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Québec solidaire et les Autochtones
14 janvier 2018
No. 18 - Automne 2017

Québec soli­daire (QS) se défi­nit comme un parti indé­pen­dan­tiste, éco­lo­giste, alter­mon­dia­liste, fémi­niste et de gauche. Dans ce cadre, la poli­tique autoch­tone de QS tra­verse tous ces champs idéo­lo­giques. Intéressant à sou­li­gner, la ques­tion autoch­tone fut abor­dée en même temps que celle de la sou­ve­rai­neté, dès le départ de la démarche de construc­tion col­lec­tive du pro­gramme, au pre­mier congrès en 2009. Lors de ce congrès, l’enjeu sur la sou­ve­rai­neté fut beau­coup débattu. Les quelque 450 membres pré­sents ado­ptèrent les axes d’action prio­ri­taires mis sur la table par un groupe de tra­vail coor­donné par la com­mis­sion thé­ma­tique des droits autoch­tones et la com­mis­sion poli­tique du parti. Ce fut un moment col­lec­tif intense, suivi d’une allo­cu­tion de remer­cie­ment, en innu et en fran­çais, de Ghislain Picard, chef régio­nal de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador (APNQL), lequel fut chau­de­ment applaudi.

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Résilience, résistances et solidarités 

La déco­lo­ni­sa­tion est for­cé­ment déran­geante, sur­tout à tra­vers les lignes de soli­da­rité.

Eve Tuck et K. Wayne Yang[2]

Selon Eve Tuck (Unangax) et K. Wayne Yang[3], la soli­da­rité avec les mou­ve­ments de déco­lo­ni­sa­tion menés par et pour les peuples autoch­tones n’a rien d’évident. Les rela­tions entre les mou­ve­ments socia­listes, majo­ri­tai­re­ment non autoch­tones, et les mou­ve­ments de libé­ra­tion autoch­tones ne sont pas exemptes de contra­dic­tions et de ten­sions, dues au contexte d’inégalité radi­cale qui les dis­tingue. Un débat, voire une recherche, se révèle donc néces­saire, afin d’établir de véri­tables liens entre les deux. C’est de cette exi­gence que le texte sui­vant trai­tera.

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Y a-t-il des communautés métisses au Québec ?
Une perspective juridique
10 janvier 2018
No. 18 - Automne 2017

Au Québec, on connaît l’existence des Métis dans l’Ouest cana­dien sur­tout à cause de la pen­dai­son de Louis Riel le 16 novembre 1885. Pendant long­temps, les manuels d’histoire du Canada firent dis­pa­raître les Métis après leur révolte de mars 1885. Pourtant, les Métis n’ont jamais cessé de lutter pour leurs droits. Ils ont, par exemple, formé en 1928 l’Association des Métis d’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest et ont réussi à pous­ser le gou­ver­ne­ment de l’Alberta à mettre sur pied la Commission Ewing (1934-1936), ce qui a mené à l’adoption de la Half-Breed Population Betterment Act en 1938. Cette loi a « réservé » des terres pour les Métis dont il était jus­te­ment ques­tion dans l’arrêt Alberta (Affaires autoch­tones et déve­lop­pe­ment du Nord) c. Cunningham (2011). Les Métis, les Indiens ins­crits et non ins­crits (en vertu de la Loi sur les Indiens) ont fondé ensemble le National Indian Council en 1961. Cependant, les trois groupes n’avaient pas les mêmes prio­ri­tés et, en 1967, les Indiens ins­crits for­mèrent la National Indian Brotherhood, qui devien­dra en 1982 l’Assemblée des Premières Nations, tandis que les Métis et les Indiens non ins­crits fon­dèrent ensemble le Congrès autoch­tone du Canada en 1971, qui lui-même se scin­dera en deux groupes en 1983 : le Ralliement natio­nal des Métis et le Congrès des Peuples autoch­tones. Harry Daniels, en tant que pré­sident du Congrès autoch­tone du Canada, jouera un rôle clé dans l’inclusion des Métis à l’article 35 de la Loi consti­tu­tion­nelle de 1982, qui « recon­naît et confirme » les « droits exis­tants – ances­traux ou issus de trai­tés – des peuples autoch­tones du Canada ».

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En finir avec le bon sauvage

Crédit photo : mon​dia​li​sa​tion​.ca

L’imaginaire colo­nial

Lors de la conquête des ter­ri­toires autoch­tones, le colo­nia­lisme s’est construit un ima­gi­naire qui, peu à peu, s’est enchâssé dans la loi, la culture, les ins­ti­tu­tions, aussi bien parmi les Blancs que parmi les Autochtones. Cet ima­gi­naire fonc­tion­nait sur deux registres. Il y avait d’abord l’Autochtone violent, instable, inca­pable d’accéder à la moder­nité, qui devait être, en fin de compte, anni­hilé comme indi­vi­dua­lité. De l’autre côté, il y avait le « bon sau­vage », un être mythique qui repré­sen­tait un passé héroïque et idyl­lique, rap­pe­lant une sorte d’état « natu­rel » qui aurait été dis­lo­qué au fil des siècles par des civi­li­sa­tions cor­rup­trices. Parfois, le « bon sau­vage » était accom­pa­gné de la « belle prin­cesse indienne » qui repré­sen­tait elle aussi cette per­sonne natu­rel­le­ment « bonne » et sus­cep­tible d’être « civi­li­sée ». Avec le bon sau­vage et la prin­cesse indienne, le colo­nia­lisme atté­nuait le sen­ti­ment de culpa­bi­lité qui décou­lait des mas­sacres, des expro­pria­tions et des expul­sions. De plus, le bon sau­vage était « inno­cent » et, en soi, il res­tait une « vic­time ». Il fal­lait par consé­quent le sauver, ce qui était le mandat confié aux mis­sion­naires. L’un comme l’autre, ces registres avaient pour objec­tif de détruire l’identité autoch­tone, de subor­don­ner la société autoch­tone à celle des colons et en fin de compte, de l’anéantir.

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Le colonialisme canadien, d’hier à aujourd’hui

En 1492, la monar­chie espa­gnole man­date Christophe Colomb pour qu’il prenne pos­ses­sion des Amériques[2]. Dans les années qui suivent, d’autres Européens débarquent en Amérique en pro­ve­nance de France, des Pays-Bas, de l’Angleterre et même de la Russie. Dès lors, le colo­nia­lisme s’installe, selon des registres dis­tincts dans le temps, selon les puis­sances colo­niales et les rela­tions avec les peuples autoch­tones.

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Québec, Baie-James et Premières Nations
Ou la décolonisation assujettie

De 1973 à 1975, vingt-quatre mois de négo­cia­tions allaient se solder par la pro­mul­ga­tion d’un règle­ment juri­dique tra­duit de l’anglais sous le titre de Convention de la Baie-James et du Nord qué­bé­cois (James Bay and Northern Quebec Agreement).

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De quoi la Commission de vérité et réconciliation du Canada est-elle le nom ?

À consi­dé­rer la Commission de vérité et récon­ci­lia­tion du Canada (CVR) sur les pen­sion­nats indiens comme une ins­ti­tu­tion de jus­tice tran­si­tion­nelle, on ne peut que faire preuve de scep­ti­cisme quant à sa capa­cité à ins­tau­rer une éga­lité réelle entre Canadiens et nations autoch­tones. Depuis plus de qua­rante ans, les pro­messes et les dés­illu­sions se suc­cèdent ; les sur­vi­vants connais­saient donc les limites poli­tiques d’une telle com­mis­sion. Comment expli­quer que plus de 6000 per­sonnes ont été dépla­cées pour racon­ter leur his­toire pen­dant les six ans qu’ont duré les tra­vaux de la Commission ? Ce n’est pas, comme pour­raient l’avancer cer­tains mau­vais esprits, par inté­rêt pécu­niaire, puisque les pro­cé­dures visant l’octroi des com­pen­sa­tions finan­cières ont été indé­pen­dantes de la Commission[2].

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Pour que vivent nos nations, le capitalisme doit mourir
20 novembre 2017
No. 18 - Automne 2017

Les efforts des Autochtones pour défendre nos droits et nos terres ren­contrent de plus en plus une limite signi­fi­ca­tive et, à mon avis, pro­blé­ma­tique. Cette res­tric­tion implique, d’une part, le type de tac­tiques pré­sen­tées comme étant mora­le­ment légi­times pour défendre notre ter­ri­toire et nos droits en tant que peuples autoch­tones et, d’autre part, celles per­çues comme mora­le­ment illé­gi­times en raison de leur carac­tère per­tur­ba­teur et extra­lé­gal.

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Entrevue avec Alexa Conradi
Un engagement féministe qui s’approfondit dans les luttes

NCS Alexa, de quelle ori­gine es-tu ?

A.C. Mon père qui est nor­vé­gien d’origine a vécu aux États-Unis, en Norvège et en Suisse avant d’immigrer à Montréal avec ses parents, ses frères et sa sœur dans les années 1950, années où les immi­grants s’intégraient au milieu anglo­phone (la famille par­lait le nor­vé­gien, le suisse-alle­mand et l’anglais). Ma mère est une Anglo-cana­dienne ayant grandi à Montréal en anglais. Je suis née en Angleterre en 1971, alors que mon père y tra­vaillait dans le domaine finan­cier. Nous y avons habité deux fois, soit de 1971 à 1975 et entre 1981 et 1985. À part un séjour de deux ans à Toronto, j’ai grandi à Montréal où j’ai fré­quenté une école d’immersion fran­çaise. En 1990, ma famille a démé­nagé à Calgary à cause du tra­vail de mon père, mais moi, je suis restée à Montréal. Mes parents accor­daient beau­coup d’importance à l’engagement envers sa com­mu­nauté et à l’éducation ; ils nous ont aussi incul­qué le sens de l’effort, de la dis­ci­pline et du dépas­se­ment de soi.

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Contrer les violences sexuelles à l’université : un maillage de résistance

Les com­mu­nau­tés uni­ver­si­taires qué­bé­coises font actuel­le­ment face à la mise au jour de la pré­va­lence, en leur sein, de situa­tions de vio­lences sexuelles. Les résul­tats de l’enquête ESSIMU (Enquête Sécurité, sexua­lité et inter­ac­tions en milieu uni­ver­si­taire) montrent que le phé­no­mène n’est ni rare ni nou­veau : une per­sonne sur trois ayant par­ti­cipé à l’étude rap­porte avoir vécu une forme ou l’autre de vio­lence sexuelle dans le cadre de ses études ou de son tra­vail depuis son arri­vée à l’université(2). Face à l’institutionnalisation crois­sante de ce pro­blème désor­mais ins­crit à l’ordre du jour poli­tique, pro­ces­sus dont on peut légi­ti­me­ment craindre qu’il obli­tère tout ancrage militant(3), il m’apparait impor­tant de sou­li­gner une chose ou deux que révèle l’examen des mobi­li­sa­tions fémi­nistes contre les vio­lences sexuelles en milieu uni­ver­si­taire. En guise de « bilan de luttes » et de mon point de vue – lar­ge­ment situé à l’UQAM – de mili­tante fémi­niste et de cher­cheure dans l’équipe ESSIMU, je pro­pose donc de faire un bref retour socio­his­to­rique sur ces mobi­li­sa­tions, afin d’exposer le maillage de résis­tance fémi­niste qui a rendu pos­sible la mise sur pied de notre équipe de recherche(4) et contri­bué de manière déci­sive aux avan­cées en matière de lutte contre la culture du viol en milieu uni­ver­si­taire. Cet angle d’approche m’amène à éclai­rer le rôle des ins­ti­tu­tions dans la (re)production de ce que l’on qua­li­fie désor­mais de culture du viol dans les éta­blis­se­ments d’enseignement supé­rieur.

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