Nouveaux Cahiers du socialisme - No. 1

Où va la crise ?

Face au séisme actuel et au délire des marchés, un peu de recul est nécessaire pour comprendre les racines sociales de la crise. C’est d’autant plus nécessaire que les enjeux sociaux de la récession qui vient sont considérables.
Par Mis en ligne le 04 septembre 2009

Une crise à plusieurs étages

La crise actuelle n’est pas qu’une crise finan­cière. Elle com­bine dif­fé­rents élé­ments qu’il faut prendre dans leur tota­lité pour en com­prendre la pro­fon­deur. Pour aller à l’essentiel, c’est une crise qui touche aux fon­de­ments mêmes du capi­ta­lisme. Tout com­mence avec le grand tour­nant des années 80, marqué à l’intérieur de chaque grand pays capi­ta­liste par une dégra­da­tion du rap­port de forces entre capi­tal et tra­vail au détri­ment des sala­riés. Un nou­veau mode de répar­ti­tion se met en place qui s’appuie sur la baisse ten­dan­cielle de la part des richesses pro­duites reve­nant aux sala­riés [1]. Le taux de profit se réta­blit mais ne conduit pas à une aug­men­ta­tion com­pa­rable du taux d’accumulation [2]. Autrement dit, la part du profit non investi s’accroît et engendre un flux per­ma­nent de « capi­taux libres » pre­nant la forme d’actifs finan­ciers à la recherche d’une ren­ta­bi­lité maxi­male.

La mon­dia­li­sa­tion a ren­forcé ce pro­ces­sus : la liberté de cir­cu­la­tion des capi­taux, la déré­gle­men­ta­tion ban­caire, le recours aux délo­ca­li­sa­tions, ont permis d’aggraver la pres­sion sur les salaires. En reven­di­quant une hyper- ren­ta­bi­lité maxi­male, la finance impose ses cri­tères et réduit les pro­jets d’investissement consi­dé­rés comme suf­fi­sam­ment ren­tables.

Une pre­mière inter­pré­ta­tion consiste à dis­tin­guer le « bon » capi­ta­lisme pro­duc­tif du « mau­vais » capi­ta­lisme finan­cier. La finance est alors pré­sen­tée comme un para­site, une excrois­sance, qu’il suf­fi­rait d’éliminer ou de « régu­ler » pour reve­nir à un fonc­tion­ne­ment « normal » du capi­ta­lisme. Nous pen­sons au contraire que le capi­ta­lisme contem­po­rain est un « pur capi­ta­lisme » en ce sens que la finance n’est pas une dis­tor­sion mais au contraire le moyen pour qu’il fonc­tionne plei­ne­ment selon ses propres cri­tères : l’essence du capi­ta­lisme est tou­jours la recherche d’un profit maxi­mum qui passe par l’exploitation des tra­vailleurs et il a tou­jours eu comme voca­tion de s’étendre à l’ensemble du monde. Mais le roi est nu : le capi­ta­lisme pré­fère ne pas répondre aux besoins sociaux insuf­fi­sam­ment ren­tables plutôt que de ris­quer de voir bais­ser le taux de profit.

La crise finan­cière résulte au fond d’une reven­di­ca­tion impos­sible du capi­tal, celle d’obtenir pour l’ensemble des capi­taux inves­tis une ren­ta­bi­lité ali­gnée sur les ren­de­ments que les actifs finan­ciers pro­curent sur cer­tains seg­ments. Mais la loi de la valeur inter­vient pério­di­que­ment pour rap­pe­ler que le volume des richesses pro­duites est borné par l’extraction de plus- value, bref qu’on ne peut pas dis­tri­buer plus de richesses qu’on en pro­duit. Les actifs finan­ciers ne sont au fond que des droits de tirage sur la plus- value. Leur valeur nomi­nale est en un sens vir­tuelle car seule compte l’épreuve de leur conver­sion en biens réels, ce qu’en para­phra­sant Marx, on pour­rait appe­ler le grand saut périlleux du monde du capi­tal fictif dans celui de la mar­chan­dise.

Tout ceci n’a rien d’abstrait et cor­res­pond à l’expérience qu’ont déjà connue et risquent de connaître à nou­veau les sala­riés dont les retraites dépendent du destin des fonds de pen­sion. Pour eux, le saut périlleux se fait quand ils font valoir leurs droits à la retraite et découvrent que leur niveau réel dépend des cours de Bourse du jour. Une ana­lyse récente nous apprend ainsi qu’au cours des quinze der­niers mois, la crise finan­cière a entraîné aux Etats-Unis une perte de 2000 mil­liards de dol­lars pour les fonds de pen­sion [3].

Politiques néo-libérales et « techniques » financières

Pour que la bulle puisse prendre son essor, les capi­taux dis­po­nibles ne suf­fisent pas ; il faut aussi que la régle­men­ta­tion n’y fasse pas obs­tacle. Or, elle a été tour­née par des déci­sions d’ordre poli­tique et par la mise en œuvre d’innovations finan­cières sophis­ti­quées et de pra­tiques de plus en plus opaques. On peut citer l’effet de levier qui permet de démul­ti­plier la somme dont une ins­ti­tu­tion finan­cière dis­pose ini­tia­le­ment. Les pro­duits déri­vés per­mettent des opé­ra­tions com­pli­quées d’achat et de vente à terme. Les banques peuvent se débar­ras­ser de leurs créances dou­teuses en les pla­çant avec d’autres dans une sorte de pochette-sur­prise qui peut ensuite être vendue sous forme de titre (d’où le terme de titri­sa­tion). Le risque atta­ché aux dif­fé­rentes créances se met à cir­cu­ler et ne fait plus partie du bilan, échap­pant ainsi aux règles pru­den­tielles qui imposent une cer­taine pro­por­tion de fonds propres.

La crise des sub­primes a éclaté sur un seg­ment rela­ti­ve­ment étroit, celui des prêts consen­tis à des ménages pauvres et garan­tis par la maison qu’ils ache­taient. Ces contrats étaient de véri­tables escro­que­ries puisque les banques savaient per­ti­nem­ment qu’ils ne seraient pas rem­bour­sés. Mais la titri­sa­tion per­met­tait de s’en débar­ras­ser. Le retour­ne­ment du marché immo­bi­lier a coïn­cidé avec les pre­mières faillites de ménages : la vente des mai­sons sur les­quelles étaient gagées ces créances pour­ries n’était plus pos­sible, ou à un prix qui ne cou­vrait plus le crédit ini­tial. La crise immo­bi­lière a ensuite déclen­ché une réac­tion en chaîne : les banques ont décou­vert leurs pertes l’une après l’autre, ont été pro­gres­si­ve­ment dans l’incapacité d’obtenir de nou­velles sources de finan­ce­ment pour cou­vrir ces pertes. Pour enrayer une série de faillites en cas­cade, les Banques cen­trales et les gou­ver­ne­ments ont injecté de l’argent ou « natio­na­lisé » une partie des banques.

Une crise mondiale

Déréglementation, mon­dia­li­sa­tion et finan­cia­ri­sa­tion vont de pair. Ce qu’il y a de nou­veau dans la phase actuelle de la mon­dia­li­sa­tion, c’est qu’elle concerne la pro­duc­tion qui se fait à cheval sur plu­sieurs pays ou conti­nents et qu’elle met direc­te­ment en concur­rence les sala­riés du monde entier. Cela sup­pose une liberté totale de cir­cu­la­tion des capi­taux dont l’un des aspects est la déré­gle­men­ta­tion qui leur permet effec­ti­ve­ment d’aller et de venir à leur guise. La finan­cia­ri­sa­tion décuple les effets clas­siques de la concur­rence en per­met­tant aux capi­taux « libres » de faire pres­sion pour atteindre la ren­ta­bi­lité maxi­male.

Cette crise est la pre­mière à revê­tir un carac­tère mon­dial. Elle a cepen­dant pris nais­sance au sein de l’économie la plus puis­sante et on peut affir­mer qu’elle marque la fin d’un modèle. Depuis au moins quinze ans, la crois­sance des Etats-Unis était en effet fondée sur une ten­dance à la sur­con­som­ma­tion finan­cée par le reste du monde. A l’intérieur, le taux d’épargne des ménages baisse constam­ment depuis une dizaine d’années et il est aujourd’hui à peu près nul. Ce dyna­misme de la consom­ma­tion était de sur­croît ren­forcé par l’endettement. Cette confi­gu­ra­tion se solde sur le défi­cit com­mer­cial qui s’est creusé à pro­por­tion de cette sur­con­som­ma­tion. Le modèle ne pou­vait tenir qu’à la condi­tion que le défi­cit soit financé par des entrées de capi­taux en pro­ve­nance des pays à excé­dent (pays émer­gents et/​ou pro­duc­teurs de pétrole) [4].

On constate que le modèle US repose sur une double imbri­ca­tion de la finance et de l’économie réelle. A l’intérieur, c’est le crédit hypo­thé­caire et l’enrichissement patri­mo­nial qui ont tiré la consom­ma­tion ; à l’extérieur, ce sont les capi­taux qui l’ont financé. Ce modèle n’était pas sou­te­nable, comme le mon­traient aux Etats-Unis mêmes des éco­no­mistes sim­ple­ment lucides. Il n’a a pu se main­te­nir aussi long­temps que par une véri­table fuite en avant qui explique l’ampleur de la crise actuelle. La pré­cé­dente a été l’éclatement de la « bulle Internet » en 2000. Ce choc consi­dé­rable a été amorti par un ensemble de mesures dont les prin­ci­pales ont été l’augmentation des dépenses mili­taires et la baisse du dollar. D’une cer­taine manière, les fac­teurs de domi­na­tion poli­tique et mili­taire des Etats-Unis venaient se sub­sti­tuer à une domi­na­tion stric­te­ment éco­no­mique en perte de vitesse.

Ce modèle ne peut plus fonc­tion­ner, et il n’y a pas à hori­zon pré­vi­sible de modèle de rechange. L’une des lignes de force de la période ouverte par la crise est alors la sui­vante : faute de pou­voir rééqui­li­brer leur modèle de crois­sance, les Etats-Unis vont cher­cher à repor­ter sur le reste du monde les coûts d’une incer­taine tran­si­tion. C’est sur le cours du dollar que vont se cris­tal­li­ser les ten­sions pré­vi­sibles, parce que sa baisse risque de peser sur l’activité éco­no­mique en Europe et de décou­ra­ger l’afflux de capi­taux qui reste néces­saire. Il est dif­fi­cile de mieux pré­ci­ser les contours de cet « ajus­te­ment » mais il est sûr que l’évolution éco­no­mique mon­diale sera en grande partie déter­mi­née par les mesures prises aux Etats-Unis pour impo­ser au reste du monde les coûts de la sau­ve­garde de leur domi­na­tion.

La trajectoire de la crise

Au moment où ces lignes dont écrites (11 Octobre), la situa­tion est une véri­table débâcle, puisque la chute des cours bour­siers n’a pu être enrayée par une longue série de mesures et de prises de posi­tion sans pré­cé­dent : le plan Paulson a été voté, des sommes consi­dé­rables ont été injec­tées, des natio­na­li­sa­tions par­tielles sont inter­ve­nues, et les prin­ci­pales banques cen­trales ont de manière coor­donné baissé leur taux d’intérêt d’un demi- point. Que tout ceci soit resté n’est pas facile à expli­quer. On assiste sans doute à un bras de fer entre les auto­ri­tés et un cer­tain nombre d’intervenants qui en veulent encore plus sous forme d’argent frais ou de reprise de leurs actifs pour­ris. Certaines banques tablent pro­ba­ble­ment sur la pos­si­bi­lité d’en rache­ter d’autres à un prix encore plus bradé.

Mais le pano­rama géné­ral est celui d’une véri­table panique qui gagne les diri­geants. Que Jean-Claude Trichet, le pré­sident de la Banque cen­trale euro­péenne, ait pu s’adresser aux mar­chés en leur disant « repre­nez vos esprits » en dit long sur cet état de désar­roi qui n’est pas feint. Mais il y a quelque chose de ration­nel dans cette panique, c’est l’intuition que der­rière la crise finan­cière se des­sine une véri­table crise éco­no­mique. C’est pro­ba­ble­ment le fait que la réces­sion a déjà pris le relais du krach bour­sier qui fait obs­tacle à une sortie de la crise finan­cière que l’on pou­vait rai­son­na­ble­ment attendre compte tenu de l’ampleur des dif­fé­rents plans de sau­ve­garde.

Le spectre de 1929 est en train de réap­pa­raître. Jusque là, beau­coup d’observateurs pou­vaient à juste titre sou­li­gner la dif­fé­rence avec 1929 : les gou­ver­ne­ments et les auto­ri­tés finan­cières avaient cette fois pris la mesure de la crise et leur inter­ven­tion empê­che­rait qu’elle suive le même scé­na­rio qu’en 1929. Ce n’était pas faux, mais l’incapacité de ces inter­ven­tions à mordre sur la situa­tion et à faire repar­tir les Bourses à la hausse conduit à chan­ger de pers­pec­tive.

Ce qui est doré­na­vant à l’ordre du jour, c’est la réces­sion éco­no­mique tout court. Le FMI vient de révi­ser en baisse ses pré­vi­sions [5] : en 2009, la crois­sance serait à peu près nulle (0,5 %) dans les pays déve­lop­pés après un fort ralen­tis­se­ment en 2008 (1,5 %). La crois­sance mon­diale, sou­te­nue par les pays émer­gents et en déve­lop­pe­ment ralen­ti­rait à 3 %. Pour le FMI, « la reprise n’est pas encore en vue » et ne pourra être que « gra­duelle quand elle arri­vera ». Un tel scé­na­rio est qua­li­ta­ti­ve­ment le seul que l’on puisse avan­cer. Il arri­vera bien un moment où les Bourses vont tou­cher le fond et com­men­cer à remon­ter, sans que l’on puisse dire aujourd’hui quel est le degré néces­saire d’intervention publique qui sera néces­saire. Mais la sortie de la crise finan­cière sera, et est déjà, extrê­me­ment coû­teuse et la réces­sion pren­dra immé­dia­te­ment le relais. C’est lecre­dit crunch (per­sonne ne veut plus prêter à per­sonne) qui assure l’interface entre les deux crises. Les res­tric­tions de crédit aux ménages s’ajoutent à la baisse du pou­voir d’achat, l’activité des entre­prises est blo­quée par le manque de crédit, et ce phé­no­mène touche en ce moment des géants indus­triels comme Ford ou General Motors, déjà mena­cés par la chute de leurs ventes.

Contrairement à d’autres épi­sodes simi­laires mais de moindre ampleur, le retour à la nor­male pren­dra un temps pro­por­tion­nel aux sommes englou­ties, et le plus pro­bable est un scé­na­rio à la japo­naise. La crise ban­caire et immo­bi­lière du début des années 1990 avait débou­ché sur une décen­nie de crois­sance à peu près nulle de l’économie japo­naise. A cette dif­fé­rence près cepen­dant : on avait pu invo­quer dans le cas japo­nais des erreurs de poli­tique éco­no­mique, alors que le fac­teur prin­ci­pal de blo­cage sera la dif­fi­culté de défi­nir une confi­gu­ra­tion cohé­rente de l’économie mon­diale. La crise est en effet une crise struc­tu­relle qui rend impos­sible le retour aux modèles de crois­sance suivis par les Etats-Unis et l’Union euro­péenne et même, à un hori­zon plus incer­tain, par la Chine.

Les enjeux sociaux

Une grande incer­ti­tude pèse donc sur la tra­jec­toire de l’économie mon­diale. Mais une chose est sûre : les classes domi­nantes vont tout faire pour repor­ter les effets de la crise sur les sala­riés et sur la majo­rité de la popu­la­tion. La fac­ture de la crise finan­cière et la réces­sion vont se com­bi­ner pour peser sur l’emploi, le pou­voir d’achat et sur les bud­gets sociaux. Pour empê­cher les capi­ta­listes de réta­blir leurs pro­fits au détri­ment du bien-être social, il existe alors deux prin­ci­paux axes de riposte.

Le pre­mier est la natio­na­li­sa­tion inté­grale des banques et des assu­rances. Il ne s’agit pas ici de faire de la sur­en­chère mais d’apporter une réponse sim­ple­ment cohé­rente à la crise finan­cière. L’argent public des dif­fé­rents plans de sau­ve­garde risque de ne servir qu’à rache­ter les titres « toxiques » qui ont déclen­ché la crise. Il serait trop facile que les banques et autres ins­ti­tu­tions finan­cières voient leurs pertes cou­vertes par des fonds publics tout en conser­vant leurs pro­fits. Or, c’est bien la fonc­tion, par exemple, du plan Paulson aux Etats-Unis, comme le montre un éco­no­miste de banque fran­çais, peu sus­pect d’anticapitalisme [6].

Une natio­na­li­sa­tion qui ne soit pas par­tielle et ne se limite pas à des prises de par­ti­ci­pa­tion pro­vi­soires per­met­trait seule de vrai­ment « ouvrir les livres de compte », de conso­li­der les créances croi­sées, de sauver les vic­times de l’escroquerie des­sub­primes plutôt que de pré­ser­ver les pro­fits ban­caires. Les avo­cats de la finance recon­ver­tis n’ont qu’un mot à la bouche, celui de régu­la­tion. Mais les régu­la­tions qui exis­taient ont toutes été tour­nées par des inno­va­tions finan­cières de plus en plus sophis­ti­quées et il n’existe pas d’autorité pour les faire appli­quer au niveau mon­dial. Il faut évi­dem­ment sou­te­nir des mesures comme l’interdiction des para­dis fis­caux mais on ne peut faire confiance aux auto­ri­tés moné­taires pour régu­ler dura­ble­ment la finance.

Outre la maî­trise qu’elle permet, cette natio­na­li­sa­tion devrait débou­cher sur la créa­tion d’un pôle finan­cier public, recon­nais­sant ainsi que le crédit et l’assurance relèvent du ser­vice public. La crise actuelle a démon­tré que la finance privée conduit à la catas­trophe sociale. Reste en somme à réha­bi­li­ter l’idée d’un crédit dura­ble­ment natio­na­lisé, ce qui n’est pos­sible que si est mise en place une ges­tion démo­cra­tique pla­çant le crédit au ser­vice des prio­ri­tés sociales.

Le second axe porte sur la répar­ti­tion des richesses et repose sur une idée simple. S’il y a réces­sion, il serait into­lé­rable que les sala­riés subissent une nou­velle dégra­da­tion de leur situa­tion, uni­que­ment pour que les entre­prises puissent conti­nuer à verser des divi­dendes. Le moyen le plus lisible d’affirmer cette exi­gence est de pro­po­ser un plan de trans­fert des divi­dendes vers un fonds pour l’emploi et les salaires, géré lui aussi sous contrôle des tra­vailleurs. Dans le même temps, et il s’agit d’une mesure d’urgence mini­male, le main­tien du pou­voir d’achat devrait être garanti par l’échelle mobile des salaires, autre­ment dit par leur indexa­tion sur les prix.

Dans les deux cas, un prin­cipe essen­tiel doit être défendu, c’est celui du contrôle démo­cra­tique. Il cor­res­pond à l’idée par­fai­te­ment légi­time selon laquelle les sala­riés n’ont pas à faire les frais du sau­ve­tage du capi­ta­lisme et qu’ils doivent donc avoir un droit de regard sur les mesures prises et sur la répar­ti­tion des richesses. La crise du capi­ta­lisme n’implique pas méca­ni­que­ment un meilleur rap­port de forces en faveur des tra­vailleurs ; elle a au contraire toutes les chances d’être le pré­texte à de nou­veaux reculs sociaux. Mais la décon­fi­ture du sys­tème ouvre en même temps un espace nou­veau aux luttes sociales qui seront d’autant plus vic­to­rieuses et por­teuses d’avenir qu’elles pren­dront une dimen­sion anti­ca­pi­ta­liste affir­mée.


Notes

[1] Michel Husson, « La hausse ten­dan­cielle du taux d’exploitation », Inprecor n°534-535, jan­vier-février 2008.

[2] Michel Husson, « Le taux d’accumulation ne suit plus le taux de profit », note­hus­so­net n°2, 25 sep­tembre 2008.

[3] Peter Orszag, « Effects of finan­cial market tur­moil on pen­sions », 7 octobre 2008.

[4] Michel Husson, « Etats-Unis : la fin d’un modèle », La Brèche n°3, 2008.

[5] FMI, World Economic Outlook, October 2008.

[6] Patrick Artus, « Le but ultime du plan de sau­ve­tage des banques aux Etats-Unis s’il est mis en place : redon­ner de la ren­ta­bi­lité aux banques », Natixis, Special report n°97, 26 sep­tembre 2008.

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