Thème

No. 22 – Automne 2019

 
Valleyfield, mémoires et résistances
Manon Massé – Parler vrai
Notes de lecture
mardi 12 mai 2020
No. 22 - Automne 2019

Montréal, Écosociété, 2018

En lisant Parler vrai de Manon Massé, si vous êtes très reli­gieux, vous n’aimerez peut-être pas l’affirmation que « Dieu… doit être aussi, quelque part, homo­sexuel » (p. 37) ; si vous êtes un converti à l’Union sovié­tique, vous n’aimerez pas lire que « le mur de Berlin est encore solide : on a l’impression qu’il n’y a plus d’avenir » (p. 32) ; si vous êtes un phi­lo­sophe qui se méfie de l’ouverture du dis­cours reli­gieux, vous vous méfie­rez peut-être de « l’analyse cri­tique à tra­vers la foi » (p. 29).

Lire la suite...
Valleyfield, mémoires et résistances
Chantal Mouffe – For a Left Populism
Notes de lecture
dimanche 10 mai 2020
No. 22 - Automne 2019

Londres, Verso, 2018

Ce court essai, qui a reçu beau­coup d’attention en raison du rôle de mentor que Chantal Mouffe a joué auprès du mou­ve­ment Podemos, a le mérite de dis­til­ler en une cen­taine de pages les obser­va­tions d’une riche car­rière de réflexions poli­tiques dans la tra­di­tion (post)marxiste. Mouffe pro­pose une ana­lyse qui permet de situer théo­ri­que­ment ce qu’elle appelle, avec d’autres, le « moment popu­liste » actuel. Elle voit dans cette conjonc­ture his­to­rique l’occasion de mettre enfin un terme au cul-de-sac « post­po­li­tique » des gou­ver­ne­ments de centre gauche et de centre droit, qui se suc­cèdent depuis des décen­nies sans pro­po­ser de réelles solu­tions de rechange au capi­ta­lisme finan­cier. Elle réac­tua­lise ainsi des idées qu’elle a com­mencé à déve­lop­per à partir du milieu des années 1980, lorsqu’elle a publié Hégémonie et stra­té­gie socia­liste. Vers une poli­tique démo­cra­tique radi­cale (2009) avec le pen­seur argen­tin Ernesto Laclau. Constatant l’échec des partis socia­listes et sociaux-démo­crates à prendre au sérieux les mou­ve­ments anti­au­to­ri­taires issus des révoltes de Mai 68, Mouffe et Laclau y exhor­taient la gauche à se libé­rer de l’« essen­tia­lisme de classe » hérité du mar­xisme ortho­doxe afin d’inclure aussi d’autres confron­ta­tions que celles basées sur les classes sociales.

Lire la suite...
Valleyfield, mémoires et résistances
Arthur Manuel – Décoloniser le Canada
Notes de lecture
vendredi 8 mai 2020
No. 22 - Automne 2019

Montréal, Écosociété, 2018

En 1778, le capi­taine James Cook, un navi­ga­teur au ser­vice de l’Angleterre, a exploré la côte du Pacifique entre l’Oregon et l’Alaska. Sur cette base, le Royaume-Uni a pro­clamé sa sou­ve­rai­neté sur tout le bassin ver­sant d’une série de fleuves, posant les fon­de­ments de ce qui allait deve­nir la Colombie-Britannique. Ce fai­sant, les Britanniques se consi­dé­raient les conqué­rants légi­times de nom­breuses nations vivant tant sur la côte qu’à l’intérieur des terres. C’est le cas notam­ment de la nation Secwepemc, dont fait partie Arthur Manuel, auteur du remar­quable essai anti­co­lo­nial Unsettling Canada tra­duit par Écosociété. Le degré d’arrogance dans la pensée colo­niale appa­raît on ne peut plus clai­re­ment quand Manuel nous rap­pelle qu’à ce moment, aucun membre de sa nation n’avait jamais ren­con­tré un Européen et qu’ils igno­raient tout du voyage de Cook.

Lire la suite...
Valleyfield, mémoires et résistances
Bertrand Russell – Écrits sur l’éducation
Notes de lecture
mercredi 6 mai 2020
No. 22 - Automne 2019

Montréal, Écosociété, 2019

Lorsqu’on lit Normand Baillargeon, on com­prend qu’il nour­rit une cer­taine admi­ra­tion pour la vie et la pensée de Bertrand Russell (1872-1970). Pour Baillargeon, nul doute que ce der­nier « a été un des plus grands phi­lo­sophes du XXe siècle[1] ». Malgré cela, les écrits sur l’éducation de Russell res­tent mécon­nus et par­fois négli­gés, tandis que « son œuvre témoigne […] de la vaste influence des idéaux liber­taires en édu­ca­tion durant la pre­mière partie du 20e siècle[2] » et mérite lar­ge­ment d’être dif­fu­sée et revi­si­tée. Cela fai­sait un moment que Baillargeon dési­rait faire connaître à la fran­co­pho­nie la contri­bu­tion de ce pro­gres­siste, mais sur­tout de faire recon­naître « que cer­taines des com­po­santes de la pro­duc­tion de Russell sur l’éducation appar­tiennent indé­nia­ble­ment à la phi­lo­so­phie de l’éducation. » (p. 12). C’est à cette tâche que Chantal Santerre et lui se sont atte­lés en réunis­sant et en pro­po­sant « pour la pre­mière fois en langue fran­çaise » (p. 12) une ving­taine de textes signi­fi­ca­tifs de Russell, qui per­mettent un accès sans filtre à sa pensée en édu­ca­tion.

Lire la suite...
Valleyfield, mémoires et résistances
Francis Boucher-La grande déception : dialogue avec les exclus de l’indépendance
Notes de lecture
lundi 4 mai 2020
No. 22 - Automne 2019

Montréal, Somme toute, 2018

J’ai connu Francis Boucher récem­ment. Il était pré­sent, en février der­nier, lors de la sortie du livre de Christian Nadeau et al., 11 brefs essais contre le racisme ; j’ai eu alors l’occasion de lui dire com­bien j’avais appré­cié son livre La grande décep­tion.

Lire la suite...
Valleyfield, mémoires et résistances
Nick Srnicek – Capitalisme de plateforme. L’hégémonie de l’économie numérique
Notes de lecture

Montréal, Lux, 2018

Voici un livre péda­go­gique qui réper­to­rie et explique quels rôles rem­plissent les dif­fé­rents types de pla­te­formes mon­tées par Google, Apple, Facebook, Amazon (les GAFA) ou par les Netflix, Airbnb, Tesla et Uber (les NATU), tout en situant leur appa­ri­tion et, sur­tout, leur fara­mi­neux déve­lop­pe­ment, dans l’évolution du capi­ta­lisme des qua­rante der­nières années. L’ouvrage fait donc œuvre de vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fique, tant sur les phé­no­mènes récents de muta­tion des formes d’entreprises capi­ta­listes asso­ciées à l’envol de l’économie dite numé­rique, que sur quelques-uns des apports du mar­xisme en termes de grille de lec­ture. Ce petit fas­ci­cule, en outre très bien écrit, ne traite pas de thèses déjà avan­cées, par exemple sur le phé­no­mène d’accumulation par dépos­ses­sion cerné par David Harvey. Ici, l’auteur décrit plutôt les ten­ta­tives, qu’il estime vouées à l’échec, des nou­velles formes d’entreprises sup­por­tant les tech­no­lo­gies numé­riques de sus­ci­ter des pro­ces­sus d’accumulation par repro­duc­tion.

Lire la suite...
Valleyfield, mémoires et résistances
La lutte pour l’indépendance du Québec Axe stratégique d’une transition émancipatrice
Perspectives
jeudi 30 avril 2020
No. 22 - Automne 2019

Depuis le grand bas­cu­le­ment des années 1980, le redé­ploie­ment du capi­ta­lisme néo­li­bé­ral et le démem­bre­ment des pays dits socia­listes, la donne socio­po­li­tique du monde a changé du tout au tout. Elle nous inter­dit donc de reprendre à notre compte, sans les boni­fier et réac­tua­li­ser, les outils et concepts héri­tés du passé. Et cela, non seule­ment parce que les grands récits poli­tiques qui étaient autre­fois les nôtres (le com­mu­nisme, la social-démo­cra­tie ou le natio­na­lisme popu­laire) ont perdu de leur aura et leur légi­ti­mité, mais aussi parce qu’ont surgi avec une inten­sité inédite de nou­veaux mou­ve­ments sociaux poin­tant du doigt de nou­velles contra­dic­tions géné­rées par le sys­tème global. Cette période de chan­ge­ments majeurs, et par­tant d’incertitudes et de doutes, nous oblige ainsi à penser les idées d’indépendance et de tran­si­tion de manière tota­le­ment renou­ve­lée. Surtout si l’on ajoute à ces pre­mières don­nées contex­tuelles, la for­mi­dable crise de la repré­sen­ta­tion poli­tique que nous connais­sons et, plus glo­ba­le­ment, la crise géné­ra­li­sée des valeurs cultu­relles et col­lec­tives à tra­vers les­quelles avait été pensé jusqu’à pré­sent le chan­ge­ment socio­po­li­tique ou l’action révo­lu­tion­naire : celles par exemple de la sou­ve­rai­neté natio­nale, de l’État dit pro­vi­dence, de la répu­blique (plus ou moins sociale) ou encore du socia­lisme (quelles que soient ses variantes).

Lire la suite...
Valleyfield, mémoires et résistances
Classes, utopies réelles et transition : hommage à Erik Olin Wright
Perspectives
mardi 28 avril 2020
No. 22 - Automne 2019

Le socio­logue Erik Olin Wright a rédigé, au cours des quatre der­nières décen­nies, de nom­breux livres et articles carac­té­ri­sés à la fois par une grande rigueur intel­lec­tuelle et une ima­gi­na­tion remar­quable sur des ques­tions telles que les classes sociales, la démo­cra­tie et le renou­vel­le­ment du projet éman­ci­pa­teur de la gauche à l’aube du XXIe siècle. Le pré­sent article ne pré­tend pas offrir une intro­duc­tion com­plète à la pensée de Wright, mais pro­pose plus modes­te­ment une ana­lyse de quelques concepts aux­quels il a consa­cré une atten­tion par­ti­cu­lière. Nous trai­te­rons d’abord du mar­xisme socio­lo­gique, concept qu’il a déve­loppé avec son col­lègue Michael Burawoy, pour ensuite abor­der les classes sociales, les uto­pies réelles et la tran­si­tion post­ca­pi­ta­liste, trois autres concepts cen­traux dans ses tra­vaux. Nous sou­met­trons fina­le­ment une réflexion sur les dif­fé­rentes manières de pro­lon­ger le tra­vail de Wright dans les années à venir.

Lire la suite...
Valleyfield, mémoires et résistances
Un fragile « printemps » municipal en Turquie
Débat sur le municipalisme
dimanche 26 avril 2020
No. 22 - Automne 2019

Des élec­tions muni­ci­pales ont eu lieu en Turquie le 31 mars 2019. Les résul­tats ont sur­pris tout le monde, car après des années de domi­na­tion sans par­tage de la poli­tique muni­ci­pale, le parti de la Justice et du déve­lop­pe­ment (AKP en turc), parti Erdoğan, a perdu dans les grands centres métro­po­li­tains tels qu’Istanbul et Ankara, et plus encore, dans plu­sieurs autres villes de l’intérieur. L’omnipuissant pré­sident Recep Tayyip Erdoğan a alors cher­ché depuis à faire annu­ler le vote en récla­mant un recomp­tage, notam­ment à Istanbul où le Parti répu­bli­cain (CHP en turc), d’orientation laïque et social-démo­crate l’a rem­porté[2].

Lire la suite...
Valleyfield, mémoires et résistances
Les défis de Projet Montréal Entretien avec Michel Camus
Débat sur le municipalisme
vendredi 24 avril 2020
No. 22 - Automne 2019

Michel Camus[1] a été pré­sident de Projet Montréal (PM) de 2011 à 2016, au moment où Valérie Plante sor­tait de l’ombre pour triom­pher à la mairie lors des élec­tions de novembre 2017. Aujourd’hui, les 35 élu-e-s de PM au conseil muni­ci­pal (sur un total de 65)[2] se heurtent aux réa­li­tés plutôt lourdes du pou­voir, du moins, celui, assez limité, qui découle du posi­tion­ne­ment des muni­ci­pa­li­tés au Québec. Toujours mili­tant de Projet Montréal dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Michel Camus répond à nos ques­tions[3]. Comment expli­quer cette vic­toire inat­ten­due ? Qu’est-ce que Projet Montréal et la popu­laire mai­resse repré­sentent ? Où s’en va la métro­pole ?

Lire la suite...