Thème

No. 20 – Automne 2018

Yuval Noah Harari, Homo deus. Une brève histoire de l’avenir, Paris, Albin Michel, 2017
lundi 14 octobre 2019
No. 20 – Automne 2018

Le pro­fes­seur d’histoire israé­lien Yuval Noah Harari nous pré­sente une syn­thèse de l’histoire de l’humanité dans son œuvre inti­tu­lée Sapiens[1] et, du même souffle, il écrit son his­toire de l’homme devenu dieu. Homo deus pro­pose une série d’hypothèses sur ce que nous réserve l’avenir mais cet exposé, même s’il risque de plaire aux sur­vi­va­listes, néglige la réa­lité qui nous concerne direc­te­ment. Entre notre sortie de la pré­his­toire et notre pos­sible plon­geon dans un uni­vers tota­le­ment post-apo­ca­lyp­tique, il y a un monde qui cor­res­pond à l’humanité en chair et en os, absent de l’analyse d’Harari . La quête d’une société humaine, par-delà l’ordre actuel et inhu­main du monde, ne fait pas partie de son projet. Illustrons ce qui fait défaut ici, notam­ment en ce qui concerne Marx.

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Notes de lecture
Jean Lamarre, Le mouvement étudiant québécois des années 1960 et ses relations avec le mouvement international, Québec, Éd. du Septentrion, 2017
dimanche 13 octobre 2019
No. 20 – Automne 2018

Depuis au moins une ving­taine d’années, un cou­rant his­to­rio­gra­phique impor­tant s’intéresse aux années 1960 dans une pers­pec­tive trans­na­tio­nale. Des cher­cheur-e-s ont sou­li­gné que les mobi­li­sa­tions poli­tiques de la période ont eu des causes sem­blables et que les mili­tantes et les mili­tants ont par­tagé un réper­toire commun de pra­tiques et de réfé­rences cultu­relles. Après un tour d’horizon de cette lit­té­ra­ture, Jean Lamarre note avec jus­tesse que celle-ci reste sou­vent vague quant aux réseaux et contacts qui ont permis aux dif­fé­rents mou­ve­ments sociaux natio­naux de s’influencer mutuel­le­ment. Pour tenter de saisir de manière sys­té­ma­tique ces influences au sein du mou­ve­ment étu­diant, l’auteur se penche sur les rela­tions bila­té­rales que l’Union géné­rale des étu­diants qué­bé­cois (UGEQ) – prin­ci­pale orga­ni­sa­tion étu­diante qué­bé­coise, de sa fon­da­tion en 1963 jusqu’à sa dis­so­lu­tion en 1969 – a entre­te­nues avec d’autres orga­ni­sa­tions natio­nales, soit celles du Canada, des États-Unis et de la France.

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Notes de lecture
Normand Baillargeon, Anarchisme et éducation. Anthologie. Tome I – 1793-1918, Saint-Joseph-du-Lac, M Éditeur, 2016
samedi 12 octobre 2019
No. 20 – Automne 2018

L’école est un objet à la fois pri­vi­lé­gié et convoité de la lutte des classes. À la fin du XIXe siècle et au moment de l’instauration des démo­cra­ties occi­den­tales, la fonc­tion sociale de l’éducation se trouve au cœur des aspi­ra­tions, tant moder­ni­sa­trices que révo­lu­tion­naires, des écoles de pensée qui s’organisent de part et d’autre de la struc­ture sociale. Ainsi, la bour­geoi­sie voit géné­ra­le­ment dans un sys­tème d’éducation admi­nis­tré par l’État le moyen d’arracher à l’aristocratie et à l’Église leur main­mise idéo­lo­gique sur le peuple et d’inculquer aux masses popu­laires les rudi­ments savam­ment choi­sis de la connais­sance tech­nique et de la mora­lité néces­saires à l’essor indus­triel et à l’ordre social émergent. À l’autre bout du spectre, com­mu­nistes et anar­chistes prennent le parti d’une édu­ca­tion éman­ci­pa­trice, source d’égalité sociale et moyen d’abolir les rap­ports conflic­tuels de classes. Ils se dis­putent néan­moins sur le rôle et l’initiative d’une auto­rité cen­trale et sur la sur­veillance à exer­cer sur toute entre­prise d’éducation des masses.

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Notes de lecture
Pierre Dardot et Christian Laval, L’ombre d’Octobre. La Révolution russe et le spectre des soviets, Montréal, Lux, 2017
vendredi 12 avril 2019
No. 20 – Automne 2018

Dans leur der­nier ouvrage, Dardot et Laval nous convient à dis­si­per l’ombre que fut la révo­lu­tion russe ainsi que l’ombre qu’elle a pro­duite depuis. Pour les auteurs, l’expérience d’Octobre et ses suites his­to­riques à gauche (notam­ment par l’intermédiaire des partis com­mu­nistes) ont conduit à occul­ter d’autres révo­lu­tions, comme la révo­lu­tion mexi­caine de 1910 et la révo­lu­tion espa­gnole de 1936, et ont conduit à limi­ter les manières de penser les com­mu­nismes. À cause de l’ombre de 1917, autant la sphère des idées et du débat poli­tique que celle des pra­tiques poli­tiques se sont res­treintes à cer­taines pos­si­bi­li­tés et cer­taines direc­tions qui ne sont, en fin de compte, que des hori­zons dépas­sables.

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Perspectives
Réalité et dérives de l’extrême droite au Québec Entrevue avec David Morin
mercredi 10 avril 2019
No. 20 – Automne 2018

S.C. – Commençons par défi­nir ce qu’est l’extrême droite. Dans son ouvrage Pourquoi les pauvres votent-ils à droite ?[2], Thomas Franck fai­sait la radio­gra­phie de cette frange de l’électorat séduite par le popu­lisme de droite. En quoi la montée des popu­lismes atteste-t-elle tou­jours de ce phé­no­mène ?

D. M. – Il faut ici éviter un double piège : celui de mettre tout le monde dans le même sac, les caté­go­ries fourre-tout étant rare­ment pro­pices à des ana­lyses éclai­rées et celui de repro­duire sans les ques­tion­ner les nou­velles caté­go­ries (droite alter­na­tive, ultra-droite, droite radi­cale, etc.) le plus sou­vent créées par les groupes eux-mêmes, passés maîtres dans l’art des euphé­mismes et du double dis­cours pour éviter l’anathème, sous cou­vert de propos poli­ti­que­ment plus cor­rects. Il fau­drait plutôt parler des extrêmes droites au plu­riel, car ce terme recouvre des réa­li­tés his­to­riques et des mou­ve­ments assez variés et dis­pa­rates. Ainsi, l’extrême droite « clas­sique », ouver­te­ment raciste, hai­neuse et par­fois vio­lente, semble de manière géné­rale moins attrac­tive – encore que ce ne soit pas vrai par­tout si l’on regarde les États-Unis, la Grèce ou la Hongrie – par rap­port à la montée de mou­ve­ments natio­naux popu­listes ou néo­po­pu­listes, aux dis­cours xéno­phobes plus poli­cés, qui tentent de s’insérer dans le jeu démo­cra­tique, comme en Europe ou à Washington. Ces extrêmes droites prennent les visages de leur époque et s’adaptent aux contextes inter­na­tio­naux et natio­naux dans les­quels elles puisent leurs argu­ments. La plu­part de ces groupes par­tagent néan­moins des valeurs et des cri­tères idéo­lo­giques com­muns, tels que la réi­fi­ca­tion d’une com­mu­nauté (natio­nale, eth­nique, etc.) et d’une iden­tité à pro­té­ger, une cer­taine xéno­pho­bie, la pro­mo­tion d’un ordre moral, etc. Au bout du compte, l’utilisation de la caté­go­rie d’analyse « extrêmes droites » me semble per­ti­nente, mais avec des nuances qui s’imposent eu égard notam­ment à la place qu’elles accordent ou non à la vio­lence dans leur dis­cours et dans leurs actes.

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Perspectives
La mondialisation d’hier à aujourd’hui[1]
lundi 8 avril 2019
No. 20 – Automne 2018

À la fin des années 1980, le socio­logue bré­si­lien Ruy Mauro Marini[2] notait que le capi­tal était en train de s’internationaliser afin d’augmenter la plus-value extraite des tra­vailleurs et des tra­vailleuses, grâce à plu­sieurs trans­for­ma­tions dans le trans­port, les nou­velles tech­no­lo­gies et la concen­tra­tion des entre­prises. Avant tout le monde, Marini a com­pris que cette opé­ra­tion à l’échelle mon­diale était une ten­dance struc­tu­relle, et non seule­ment cyclique, de l’accumulation. Aujourd’hui, cette ana­lyse est vali­dée.

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Perspectives
Pour relancer les perspectives anti-impérialistes
vendredi 5 avril 2019
No. 20 – Automne 2018

Depuis 2016, la situa­tion mon­diale évolue sous l’impact du lea­der­ship de Donald Trump. Parmi les effets saillants :

L’assaut pra­tique et expli­cite contre ce qui reste de mul­ti­la­té­ra­lisme (l’ONU);

Les efforts pour « restruc­tu­rer » les règles régis­sant le com­merce et les inves­tis­se­ments (dont les accords de libre-échange). La ten­dance est davan­tage sur les moda­li­tés que sur les fina­li­tés, de façon à trans­fé­rer des coûts et des res­pon­sa­bi­li­tés aux alliés-subal­ternes et aux pays dits « émer­gents » ;

Le dis­cours bel­li­queux contre l’Iran et la Corée du Nord, mais aussi contre la Chine et la Russie, pays consi­dé­rés comme des « adver­saires », ce qui débouche sur des aug­men­ta­tions sub­stan­tielles des bud­gets mili­taires, y com­pris dans le domaine nucléaire ;

Des trans­for­ma­tions aux États-Unis, telles d’immenses coupes dans les fonc­tions sociales de l’État cou­plées à des baisses sub­stan­tielles d’impôts, mise en place d’un dis­po­si­tif encore plus répres­sif contre les immi­grantes, les immi­grants, les réfu­giés-e-s, les syn­di­cats et les groupes envi­ron­ne­men­ta­listes, aggra­va­tion du dis­cours raciste, etc.

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Perspectives
Repenser l’État et l’impérialisme[1]
mercredi 3 avril 2019
No. 20 – Automne 2018

La bataille du riz

Gilles Aillaud, La bataille du riz, 1968

Pour dépas­ser les limites et les contra­dic­tions des concepts pro­po­sés au début du ving­tième siècle par les mar­xistes « clas­siques » (tels Hilferding, Luxemburg, Lénine et tant d’autres), il faut, comme le sug­gèrent Sam Gindin et Leo Panitch, éla­bo­rer une nou­velle ana­lyse de l’impérialisme à partir d’une théo­rie de l’État[2]. L’État n’est pas une « chose », ni un simple « sous-pro­duit » du capi­ta­lisme, mais un ensemble d’institutions contra­dic­toires, elles-mêmes pro­duites et tra­ver­sées par des luttes achar­nées entre classes, bref un rap­port social. De la même manière, l’impérialisme doit être com­pris comme un rap­port de domi­na­tion entre États plutôt que comme un simple syno­nyme de l’expansion capi­ta­liste.

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Les groupes populaires face à l’État
Les enjeux de l’économie sociale en Argentine[1]
Résistances
lundi 1 avril 2019
No. 20 – Automne 2018

On dit sou­vent que les entre­prises ne cor­res­pon­dant pas aux modèles clas­siques de l’économie capi­ta­liste sont peu pro­duc­tives et ne per­durent pas. Néanmoins, tout n’est pas tou­jours aussi tran­ché. En Argentine, depuis l’implosion éco­no­mique qui a mis à pied des cen­taines de mil­liers de tra­vailleuses et de tra­vailleurs, les pro­jets de créa­tion d’emplois menés par des entre­prises à but non lucra­tif se sont mul­ti­pliés. Dans cer­tains cas, ces pro­jets ont été ins­tru­men­ta­li­sés par le gou­ver­ne­ment. Dans d’autres cepen­dant, ils se sont ins­crits dans une pers­pec­tive de trans­for­ma­tion sociale dès les années 1990. Il importe donc de mieux com­prendre ces dif­fé­rentes mani­fes­ta­tions de « l’économie sociale ».

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Bilan des luttes
La campagne 5-10-15 : un chapitre de plus à une longue lutte pour un salaire minimum décent

Un peu d’histoire

L’année 2015 mar­quait le 90e anni­ver­saire de l’entrée en vigueur de la pre­mière loi fixant un niveau de salaire mini­mum au Québec, la Loi sur le salaire mini­mum des femmes. L’objectif de cette loi était de pro­té­ger les femmes et les enfants de l’exploitation et de frei­ner un nivel­le­ment à la baisse des salaires. Cette loi consti­tue un des pre­miers filets de sécu­rité dont le Québec s’est doté.

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