Thème

No. 8 – Automne 2012

 
Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Accumulation par expropriation et résistances paysannes : quand les luttes agraires se transportent à l’OMC
Perspectives
mardi 10 mars 2020
No. 8 - Automne 2012

Dans le cadre d’une pré­sen­ta­tion de sa théo­rie de l’impérialisme, le géo- graphe che­vronné, David Harvey, attire l’attention sur la cen­tra­lité des stra­té­gies d’accumulation par expro­pria­tion comme vec­teur des dyna­miques impé­ria­listes dans l’économie poli­tique inter­na­tio­nale contem­po­raine[1]. S’inspirant en partie de la théo­rie de l’impérialisme de Rosa Luxemburg, Harvey sou­ligne l’importance d’un ensemble de pro­ces­sus d’accumulation où les méca­nismes sociaux de l’expropriation des hommes et des femmes relèvent autant d’une dyna­mique d’exploitation que d’expropriation[2]. La grande force du tra­vail du géo­graphe est sa capa­cité de déve­lop­per un argu­ment qui effec­tue un mou­ve­ment d’aller-retour entre l’abstrait et le concret, le nor­ma­tif et l’empirique, et cela sans perdre de vue ce que les pro­ces­sus ana­ly­sés impliquent pour ceux et celles qui les vivent au jour le jour, notam­ment en lut­tant afin de don- ner une dignité à leur tra­vail. Nous illus­tre­rons cette dimen­sion de la théo­rie de Harvey en mon­trant com­ment sa théo­rie de l’impérialisme permet d’éclairer des luttes contem­po­raines menées par des com­mu­nau­tés pay­sannes dont la capa­cité de conser­ver une cer­taine auto­no­mie dans l’organisation de leur tra­vail se joue aujourd’hui en partie à l’OMC.

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Mobilisation contre les SLAPP A-t-on débâillonné les luttes ?
Bilan des luttes
dimanche 8 mars 2020
No. 8 - Automne 2012

Le 3 juin 2009, l’Assemblée natio­nale du Québec adop­tait à l’unanimité la Loi modi­fiant le Code de pro­cé­dure civile pour pré­ve­nir l’utilisation abu­sive des tri­bu­naux et favo­ri­ser le res­pect de la liberté d’expression et la par­ti­cipa- tion des citoyens aux débats publics[1]. Cette adop­tion est sur­ve­nue après trois ans de mobi­li­sa­tion contre les pour­suites-bâillons ou, selon l’expression amé­ri­caine, les Strategic Lawsuits Against Public Participation (SLAPP)[2]. Les pour­suites- bâillons sont des pour­suites stra­té­giques inten­tées par des entre­prises ou des ins­ti­tu­tions contre des groupes de pres­sion ou des indi­vi­dus qui dénoncent publi­que­ment leurs acti­vi­tés ou qui inter­viennent dans le débat public. Ces pour­suites sont entre­prises non pas dans le but pre­mier de gagner en cour, mais plutôt de réduire l’adversaire au silence, de l’épuiser finan­ciè­re­ment et psy­cho­lo­gique- ment en l’impliquant dans des pro­cé­dures juri­diques longues et coû­teuses et de décou­ra­ger d’autres per­sonnes à s’engager dans le débat public. Il s’agit d’inti- mida­tion judi­ciaire pour forcer les groupes et les mili­tantes à limi­ter leurs acti­vi­tés poli­tiques et à se cen­su­rer. Comme l’écrit un auteur, cela entraîne un pro­ces­sus de « pri­va­ti­sa­tion judi­ciaire des débats publics[3] ».

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Division, indignation et fondation : le phénomène Occupons et la « décence ordinaire »
Bilan des luttes
vendredi 6 mars 2020
No. 8 - Automne 2012

Voilà le monde qui vous attend si vous vous trou­vez un jour sans le sous.

Ce monde, je veux un jour l’explorer plus com­plè­te­ment. J’aimerais connaître des hommes comme Mario, Paddy ou Bill le men­diant non plus au hasard des ren­contres, mais inti­me­ment. J’aimerais com­prendre réel­le­ment ce qui se passe dans l’âme des plon­geurs,

des tri­mar­deurs et des dor­meurs de l’Embankment. Car j’ai conscience d’avoir tout au plus sou­levé un coin du voile dont se couvre la misère.

George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres, 1933

Bruce Bégout disait que « chaque ligne écrite par Orwell peut […] être lue comme une apo­lo­gie des gens ordi­naires », cher­chant à mettre en valeur « la fra­gi­lité du monde commun bafoué ». C’est en plon­geant dans la misère des« humbles et des simples[1] » qu’Orwell par­tage, de l’intérieur, l’expérience sen­sible du réel d’une majo­rité. La réflexion concerne notre propos, car dans les mots de Bégout, « ce monde [celui des « gens ordi­naires »] n’est pas sim­ple­ment à pré­ser­ver comme un ter­ri­toire menacé, mais il est aussi ce qui nous pré­serve contre la des­truc­tion de l’expérience com­mune et la “mobi­li­sa­tion géné­rale”. Ce que les formes tyran­niques du pou­voir moderne humi­lient, en effet, ce sont jus­te­ment ces valeurs ordi­naires des gens simples, à savoir ce qu’Orwell nomme la “décence ordi­naire” [common decency][2] ». Comment ces remarquent s’articulent- elles au phé­no­mène Occupons et à ses sujets, les indi­gnées ? Je sou­haite ici enta- mer une réflexion de fond sur le sens poli­tique du phé­no­mène en l’abordant sous le triple aspect de la divi­sion, de l’indignation et de la fon­da­tion.

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Le scandale de la démocratie –penser le « mouvement des indignées » avec Jacques Rancière
Bilan des luttes
mercredi 4 mars 2020
No. 8 - Automne 2012

La poli­tique, au sens fort du terme, c’est la capa­cité de n’importe qui

à s’occuper des affaires humaines.

Jacques Rancière[1]

Fin des idéo­lo­gies, des uto­pies, de l’histoire, depuis plus de 20 ans, intel­lec­tuelles, jour­na­listes et autres expertes paten­tées nous ont habi­tués aux nécro­lo­gies poli­tiques. C’en serait fini des rêves fous d’une huma­nité autre : le triomphe de la démo­cra­tie et d’une ges­tion prag­ma­tique des affaires humaines signe­raient le glas des idéaux alter­na­tifs. Le monde des arbi­trages négo­ciés entre groupes d’intérêt sous l’égide d’un État qui, enfin, n’est plus jaloux de ses pré­ro­ga­tives, voilà qui consti­tue­rait l’habitat natu­rel de l’Homo demo­cra­ti­cus.

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résistance
Les universités populaires en Europe et ici
Luttes et résistance

La réflexion sur les fina­li­tés de l’éducation dépasse lar­ge­ment les ins­ti­tu­tions post­se­con­daires. Oui, il faut défendre les uni­ver­si­tés et les cégeps. Oui, il est impor­tant de s’assurer de la plus grande acces­si­bi­lité pos­sible au savoir dis- pensé dans nos écoles. Oui, il faut que ce savoir reste libre et cri­tique. Mais il faut aussi savoir qu’à l’extérieur des murs offi­ciels, une lutte paral­lèle a lieu : celle de l’éducation popu­laire.

À tra­vers la pro­vince, on retrouve plu­sieurs ini­tia­tives qui cherchent à dif­fu­ser des connais­sances aux per­sonnes qui sont à l’extérieur des réseaux offi­ciels d’éducation. À Montréal seule­ment, on compte sept centres d’éducation popu­laire (CEP) qui offrent tant des cours de fran­ci­sa­tion, des ate­liers d’initiation à la tech­no­lo­gie que des confé­rences sur l’économie, ainsi que plu­sieurs ini­tia­tives d’éducation popu­laire autour de groupes com­mu­nau­taires[1]. Ce texte abor­dera un autre type de projet, soit les uni­ver­si­tés popu­laires d’inspiration euro­péenne que l’on trouve main­te­nant au Québec, mais aussi sous diverses formes, ailleurs en Amérique du Nord ou dans des pays « émer­gents ».

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Chili : les universités au pays du libre marché
Luttes et résistance
jeudi 27 février 2020
No. 8 - Automne 2012

Le grand prin­temps étu­diant qué­bé­cois se joint à plu­sieurs résis­tances étu­diantes dans les Amériques. Au cours de 2011, le Honduras, la Colombie, le Brésil et le Chili ont tous connu les sou­bre­sauts des mou­ve­ments étu­diants. À la dif­fé­rence d’autres pays, où l’on défend l’université publique et son héri­tage, au Chili, les étu­diantes sont à l’offensive et com­battent un sys­tème d’éducation de libre marché. Tant par sa lon­gueur (près de huit mois) que par sa radi­ca­lité (plus de 300 col­lèges et uni­ver­si­tés occu­pés), la grève étu­diante de 2011 a été, sans doute, la plus grande d’Amérique latine depuis la grève de l’Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM) en 2000. Les mani­fes­ta­tions étu­diantes se sont éten­dues à toutes les régions du pays et se sont élar­gies à de larges pans de la société, sapant du coup la popu­la­rité du gou­ver­ne­ment. Le mou­ve­ment étu­diant a récolté un appui citoyen si grand que des mani­fes­ta­tions spon­ta­nées ont déferlé dans les quar­tiers rési­den­tiels en appui à la cause étu­diante[1].

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
La Table des partenaires universitaires : une résistance au néolibéralisme dans l’enseignement supérieur
Luttes et résistance
mardi 25 février 2020
No. 8 - Automne 2012

Depuis le milieu des années 1970, des poli­tiques néo­li­bé­rales déman­tèlent le consen­sus social-démo­crate construit en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord à la suite de la Grande Dépression et de la Deuxième Guerre mon­diale. Le credo de l’École de Chicago en éco­no­mie a été imposé au Chili (Pinochet), en Grande-Bretagne (Margaret Thatcher) et aux États-Unis (Ronald Reagan). Au Canada, depuis 1984, les gou­ver­ne­ments conser­va­teurs et libé­raux ont sous­crit de plus en plus aux prin­cipes du néo­li­bé­ra­lisme, deve­nus hégé­mo­niques avec l’effondrement de l’Union sovié­tique en 1991 et le virage chi­nois vers un capi­ta­lisme d’État. La vague néo­li­bé­rale a atteint le Québec en 1995, d’abord avec Lucien Bouchard et son « défi­cit zéro », puis sous les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs de Jean Charest.

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Division et hiérarchisation du travail chez les étudiantes employées universitaires
Mutations de l'éducation supérieure
dimanche 23 février 2020
No. 8 - Automne 2012

Le syn­di­ca­lisme uni­ver­si­taire qué­bé­cois s’est trans­formé au cours des dix der­nières années avec l’arrivée de quelque 25000 étu­diantes employées, prin­ci­pa­le­ment auxi­liaires de recherche et d’enseignement, réunies au sein de l’Alliance de la fonc­tion publique du Canada (AFPC-Québec). Cette syn­di­ca­li­sa­tion est signi­fi­ca­tive à plu­sieurs égards. Il s’agit sou­vent d’une pre­mière expé­rience syn­di­cale pour la majo­rité des membres et des mili­tantes. À cet égard, les syn­di­cats de tra­vailleuses et de tra­vailleurs étu­diantes sont une remar­quable école d’apprentissage du pou­voir qu’ont les tra­vailleuses et les tra­vailleurs orga­ni­sées. C’est au sein de ces syn­di­cats que la plu­part des mili­tantes abordent pour la pre­mière fois des ques­tions comme la négo­cia­tion de conven­tions col­lec­tives, les griefs, la santé et la sécu­rité au tra­vail, etc. L’influence des syn­di­cats de tra­vailleuses et de tra­vailleurs étu­diantes est éga­le­ment impor­tante au sein même des regrou­pe­ments syn­di­caux, comme en témoigne l’adoption à l’unanimité par le congrès de la Fédération des tra­vailleurs et des tra­vailleurs du Québec (FTQ) d’une motion pour la gra­tuité sco­laire lors de son congrès de 2010. En ce sens, le chan­ge­ment d’attitude de la FTQ à l’égard du mou­ve­ment étu­diant lors de la grève étu­diante de 2012, par rap­port à celle de 2005, reflète la pré­sence et l’activisme des étu­diantes syn­di­quées dans ses ins­tances[1].

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Mutations dans l’enseignement supérieur : regards de l’intérieur[1
Mutations de l'éducation supérieure
vendredi 21 février 2020
No. 8 - Automne 2012

Lors de l’élaboration du pré­sent dos­sier sur l’éducation supé­rieure, l’idée d’une table ronde regrou­pant des pro­fes­seures des niveaux uni­ver­si­taire et col­lé­gial s’est impo­sée. En enten­dant plu­sieurs d’entre eux et elles parler avec pas­sion, mais aussi avec indi­gna­tion de l’évolution de leur pro­fes­sion, nous avons cher­ché à saisir leurs réac­tions et réflexions afin d’éclairer de leurs expé­riences concrètes notre vision des muta­tions contem­po­raines de l’enseignement post­se­con­daire.

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Éducation supérieure - Culture, marchandise et résiatance
Financement des universités et reconfiguration marchande
Mutations de l'éducation supérieure

Le finan­ce­ment des uni­ver­si­tés connaît de fortes modi­fi­ca­tions depuis les années 1980. Lorsqu’on l’analyse de près, ce phé­no­mène révèle un lien serré entre le détour­ne­ment des ins­ti­tu­tions d’enseignement de leur mis­sion tradi- tion­nelle de for­ma­tion d’esprits libres et com­plets et leur réduc­tion au rôle de sou­tien de la crois­sance éco­no­mique. Étudier l’évolution du finan­ce­ment des uni­ver­si­tés, c’est donc, sans grande sur­prise, étu­dier la direc­tion prise par ces der­nières.

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