Où est passé le mode de scrutin ?

Par Mis en ligne le 21 novembre 2009

Le 11 novembre der­nier, le député de Mercier, Amir Khadir, pré­sen­tait la motion sui­vante : « Que l’Assemblée natio­nale exige du gou­ver­ne­ment du Québec d’inclure dans son projet de réforme de la Loi élec­to­rale un mode de scru­tin pro­por­tion­nel conforme à l’engagement élec­to­ral de tous les partis repré­sen­tés à l’Assemblée natio­nale en faveur de la juste repré­sen­ta­tion du plu­ra­lisme poli­tique. »

Suite à un débat qui a duré une heure trente et à un amen­de­ment du gou­ver­ne­ment libé­ral accepté par Amir Khadir, la motion sui­vante a été soumis au vote le len­de­main 12 novembre et les 106 dépu­téEs pré­sentEs à l’Assemblée natio­nale ont voté pour la motion. La motion amen­dée se lit comme suit :

« Que l’Assemblée natio­nale demande au gou­ver­ne­ment du Québec de tenir compte dans son projet de réforme de la Loi élec­to­rale des enga­ge­ments de tous les partis poli­tiques repré­sen­tés à l’Assemblée natio­nale pour assu­rer une juste repré­sen­ta­tion du plu­ra­lisme poli­tique. »

Le député Amir Khadir a expli­qué ainsi l’acceptation de l’amendement du gou­ver­ne­ment libé­ral : « Je n’ai aucune raison de le croire. Je n’ai aucune raison de croire ni le gou­ver­ne­ment ni l’opposition offi­cielle, qui a déjà été au pou­voir, parce que le passé… si le passé est garant de quelque chose, jusqu’à main­te­nant, les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs depuis 33 ans ont failli à leurs enga­ge­ments élec­to­raux. Cependant, comme c’est (…) c’est la pre­mière fois que Québec soli­daire, à l’Assemblée natio­nale… c’est ma pre­mière motion là-dessus, appuyée en cela par l’ADQ, appuyée en cela par le Parti vert, appuyée en cela par un large mou­ve­ment citoyen, j’accepte de tester une der­nière fois la bonne foi du gou­ver­ne­ment là-dessus, tenant en compte le fait que, dans l’amendement pro­posé par le gou­ver­ne­ment, on dit que le gou­ver­ne­ment du Québec, c’est-à-dire donc le ministre res­pon­sable, serait tenu de prendre en compte dans son projet de réforme des enga­ge­ments de tous les partis poli­tiques repré­sen­tés à l’Assemblée natio­nale. Or, le chef du gou­ver­ne­ment actuel, la der­nière fois qu’il s’est penché là-dessus, qu’il a pris posi­tion publi­que­ment, le 14 mars 2006, dans son dis­cours inau­gu­ral, il affir­mait qu’il va pro­cé­der à la réforme du mode de scru­tin. Il disait qu’il faut « un nou­veau mode de scru­tin incluant des moda­li­tés de pro­por­tion­nelle [qui per­mette] ainsi à l’Assemblée natio­nale de mieux reflé­ter la volonté expri­mée par nos conci­toyens lors des élec­tions. Dans la foulée de nos enga­ge­ments, nous mène­rons à terme cette réforme fon­da­men­tale pour l’avenir de la démo­cra­tie qué­bé­coise. » Donc, pour moi, l’engagement, l’engagement auquel se réfère l’amendement du gou­ver­ne­ment qui m’est pro­posé, que je vais accep­ter, c’est cet enga­ge­ment, c’est-à-dire donc un nou­veau mode de scru­tin incluant des moda­li­tés de pro­por­tion­nel et qui per­mette à l’Assemblée natio­nale donc d’avoir un mode de scru­tin. Et je lui… je leur dit que l’ancien Directeur géné­ral des élec­tions nous dit qu’il lui faut 18 mois pour implan­ter pour une pro­chaine élec­tion. On a jusqu’au mois de juin 2010 pour agir là-dessus, M. le Président. »

Comme on peut le consta­ter à la lec­ture des débats, tant le ministre Claude Béchard, res­pon­sable de la Réforme des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, que M. Stéphane Bédard, le leader de l’opposition offi­cielle et porte-parole de l’opposition offi­cielle en matière de réforme des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, aiment bien se dire d’accord avec le mode de scru­tin pro­por­tion­nel, mais ils trouvent que c’est bien com­plexe, que ces chan­ge­ments ne sont pas com­pris, que les moda­li­tés ne font pas consen­sus, donc qu’il faut encore repor­ter dans un avenir indé­ter­miné une action effec­tive à cet égard. Amir Khadir apporte, quant à lui, une argu­men­ta­tion serrée en défense de sa motion que nous publions ici. (Le comité de rédac­tion de Presse-toi à gauche !)

M. Amir Khadir a dit :

Merci, Mme la Présidente. La semaine der­nière, le ministre res­pon­sable de la Réforme des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques a déclaré qu’il avait l’intention d’aller plus loin dans sa révi­sion de la Loi élec­to­rale qu’il avait d’abord annon­cée en cours de ses­sion, cet automne. Il expri­mait ce sou­hait au len­de­main des révé­la­tions trou­blantes de plu­sieurs acteurs poli­tiques, tant au niveau muni­ci­pal qu’à d’autres niveaux dans notre société, des révé­la­tions sur­tout qui émanent de jour­na­listes d’enquête qui, au cours de la der­nière année, ont permis de consta­ter que le finan­ce­ment occulte de cer­tains partis au niveau muni­ci­pal et à d’autres niveaux per­met­tait à cer­tains entre­pre­neurs, cer­taines firmes de pro­fes­sion­nels, des contrac­teurs d’obtenir la pos­si­bi­lité d’exercer un trafic d’influence. Nous avons com­pris la semaine der­nière que cette réforme sou­hai­tée par le ministre visait à res­ser­rer les règles de finan­ce­ment des partis poli­tiques dans le but d’assainir les moeurs, dans le but d’assainir sur­tout tout le pro­ces­sus d’attribution des contrats publics, qui sont actuel­le­ment gra­ve­ment atteints par des révé­la­tions qui sti­pulent que le trafic d’influence permet la col­lu­sion, permet l’obtention de contrats avec des consé­quences désas­treuses pour les finances publiques, parce que les coûts qui en résultent pour la société, pour les don­neurs d’ouvrage que sont les dif­fé­rents paliers de gou­ver­ne­ment peuvent monter jusqu’à 30 % de la valeur des contrats octroyés. Quand on sait que c’est des mil­liards de dol­lars qui sont en jeu à dif­fé­rents paliers, c’est une ques­tion grave.

Maintenant, dans cette réforme, on parle aussi de réfor­mer… d’utiliser cette oppor­tu­nité pour réfor­mer la carte élec­to­rale. Donc, le ministre s’apprête à ouvrir la Loi élec­to­rale pour intro­duire des chan­ge­ments qu’il juge néces­saires dans l’immédiat pour contrer la cor­rup­tion et aussi pour révi­ser la carte élec­to­rale pour mieux équi­li­brer le poids démo­gra­phique de chaque comté, de sorte que, chaque citoyen, chaque citoyenne au Québec, son vote compte de manière plus équi­table.

Or, il est iro­nique… Enfin, le hasard a voulu que nous pré­sen­tions cette motion pour que le ministre uti­lise cette oppor­tu­nité pour intro­duire la pro­por­tion­nelle le jour même, là… un 11 novembre, le jour du Souvenir. La devise de notre pro­vince est « Je me sou­viens ». Or, on a beau cher­cher dans ce qui anime la volonté du gou­ver­ne­ment et du prin­ci­pal parti d’opposition ainsi que de l’ADQ, nous n’avons pas vu d’intervention pour deman­der au gou­ver­ne­ment que la réforme du mode de scru­tin inclue aussi la pro­por­tion­nelle. Où est donc passée la réforme du mode de scru­tin ?

Il est mal­heu­reux de consta­ter que l’ensemble de la classe poli­tique qui a siégé à l’Assemblée natio­nale… Trois partis ont siégé à l’Assemblée natio­nale au cours des 15 der­nières années. Malgré un enga­ge­ment constant de chacun de ces partis, dans leurs ins­tances démo­cra­tiques, dans leurs conseils natio­naux, dans les dif­fé­rents paliers déci­sion­nels à l’intérieur de chacun des partis, bien que la volonté de la base s’exprime à chaque fois en faveur d’une réforme qui inclue un mode pro­por­tion­nel pour que chaque citoyen enfin puisse béné­fi­cier de la pos­si­bi­lité de voir son vote fina­le­ment comp­ter, on n’a pas réussi à livrer la mar­chan­dise. Le mode de scru­tin actuel condamne encore le Parlement à fonc­tion­ner avec un vieux mode de scru­tin qu’on a hérité d’un passé colo­nial, qu’on a hérité d’un Parlement bri­tan­nique, qu’on a hérité fina­le­ment une ins­ti­tu­tion d’un sys­tème poli­tique qui tra­duit d’abord et avant tout les équi­libres entre les dif­fé­rents cou­rants poli­tiques d’une nation étran­gère, c’est-à-dire la Grande-Bretagne d’il y a 300 ans, puisque ce mode de fonc­tion­ne­ment, nous l’avons hérité des Britanniques.

C’est la ques­tion que se posait donc ma col­lègue Françoise David, porte-parole de Québec soli­daire, dans son bilan de ses­sion, en décembre 2007, où elle ques­tion­nait le pre­mier ministre en se deman­dant où est passée la réforme du mode de scru­tin main­te­nant que le gou­ver­ne­ment a en main le rap­port du Directeur géné­ral des élec­tions, qu’il avait lui-même demandé il y a de cela donc main­te­nant trois ans, où le Directeur géné­ral des élec­tions favo­ri­sait, lui aussi, l’introduction d’un mode de scru­tin pro­por­tion­nel. Il consta­tait même qu’il n’y avait plus aucune excuse. Toutes les études, tous les obser­va­teurs, ainsi que le consen­sus obtenu à tra­vers tous les partis pré­sents à la fois à l’intérieur de l’Assemblée natio­nale et à l’extérieur de l’Assemblée natio­nale, notam­ment Québec soli­daire et le Parti vert, tout le monde invi­tait le gou­ver­ne­ment à aller dans le même sens. Or, où est passée la réforme du mode de scru­tin ?

Je l’ai rap­pelé, puisqu’on feint encore de l’oublier, j’ai sou­levé sa per­ti­nence à ma pre­mière prise de parole, à l’entrée de Québec soli­daire à cette même Assemblée, le 13 jan­vier der­nier, au début des tra­vaux de la Trente-neu­vième Législature, où j’exprimais que, dans l’espoir de voir une plus grande vita­lité démo­cra­tique s’exercer à tous les niveaux et au pre­mier niveau, c’est-à-dire la par­ti­ci­pa­tion des citoyens au pro­ces­sus élec­to­ral, une refonte, une réforme impor­tante des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, y com­pris du mode de scru­tin, serait sou­hai­table. Je men­tion­nais qu’au Québec les partis poli­tiques, nous l’attendions ; en fait, le Québec dans son entiè­reté l’attend avec impa­tience.

Or, ce qu’il est impor­tant de sou­li­gner, c’est que cette requête ne vient pas uni­que­ment de Québec soli­daire, ne vient pas uni­que­ment du Parti vert. Parce que je l’ai exprimé au début de mon entrée à l’Assemblée natio­nale que, très hum­ble­ment, j’offre ma voix éga­le­ment au Parti vert, qui est une… qui repré­sente un cou­rant impor­tant dans notre société, des cen­taines de mil­liers de citoyens et de citoyennes qui ont voté pour ce parti et pour les­quels je vais me battre pour qu’enfin il y ait un sys­tème qui puisse assu­rer qu’ils retrouvent un droit de pré­sence ici, à l’Assemblée natio­nale. Donc, tout modes­te­ment, j’offre ma voix éga­le­ment à ces citoyens. Or, les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs depuis 33 ans ont été forcés, de dif­fé­rentes manières, de renier leur parole, d’abandonner leurs enga­ge­ments, de choi­sir l’amnésie plutôt que de se sou­ve­nir de leur pro­messe de réfor­mer le mode de scru­tin pour le rendre plus pro­por­tion­nel, pour le rendre plus démo­cra­tique. Pendant que le gou­ver­ne­ment et les dif­fé­rents partis à l’Assemblée natio­nale jusqu’à pré­sent, nous faillis­sons à cette tâche, à cette requête, à cette exi­gence démo­cra­tique que nous nous sommes nous-mêmes donnée, dans nos partis, dans les dif­fé­rents exer­cices que nous nous sommes impo­sés au cours de ces neuf, 10 der­nières années, je rap­pelle que des dizaines de mil­liers de citoyens sont mobi­li­sés. Si, nous, nous sommes frap­pés d’amnésie, il y a des citoyens qui se sou­viennent, eux, que nous leur avons promis de réfor­mer le mode de scru­tin, nous leur avons promis la pro­por­tion­nelle.

Rappelons-nous du tra­vail remar­quable du Mouvement démo­cra­tie nou­velle, qui regroupe des gens de dif­fé­rentes options poli­tiques à tra­vers tout le spectre des sen­si­bi­li­tés poli­tiques au Québec, qui a fait un tra­vail de sen­si­bi­li­sa­tion, d’information, d’éducation et aussi a entre­pris des actions très claires qui d’abord ont mené, on s’en sou­vient, aux états géné­raux des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques, pré­si­dés par M. Béland, lancés par un ex-pré­sident de l’Assemblée natio­nale et ministre du Parti qué­bé­cois, M. Jean-Pierre Charbonneau, états géné­raux qui se sont soldés en une série de pro­po­si­tions qui allaient éga­le­ment dans le sens de l’introduction d’un vote pro­por­tion­nel, à l’Assemblée natio­nale, pour cor­ri­ger des dis­tor­sions impor­tantes que l’Assemblée natio­nale, que les élec­tions, que le résul­tat des élec­tions ont connues depuis les 40 der­nières années, où, à plu­sieurs reprises, des gou­ver­ne­ments se sont retrou­vés au pou­voir, malgré le fait que c’est l’opposition qui a recueilli une majo­rité des voix, que des régions entières se sont retrou­vées à être repré­sen­tées par un seul parti uni­que­ment, malgré le fait qu’année après année, élec­tion après élec­tion, par­fois même une majo­rité de citoyens dans ces régions votaient pour un autre parti, dis­tor­sion qui explique que des régions com­plètes comme Montréal… une grande partie de Montréal demeure à jamais ver­rouillée, et ça, c’est anti­dé­mo­cra­tique et ce n’est pas repré­sen­ta­tif de l’équilibre des voix et des orien­ta­tions poli­tiques d’une région aussi poli­ti­que­ment impor­tante que Montréal, se trouve ver­rouillée, condam­née à uni­que­ment être repré­sen­tée par une seule et même repré­sen­ta­tion poli­tique depuis des années.

Distorsion que tout le monde recon­naît, dis­tor­sion que même le gou­ver­ne­ment, au-dessus donc des consi­dé­ra­tions par­ti­sanes, et ça, je le recon­nais, le gou­ver­ne­ment libé­ral actuel, j’entends, ses ministres suc­ces­sifs res­pon­sables de la réforme du mode de scru­tin, dis­tor­sion qu’ils ont recon­nue comme étant por­teuse de graves défi­cits démo­cra­tiques, donc qui ont reconnu la néces­sité de ce chan­ge­ment. Or, les citoyens n’oublient pas que nous avons pris ces enga­ge­ments.

Il y a aussi le Collectif Féminisme et Démocratie, la Fédération des femmes du Québec, le Regroupement eth­no­cul­tu­rel pour l’action poli­tique, l’Association pour la reven­di­ca­tion des droits démo­cra­tiques, il y a Fair Vote Canada, il y a le comité de citoyens qui a été mis sur pied tout récem­ment… en fait, il y a quelques années, et qui a tenu ses tra­vaux du 24 jan­vier au 9 mars 2006, un comité de citoyens qui a visité 14 régions, a reçu au total 515 inter­ven­tions, où sont venus en repré­sen­ta­tion des cen­taines de citoyens pour pré­sen­ter près de 370 mémoires, 146 pré­sen­ta­tions orales, la très grande majo­rité des­quelles, encore der­niè­re­ment, allaient dans le sens de l’introduction d’un vote pro­por­tion­nel au Québec. Le mou­ve­ment est si constant et si impor­tant qu’en l’espace de moins de 10 jours, avant la tenue des élec­tions de mars 2007, 20 000 per­sonnes ont signé une péti­tion sur Internet pour deman­der la réforme du mode de scru­tin.

Ou encore, tout récem­ment, le Mouvement Démocratie nou­velle, qui a mis en branle, à partir de février de cette année, toute une cam­pagne où des cen­taines de per­sonnes de toutes les régions du Québec ont par­ti­cipé à des ate­liers pour un nou­veau mode de scru­tin, qui a permis de mettre à profit…

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin) : Un ins­tant, s’il vous plaît. M. le député de Johnson, vous ne pouvez pas passer ici. Merci. Poursuivez, M. le député.

M. Khadir : Merci, Mme la Présidente. Donc, le Mouvement Démocratie nou­velle qui a pré­paré deux excel­lents cahiers qu’il serait peut-être utile pour nous, tous les membres de l’Assemblée natio­nale, de voir. Je suis sûr que tous les dépu­tés à l’Assemblée natio­nale ont reçu cet envoi d’avril der­nier du Mouvement Démocratie nou­velle, où sa pré­si­dente, Mercédez Roberge, nous conviait à nous pen­cher à nou­veau vers la néces­sité de la réforme du mode de scru­tin, de réflé­chir ensemble, de le pré­pa­rer pour agir, mais d’abord s’informer et com­prendre, de com­prendre pour­quoi l’introduction d’un mode de scru­tin pro­por­tion­nel permet de cor­ri­ger des… les dis­tor­sions élec­to­rales que je vous ai men­tion­nées, mais aussi de tenir compte du plu­ra­lisme poli­tique de plus en plus riche de notre société, qui ne se retrouve pas adé­qua­te­ment repré­senté à l’Assemblée natio­nale, du plu­ra­lisme eth­nique, dû à l’apport impor­tant de la com­mu­nauté immi­grante au Québec, qui ne se retrouve pas adé­qua­te­ment repré­senté à l’Assemblée natio­nale, de cor­ri­ger la dis­tor­sion la plus impor­tante peut-être que nous devons signa­ler, c’est-à-dire la sous-repré­sen­ta­tion des femmes en société, alors qu’il y a un consen­sus social au Québec pour cor­ri­ger le défi­cit démo­cra­tique qui consiste à garder les postes du pou­voir entre les mains des hommes uni­que­ment, où pré­fé­ren­tiel­le­ment agit la volonté des hommes plutôt qu’une juste repré­sen­ta­tion éga­li­taire entre hommes et femmes. Mais éga­le­ment, dans la tur­bu­lence actuelle qui frappe le Québec, je tiens à men­tion­ner qu’à mon avis, de l’avis de Québec soli­daire, il faut que le gou­ver­ne­ment, il faut que le ministre Béchard soit atten­tif à… devant la mon­tagne de révé­la­tions, d’allégations de cor­rup­tion qui touchent tous les paliers déci­sion­nels au Québec, tous les paliers poli­tiques, aussi bien le niveau muni­ci­pal que les partis poli­tiques pro­vin­ciaux et fédé­raux. Le ministre, qui s’apprête à intro­duire de nou­velles règles de finan­ce­ment des partis poli­tiques, doit accep­ter le fait que de nou­velles règles ne pour­ront pas suf­fire à enrayer la cor­rup­tion qui afflige… la cor­rup­tion et le trafic d’influence qui affligent actuel­le­ment le sys­tème poli­tique du Québec à tous les niveaux, de la même manière que la chi­rur­gie seule ne per­met­trait pas d’enrayer un cancer qui est géné­ra­lisé. Or, la mala­die de la cor­rup­tion, mal­heu­reu­se­ment, aujourd’hui, semble géné­ra­li­sée à l’échelle du Québec. Donc, pour vaincre ce qui s’apparente à un cancer actuel­le­ment, il n’y a pas de recette unique.

Pour nous, il est impor­tant que le Québec sai­sisse cette oppor­tu­nité, sai­sisse sur­tout cette néces­sité de sur­mon­ter l’écoeurement de la popu­la­tion, le cynisme que ça dis­tille au niveau de l’électorat, puisque le plus grave danger pour la démo­cra­tie, c’est l’abandon, c’est le renon­ce­ment des citoyens à aller voter, et on le voit de plus en plus. Donc, pour nous, il faut recou­rir à tout l’arsenal thé­ra­peu­tique pour enrayer ce cancer géné­ra­lisé de la cor­rup­tion. L’enquête publique, hein… L’enquête poli­cière, c’est une mesure d’urgence. Vous le répé­tez, le gou­ver­ne­ment le répète de manière inces­sante depuis main­te­nant deux semaines. L’enquête publique que toute la popu­la­tion réclame, c’est la chi­rur­gie néces­saire pour aller extraire le pro­blème à sa racine. Mais il faut plus que ça, il faut une série de mesures de manière à pré­ve­nir, à l’avenir, que ça se repro­duise, pour pré­ve­nir le plus pos­sible le sys­tème poli­tique devant les ten­ta­tives des cor­rup­teurs pour exer­cer leur influence de manière illé­gi­time et indue, bien sûr à tra­vers le finan­ce­ment, qui est donc une pre­mière mesure pré­ven­tive : res­ser­rer les règles de finan­ce­ment, dimi­nuer les dépenses élec­to­rales, aug­men­ter la part du finan­ce­ment public, donc, éta­tique, pla­fon­ner le finan­ce­ment indi­vi­duel, ce qu’on appelle le finan­ce­ment popu­laire, pour dimi­nuer la capa­cité des milieux cor­rup­teurs d’agir sur les partis poli­tiques. Mais ce n’est pas tout. Parce que, quelles que soient les règles qu’on impose, des partis poli­tiques aguer­ris, des appa­reils poli­tiques qui ont l’expérience du pou­voir finissent par, mal­heu­reu­se­ment, être l’objet de convoi­tise, l’objet d’influence, les cor­rup­teurs qui vont comp­ter sur quelques pommes pour­ries pour tra­fi­quer leur influence. Alors, pour nous, le meilleur moyen de contrer cette autre vul­né­ra­bi­lité de notre sys­tème démo­cra­tique, c’est d’empêcher que des appa­reils poli­tiques s’incrustent trop long­temps au pou­voir, de donner les moyens à la popu­la­tion, en temps oppor­tun, lorsque de tels excès, de tels accrocs arrivent, de sanc­tion­ner adé­qua­te­ment les appa­reils qui sont au pou­voir.

Or, le sys­tème actuel, le sys­tème majo­ri­taire uni­no­mi­nal à un tour est prévu et pensé pour assu­rer la sta­bi­lité du pou­voir en per­met­tant à deux partis de s’alterner, de chan­ger au pou­voir, de se par­ta­ger le pou­voir tour à tour, ce qui les met dans une posi­tion vul­né­rable, ce qui faci­lite le tra­vail de ceux et celles qui cherchent à obte­nir de l’influence par des manières qui sont illé­gi­times.

Alors, une des autres mesures qui sont abso­lu­ment néces­saires pour pré­ve­nir contre le détour­ne­ment de nos valeurs démo­cra­tiques et l’influence indue de ceux et celles qui cherchent à détour­ner les règles pour trou­ver de l’influence, pour obte­nir des contrats, pour cor­rompre la classe poli­tique, c’est pour per­mettre un meilleur renou­vel­le­ment, un renou­vel­le­ment plus effi­cace, plus rapide des partis poli­tiques, des appa­reils poli­tiques au pou­voir. Donc, Mme la Présidente, j’insiste et j’invite à nou­veau le ministre des Institutions démo­cra­tiques, res­pon­sable de la carte élec­to­rale et de la Loi élec­to­rale de pro­fi­ter de l’initiative qu’il a entre­prise de réfor­mer la loi, de l’ouvrir pour chan­ger la carte élec­to­rale, pour res­ser­rer les règles de finan­ce­ment, pour accep­ter notre motion et d’inclure l’introduction d’un mode de scru­tin pro­por­tion­nel, sim­ple­ment pour être conforme élec­to­ra­le­ment aux enga­ge­ments que son propre parti a pris depuis non seule­ment les der­nières élec­tions, non seule­ment depuis 2007, non seule­ment depuis 2003, mais depuis aussi long­temps que le Québec actuel, que les gens comme moi qui sont nou­veaux en poli­tique s’en sou­viennent. C’est des enga­ge­ments répé­tés de tous les partis. Il faut abso­lu­ment réfor­mer ce sys­tème qui, selon les dires d’un ex-pre­mier ministre du Québec, est « démo­cra­ti­que­ment infect ». Merci de votre atten­tion.

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