Etats-Unis

Oui, il y a bien une guerre entre les classes sociales

Par Mis en ligne le 14 décembre 2010
Les riches et les porte-parole à leur solde mènent actuel­le­ment un intense tra­vail de pro­pa­gande et de trom­pe­rie en direc­tion des pauvres et des classes moyennes. Ils sont par­ve­nus à convaincre pas mal de monde qu’un socia­lisme dia­bo­lique est en train de fleu­rir dans le pays et de piller leurs richesses. Mais la trom­pe­rie ne peut pas durer, les faits disent le contraire.

Oui, il y a bien une guerre entre les classes sociales, la guerre des riches contre les tra­vailleurs, les pauvres et la classe moyenne. Cette guerre existe depuis de nom­breuses années. Regardons les faits, ces faits que les riches et leurs faux pro­phètes à leur ser­vice ne veulent pas que les gens connaissent.

Laissons Glenn Beck (un jour­na­liste ultra­con­ser­va­teur de la chaîne Fox TV, NdT) pon­ti­fier sur les socia­listes qui enva­hissent Washington. Ou Rush Limbaugh (autre jour­na­liste droi­tier, NdT) péro­rer sur la « lutte des classes d’un pro­gramme gau­chiste qui détruira notre société ». Ce ne sont que deux exemples de ces porte-parole à gages des riches, gras­se­ment rétri­bués pour ce faire. […]

Voyons les faits

Les chiffres offi­ciels sur la pau­vreté aux Etats-Unis démontrent que nous avons aujourd’hui le taux de misère le plus élevé depuis 51 ans. Le taux de pau­vreté offi­ciel aux Etats-Unis est de 14,3 %, c’est-à-dire 43,6 mil­lions de per­sonnes pauvres. Un enfant sur cinq aux Etats-Unis est pauvre ; un citoyen du troi­sième âge sur dix est pauvre.

Un tra­vailleur sur six, soit 26,8 mil­lions de per­sonnes, est sans emploi ou sous-employé. Le taux de chô­mage réel est de 17 %. Officiellement, il y a 14,8 mil­lions de per­sonnes cata­lo­guées par le gou­ver­ne­ment comme sans emploi, soit un taux de 9,6 %. Le taux de chô­mage est encore pire pour les tra­vailleurs afro-amé­ri­cains : 16,1 % d’entre eux sont offi­ciel­le­ment sans emploi. Par ailleurs, 9,5 mil­lions de per­sonnes, qui tra­vaillent à temps par­tiel tout en cher­chant un emploi plein temps, ne sont pas reprises dans les sta­tis­tiques offi­cielles du chô­mage.

C’est éga­le­ment le cas pour 2,5 mil­lions de per­sonnes qui sont enre­gis­trées comme sans emploi, mais qui ne sont pas reprises dans les chiffres du chô­mage, car elles sont sans tra­vail depuis plus de 12 mois.

Cinquante mil­lions de per­sonnes, aux Etats-Unis, n’ont pas de cou­ver­ture en soins de santé. Les femmes enceintes, aux Etats-Unis, courent un risque majeur de mourir par rap­port aux femmes enceintes dans 40 autres pays. Les femmes afro-amé­ri­caines enceintes ont presque quatre fois plus de pro­ba­bi­lité de mourir que les femmes blanches. […]

Il y a 49 mil­lions de per­sonnes aux Etats-Unis qui mangent uni­que­ment parce qu’elles reçoivent une aide ali­men­taire, ou parce qu’elles vont dans les soupes popu­laires et cari­ta­tives. 16 mil­lions de per­sonnes sont tel­le­ment pauvres qu’elles sautent des repas ou renoncent à cer­tains ali­ments. Il s’agit des chiffres les plus élevés enre­gis­trés depuis l’existence de ces sta­tis­tiques. […]

Pour la pre­mière fois depuis 1940, les reve­nus réels des ménages sont moindres à la fin du cycle éco­no­mique de la décen­nie 2000 qu’à ses débuts. Malgré le fait que les salarié·e·s aux Etats-Unis tra­vaillent de manière plus inten­sive et plus dure que jamais, la part de leurs reve­nus dans les richesses totales qu’ils contri­buent à créer dimi­nue sans cesse. C’est le cas pour les sala­riés blancs, mais c’est encore plus vrai pour les Afro-amé­ri­cains.

Les riches plus riches

La for­tune des 400 per­sonnes les plus riches des Etats-Unis a aug­menté de 8 % en moyenne au cours de la der­nière année, pour atteindre 1,37 bil­lion de dol­lars. […]

La répar­ti­tion des richesses aux Etats-Unis est aujourd’hui aussi inégale qu’avant la Grande Dépression de la fin des années 1920. De 1979 à 2006, la part reçue par les 1 % des plus riches du total des richesses pro­duites aux Etats-Unis a plus que doublé, pas­sant de 10 à 23 %. Ce 1 % des plus riches dis­pose d’un revenu annuel moyen de plus de 1,3 mil­liard de dol­lars. Au cours des 25 der­nières années, plus de 90 % du total de la crois­sance des reve­nus a atterri dans les poches des 10 % les plus riches, lais­sant à peine 9 % du reste se répar­tir parmi 90 % de la popu­la­tion. […]

Les Etats-Unis ont les plus grandes inéga­li­tés entre riches et pauvres de toutes les nations indus­tria­li­sées d’Occident et cela n’a fait qu’empirer depuis 40 ans. […] Naturellement, ces inéga­li­tés ont des consé­quences en termes de santé, de nutri­tion, d’exposition à des condi­tions de tra­vail dan­ge­reuses pour la santé et de mode de vie. Résultat, les riches vivent en moyenne cinq ans de plus que les pauvres aux Etats-Unis. En 2000, l’espérance moyenne de vie était de 74,7 ans pour les pauvres tandis que celle des riches était de 79,2 ans.

Tels sont les faits extrê­me­ment pré­oc­cu­pants pour qui­conque s’intéresse à la jus­tice sociale, à l’égalité des chances ou à la jus­tice tout court. […]

Les riches sont aujourd’hui occu­pés à dres­ser un écran de fumée avec le pré­tendu « socia­lisme » qui se répand aux Etats-Unis afin de dis­traire l’attention sur leur vora­cité et leur appro­pria­tion pré­da­trice des richesses. Ceux qui « crient au loup » du « socia­lisme » le font pour conti­nuer à s’enrichir et pour garder le pou­voir. Mais ils ont raison sur un point : il y a bel et bien une guerre de classes en cours aux Etats-Unis. Et les riches sont en train de gagner cette guerre, il est temps que les autres se dressent et luttent pour la jus­tice sociale.

Bill Quigley


* Paru en Suisse dans « soli­da­ri­téS » n°179 (03/12/2010), p. 7.

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