Offensive anti-ouvrière du gouvernement Harper en assurance-emploi

Organisons la riposte

Par Mis en ligne le 27 octobre 2012

S’il est une chose sur laquelle tout le monde s’entend c’est bien l’impact néga­tif qu’auront les mesures adop­tées dans le cadre du projet de loi C-38, aussi appelé projet de loi omni­bus, qui conte­nait plus de 400 pages, envers les pres­ta­taires d’assurance-emploi mais éga­le­ment envers l’ensemble des tra­vailleurs et tra­vailleuses. Comment orga­ni­ser la riposte ? Le Conseil natio­nal des chô­meurs prône le rapa­trie­ment de l’assurance-emploi au Québec. Mais le PQ affir­mait le 10 octobre der­nier qu’il n’en est plus ques­tion dans les cir­cons­tances actuelles.

Le Mouvement auto­nome des sans-emplois, le MASSE déclare sur son site inter­net : « Ces chan­ge­ments entraî­ne­ront des consé­quences dra­ma­tiques pour l’ensemble des tra­vailleurs et atta­que­ront plus vio­lem­ment les tra­vailleurs sai­son­niers et pré­caires qui mal­heu­reu­se­ment sont contraints de recou­rir fré­quem­ment à l’assurance-chômage. Ces chan­ge­ments consti­tuent une attaque directe à la liberté de tra­vail puisqu’ils for­ce­ront les pres­ta­taires à accep­ter n’importe quel emploi indé­pen­dam­ment de leurs inté­rêts ou qua­li­fi­ca­tions et ce, à des salaires infé­rieurs à ce qu’ils sont en droit d’espérer.

Mais plus grave encore, ces mesures vien­dront appau­vrir l’ensemble des tra­vailleurs cana­diens puisque plus on fra­gi­lise la pro­tec­tion contre le chô­mage, plus on oblige les gens à accep­ter n’importe quelles condi­tions de tra­vail et n’importe quels salaires. Conséquemment, on crée une pres­sion à la baisse sur les salaires et les condi­tions de l’ensemble des tra­vailleurs. » Le Masse a orga­nisé depuis le début sep­tembre une série de mee­tings à tra­vers le Québec afin de dénon­cer la loi et mobi­li­ser pour créer un rap­port de force. Ils fait front commun avec les cen­trales et groupes popu­laires dans l’organisation de la mani­fes­ta­tion du 27 octobre à Thetford Mines afin de dénon­cer le sac­cage du gou­ver­ne­ment Harper.

Le Conseil natio­nal des chô­meurs quant à lui, a orga­nisé une tour­née pour dénon­cer la loi mais dont l’enjeu porte prin­ci­pa­le­ment sur la ques­tion du rapa­trie­ment de l’assurance-emploi au Québec. Pauline Marois a d’ailleurs été invi­tée à l’assemblée géné­rale annuelle du CNC l’an der­nier afin de pré­sen­ter cette posi­tion qui fait partie de son pro­gramme. Position qui avait été appuyée par Pierre Céré porte-parole de l’organisme, dans un dis­cours qui repo­sait pour l’essentiel sur l’impasse de la lutte avec le reste du Canada sur cette ques­tion. Le rapa­trie­ment consti­tue­rait donc la seule solu­tion logique et plau­sible, en quelque sorte un rem­part contre l’offensive de Harper.

Mais la ques­tion n’est pas si simple. Le 10 octobre der­nier un mois après son élec­tion, le gou­ver­ne­ment du Parti Québécois, par la bouche du ministre délé­gué aux affaires inter­gou­ver­ne­men­tales cana­diennes et à la Gouvernance sou­ve­rai­niste, Alexandre Cloutier, affir­mait qu’il n’est pas ques­tion pour l’heure de récla­mer le rapa­trie­ment de l’assurance-emploi compte tenu de l’impossibilité pour son gou­ver­ne­ment mino­ri­taire d’obtenir de l’Assemblée natio­nale une motion pour deman­der un amen­de­ment constitutionnel.

Pourtant durant la cam­pagne élec­to­rale Pauline Marois avait réaf­firmé de façon non équi­voque la volonté du PQ : « J’espère que Stephen Harper mon­trera de l’ouverture, lui qui rêve de se débar­ras­ser des pro­grammes sociaux. Je lui pro­pose de nous en remettre un, et s’il devait barrer la porte, les Québécois conclu­ront que le Canada est une condi­tion per­dante pour le Québec ».(1)

Selon ses dires, elle pou­vait alors comp­ter sur l’appui d’une coa­li­tion formée de partis poli­tiques, de syn­di­cats, d’organismes com­mu­nau­taires et de défense des droits des tra­vailleurs ainsi que de 70 muni­ci­pa­li­tés ayant adopté une réso­lu­tion en ce sens. Mais l’horizon du PQ est fait d’ajustements élec­to­raux et par­le­men­taires, la mobi­li­sa­tion étant un ingré­dient dan­ge­reux dif­fi­cile à enca­drer. Dans ce contexte, bien sur les pers­pec­tives de gou­ver­nance sou­ve­rai­niste incluant le rapa­trie­ment de l’assurance-emploi sont sans issue.

Mais fon­da­men­ta­le­ment, croire que Stephen Harper accep­tera de déles­ter le gou­ver­ne­ment fédé­ral du pro­gramme d’assurance-emploi parce qu’il veut se débar­ras­ser des pro­grammes sociaux, c’est ne pas com­prendre ses véri­tables motifs. On ne parle pas ici d’économies pour le gou­ver­ne­ment fédé­ral, les employeurs et les sala­riéEs sont les seuls contri­bu­teurs au régime. Les modi­fi­ca­tions visent dans un pre­mier temps à obli­ger les sans-emplois à accep­ter des condi­tions de tra­vail et des salaires moindres et à limi­ter les pos­si­bi­li­tés d’appel de la part des pres­ta­taires. Cela aura pour effet direct d’encourager les entre­prises à offrir des salaires plus bas et des condi­tions de tra­vail moins avantageuses.

Mais cela com­porte éga­le­ment un deuxième effet, cela mettra une pres­sion à la baisse sur les tra­vailleurs et tra­vailleuses qui occupent déjà un emploi. D’une part parce que la dégra­da­tion des salaires et des condi­tions de tra­vail auront un effet d’entraînement et ten­dront à se géné­ra­li­ser, et d’autre part parce que la perte d’un emploi sera plus lourde de consé­quences. Le patro­nat et les ser­vices gou­ver­ne­men­taux auront alors un atout sup­plé­men­taire dans leur manche. Telle sont les véri­tables inten­tions du gou­ver­ne­ment Harper der­rière ces réformes, mettre au pas le mou­ve­ment ouvrier et libé­rer le patro­nat de toute contrainte.

Il n’a aucun inté­rêt à lais­ser échap­per à son contrôle ce pou­voir de contrainte et il est bien placé pour le pré­ser­ver. Comme l’ont déjà men­tionné George Campeau et Jacques Beaudoin dans leur article : « on ne peut s’empêcher de sou­li­gner la dif­fi­culté consti­tu­tion­nelle d’un tel rapa­trie­ment. » Pour y arri­ver il faut s’attendre à une bataille rangée, ce à quoi le parti qué­bé­cois ne semble de toute évi­dence pas prêt à adhérer.

La néces­sité d’une riposte com­mune aux poli­tiques rétro­grades du gou­ver­ne­ment Harper est une ques­tion incon­tour­nable. L’expérience des luttes syn­di­cales au niveau fédé­ral a démon­tré que sans la soli­da­rité des tra­vailleurs et tra­vailleurs du reste du Canada et du Québec nous n’aurions pas pu arra­cher les gains que nous avons obtenu. Telle est l’expérience du Syndicat des Travailleurs et Travailleuses des Postes (STTP), même si cer­tains ont pro­clamé que le fer de lance se situait au Québec, jamais nous n’aurions pu résis­ter aux assauts répé­tés visant la pri­va­ti­sa­tion du ser­vice postal sans la mobi­li­sa­tion de l’ensemble des syn­di­quéEs par­tout au Canada.

Par ailleurs un rapa­trie­ment hypo­thé­tique de l’assurance-emploi au Québec ne pour­rait consti­tuer à lui seul un rem­part et une pro­tec­tion pour les tra­vailleurs et tra­vailleuses. On ne peut nier l’impact des légis­la­tions fédé­rales sur celles du Québec, par­ti­cu­liè­re­ment lorsque les gou­ver­ne­ments par­tagent des objec­tifs simi­laires. Les reculs impo­sés au régime de pen­sion fédé­ral ont été tout de suite ajus­tés à son pen­dant qué­bé­cois le Régime des Rentes du Québec (RRQ) par le gou­ver­ne­ment du Québec. Le PLQ et la CAQ ont démon­tré que leur vision est la même que celle de Harper. Quant au PQ, son bilan tant éco­no­mique que social a lar­ge­ment démon­tré qu’il est plus sen­sible aux pres­sions du patro­nat et des finan­ciers. Les cou­pures de mil­liers d’emplois dans le sec­teur de la santé et de l’éducation en font foi. Dans ce contexte, si la ques­tion du rapa­trie­ment de l’assurance-emploi au Québec se pose, elle doit l’être dans le cadre du débat sur un Québec sou­ve­rain, et du néces­saire contrôle des tra­vailleurs et tra­vailleurs sur l’emploi. Mais ce débat ne doit pas servir à un repli sur le Québec ni à rem­pla­cer la lutte essen­tielle la plus large et uni­taire pos­sible au Québec et avec le reste du Canada.

L’offensive géné­ra­li­sée au niveau mon­dial contre les tra­vailleurs et tra­vailleuses appelle à une riposte orga­ni­sée. À l’heure des dis­cus­sions pour une zone de libre-échange Canada-Europe, les pres­sions que nous impo­sera l’offensive néo­li­bé­rale en Europe qui a pour consé­quence un taux de chô­mage gran­dis­sant et des salaires à la baisse, ne peuvent être sous-esti­mées. Surtout à l’heure où cette poli­tique béné­fi­cie de l’appui du PQ, parti qui se pré­tend le défen­seur de la sou­ve­rai­neté du Québec.

(1) Site web Radio-Canada 8 août 2012, Élections Québec 2012

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