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Valleyfield, mémoires et résistances
Arthur Manuel – Décoloniser le Canada
Notes de lecture

Montréal, Écosociété, 2018

En 1778, le capi­taine James Cook, un navi­ga­teur au ser­vice de l’Angleterre, a exploré la côte du Pacifique entre l’Oregon et l’Alaska. Sur cette base, le Royaume-Uni a pro­clamé sa sou­ve­rai­neté sur tout le bassin ver­sant d’une série de fleuves, posant les fon­de­ments de ce qui allait deve­nir la Colombie-Britannique. Ce fai­sant, les Britanniques se consi­dé­raient les conqué­rants légi­times de nom­breuses nations vivant tant sur la côte qu’à l’intérieur des terres. C’est le cas notam­ment de la nation Secwepemc, dont fait partie Arthur Manuel, auteur du remar­quable essai anti­co­lo­nial Unsettling Canada tra­duit par Écosociété. Le degré d’arrogance dans la pensée colo­niale appa­raît on ne peut plus clai­re­ment quand Manuel nous rap­pelle qu’à ce moment, aucun membre de sa nation n’avait jamais ren­con­tré un Européen et qu’ils igno­raient tout du voyage de Cook.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Bertrand Russell – Écrits sur l’éducation
Notes de lecture

Montréal, Écosociété, 2019

Lorsqu’on lit Normand Baillargeon, on com­prend qu’il nour­rit une cer­taine admi­ra­tion pour la vie et la pensée de Bertrand Russell (1872-1970). Pour Baillargeon, nul doute que ce der­nier « a été un des plus grands phi­lo­sophes du XXe siècle[1] ». Malgré cela, les écrits sur l’éducation de Russell res­tent mécon­nus et par­fois négli­gés, tandis que « son œuvre témoigne […] de la vaste influence des idéaux liber­taires en édu­ca­tion durant la pre­mière partie du 20e siècle[2] » et mérite lar­ge­ment d’être dif­fu­sée et revi­si­tée. Cela fai­sait un moment que Baillargeon dési­rait faire connaître à la fran­co­pho­nie la contri­bu­tion de ce pro­gres­siste, mais sur­tout de faire recon­naître « que cer­taines des com­po­santes de la pro­duc­tion de Russell sur l’éducation appar­tiennent indé­nia­ble­ment à la phi­lo­so­phie de l’éducation. » (p. 12). C’est à cette tâche que Chantal Santerre et lui se sont atte­lés en réunis­sant et en pro­po­sant « pour la pre­mière fois en langue fran­çaise » (p. 12) une ving­taine de textes signi­fi­ca­tifs de Russell, qui per­mettent un accès sans filtre à sa pensée en édu­ca­tion.

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L'accès à la justice, quelle justice?
Lesley J. Wood, Mater la meute. La militarisation de la gestion policière des manifestations, Montréal, Lux, 2015
Notes de lecture

Avec la publi­ca­tion de son der­nier ouvrage, l’auteure, mili­tante et pro­fes­seure de socio­lo­gie à l’Université York de Toronto, appro­fon­dit l’analyse des mou­ve­ments sociaux et l’évolution des dis­po­si­tifs de contrôle qui en découlent. Wood revient à la charge en se pen­chant sur le phé­no­mène précis de la mili­ta­ri­sa­tion de la ges­tion poli­cière des mani­fes­ta­tions. Cette lunette d’analyse exige de reve­nir sur plu­sieurs thèmes déjà abor­dés afin d’offrir une com­pré­hen­sion élar­gie des dyna­miques com­plexes qui tra­versent l’histoire récente de la police nord-amé­ri­caine. Elle porte ici une atten­tion par­ti­cu­lière sur l’évolution orga­ni­sa­tion­nelle des corps poli­ciers (pro­fes­sion­na­li­sa­tion, inter­na­tio­na­li­sa­tion et alliance avec le sec­teur privé d’armement) et de leurs tac­tiques (uti­li­sa­tion des armes sublé­tales, accu­mu­la­tion de ren­sei­gne­ments sur les indi­vi­dus, fin de la ges­tion négo­ciée des mani­fes­ta­tions et « neu­tra­li­sa­tion stra­té­gique »). Son étude porte sur quatre corps poli­ciers (Montréal, New York, Toronto et Washington) et est illus­trée par l’analyse de l’utilisation d’outils inté­grés à la ges­tion des mani­fes­ta­tions (gaz poivre, gaz lacry­mo­gène, pis­to­let Taser, bar­rières, unités poli­cières spé­cia­li­sées).

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L'accès à la justice, quelle justice?
Philippe Crevier, Hubert Forcier et Samuel Trépanier (dir.), Renouveler le syndicalisme. Pour changer le Québec, Montréal, Écosociété, 2015
Notes de lecture

Le mou­ve­ment syn­di­cal, et l’idée même de syn­di­ca­lisme, ont la vie bien dure. Au Québec pour­tant, ce mou­ve­ment jouit d’une place hono­rable : le taux de syn­di­ca­li­sa­tion, oscil­lant autour de 40 % de la main d’œuvre depuis plus de 30 ans, demeure le plus enviable d’Amérique du Nord ; le mou­ve­ment syn­di­cal reste his­to­ri­que­ment et incon­tes­ta­ble­ment asso­cié au mou­ve­ment de moder­ni­sa­tion et aux pro­grès sociaux du Québec ; il influence de manière constante les condi­tions du marché du tra­vail ; il consti­tue objec­ti­ve­ment, avec le mou­ve­ment étu­diant, le levier poli­tique et social le plus lar­ge­ment démo­cra­tique qui puisse exis­ter dans notre société, en dehors des ins­ti­tu­tions par­le­men­taires. Malgré cela, et comme bien des ins­ti­tu­tions sociales, il vit une crise presque per­ma­nente depuis quelques décen­nies. Crise d’autant plus pro­fonde que, à la recherche du saint Graal de son propre renou­veau, le mou­ve­ment peine à se réin­ven­ter de manière large, en dehors d’expériences à petite échelle qui ne par­viennent pas à ren­ver­ser une ten­dance lourde.

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L'accès à la justice, quelle justice?
Andrée Ferretti, Mon désir de révolution, Montréal, Éditions XYZ, 2015
Notes de lecture

En guise d’introduction à son ouvrage, Andrée Ferretti pro­pose une sorte de mani­feste des­tiné avant tout à la jeu­nesse qué­bé­coise. Son « désir de révo­lu­tion » s’incarne d’abord dans le combat pour l’indépendance du Québec, mais elle se lance aussi dans un réqui­si­toire contre le pro­ces­sus galo­pant de la mon­dia­li­sa­tion, qui laisse libre cours aux inté­rêts égoïstes, qui mine l’action col­lec­tive et qui accroît les inéga­li­tés de richesse entre les peuples et entre les indi­vi­dus. Aux yeux de Ferretti, tou­te­fois, le prin­ci­pal danger de la mon­dia­li­sa­tion, c’est « la désa­gré­ga­tion de la spé­ci­fi­cité de chaque culture, cet ancrage immé­mo­rial des peuples dans leur réa­lité par­ti­cu­lière » (p. 26). Pour y faire face, elle sug­gère le ren­for­ce­ment de l’État natio­nal, qu’elle consi­dère comme le « der­nier rem­part contre l’uniformisation sté­ri­li­sante de l’humanité » (p. 27). Mais que faire alors lorsque c’est l’État lui-même qui se fait le pro­mo­teur des exi­gences aus­té­ri­taires du capi­ta­lisme mon­dia­lisé, comme elle le laisse entendre en évo­quant l’entreprise de déman­tè­le­ment menée par le gou­ver­ne­ment Couillard ?

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L'accès à la justice, quelle justice?
Louis Marion, Comment exister encore ? Capital, technologie et domination, Montréal, Écosociété, 2015
Notes de lecture

Avec Comment exis­ter encore ? Louis Marion, phi­lo­sophe de la décrois­sance, pro­pose un vaste tour d’horizon des condi­tions – et obs­tacles – à l’émancipation d’une société malade de sa crois­sance. Son édi­teur David Murray pré­sen­tait d’ailleurs l’ouvrage comme un nou­veau « petit cours d’autodéfense » cher­chant à la fois à « défendre ce qui reste de la nature contre la puis­sance de l’être humain » et, d’un même souffle, « sau­ve­gar­der aussi abso­lu­ment les condi­tions d’une capa­cité poli­tique col­lec­tive d’institutionnaliser et de fonder, réflexi­ve­ment et démo­cra­ti­que­ment, des normes com­munes » (p. 10).

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L'accès à la justice, quelle justice?
Aurélie Lanctôt, Les libéraux n’aiment pas les femmes. Essai sur l’austérité, Montréal, Lux, 2015
Notes de lecture

Les éti­quettes que l’on attache à cer­taines notions en viennent sou­vent à défi­nir celles-ci. De cette façon, le livre d’Aurélie Lanctôt accole aux libé­raux un rap­pro­che­ment avec une cer­taine miso­gy­nie com­plai­sante. En uti­li­sant un titre frap­peur et sur­tout empreint d’une opi­nion bien conscrite, Lanctôt nous somme ainsi de la suivre à tra­vers l’acharnement consi­dé­rable dont elle fait preuve pour nous vendre cette idée que les libé­raux sont ancrés dans une pos­ture rhé­to­rique hors de ce que l’on atten­drait de ce cou­rant de pensée. Certains pas­sages arrivent à convaincre le lec­teur ou la lec­trice, mais le faible recours aux faits amin­cit sa rhé­to­rique ini­tiale.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Francis Boucher-La grande déception : dialogue avec les exclus de l’indépendance
Notes de lecture

Montréal, Somme toute, 2018

J’ai connu Francis Boucher récem­ment. Il était pré­sent, en février der­nier, lors de la sortie du livre de Christian Nadeau et al., 11 brefs essais contre le racisme ; j’ai eu alors l’occasion de lui dire com­bien j’avais appré­cié son livre La grande décep­tion.

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L'accès à la justice, quelle justice?
Art, politique, révolution[1]
Perspectives

Il y a cent ans, au cœur de la Première Guerre mon­diale, nais­sait le mou­ve­ment dadaïste, à l’initiative d’écrivains et d’artistes réfu­giés en Suisse, parmi les­quels les poètes Tristan Tzara (Samuel Rosenstock), d’origine rou­maine, et Hugo Ball, d’origine alle­mande, ainsi que les peintres Hans Arp et Emmy Hennings, d’origine alle­mande.

Son acte fon­da­teur en tant que mou­ve­ment de contes­ta­tion glo­bale, par l’absurde et le nihi­lisme radi­cal, d’une société en faillite qui avait mené à la guerre et à la dévas­ta­tion, a été la lec­ture par Hugo Ball, en 1916 à Zürich, d’un bref mani­feste d’une page. De Suisse et d’Allemagne où il s’est d’abord déve­loppé, le mou­ve­ment dada s’est ensuite déplacé vers Paris où il a connu son apogée et un déclin rapide. Vingt-trois mani­festes du mou­ve­ment dada de Paris ont été lus par leurs auteurs lors de ren­contres publiques en 1920.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Nick Srnicek – Capitalisme de plateforme. L’hégémonie de l’économie numérique
Notes de lecture

Montréal, Lux, 2018

Voici un livre péda­go­gique qui réper­to­rie et explique quels rôles rem­plissent les dif­fé­rents types de pla­te­formes mon­tées par Google, Apple, Facebook, Amazon (les GAFA) ou par les Netflix, Airbnb, Tesla et Uber (les NATU), tout en situant leur appa­ri­tion et, sur­tout, leur fara­mi­neux déve­lop­pe­ment, dans l’évolution du capi­ta­lisme des qua­rante der­nières années. L’ouvrage fait donc œuvre de vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fique, tant sur les phé­no­mènes récents de muta­tion des formes d’entreprises capi­ta­listes asso­ciées à l’envol de l’économie dite numé­rique, que sur quelques-uns des apports du mar­xisme en termes de grille de lec­ture. Ce petit fas­ci­cule, en outre très bien écrit, ne traite pas de thèses déjà avan­cées, par exemple sur le phé­no­mène d’accumulation par dépos­ses­sion cerné par David Harvey. Ici, l’auteur décrit plutôt les ten­ta­tives, qu’il estime vouées à l’échec, des nou­velles formes d’entreprises sup­por­tant les tech­no­lo­gies numé­riques de sus­ci­ter des pro­ces­sus d’accumulation par repro­duc­tion.

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