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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
En finir avec la droite ! Réflexions autour de la mécanique du bouc émissaire
Combattre la droite
20 septembre 2020
No. 23 - Hiver 2020

Ce que le parti a fait avant la vic­toire d’Hitler était par­fai­te­ment juste.

C’est seule­ment ce qu’il n’a pas fait qui était erroné.

Ernst Bloch[1]

Au moins, peut-on com­men­cer par ce qui fait rela­ti­ve­ment consen­sus à gauche : il y a au Québec comme par­tout ailleurs, montée de la droite et sur­gis­se­ment d’une extrême droite popu­liste appa­rem­ment de plus en plus active ! Tous ou presque s’entendent là-dessus, et qui plus est, par­tagent un même sen­ti­ment d’inquiétude vis-à-vis de ce qui prend l’allure d’un retour de la xéno­pho­bie quand ce n’est pas de l’islamophobie et du racisme, en par­ti­cu­lier envers les immi­grantes et les immi­grants nou­vel­le­ment arri­vés. Et de tels phé­no­mènes sont d’autant plus pré­oc­cu­pants que, comme l’ont fait remar­quer nombre d’observateurs, on peut noter bien des res­sem­blances pos­sibles avec d’autres périodes de l’histoire, notam­ment celle des années 1930 où, en Europe, se sont déve­lop­pés des régimes auto­ri­taires de type fas­ciste de sinistre mémoire.

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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
La nation contre le nationalisme réactionnaire Réflexion sur l’articulation entre le socialisme et la question nationale à partir de Henri Lefebvre
Combattre la droite
19 septembre 2020
No. 23 - Hiver 2020

Nous assis­tons aujourd’hui à une résur­gence du popu­lisme de droite et même de l’extrême droite, assor­tie de la montée d’un natio­na­lisme exclu­sif doublé d’une rhé­to­rique anti-immi­gra­tion. La réac­tion de beau­coup de per­sonnes de gauche est alors de reje­ter tout dis­cours sur la nation comme rele­vant néces­sai­re­ment de la fer­me­ture et de la xéno­pho­bie. Pourtant, sui­vant Henri Lefebvre dans Le natio­na­lisme contre les nations[1], nous ten­te­rons ici de mon­trer qu’il est urgent de se réap­pro­prier le dis­cours sur la nation actuel­le­ment mono­po­lisé par la droite afin d’articuler, à partir des com­mu­nau­tés cultu­relles et poli­tiques ou socié­tés natio­nales concrètes, un projet contre-hégé­mo­nique socia­liste et inter­na­tio­na­liste. En effet, la gauche ne peut pas aban­don­ner à l’adversaire la ques­tion de l’autodétermination et la lan­ci­nante « ques­tion du Québec » (Marcel Rioux)[2].

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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
Le fascisme, ce spectre qui hante l’Europe
Enjeux nationaux et internationaux
18 septembre 2020
No. 23 - Hiver 2020

Un spectre hante l’Europe de ce début de XXIe siècle, le spectre du fas­cisme. Si l’on a sou­haité ici détour­ner la méta­phore spec­trale chère à Marx et Engels, ce n’est pas sim­ple­ment afin de sou­li­gner par contraste la fai­blesse de ce qui leur sem­blait hanter l’Europe du XIXe siècle, à savoir le com­mu­nisme ; c’est qu’elle est par­fai­te­ment ajus­tée, au sens où le fas­cisme est bien un reve­nant, fai­sant retour dans le monde des vivants après ce qui avait pu être naï­ve­ment consi­déré comme sa mort cli­nique en 1945, à la suite de la défaite mili­taire de l’Allemagne nazie[1].

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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
Sens commun et crise de sens politique au Brésil de Bolsonaro
Enjeux nationaux et internationaux
17 septembre 2020
No. 23 - Hiver 2020

Régressions sociales

La régres­sion sociale, poli­tique et éco­no­mique que subit le Brésil, non seule­ment depuis l’élection du pré­sident néo­fas­ciste Bolsonaro, mais depuis le coup d’État de 2016 contre Dilma Rouseff s’avère sans pré­cé­dent dans l’histoire post­dic­ta­to­riale du pays. Une des mesures phares du gou­ver­ne­ment inté­ri­maire de Michel Temer (mai 2016-décembre 2018) a été de faire approu­ver un amen­de­ment consti­tu­tion­nel qui lui a permis de geler les dépenses du gou­ver­ne­ment dans les ser­vices publics, en termes réels, pour les vingt pro­chaines années. C’est éga­le­ment sous Temer que le projet de loi sur la réforme des retraites a été amorcé, réforme qui, en gros, répond aux exi­gences du capi­tal finan­cier par une attaque aux droits des tra­vailleurs et des tra­vailleuses et qui les oblige à tra­vailler plus long­temps pour une retraite beau­coup moins impor­tante. Deux ans après la réforme du Code du tra­vail de Temer, qui a lar­ge­ment flexi­bi­lisé le marché du tra­vail et coupé les avan­tages sociaux sous pré­texte de créa­tion d’emplois, on ne constate aucun effet sur le marché du tra­vail. C’est aussi Temer qui a entamé un plan ambi­tieux de pri­va­ti­sa­tion des prin­ci­pales entre­prises éta­tiques du pays, incluant le Pré-Sal (réserve de pétrole en haute mer), l’Eletrobras (éner­gie), le Lotex (jeux de hasard), la Casa da Moeda (fabri­ca­tion de la mon­naie), les aéro­ports, les ports, les ser­vices de poste, etc. On a compté au total 238 pro­jets de pri­va­ti­sa­tion. Enfin, Temer a éga­le­ment tenté d’ouvrir les vannes ama­zo­niennes aux com­pa­gnies minières. Bien que son plan n’ait pas tout à fait fonc­tionné, la voie était ouverte à Bolsonaro qui, lui, connaît un grand succès dans le dos­sier, comme en témoignent les feux de forêt en Amazonie à la fin de l’été. La cerise sur le « gâteau » du gou­ver­ne­ment Temer a été l’approbation d’un amen­de­ment consti­tu­tion­nel, le PEC 181, inter­di­sant l’avortement dans les trois seuls cas où il était encore auto­risé au Brésil : viol, gros­sesse à risque pour la mère et anen­cé­pha­lie fœtale.

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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
Nationalisme religieux, violences intercommunautaires et politique identitaire : une analyse du populisme indien
Enjeux nationaux et internationaux
16 septembre 2020
No. 23 - Hiver 2020

Plusieurs études se sont pen­chées, depuis 2016, sur la montée des popu­lismes de droite en Amérique du Nord et en Europe, à la suite, entre autres, de la vic­toire élec­to­rale de Donald Trump et du vote en faveur du Brexit au Royaume-Uni. Les atteintes aux droits indi­vi­duels et col­lec­tifs qui accom­pagnent ce phé­no­mène poli­tique, ainsi que les consé­quences poten­tielles de l’importance des partis et mou­ve­ments popu­listes de droite sur la vita­lité démo­cra­tique des socié­tés capi­ta­listes avan­cées, doivent être ana­ly­sées et débat­tues. Nous esti­mons tou­te­fois qu’une plus grande atten­tion doit être portée à l’étude des popu­lismes de droite qui gagnent pré­sen­te­ment en force dans les démo­cra­ties du « Sud global », afin d’aiguiser notre regard sur cette vague auto­ri­taire, ses condi­tions d’émergence et ses effets à court et à long terme.

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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
L’Italie à l’ère du populisme : entre souverainisme et antipolitique Le cas de la Ligue et du Mouvement 5 Étoiles
Enjeux nationaux et internationaux
15 septembre 2020
No. 23 - Hiver 2020

Introduction

« Il y a tous les préa­lables pour une belle année 2019 et pour les années à venir », annon­çait triom­pha­le­ment dans une entre­vue Giuseppe Conte, pré­sident du Conseil du pre­mier gou­ver­ne­ment ouver­te­ment popu­liste de l’histoire de la République ita­lienne. Depuis juin 2018, l’Italie est diri­gée par une coa­li­tion formée par les deux forces poli­tiques qui, lors des der­nières élec­tions gou­ver­ne­men­tales, se sont pré­sen­tées à l’électorat de manière ouver­te­ment et fiè­re­ment popu­liste : le Mouvement des 5 étoiles (M5S[1]) et la Ligue. En fait, l’Italie n’est pas restée à l’abri de la vague popu­liste et sou­ve­rai­niste qui a tra­versé l’Europe à la suite de la grande réces­sion qui a débuté en 2008. À l’instar de nom­breux autres pays de l’Union euro­péenne (Pologne, Hongrie, France, Grèce, pour ne donner que quelques exemples), des forces popu­listes, sou­ve­raines et natio­na­listes, ont fait leur chemin en Italie, se nour­ris­sant du mécon­ten­te­ment de la classe moyenne et de la colère de l’ancien et du nou­veau pro­lé­ta­riat urbain dure­ment frappé par une série de fac­teurs (contrac­tion de la sécu­rité sociale, pré­ca­rité et chô­mage, crise des grands partis et absence de réponses de la classe poli­tique à leurs pro­blèmes) liés notam­ment à la crise éco­no­mique et aux mesures d’austérité impo­sées par l’Union euro­péenne.

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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
Les sources de la montée de l’extrême droite en ligne
Enjeux nationaux et internationaux
14 septembre 2020
No. 23 - Hiver 2020

La pré­sence de l’extrême droite en ligne semble de plus en plus impor­tante. Si on peut se sur­prendre de l’efficacité de la dif­fu­sion contem­po­raine des idées de l’extrême droite sur Internet, cette dif­fu­sion relève pour­tant de stra­té­gies de pro­pa­gande qui ont été mises en place gra­duel­le­ment au fil des pro­grès tech­no­lo­giques. De plus, la « culture Internet » semble avoir contri­bué signi­fi­ca­ti­ve­ment à accroître la visi­bi­lité de l’extrême droite en ligne. Cette culture, à la fois mode­lée par les uto­pies futu­ristes d’un cybe­res­pace liber­taire et par une sous-culture éli­tiste du trol­ling[1], s’est avérée un ter­reau fer­tile pour la droite radi­cale. Son influence est restée sous le radar média­tique jusqu’à ce que la vic­toire de Trump mette à l’avant-plan l’« alt-right[2] » qui doit l’essentiel de son influence à la dyna­mique d’Internet et des médias sociaux et à laquelle on attri­bue par­fois la vic­toire élec­to­rale de Trump.

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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
Comment les néolibéraux ont gagné la bataille des idées… mais l’histoire n’a pas dit son dernier mot
Enjeux nationaux et internationaux
13 septembre 2020
No. 23 - Hiver 2020

Les mots sont la cui­rasse du pou­voir établi.

Marcuse

Le capi­ta­lisme a besoin d’une solide cui­rasse de mots et d’idées pour se rendre accep­table aux yeux de ceux qui en pâtissent… comme aussi à la conscience de ceux qui en pro­fitent. Cette cui­rasse consiste en un cadre de pensée doté d’une logique interne qui a réponse à tout et qui appa­raît comme rele­vant du bon sens. Le libé­ra­lisme est le nom de cette idéo­lo­gie qui décrit, explique et jus­ti­fie le sys­tème capi­ta­liste. Une idéo­lo­gie très astu­cieuse, car elle joue sur l’idée de liberté, la plus grande des aspi­ra­tions humaines.

Depuis son émer­gence au milieu du XVIIIe siècle, le libé­ra­lisme n’a cessé d’être contesté, mais il a sur­vécu à toutes les batailles, pour s’imposer sur toute la pla­nète, à la fin du XXe siècle, sous sa forme la plus extrême, le néo­li­bé­ra­lisme.

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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
L’influence politique de la droite chrétienne aux États-Unis et au Canada
Enjeux nationaux et internationaux
12 septembre 2020
No. 23 - Hiver 2020

L’impact de la droite chré­tienne s’est récem­ment fait res­sen­tir lors des élec­tions amé­ri­caines en 2016. En effet, le pré­sident Trump a reçu 81 % de ses appuis de la part d’évangéliques « blancs » se disant « nés de nou­veau » (born again), ce qui consti­tue 61 % des 62 mil­lions d’évangéliques aux États-Unis, soit la moitié des per­sonnes qui ont voté lors des der­nières élec­tions pré­si­den­tielles. À deux ans des pro­chaines élec­tions, Trump obte­nait encore ses plus grands appuis de la part de per­sonnes reli­gieuses blanches, soit 69 % des évan­gé­liques, 48 % des per­sonnes des grandes tra­di­tions pro­tes­tantes et 44 % des catho­liques, com­pa­ra­ti­ve­ment à un faible pour­cen­tage de pro­tes­tants noirs (12 %) et de catho­liques non blancs (26 %), selon la firme de son­dage Pew Research[1]. Dès lors, plu­sieurs joueurs poli­tiques asso­ciés à cette droite chré­tienne ont réussi à influen­cer les déci­sions de la Maison-Blanche. Que ce soit l’appui indé­fec­tible à l’État moderne d’Israël par le trans­fert de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, la ges­tion de l’immigration à la fron­tière du Mexique et des États-Unis, la dis­cri­mi­na­tion à l’encontre les droits des per­sonnes LGBTQ ou la bataille anti­avor­te­ment qui fait main­te­nant rage dans plu­sieurs États, on retrouve la droite chré­tienne comme archi­tecte de ces poli­tiques et prises de posi­tion. Le poids poli­tique de cette coa­li­tion reli­gieuse s’est aussi mani­festé au Brésil avec l’élection de Jair Bolsonaro, que cer­tains nomment « le messie ». Les son­dages indiquent que 70 % des quelque 56 mil­lions d’évangéliques du Brésil ont voté pour le nou­veau pré­sident[2].

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LA DROITE : QUELLES DROITES ?
La société américaine hantée par le fascisme culturel, religieux et « doux »
Enjeux nationaux et internationaux

État de la situa­tion

L’arrivée au pou­voir de Donald Trump est, pour les États-Unis et pour l’ensemble des socié­tés capi­ta­listes avan­cées, symp­to­ma­tique de la crise et de la fai­blesse de la gou­ver­nance au sein de la classe capi­ta­liste. Cette der­nière ne peut plus répondre aux reven­di­ca­tions des tra­vailleurs et des tra­vailleuses rela­tives aux condi­tions de vie, à l’environnement, à la mili­ta­ri­sa­tion de notre pla­nète et au dépé­ris­se­ment de la démo­cra­tie libé­rale. La colère des classes popu­laires est inti­me­ment liée à la peur d’un avenir incer­tain. Aux États-Unis, cela s’est tra­duit par un res­sen­ti­ment pro­fond envers les élites poli­tiques et une méfiance à l’endroit des ins­ti­tu­tions. Si la Bourse de New York semble en pleine santé, c’est sur­tout au béné­fice de la classe capi­ta­liste et de ses valets au sein de la classe poli­tique. Les faits parlent d’eux-mêmes : baisses d’impôts pour les riches, avan­tages tari­faires pour les com­pa­gnies et socié­tés état­su­niennes et, qui plus est, une Maison-Blanche aux mains des ténors de Wall Street.

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