Obama aux pays des merveilles


Le conflit israélo-palestinien

Dans le cas de la crise en Palestine/Israël, le Président Obama a dit à quelques reprises qu’il voulait la cessation de la construction (ou de l’expansion) des colonies de peuplement dans les territoires occupés. Certes, il n’a jamais parlé du « démantèlement » de ces colonies, illégales aux yeux de l’ONU, et qui constituent de véritables remparts contre tout projet de construction d’un État palestinien souverain. Mais face à cela, la nouvelle administration israélienne sous Benjamin Netanyahu a signifié clairement son refus d’accepter un tel « repli ». Par après, divers « échanges » ont lieu entre les deux gouvernements. La secrétaire d’État Hillary Clinton, de même que le vice-président Joe Bidden, tout en réitérant la politique d’Obama (arrêt des nouvelles constructions) ont cependant répété le mantra habituel à l’effet qu’Israël demeure un allié stratégique des États-Unis et que dans ce contexte, c’est à l’État israélien « souverain » de décider de la politique à suivre. Autrement dit, il est apparu clairement qu’il n’était pas question de faire pression d’une manière ou d’une autre sur Israël. Parallèlement, le vice-président a même affirmé que c’était à Tel-Aviv de décider s’il fallait attaquer ou non l’Iran, et ce en dépit des appels du Président Obama à trouver d’autres voies pour améliorer les relations avec ce pays de l’ « axe du mal » de son prédécesseur à la Maison-Blanche. Lors de son dernier passage en Israel au début de juillet, Clinton a affirmé que les pays arabes devaient « normaliser » leurs relations avec l’État israélien, sans parler de conditions préalables comme la réouverture des négociations de paix. À tout considérer, on ne peut que conclure que la politique « moyen-orientale » de l’administration actuelle semble vraiment être localisée dans la continuité, à moins qu’une rupture décisive ne survienne au sein du groupe qui domine la politique extérieure, qui reste pour le moment largement dominé par l’ancienne équipe de Bill Clinton.

Dans l’épicentre de la crise

Avant son arrivée au pouvoir, Obama avait affirmé que son intention était de concentrer les efforts des États-Unis en Afghanistan, la « source » des dangers selon le Président. Le déploiement de nouvelles troupes est allé dans ce sens. Mais de toute évidence, la stratégie actuelle semble se heurter à de sérieux problèmes. Sur le plan militaire, rien n’indique que l’insurrection talibane soit en régression. Sur le plan politique, le cafouillage des élections prévues pour la semaine prochaine reflète l’absence d’une pensée stratégique au niveau des États-Unis pour apaiser et éventuellement régler ce conflit. Entre-temps, l’extension de la guerre vers le Pakistan, via les attaques aériennes et le déploiement de troupes pakistanaises dans les régions frontalières avec l’Afghanistan, ne sont pas, selon la plupart des observateurs, des mesures qui pourraient « régler » le conflit. Pourtant, la secrétaire d’État a continué de répéter qu’elle voulait que le gouvernement et l’armée pakistanaise s’investissent davantage, bien que le contexte politique et social du Pakistan demeure explosif. Certes, la majorité des Pakistanais se dit hostile aux mouvements intégristes, mais il ressort de diverses enquêtes et sondages récents qu’ils ne veulent pas l’expansion de la guerre qu’ils considèrent « contre-productive » face à la nécessité de réduire le conflit. Finalement en Irak, le Président a respecté sa promesse d’engager le retrait des troupes, mais en examinant la situation attentivement, on a l’impression que ce retrait est davantage un « redéploiement ». L’armée irakienne, notamment ses troupes d’élite, continuent de jouer un rôle majeur dans la conduite des opérations militaires et même dans la gestion politique en Irak. Cette micro gestion états-unienne décrédibilise le gouvernement irakien qui est traversé de profondes divisions et qui semble inapte à concrétiser le retour à la souveraineté annoncée au printemps dernier.

Bruit de bottes en Amérique latine

De l’autre côté du monde, Washington reste sur ses positions. En dépit de la condamnation du coup d’état au Honduras, l’administration s’efforce de protéger les putschistes et d’empêcher le Président légitime de regagner ses fonctions. La « médiation » en cours n’est pas acceptable pour Manuel Zelaya qui affirme que les États-Unis veulent qu’il rentre au pays après avoir accepté de rendre le pouvoir, à plus ou moins courte échéance, aux militaires. Il faut dire que l’armée du Honduras reste un partenaire « privilégié » des États-Unis via plusieurs accords de « coopération, bien que la dernière tranche de l’aide militaire pour le Honduras ait été suspendue par le Président Obama. Parallèlement, les États-Unis et la Colombie s’apprêtent à signer un nouvel accord qui permettrait la mise en place d’installations militaires américaines permanentes dans cet important pays d’Amérique du Sud. Ce développement inquiète beaucoup les pays de la région, notamment le Brésil, l’Argentine et l’Équateur, qui voient dans ce développement de nouvelles menaces contre la sécurité régionale. Il faut dire que le gouvernement Uribe en Colombie est en porte-à-faux avec la plupart de ses collègues au pouvoir en Amérique du Sud, qui préconisent plutôt une plus grande intégration régionale (lire sud-américaine) sur les plans économique, politique et sécuritaire.

Retour de la guerre froide ?

Reste enfin le contentieux qui n’a cessé avec les anciens « ennemis » de la guerre froide. En Russie, la visite-éclair d’Obama n’a pas permis de dissiper le conflit qui se développe avec la Russie concernant le déploiement de missiles en Europe centrale, encore moins sur la question de la Géorgie, accusé par Moscou de vouloir se constituer en base militaire américaine sur le flanc sud de la Russie. Le gouvernement russe, vertement critiqué pour sa « gestion » de la crise géorgienne de l’an passé, est cependant appuyé par plusieurs pays, dont la Chine, pour son opposition à l’expansion de l’OTAN dans la région explosive du Caucase et de l’Asie centrale. Bref sur plusieurs dossiers chauds, Obama apparaît comme le gestionnaire de la « guerre sans fin » déclenchée par George W. Bush. Un « gestionnaire » certes plus éclairé et plus nuancé, mais déterminé à poursuivre la même stratégie d’abord et avant tout basée sur la suprématie militaire des États-Unis, et à donc à contre-courant des espoirs, aux États-Unis même et dans le reste du monde, qui pensaient que la nouvelle administration allait plutôt se recentrer autour du multilatéralisme et de la résolution des conflits.

Par Pierre Beaudet,
École de développement international et de mondialisation, Université d’Ottawa