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No. 22 – Automne 2019

 
Valleyfield, mémoires et résistances
Valleyfield 2019 : un militantisme en mutation
Valleyfield, un enjeu québécois
mercredi 8 avril 2020
No. 22 - Automne 2019

Au terme de l’enquête sur Valleyfield, il nous a semblé impor­tant de prendre un pas de côté et de réflé­chir à tout ce qui a été réuni à tra­vers l’ensemble des dis­cus­sions, enquêtes et entre­vues. Vous l’aurez lu dans les pages pré­cé­dentes, ce riche maté­riel four­nit un bon por­trait de la région, de ses luttes et résis­tances, de son état éco­no­mique et social, et de divers débats qui tra­versent les géné­ra­tions mili­tantes.

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Valleyfield, mémoires et résistances
La grande bataille du Suroît contre la centrale thermique – Entrevue avec Marc Laviolette
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lundi 6 avril 2020
No. 22 - Automne 2019

En 2001, Hydro-Québec et le gou­ver­ne­ment du Parti qué­bé­cois (PQ) annoncent un méga­pro­jet de construc­tion d’une cen­trale ther­mique au gaz à Beauharnois, la ville-sœur, si on peut dire, de Valleyfield. Le budget du projet est évalué à plus de 550 mil­lions de dol­lars. On estime qu’une fois com­plé­tée, la cen­trale pourra pro­duire plus de 850 méga­watts et qu’on pourra expor­ter l’électricité vers l’Ontario et les États-Unis. En 2003, cepen­dant, le projet reçoit une éva­lua­tion néga­tive du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) qui estime que, « malgré sa contri­bu­tion impor­tante à l’essor éco­no­mique de la région de Beauharnois et malgré les impacts réduits qu’il aura sur l’environnement, le projet aug­men­tera de façon sub­stan­tielle les émis­sions de gaz à effet de serre du Québec[2] ». Malgré cet avis néga­tif, le nou­veau gou­ver­ne­ment du Parti libé­ral remet le projet sur les rails à la fin de 2003. Rapidement, l’opposition s’organise. Une vaste coa­li­tion d’organisations envi­ron­ne­men­ta­listes, la coa­li­tion Québec-Vert-Kyoto, orga­nise une mani­fes­ta­tion en février 2004 où se retrouvent plus de 4000 per­sonnes devant le siège d’Hydro-Québec à Montréal.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Le « soviet » de Valleyfield – Succès et échecs du travail communiste en usine
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samedi 4 avril 2020
No. 22 - Automne 2019

Dans les années 1970 et au début des années 1980, le mou­ve­ment mar­xiste-léni­niste regroupe des mil­liers de sym­pa­thi­sants et sym­pa­thi­santes et consti­tue un des pôles domi­nants de la gauche qué­bé­coise. La plus impor­tante orga­ni­sa­tion du mou­ve­ment, la Ligue com­mu­niste (mar­xiste-léni­niste) du Canada, devient le Parti com­mu­niste ouvrier (PCO) en 1979. Ce parti qui se conçoit dans la tra­di­tion de la Troisième Internationale prône l’implantation en usine. Il encou­rage les mili­tants à se faire embau­cher en usine pour y faire du tra­vail syn­di­cal et poli­tique. Valleyfield est alors un des endroits où cette pré­sence com­mu­niste est la plus forte. On retrouve des mili­tants dans la plu­part des grandes usines de la ville et des envi­rons. Dans cer­tains cas, les mar­xistes-léni­nistes se font élire à des postes syn­di­caux et exercent une influence déter­mi­nante sur les luttes dans les milieux de tra­vail. Un leader du parti déclare à l’époque que « dans la région, tous les élé­ments avan­cés ont été ral­liés » et cer­tains parlent du « soviet de Valleyfield » pour décrire la vigueur de l’engagement com­mu­niste. Dans ce texte, j’analyse l’implantation dans quatre usines de la région afin de faire surgir quelques-unes des rai­sons der­rière les succès et les échecs de ces expé­riences[1].

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Valleyfield, mémoires et résistances
Valleyfield 1946
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Pour la classe ouvrière au Québec, 1946 est une année excep­tion­nelle, alors que le capi­ta­lisme nord-amé­ri­cain tente un retour à la nor­male après cinq années de guerre. La guerre froide pointe à l’horizon, les États-Unis, à peine sortis du conflit avec l’Allemagne nazie, déci­dant de confron­ter l’Union sovié­tique. En Angleterre, le pre­mier ministre conser­va­teur Winston Churchill affirme qu’un rideau de fer s’est abattu sur l’Europe la divi­sant en zones, com­mu­niste à l’est et « libre » à l’ouest, et qu’il appar­tient aux pays capi­ta­listes d’aider à « libé­rer » l’Europe. Au Canada, ce tour­nant bel­li­queux prend forme au sein du gou­ver­ne­ment. Des mili­tantes et des mili­tants de gauche et des syn­di­ca­listes sont sus­pec­tés d’être « à la solde » de l’URSS. Plusieurs sont arrê­tés à la suite d’une affaire d’« espion­nage » qui don­nera lieu à des accu­sa­tions, des empri­son­ne­ments et des vies bri­sées, même si la plu­part des per­sonnes « accu­sées » seront fina­le­ment dis­cul­pées.

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Valleyfield, mémoires et résistances
L’indépendance, toujours à l’ordre du jour, Entrevue avec Pierre LaGrenade
Les enjeux pour le mouvement populaire

Ce n’est pas d’hier que la ques­tion dite natio­nale domine la société à Valleyfield et dans la région du Suroît. Après la Conquête, le nou­veau sei­gneur de Beauharnois nommé par l’administration colo­niale, Edward Ellice, s’empare des terres et devient « une sorte de tyran régio­nal, très impo­pu­laire, fré­quem­ment dénoncé[2] ». Lors de l’insurrection répu­bli­caine de 1837-1838, les Patriotes sont très actifs dans la région. Dans les années sub­sé­quentes, les capi­ta­listes anglo-cana­diens prennent le contrôle de l’économie locale qui culmine avec l’installation de la Montreal Cotton. Les pro­fits sont énormes, les salaires misé­rables. L’intervention de l’armée colo­niale est fré­quente pour répri­mer les mou­ve­ments de grève. Des « admi­nis­tra­teurs » délé­gués par la Cotton, tous anglo­phones, sont pré­sents aux séances du conseil muni­ci­pal pour sur­veiller ce qui se passe, car, jusque dans les années 1950, Valleyfield est une véri­table « com­pany town ». Dans la ville ségré­gée, il y a les quar­tiers pour les patrons anglo­phones, ceux pour le per­son­nel tech­nique et d’encadrement (majo­ri­tai­re­ment bri­tan­niques et écos­sais) et ceux pour la masse ouvrière cana­dienne-fran­çaise à 95 %.

Durant les années 1970, une nou­velle géné­ra­tion de mou­ve­ments sociaux prend forme avec au pre­mier plan les syn­di­cats. Valleyfield devient une ville mili­tante où les syn­di­ca­listes en mènent large. En 1976, un jeune ensei­gnant, Laurent Lavigne, est élu dans le comté sous la ban­nière du Parti qué­bé­cois (PQ). La défaite du OUI au pre­mier réfé­ren­dum de 1980 fait mal. Pour plu­sieurs mili­tantes et mili­tants, la stra­té­gie « éta­piste » pensée par le ministre Claude Morin consti­tue une erreur, qui fait glis­ser le PQ dans le piège de la « gou­ver­nance pro­vin­ciale ».

En 1995, Jacques Parizeau relance le projet. Le deuxième réfé­ren­dum fait appel à une coa­li­tion large au sein de laquelle les syn­di­cats et les mou­ve­ments popu­laires trouvent leur place. Un orga­nisme visant à coa­li­ser les indé­pen­dan­tistes, les Partenaires pour la sou­ve­rai­neté, est créé pour mobi­li­ser la popu­la­tion qui vient très près de l’emporter contre l’État fédé­ral ; celui-ci s’efforce de contrer la vague sou­ve­rai­niste par tous les moyens, y com­pris par la vio­la­tion des lois élec­to­rales. Plus tard, le gou­ver­ne­ment péquiste crée le Conseil de la sou­ve­rai­neté du Québec. Quand le PQ perd les élec­tions en 2003, ce conseil devient un peu plus auto­nome, et intègre les indé­pen­dan­tistes de l’Union des forces pro­gres­sistes (UFP). En 2013, le Conseil adopte un nou­veau nom, les Organisations unies pour l’indépendance du Québec, les OUI Québec. Des col­lec­tifs (des tables régio­nales) se mettent en place un peu par­tout au Québec, y com­pris à Valleyfield, où Pierre LaGrenade, tou­jours très impli­qué dans la vie poli­tique et sociale de sa ville, devient son porte-parole.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Socialistes à Valleyfield
Les enjeux pour le mouvement populaire
dimanche 29 mars 2020
No. 22 - Automne 2019

Depuis long­temps, Valleyfield et la région du Suroît sont tra­ver­sées de luttes popu­laires, y com­pris lors de l’insurrection répu­bli­caine de 1837-1838.

Le moment syndicaliste

À la fin des années 1940, Valleyfield se démarque par les grandes luttes ouvrières, ani­mées entre autres par des mili­tants com­mu­nistes comme Madeleine Parent et Kent Rowley[1]. Leurs grandes capa­ci­tés d’organisation syn­di­cale ont laissé des traces, davan­tage cepen­dant que leurs convic­tions de gauche. La féroce répres­sion contre le Parti com­mu­niste auquel s’identifiaient ces syn­di­ca­listes explique en partie le fait que la gauche orga­ni­sée a plutôt dis­paru du pay­sage après le cycle des grandes luttes syn­di­cales. Une autre raison se retrouve dans la dis­so­lu­tion, ou pour­rait-on dire, l’autodissolution du Parti com­mu­niste, inca­pable de se recréer une iden­tité au moment où ses pra­tiques sta­li­niennes et ses théo­ries rela­ti­ve­ment far­fe­lues[2] ont pro­vo­qué un déclin dont les com­mu­nistes ne se sont jamais rele­vés. Dans les années 1950-1960, la grande majo­rité des com­mu­nistes, dans toutes les régions du Québec, ont sim­ple­ment aban­donné cette tra­di­tion.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Des enjeux urbains en mutation
Les enjeux pour le mouvement populaire

À l’été 2017, Denis Lapointe, le pre­mier magis­trat de la ville annonce qu’il ne bri­guera pas le poste de maire qu’il occupe depuis 22 ans. Il affirme que « des jeunes ont leurs idées » et qu’il est normal de leur lais­ser la place pour qu’ils pour­suivent la crois­sance de la ville de Salaberry-de-Valleyfield. En face de lui s’ébauche un nou­veau projet, le Mouvement Renouveau Valleyfield. Mais rapi­de­ment, ce mou­ve­ment s’estompe, ses trois fon­da­teurs, Miguel Lemieux, Sébastien Poiré et Guillaume Massicotte, ayant décidé de faire cam­pagne comme can­di­dats indé­pen­dants. Néanmoins, on sent un cer­tain vent de chan­ge­ment. Plus de 25 per­sonnes déposent leur for­mu­laire de can­di­da­ture, ce qui est un nombre inédit, dont six femmes (une pre­mière !). Le 4 novembre 2017, le ver­dict tombe. Le conseil de ville fait peau neuve : un nou­veau maire, Miguel Lemieux, est élu, de même que cinq nou­veaux membres, deux femmes et trois élus de moins de 35 ans. Les élec­trices et les élec­teurs n’ont pour­tant montré la porte à aucun can­di­dat sor­tant. Le mot chan­ge­ment est sur toutes les lèvres : en réa­lité, il s’agit d’une muta­tion plutôt que d’une trans­for­ma­tion.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Un mouvement féministe fort et engagé
Les enjeux pour le mouvement populaire

Le mou­ve­ment des femmes s’est orga­nisé et struc­turé à Valleyfield dans les années 1970, une époque de grande effer­ves­cence. Plusieurs groupes de femmes se sont formés dans la région et des comi­tés de condi­tion fémi­nine dans les syn­di­cats. En ras­sem­blant les femmes, en fai­sant de l’éducation popu­laire, en déve­lop­pant des res­sources, ces groupes ont joué un rôle majeur dans l’organisation de la lutte pour faire pro­gres­ser l’égalité entre les hommes et les femmes.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Le mouvement étudiant et « l’école de Valleyfield »
Les enjeux pour le mouvement populaire

Historiquement recon­nue comme un des mou­ve­ments de masse les plus impor­tants du Québec[1], la mobi­li­sa­tion citoyenne du prin­temps 2012, qui s’est ter­mi­née par la défaite élec­to­rale du gou­ver­ne­ment libé­ral de Jean Charest, a com­mencé avec la grève du mou­ve­ment étu­diant et elle fut sou­te­nue par dif­fé­rentes autres actions col­lec­tives. La soli­da­rité étu­diante a su conver­tir des reven­di­ca­tions étu­diantes en enjeux socio­po­li­tiques élar­gis, ce qui consti­tue sa plus grande réa­li­sa­tion. Elle est notam­ment inter­ve­nue dans la lutte contre les poli­tiques d’austérité et la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale, afin de fédé­rer d’autres orga­ni­sa­tions de la société civile et inter­pel­ler un nombre impor­tant de citoyennes et de citoyens sur ces enjeux[2].

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Valleyfield, mémoires et résistances
Mouvement communautaire et enjeux de la pauvreté à Salaberry-de-Valleyfield
Les enjeux pour le mouvement populaire

Le mou­ve­ment com­mu­nau­taire peut-il endi­guer la pau­vreté ? La réponse à cette ques­tion est sans équi­voque : non. Les orga­nismes com­mu­nau­taires consti­tuent une réponse par­tielle de soli­da­rité à un pro­blème d’ordre struc­tu­rel lié à un sys­tème éco­no­mique qui génère et main­tient une partie impor­tante des citoyennes et des citoyens en situa­tion de pau­vreté, un sys­tème qui crée de la richesse, mais dont les méca­nismes de redis­tri­bu­tion de cette richesse demeurent inéqui­tables. Ce qui ne veut pas dire pour autant que tous les efforts déployés pour venir en aide aux plus démuni-e-s et atté­nuer leurs dif­fi­cul­tés n’ont pas leur raison d’être. Au contraire, les orga­nismes com­mu­nau­taires assurent la survie d’un nombre crois­sant de per­sonnes vivant de façon pré­caire.

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