4​/​0​3​/​c​b​c​-​c​l​a​i​m​s​-​c​a​n​a​d​a​-​w​a​r​m​i​n​g​-​t​w​i​c​e​-​a​s​-​f​a​s​t​-​a​s​-​g​l​o​b​e​-​y​e​t​-​d​a​t​a​-​t​e​l​l​-​a​-​d​i​f​f​e​r​e​n​t​-​s​t​o​r​y​-​n​o​-​w​a​r​m​i​n​g​-​i​n​-​2​5​-​y​ears/.
  4. David Robert, « This one weird trick will not convince conser­va­tives to fight cli­mate change », Vox, 29 décembre 2016, https://​www​.vox​.com/​s​c​i​e​n​c​e​-​a​n​d​-​h​e​a​l​t​h​/​2​0​1​6​/​1​2​/​2​8​/​1​4​0​7​4​2​1​4​/​c​l​i​m​a​t​e​-​d​e​n​i​a​l​i​s​m​-​s​ocial.
  5. Carolina de Ryk, inter­view avec Joe Shea, Daybreak North, CBC Radio, 2 avril 2019, https://​pod​cast​-​a​.aka​maihd​.net/​m​p​3​/​p​o​d​c​a​s​t​s​/​d​a​y​b​r​e​a​k​n​o​r​t​h​b​c​1​-​0​9​y​X​a​h​T​e​-​2​0​1​9​0​4​0​2.mp3.
  6. Voir par exemple, « Why We Resist the Truth about Climate Change », A paper to the Climate Controversies : Science and Politics confe­rence, Museum of Natural Sciences, Brussels, 28 octobre 2010, pp. 4-5, https://​cli​ve​ha​mil​ton​.com/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​1​2​/​1​1​/​w​h​y​_​w​e​_​r​e​s​i​s​t​_​t​h​e​_​t​r​u​t​h​_​a​b​o​u​t​_​c​l​i​m​a​t​e​_​c​h​a​n​g​e.pdf.
  7. « The Climate Sceptics : Weather Catastrophes and Climate Change—Is There Still Hope For Us ? » Potsdam : Potsdam Institute for Climate Impact Research, 2004, http://www.pik-potsdam.de/~stefan/Publications/Other/rahmstorf_climate_sceptics_2004.pdf.
  8. Jane Mayer, Dark Money, (New York : Doubleday, 2016), chap. 8, The Fossils, pp. 199-200.
  9. Ibid., p. 205.
  10. Pour une dis­cus­sion en pro­fon­deur de l’arsenal des cli­ma­to­né­ga­tion­nistes voir Riley Dunlap et Aaron McCright, « Challenging Climate Change : The Denial Countermovement », dans Riley E. Dunlap et Robert J. Brulle (eds.), Climate Change and Society : Sociological Perspectives (New York : Oxford University Press, 2015), pp. 300-332.
  11. Mayer, Dark Money, p. 208.
  12. Andy Rowel « Rebel Media : From Promoting Tar Sands and Climate Denial to “Bigoted Lunatics” », Oil Change International, 24 juin 2017, http://​pri​ceo​foil​.org/​2​0​1​7​/​0​6​/​2​4​/​r​e​b​e​l​-​m​e​d​i​a​-​f​r​o​m​-​p​r​o​m​o​t​i​n​g​-​t​a​r​-​s​a​n​d​s​-​a​n​d​-​c​l​i​m​a​t​e​-​d​e​n​i​a​l​-​t​o​-​b​i​g​o​t​e​d​-​l​u​n​a​tics/.
  13. Michael E. Mann, The Hockey Stick and the Climate Wars, (New York : Columbia University Press, 2012), p. 95.
  14. Donald Gutstein, « Follow the Money, Part 5 – The Tobacco Papers Revisited », Rabble, 24 avril 2014, http://​rabble​.ca/​b​l​o​g​s​/​b​l​o​g​g​e​r​s​/​d​o​n​a​l​d​-​g​u​t​s​t​e​i​n​/​2​0​1​4​/​0​4​/​f​o​l​l​o​w​-​m​o​n​e​y​-​p​a​r​t​-​5​-​t​o​b​a​c​c​o​-​p​a​p​e​r​s​-​r​e​v​i​sited.
  15. Voir par exemple, John McMurtry, « The Koch Brothers and the Tar-Sands », The Bullet, July 5, 2019, https://​socia​list​pro​ject​.ca/​2​0​1​9​/​0​7​/​k​o​c​h​-​b​r​o​t​h​e​r​s​-​a​n​d​-​t​h​e​-​t​a​rsand.
  16. « Koch Industries : Secretly Funding the Climate Denial Machine », https://​www​.green​peace​.org/​u​s​a​/​g​l​o​b​a​l​-​w​a​r​m​i​n​g​/​c​l​i​m​a​t​e​-​d​e​n​i​e​r​s​/​k​o​c​h​-​i​n​d​u​s​tries.
  17. Selon une étude amé­ri­caine, la média­ti­sa­tion de même un faible degré de dis­si­dence parmi les scien­ti­fiques, peut inci­ter les gens à douter de l’importance d’un pro­blème envi­ron­ne­men­tal quel­conque et miner l’appui aux poli­tiques visant à le résoudre. L’étude en ques­tion est citée dans Karin Edvardsson Björnberg, Mikael Karlsson, Michael Gilek, Sven OveHansson, « Climate and envi­ron­men­tal science denial : A review of the scien­ti­fic lite­ra­ture publi­shed in 1990–2015 », Journal of Cleaner Production, Vol. 167, novembre 2017, https://​doi​.org/​1​0​.​1​0​1​6​/​j​.​j​c​l​e​p​r​o​.​2​0​1​7​.​0​8.066.
  18. « Dueling rea­li­ties ? Age, poli­ti­cal ideo­logy divide Canadians over cause and threat of cli­mate change », Angus Reid Institute, 30 novembre 2018, http://​angus​reid​.org/​c​l​i​m​a​t​e​-​c​h​a​n​g​e​-​b​e​l​iefs/.
  19. Voir par exemple, Jessica M. Santos et Irene Feygina, « Responding to Climate Change Skepticism and the Ideological Divide » Michigan Journal of Sustainability, vol. 5, no 1, 2017, DOI : http://​dx​.doi​.org/​1​0​.​3​9​9​8​/​m​j​s​.​1​2​3​3​3​7​1​2​.​0​0​0​5.102.
  20. M. McCright, Aaron et Riley Dunlap, « Anti-reflexi­vity : The American Conservative Movement’s Success in Undermining Climate Science and Policy », Theory Culture & Society, Vol. 27, 2010 : 100-133.
  21. Matthew J. Hornsey, Emily A. Harris et Kelly S. Fielding, « Relationships among conspi­ra­to­rial beliefs, conser­va­tism and cli­mate scep­ti­cism across nations », Nature Climate Change, Vol. 8, juillet 2018, https://​doi​.org/​1​0​.​1​0​3​8​/​s​4​1​5​5​8​-​0​1​8​-​0​157-2.
  22. Micaela Hambrett, « Climate change and when human nature can lead to rejec­tion of science », ABC Central West, 31 mars 2019, https://​www​.abc​.net​.au/​n​e​w​s​/​2​0​1​9​-​0​3​-​3​1​/​c​l​i​m​a​t​e​-​c​h​a​n​g​e​-​w​h​e​n​-​h​u​m​a​n​-​n​a​t​u​r​e​-​l​e​a​d​s​-​t​o​-​r​e​j​e​c​t​i​o​n​-​o​f​-​s​c​i​e​n​c​e​/​1​0​9​52244.
  23. Voir par exemple l’enquête de Chloe Farand, « Denial and Dampening Ambition : Where Do Europe’s Right-Wing Populist Parties Stand on Climate Change ? » DesmogUK, 17 mai 2019,

    https://​www​.desmog​.co​.uk/​2​0​1​9​/​0​5​/​1​6​/​r​i​g​h​t​-​w​i​n​g​-​p​o​p​u​l​i​s​t​-​p​a​r​t​i​e​s​-​c​l​i​m​a​t​e​-​s​c​i​e​n​c​e​-​d​e​n​i​a​l​-​e​u​r​o​p​e​a​n​-​p​a​r​l​i​a​m​e​n​t​-​e​l​e​c​tions.

  24. Matthew Lockwood, « Right-wing popu­lism and the cli­mate change agenda : explo­ring the lin­kages », Environmental Politics, 27:4, 2018, p. 712.
  25. Ibid., p. 721.
  26. Stella Schaller et Alexander Carius, « Convenient Truths : Mapping cli­mate agen­das of right-wing popu­list par­ties in Europe », Berlin : Adelphi, 26 février 2019, https://www.adelphi.de/de/system/files/mediathek/bilder/Convenient%20Truths%20-%20Mapping%20climate%20agendas%20of%20right-wing%20populist%20parties%20in%20Europe%20-%20adelphi.pdf
  27. Kate Aronoff, « The European Far Right’s Environmental Turn », Dissent, 31 mai 2019, https://​www​.dis​sent​ma​ga​zine​.org/​o​n​l​i​n​e​_​a​r​t​i​c​l​e​s​/​t​h​e​-​e​u​r​o​p​e​a​n​-​f​a​r​-​r​i​g​h​t​s​-​e​n​v​i​r​o​n​m​e​n​t​a​l​-turn
  28. « Germany’s AfD embraces cli­mate change denial as part of EU cam­paign », The Local De, 20 mai, 2019

    https://​www​.the​lo​cal​.de/​2​0​1​9​0​5​2​0​/​g​e​r​m​a​n​y​s​-​a​f​d​-​e​m​b​r​a​c​e​s​-​c​l​i​m​a​t​e​-​c​h​a​n​g​e​-​d​e​n​i​a​l​-​a​s​-​p​a​r​t​-​o​f​-​e​u​-​c​a​m​paign.

  29. Pippa Catterall, « Green natio­na­lism ? How the far right could learn to love the envi­ron­ment », The Conversation, 11 avril 2017, https://​the​con​ver​sa​tion​.com/​g​r​e​e​n​-​n​a​t​i​o​n​a​l​i​s​m​-​h​o​w​-​t​h​e​-​f​a​r​-​r​i​g​h​t​-​c​o​u​l​d​-​l​e​a​r​n​-​t​o​-​l​o​v​e​-​t​h​e​-​e​n​v​i​r​o​n​m​e​n​t​-​76035.
  30. « L’écologie de retour au RN, “loca­liste” et très iden­ti­taire », La Croix, 14 février, 2019, https://​www​.la​-croix​.com/​F​r​a​n​c​e​/​P​o​l​i​t​i​q​u​e​/​L​-​e​c​o​l​o​g​i​e​-​r​e​t​o​u​r​-​R​N​-​l​o​c​a​l​i​s​t​e​-​t​r​e​s​-​i​d​e​n​t​i​t​a​i​r​e​-​2​0​1​9​-​0​2​-​1​4​-​1​3​0​1​0​02433.
  31. Lockwood, « Right-wing popu­lism », p. 715.
  32. Bruce Livesey, « Is the Oil Industry Canada’s “Deep State”? » The Tyee, 17 mai 2018. Voir aussi le Corporate Mapping Project, un projet de recherche sur six ans qui vise à tracer le pou­voir et l’influence éco­no­mique et poli­tique des indus­tries de com­bus­tibles fos­siles de l’ouest du Canada et à rendre cette infor­ma­tion lar­ge­ment acces­sible, cor​po​ra​te​map​ping​.ca
  33. Le point de vue de la com­mis­saire, Rapport de la com­mis­saire à l’environnement et au déve­lop­pe­ment durable au Parlement du Canada prin­temps 2019, http://​www​.oag​-bvg​.gc​.ca/​i​n​t​e​r​n​e​t​/​F​r​a​n​c​a​i​s​/​p​a​r​l​_​c​e​s​d​_​2​0​1​9​0​4​_​0​0​_​f​_​4​3​3​0​6​.html
  34. Patrick Moore, « The Positive Impact of Human CO2 Emissions on the Survival of Life on Earth », Frontier Centre for Public Policy, juin 2016, https://fcpp.org/sites/default/files/documents/Moore%20-%20Positive%20Impact%20of%20Human%20CO2%20Emissions.pdf.
  35. Plateforme élec­to­rale 2019, Parti popu­laire du Canada, https://​www​.par​ti​po​pu​lai​re​du​ca​nada​.ca/​r​e​c​h​a​u​f​f​e​m​e​n​t​_​p​l​a​n​e​t​a​i​r​e​_​e​t​_​e​n​v​i​r​o​n​n​e​m​e​n​t​_​r​e​j​e​t​e​r​_​l​_​a​l​a​r​m​i​s​m​e​_​e​t​_​s​e​_​c​o​n​c​e​n​t​r​e​r​_​s​u​r​_​d​e​s​_​a​m​e​l​i​o​r​a​t​i​o​n​s​_​c​o​n​c​retes.
  36. Sur les gilets jaunes cana­diens, voir par exemple Trevor Harrison, « Morbid symp­toms : Alberta’s yellow vest move­ment », Canadian Dimension, hiver 2019, https://​cana​dian​di​men​sion​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​v​i​e​w​/​m​o​r​b​i​d​-​s​y​m​p​t​o​m​s​-​a​l​b​e​r​t​a​s​-​y​e​l​l​o​w​-​v​e​s​t​-​m​o​v​ement.
  37. « Le Parti vert veut mettre fin aux impor­ta­tions de pétrole de l’étranger » https://​ici​.radio​-canada​.ca/​n​o​u​v​e​l​l​e​/​1​1​7​2​0​5​2​/​p​a​r​t​i​-​v​e​r​t​-​i​m​p​o​r​t​a​t​i​o​n​s​-​p​e​t​r​o​l​e​-​e​t​r​a​n​g​e​r​-​e​l​i​s​a​b​e​t​h-may.
  38. Cité par Gavin Macrae dans « State of Denial », Watershed Sentinel, 11 février 2019, https://​water​shed​sen​ti​nel​.ca/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​s​t​a​t​e​-​o​f​-​d​enial.
  39. Mike de Souza, « Stephen Harper’s envi­ron­ment minis­ter casts doubt on cli­mate change », O.Canada.com, 8 octobre 2013, https://o.canada.com/news/stephen-harpers-environment-minister-casts-doubt-on-climate-change.
  40. « Joe Oliver beats back accu­sa­tions of cli­mate change denial », CBC News, 16 avril 2013, https://​www​.cbc​.ca/​n​e​w​s​/​p​o​l​i​t​i​c​s​/​j​o​e​-​o​l​i​v​e​r​-​b​e​a​t​s​-​b​a​c​k​-​a​c​c​u​s​a​t​i​o​n​s​-​o​f​-​c​l​i​m​a​t​e​-​c​h​a​n​g​e​-​d​e​n​i​a​l​-​1​.​1​3​53252.
  41. Nathan Young et Aline Coutinho, « Government, anti-reflexi­vity, and the construc­tion of public igno­rance about cli­mate change : Australia and Canada com­pa­red », Global Environmental Politics, 13 (2), 2013 : 89-108.
  42. Voir par exemple Toby Sanger et Graham Saul, « The Harper Government and Climate Change », dans Teresa Healy, ed., The Harper Record, (Canadian Centre for Policy Alternatives, 2008), pp. 281-297.
  43. « Jason Kenney’s “war room” is a threat to free speech », Press Progress, 3 juillet, 2019, https://​press​pro​gress​.ca/​j​a​s​o​n​-​k​e​n​n​e​y​s​-​w​a​r​-​r​o​o​m​-​i​s​-​a​-​t​h​r​e​a​t​-​t​o​-​f​r​e​e​-​s​p​e​e​c​h​-​s​a​y​-​c​i​v​i​l​-​l​i​b​e​r​t​i​e​s​-​a​n​d​-​h​u​m​a​n​-​r​i​g​h​t​s​-​g​roups.
  44. Jessica M. Santos et Irene Feygina, « Responding to Climate Change Skepticism and the Ideological Divide » Michigan Journal of Sustainability, vol. 5, no 1, 2017, DOI : http://​dx​.doi​.org/​1​0​.​3​9​9​8​/​m​j​s​.​1​2​3​3​3​7​1​2​.​0​0​0​5.102.
  45. Adam Radwanski, « The poli­ti­cal cal­cu­la­tions behind Andrew Scheer’s cli­mate-change plans » The Globe and Mail, 3 mai 2019, https://​www​.the​glo​beand​mail​.com/​c​a​n​a​d​a​/​a​r​t​i​c​l​e​-​t​h​e​-​p​o​l​i​t​i​c​a​l​-​c​a​l​c​u​l​a​t​i​o​n​s​-​b​e​h​i​n​d​-​a​n​d​r​e​w​-​s​c​h​e​e​r​s​-​c​l​i​m​a​t​e​-​c​h​a​n​g​e​-​plans.
  46. « Un vrai plan pour pro­té­ger notre envi­ron­ne­ment », https://​unvrai​plan​.ca.
  47. Voir l’incontournable essai de David Wallace-Wells, « The Uninhabitable Earth », New York Magazine, 10 juillet 2017, http://​nymag​.com/​i​n​t​e​l​l​i​g​e​n​c​e​r​/​2​0​1​7​/​0​7​/​c​l​i​m​a​t​e​-​c​h​a​n​g​e​-​e​a​r​t​h​-​t​o​o​-​h​o​t​-​f​o​r​-​h​u​m​a​n​s​.html.

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