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Sur la barricade à Oka/​Kanehsatake
19 janvier 2018
No. 18 - Automne 2017

Membre de la nation mohawk de Kanehsatake, Clifton Nicholas est réa­li­sa­teur de films docu­men­taires, dont No Fracking Way (2013) et The Iron Snake (2014). Il est éga­le­ment mili­tant avec le Réseau envi­ron­ne­men­tal autoch­tone. Lors de la confron­ta­tion de l’été 1990, Clifton était un jeune mili­tant de sa com­mu­nauté. Pour faire échec à un projet de déve­lop­pe­ment sur des terres reven­di­quées par les Mohawks et pour s’opposer à la vio­lence poli­cière, il a donc été sur les bar­ri­cades et vécu de l’intérieur cette longue crise de 78 jours. L’entrevue avec Clifton Nicholas a été réa­li­sée par Pierre Trudel à Kanehsatake en avril der­nier. Le texte qui suit résulte d’un dia­logue ; des par­ties de l’entrevue ont été regrou­pées, d’autres ont été résu­mées ou ne se retrouvent pas dans le texte.

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Néolibéralisme, néomédicalisation et individualisme:
Un mélange toxique pour la santé des femmes
18 janvier 2018
Numéros des NCS

De nom­breux écrits (y com­pris des articles de la pré­sente revue) traitent des consé­quences du capi­ta­lisme et du néo­li­bé­ra­lisme sur les ser­vices sociaux et de santé. Ces consé­quences incluent l’accroissement des inéga­li­tés et des injus­tices sociales, la pri­va­ti­sa­tion des soins, la sur­fac­tu­ra­tion de ser­vices médi­caux et la mar­chan­di­sa­tion géné­rale de la santé, dont la trans­for­ma­tion des béné­fi­ciaires de soins en « clients ». Par ailleurs, moins d’attention a été portée sur le contexte de « risque » au sein duquel ces chan­ge­ments sur­viennent et sur la façon dont cela favo­rise ce qu’on peut appe­ler l’« indi­vi­dua­lisme consu­mé­riste ». Selon ce type d’individualisme, recou­vrer la santé, être en santé ou le demeu­rer est une ques­tion indi­vi­duelle, per­son­na­li­sée, dépo­li­ti­sée, c’est-à-dire une ques­tion rele­vant d’un « choix per­son­nel » ou, pire encore, d’une res­pon­sa­bi­lité indi­vi­duelle. Dans le texte qui suit, je pro­pose d’explorer et de cri­ti­quer bon nombre de ces aspects du néo­li­bé­ra­lisme, en insis­tant sur les notions bien connues de médi­ca­li­sa­tion et de mar­chan­di­sa­tion et en atti­rant l’attention sur quelques-uns des dan­gers qui menacent la santé des femmes. Il s’agit davan­tage d’une série de réflexions que d’un texte suivi et linéaire.

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Les Algonquins de Lac-Barrière : une communauté de résistance
16 janvier 2018
No. 18 - Automne 2017

À l’automne 2016, les Algonquins de Lac-Barrière appre­naient que le gou­ver­ne­ment du Québec vou­lait octroyer des permis à la com­pa­gnie minière Copper One pour ouvrir des che­mins miniers et entre­prendre des forages en plein cœur de leur ter­ri­toire tra­di­tion­nel. Cette com­mu­nauté s’est tou­jours oppo­sée à ce projet et, en 2017, une cam­pagne de mobi­li­sa­tion s’organise : confé­rences de presse des chefs algon­quins à Val-d’Or, péti­tion, com­mu­ni­qués, ren­contre d’information publique à Montréal. Les Algonquins de Lac-Barrière, au centre de cette mobi­li­sa­tion, ont une grande expé­rience de résis­tance et ils sont bien orga­ni­sés.

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Le Québec n’est pas raciste, mais…
Conflictualités réelles et imaginaires sur la Côte-Nord
15 janvier 2018
No. 18 - Automne 2017

Le Québec n’est pas raciste, mais au port de Sept-Îles, alors que les caisses de crabe sortent des cales des navires, les avis sont tran­chés sur l’accès des Innus à la pêche com­mer­ciale : « ce sont des fai­néants. Les Européens qui arrivent ont une vision folk­lo­riste, ils ne veulent pas dire du mal d’eux. Ils accu­mulent les vices. Les hommes et les femmes… on ne voit plus la dif­fé­rence. Ils passent leur temps à bouf­fer, et le soir, ils regardent de la porno en buvant de la bière. À Natashquan, ils sont plus racistes que nous[2] ». La radi­ca­lité de ce dis­cours n’est pas, bien entendu, chose com­mune au Québec. Mais, il n’en reste pas moins qu’il existe un racisme cultu­rel, sou­vent sys­té­mique, comme en témoignent les inéga­li­tés entre les Autochtones et le reste des citoyens du Canada. Il prend aussi des formes sym­bo­liques lorsqu’il s’agit des repré­sen­ta­tions qui sous-tendent les poli­tiques de recon­nais­sance des droits et de l’identité autoch­tones. 

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Québec solidaire et les Autochtones
14 janvier 2018
No. 18 - Automne 2017

Québec soli­daire (QS) se défi­nit comme un parti indé­pen­dan­tiste, éco­lo­giste, alter­mon­dia­liste, fémi­niste et de gauche. Dans ce cadre, la poli­tique autoch­tone de QS tra­verse tous ces champs idéo­lo­giques. Intéressant à sou­li­gner, la ques­tion autoch­tone fut abor­dée en même temps que celle de la sou­ve­rai­neté, dès le départ de la démarche de construc­tion col­lec­tive du pro­gramme, au pre­mier congrès en 2009. Lors de ce congrès, l’enjeu sur la sou­ve­rai­neté fut beau­coup débattu. Les quelque 450 membres pré­sents ado­ptèrent les axes d’action prio­ri­taires mis sur la table par un groupe de tra­vail coor­donné par la com­mis­sion thé­ma­tique des droits autoch­tones et la com­mis­sion poli­tique du parti. Ce fut un moment col­lec­tif intense, suivi d’une allo­cu­tion de remer­cie­ment, en innu et en fran­çais, de Ghislain Picard, chef régio­nal de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador (APNQL), lequel fut chau­de­ment applaudi.

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Résilience, résistances et solidarités 

La déco­lo­ni­sa­tion est for­cé­ment déran­geante, sur­tout à tra­vers les lignes de soli­da­rité.

Eve Tuck et K. Wayne Yang[2]

Selon Eve Tuck (Unangax) et K. Wayne Yang[3], la soli­da­rité avec les mou­ve­ments de déco­lo­ni­sa­tion menés par et pour les peuples autoch­tones n’a rien d’évident. Les rela­tions entre les mou­ve­ments socia­listes, majo­ri­tai­re­ment non autoch­tones, et les mou­ve­ments de libé­ra­tion autoch­tones ne sont pas exemptes de contra­dic­tions et de ten­sions, dues au contexte d’inégalité radi­cale qui les dis­tingue. Un débat, voire une recherche, se révèle donc néces­saire, afin d’établir de véri­tables liens entre les deux. C’est de cette exi­gence que le texte sui­vant trai­tera.

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Y a-t-il des communautés métisses au Québec ?
Une perspective juridique
10 janvier 2018
No. 18 - Automne 2017

Au Québec, on connaît l’existence des Métis dans l’Ouest cana­dien sur­tout à cause de la pen­dai­son de Louis Riel le 16 novembre 1885. Pendant long­temps, les manuels d’histoire du Canada firent dis­pa­raître les Métis après leur révolte de mars 1885. Pourtant, les Métis n’ont jamais cessé de lutter pour leurs droits. Ils ont, par exemple, formé en 1928 l’Association des Métis d’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest et ont réussi à pous­ser le gou­ver­ne­ment de l’Alberta à mettre sur pied la Commission Ewing (1934-1936), ce qui a mené à l’adoption de la Half-Breed Population Betterment Act en 1938. Cette loi a « réservé » des terres pour les Métis dont il était jus­te­ment ques­tion dans l’arrêt Alberta (Affaires autoch­tones et déve­lop­pe­ment du Nord) c. Cunningham (2011). Les Métis, les Indiens ins­crits et non ins­crits (en vertu de la Loi sur les Indiens) ont fondé ensemble le National Indian Council en 1961. Cependant, les trois groupes n’avaient pas les mêmes prio­ri­tés et, en 1967, les Indiens ins­crits for­mèrent la National Indian Brotherhood, qui devien­dra en 1982 l’Assemblée des Premières Nations, tandis que les Métis et les Indiens non ins­crits fon­dèrent ensemble le Congrès autoch­tone du Canada en 1971, qui lui-même se scin­dera en deux groupes en 1983 : le Ralliement natio­nal des Métis et le Congrès des Peuples autoch­tones. Harry Daniels, en tant que pré­sident du Congrès autoch­tone du Canada, jouera un rôle clé dans l’inclusion des Métis à l’article 35 de la Loi consti­tu­tion­nelle de 1982, qui « recon­naît et confirme » les « droits exis­tants – ances­traux ou issus de trai­tés – des peuples autoch­tones du Canada ».

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En finir avec le bon sauvage

Crédit photo : mon​dia​li​sa​tion​.ca

L’imaginaire colo­nial

Lors de la conquête des ter­ri­toires autoch­tones, le colo­nia­lisme s’est construit un ima­gi­naire qui, peu à peu, s’est enchâssé dans la loi, la culture, les ins­ti­tu­tions, aussi bien parmi les Blancs que parmi les Autochtones. Cet ima­gi­naire fonc­tion­nait sur deux registres. Il y avait d’abord l’Autochtone violent, instable, inca­pable d’accéder à la moder­nité, qui devait être, en fin de compte, anni­hilé comme indi­vi­dua­lité. De l’autre côté, il y avait le « bon sau­vage », un être mythique qui repré­sen­tait un passé héroïque et idyl­lique, rap­pe­lant une sorte d’état « natu­rel » qui aurait été dis­lo­qué au fil des siècles par des civi­li­sa­tions cor­rup­trices. Parfois, le « bon sau­vage » était accom­pa­gné de la « belle prin­cesse indienne » qui repré­sen­tait elle aussi cette per­sonne natu­rel­le­ment « bonne » et sus­cep­tible d’être « civi­li­sée ». Avec le bon sau­vage et la prin­cesse indienne, le colo­nia­lisme atté­nuait le sen­ti­ment de culpa­bi­lité qui décou­lait des mas­sacres, des expro­pria­tions et des expul­sions. De plus, le bon sau­vage était « inno­cent » et, en soi, il res­tait une « vic­time ». Il fal­lait par consé­quent le sauver, ce qui était le mandat confié aux mis­sion­naires. L’un comme l’autre, ces registres avaient pour objec­tif de détruire l’identité autoch­tone, de subor­don­ner la société autoch­tone à celle des colons et en fin de compte, de l’anéantir.

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Le colonialisme canadien, d’hier à aujourd’hui

En 1492, la monar­chie espa­gnole man­date Christophe Colomb pour qu’il prenne pos­ses­sion des Amériques[2]. Dans les années qui suivent, d’autres Européens débarquent en Amérique en pro­ve­nance de France, des Pays-Bas, de l’Angleterre et même de la Russie. Dès lors, le colo­nia­lisme s’installe, selon des registres dis­tincts dans le temps, selon les puis­sances colo­niales et les rela­tions avec les peuples autoch­tones.

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Québec, Baie-James et Premières Nations
Ou la décolonisation assujettie

De 1973 à 1975, vingt-quatre mois de négo­cia­tions allaient se solder par la pro­mul­ga­tion d’un règle­ment juri­dique tra­duit de l’anglais sous le titre de Convention de la Baie-James et du Nord qué­bé­cois (James Bay and Northern Quebec Agreement).

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