Où trouver 3,7 milliards ?

Par Mis en ligne le 29 avril 2014

Finalement, à y regar­der de plus près, la paren­thèse péquiste n’aura pas été très longue et la recon­quête du pou­voir par les libé­raux nous met devant leur règne de plus d’une décen­nie. Ils sont donc encore au bout du compte les meilleurs repré­sen­tants du patro­nat et des fédé­ra­listes. Influents dans bien des sec­teurs, de la magis­tra­ture aux entre­prises pri­vées, en pas­sant par la haute fonc­tion publique, ils exercent une hégé­mo­nie vouée à la défense de tout statu quo per­met­tant de per­pé­tuer le capi­ta­lisme et sa stra­té­gie poli­tique du moment, le néo­li­bé­ra­lisme. Charest ne se trom­pait pas quant il affir­mait, comme son­neur d’alerte pour sa classe, que les étu­diants s’attaquaient à l’ordre établi.

Ne peut-on pas voir la fan­tas­tique publi­cité presque tota­li­taire (on ne parle que de ça parmi tous les com­men­ta­teurs des jour­naux tra­di­tion­nels ou à la télé­vi­sion en même temps) faite au fameux trou de 3,7 mil­liards comme fai­sant partie du plan libé­ral pour affron­ter les tra­vailleurs du sec­teur public et leur impo­ser de le payer par d’autres conces­sions dans les contrats de tra­vail du sec­teur non mar­chand du sala­riat qué­bé­cois ?

En fai­sant la pro­mo­tion de l’importance des tra­vailleurs eux-mêmes dans les ser­vices publics du Québec, la CSN entame sans doute déjà de placer ses pions devant une popu­la­tion qu’elle vou­drait bien voir appuyer ses sala­riés. La cam­pagne de la FTQ n’est pas en reste elle non plus quand elle mise sur la lutte contre l’écart gran­dis­sant entre riches et pauvres, en fai­sant la pro­mo­tion d’une société plus juste à l’égard de ses membres. On enten­dra à nou­veau l’accusation répan­due de « cor­po­ra­tisme » des syn­di­cats pour faire croire, selon l’idéologie et la poli­tique néo­li­bé­rale clas­sique, que les syn­di­qués repré­sentent des groupes de pres­sion insen­sibles aux coûts des ser­vices ou qu’ils n’ont pas de consi­dé­ra­tion pour les géné­ra­tions futures. Et dans une ten­ta­tive de nous confis­quer l’avenir de nos rap­ports avec la jeu­nesse, on oubliera tout ce qui sera mis à la dis­po­si­tion des jeunes pour faire pro­gres­ser eux-mêmes leur société : gains de pro­duc­ti­vité à cause de ces jeunes ingé­nieurs aussi « paten­teux » que leurs grands-pères, études et recherches en géria­trie pour que la vieillesse ne soit pas plus le can­ton­ne­ment dans des mou­roirs privés, luttes pour l’égalité hommes-femmes et pour les condi­tions de vie des sala­riés parce que toute cette jeu­nesse, formée par l’enseignement public, se retrou­vera dans cette condi­tion en grande majo­rité. La lutte du sec­teur public est donc aussi une lutte pour un avenir plus radieux.

Le futur n’appartient au patro­nat qui se posi­tionne la plu­part du temps du côté de la réac­tion poli­tique et éco­no­mique. Combien sont minés, au nom de ce pétrole mena­çant pour la pla­nète, les pos­sibles dans l’électrification des trans­ports ? Combien sont gardés oné­reux les coûts des médi­ca­ments par le refus sys­té­ma­tique de mettre en concur­rence (pour­tant une soi-disant grande vertu du capi­ta­lisme pour faire bais­ser les prix) les grandes phar­ma­ceu­tiques tou­jours prêtes à se fusion­ner pour des gains de pro­duc­ti­vité qui se tra­duisent en pro­fits miro­bo­lants plutôt qu’en réduc­tion du temps de tra­vail ? Quelle atti­tude paléon­to­lo­gique que celle du refus réac­tion­naire de donner à tout le peuple, sur­tout à ses couches de condi­tion plus modeste, la gra­tuité sco­laire qui auto­ri­se­rait tout le monde à déve­lop­per ses talents et ses atouts dans une société en pro­grès constants et mieux formée pour faire face aux défis du XXIe siècle ? La liste est longue des poli­tiques qui, sous le cou­vert de nous pro­té­ger des crises, nous y enfoncent dra­ma­ti­que­ment.

Y aura-t-il dans les sec­teurs non mar­chands du tra­vail cet appé­tit pour les com­bats qui feront pro­gres­ser, et la condi­tion de ces sala­riés, et toute la société qué­bé­coise ? Ces com­bats qui ont his­to­ri­que­ment permis au peuple qué­bé­cois de se libé­rer de l’emprise d’un libé­ra­lisme éco­no­mique et poli­tique comme mode d’une ges­tion arrié­rée de notre société ? Prendront-ils la voie de la lutte à la base et dans l’action, ces sala­riés que l’État a appau­vris à force de men­songes sur les éter­nelles et néces­saires conces­sions qui devaient assu­rer le main­tien des ser­vices publics, sinon voués à la pri­va­ti­sa­tion sau­vage ?

Voilà com­ment l’analyse de gauche d’une conjonc­ture, trop rapi­de­ment avouée dif­fi­cile par cer­tains mili­tants, pla­ce­rait les sala­riés du public dans une posi­tion de reprendre l’offensive contre le gou­ver­ne­ment libé­ral de Couillard qui, déployant sa cam­pagne stra­té­gique avec ses aco­lytes média­tiques et ses éco­no­mistes ser­viles, conti­nuera de nous abimer de bêtises et de men­son­gers dis­cours avec le seul objec­tif de pré­ser­ver les pri­vi­lèges de classe des maîtres actuels de l’État qué­bé­cois.

C’est encore debout que se gagnent les vic­toires. C’est tou­jours debout que se conso­lident les orga­ni­sa­tions syn­di­cales et poli­tiques qu’il faut mettre mas­si­ve­ment à notre ser­vice en repre­nant les pou­voirs qu’elles nous auto­risent à exer­cer dans toute démo­cra­tie qui se res­pecte. Cette démo­cra­tie ne doit plus se réduire à se mani­fes­ter comme le porte-voix des domi­nants. Elle est por­teuse de tous les pro­grès de société que nous vou­lons bien voir se réa­li­ser, et pour nous, et pour les géné­ra­tions futures du Québec que nous vou­lons.

En fait, la ques­tion poli­tique essen­tielle se pose ainsi : qui du patro­nat ou des tra­vailleurs gagne­ront le sou­tien de la société civile ? Et les Bombardiers, les SNC-Lavalin, les Alcoa et autres trans­na­tio­nales, exemp­tées d’impôt depuis des années par les libé­raux et gavées de sub­ven­tions, se ver­ront-elles pré­sen­ter une fac­ture selon leurs capa­ci­tés de payer ?

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