Thème

No. 19 – Hiver 2018

 
Perspectives
Les défis du féminisme autochtone Entretien avec Widia Larivière
samedi 14 septembre 2019
No. 19 - Hiver 2018

Je suis la lune la terre la mer

ma mémoire

mes entrailles mon sang

un trem­ble­ment ter­ri­toire

un gron­de­ment d’ancêtres

le cœur les matrices vidées

Je heurte

un tam­bour immense

assé­ché.

Natasha Kanapé Fontaine[2]

Melissa Mollen-Dupuis, d’origine innue, et Widia Larivière, d’origine algon­quine, ont coor­ga­nisé la pre­mière marche Idle No More au Québec à laquelle ont par­ti­cipé 400 per­sonnes autoch­tones et non autoch­tones en décembre 2012 à Montréal. Dans le sillage d’Ellen Gabriel et de Viviane Michel, les deux jeunes femmes sont deve­nues la figure visible d’un fémi­nisme autoch­tone incon­tour­nable. Selon Widia : « Le fémi­nisme a été asso­cié au monde occi­den­tal compte tenu du colo­nia­lisme. Mais c’est devenu indis­pen­sable aujourd’hui d’avoir une pers­pec­tive fémi­niste sur les ques­tions autoch­tones. Le racisme et le sexisme prennent des formes de vio­lence par­ti­cu­lière envers les femmes autoch­tones. La sur­ex­ploi­ta­tion des terres ances­trales sans le consen­te­ment des peuples autoch­tones est une nou­velle forme de colo­nia­lisme qui empire les condi­tions d’existence des femmes. On a qu’à regar­der ce qui se passe à Fort McMurray, par exemple. L’exploitation des sables bitu­mi­neux pro­voque une aug­men­ta­tion des prix du loyer, la mar­gi­na­li­sa­tion des plus dému­nis, l’itinérance, la traite à des fins d’exploitation sexuelle, des pro­blèmes mul­ti­di­men­sion­nels qui menacent les femmes autoch­tones. »

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Parcours militant
Entrevue avec Alain Proulx, militant syndical à l’Alcan d’Arvida
Entrevu
vendredi 13 septembre 2019
No. 19 - Hiver 2018

NCS – Alain, je te ren­contre pour que tu me racontes ton par­cours mili­tant afin de nous aider à réflé­chir sur notre enga­ge­ment. Est-ce que tu te consi­dères comme un mili­tant et penses-tu que tu as eu un par­cours mili­tant ?

A.P. – Oui, pas mal, par­fois un peu trop, j’ai de la misère avec la mesure… Même à la retraite, je suis encore très actif. C’est pas facile de se calmer, car l’époque nous rentre dans le corps, on a l’impression que tout ce qu’on avait acquis, qu’on croyait être des acquis res­te­rait. Eh bien non, on recule à plein de niveaux, pas juste sur le plan syn­di­cal. Moi, ça m’affecte beau­coup.

NCS – Comment es-tu devenu mili­tant ?

A.P. – Chez nous, on était huit enfants et mon père a été impli­qué syn­di­ca­le­ment une bonne partie de sa vie : il était élec­tri­cien de l’Alcan à l’usine d’Arvida et était délé­gué syn­di­cal, puis res­pon­sable de l’éducation au Conseil cen­tral de la CSN (Confédération des syn­di­cats natio­naux) pen­dant des années, mais pas libéré à plein temps. D’ailleurs, mon père connais­sait ton père, qui est venu lors de la grève de 1957 ; mais je pense que c’est autour des élec­tions fédé­rales de 1958 dans Lapointe (Jonquière), où Michel [Chartrand] s’est pré­senté pour le CCF (Co-ope­ra­tive Commonwealth Federation), qu’il l’a ren­con­tré. Mon père m’amenait aux réunions syn­di­cales quand j’avais 10-11 ans. Ma mère, qui était une « veuve syn­di­cale », devait lui dire « débar­rasse-moi d’un ou deux enfants », alors il m’amenait et j’écoutais les hommes. C’est sûr que ça m’a influencé. Par papa, on a appris c’était quoi, la mili­tance.

Je suis parti jeune de la maison, la pre­mière fois à 16 ans, puis je suis revenu un petit bout et suis reparti pour aller au cégep de Jonquière. À l’époque, on par­tait tôt et sans rien ; il ne nous venait pas à l’idée de deman­der à nos parents de payer nos études. Je vou­lais m’inscrire en sciences de la santé parce que je vou­lais deve­nir vété­ri­naire, mais comme je n’avais pas les pré­re­quis, fina­le­ment je me suis retrouvé en arts et lettres et, comme je n’avais pas fait assez de sciences, ayant fait mon cours clas­sique, je n’ai pas réussi à entre­prendre ces études.

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Syndicalisme : Institution ou mouvement
Le numérique et ses appropriations syndicales
Avenues à explorer
mercredi 17 avril 2019
No. 19 - Hiver 2018

Dès sa genèse, le réseau Internet a été investi d’espoirs de grande enver­gure, notam­ment à l’égard de la démo­cra­tie qui en sor­ti­rait renou­ve­lée. Sa struc­ture décen­tra­li­sée et ouverte, annon­çait-on, per­met­trait d’éviter le contrôle de quelques grandes orga­ni­sa­tions sur la cir­cu­la­tion de l’information. Il don­ne­rait une plus grande voix au public, qui en vien­drait à quit­ter une pos­ture de récep­tion du contenu média­tique pour entrer dans une dyna­mique plus par­ti­ci­pa­tive.

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Syndicalisme : Institution ou mouvement
Pour un syndicalisme écosocialiste
Avenues à explorer
mercredi 17 avril 2019
No. 19 - Hiver 2018

Bonne nou­velle ! Les syn­di­cats semblent plus que jamais réso­lus à s’associer à la lutte contre la des­truc­tion en cours de notre habi­tat ter­restre. Sur le front éco­lo­gique, où les batailles per­dues ne se comptent plus, le sou­tien de ces acteurs poli­tiques majeurs est cru­cial. Mauvaise nou­velle : les prin­ci­pales pro­po­si­tions syn­di­cales pour mener à bien cette lutte sont telles qu’elles risquent fina­le­ment d’aggraver la situa­tion plutôt que de l’améliorer. Quel est le pro­blème et com­ment le résoudre ?[2]

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Les initiatives parasyndicales : pour ou contre le syndicalisme ?
mardi 16 avril 2019
No. 19 - Hiver 2018

De quoi l’apparition récente de groupes et réseaux para­syn­di­caux au Québec est-elle la consé­quence et quel poten­tiel de trans­for­ma­tion du syn­di­ca­lisme porte-t-elle ? À l’heure où de nom­breuses voix appellent à dres­ser un état des lieux du syn­di­ca­lisme qué­bé­cois[2] et où la ques­tion du renou­veau syn­di­cal pré­oc­cupe les grandes cen­trales[3], nous nous pro­po­sons dans ce texte de réflé­chir aux contri­bu­tions des réseaux para­syn­di­caux pour la revi­ta­li­sa­tion de l’action col­lec­tive en milieu de tra­vail.

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Syndicalisme : institution ou mouvement ?
Démocratie et syndicalisme
Avenues à explorer
mardi 16 avril 2019
No. 19 - Hiver 2018

Démocratie et syn­di­ca­lisme sont deux termes qui vont de pair pour les uns alors que pour d’autres, leur asso­cia­tion ne va pas de soi. Je ne sau­rais pré­tendre résoudre la ten­sion qui existe entre ces deux pôles. Déjà plu­sieurs écrits récents ont abordé cette ques­tion. C’est à la lumière de ma pra­tique syn­di­cale ainsi que des ques­tion­ne­ments sou­le­vés en regard de la démo­cra­tie syn­di­cale que je ten­te­rai de cir­cons­crire les causes menant à l’affaiblissement de la démo­cra­tie syn­di­cale. Les deux com­po­santes de cette pro­blé­ma­tique ici étu­diées concernent l’institutionnalisation du syn­di­ca­lisme et ses orien­ta­tions poli­tiques. Quelques pistes de réflexion com­plé­te­ront mon propos.

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Syndicalisme : institution ou mouvement ?
Militer en Outaouais L’expérience de Michel Quijada, président du Conseil central de la CSN
Mémoire de luttes
jeudi 21 juin 2018
No. 19 - Hiver 2018

À l’occasion de la publi­ca­tion de ce dos­sier des Nouveaux Cahiers du socia­lisme sur le syn­di­ca­lisme, nous avons jugé impor­tant de dis­cu­ter avec M. Michel Quijada, pré­sident du Conseil cen­tral des syn­di­cats natio­naux de l’Outaouais (CCSNO-CSN) depuis 17 ans, de son expé­rience syn­di­cale et des pers­pec­tives d’avenir qu’il entre­voit aujourd’hui pour le mou­ve­ment ouvrier. M. Quijada quit­tera ses fonc­tions de pré­sident à la fin de son pré­sent mandat. L’entrevue a été réa­li­sée par Serge Denis.

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Syndicalisme : institution ou mouvement ?
Dépanneurs Couche-Tard : les défis de la syndicalisation d’un secteur non traditionnel[1]
Mémoire de luttes
mercredi 13 juin 2018
No. 19 - Hiver 2018

Introduction

Au Québec, la der­nière décen­nie a été mar­quée par une dis­pa­rité sala­riale signi­fi­ca­tive défa­vo­rable aux employé-e-s du sec­teur du com­merce du détail, dans lequel on peut inclure l’industrie du dépan­neur. Une telle ten­dance n’est d’ailleurs pas étran­gère au fait que le com­merce de détail est le sec­teur com­por­tant la plus grande pro­por­tion d’employé-e-s tra­vaillant au salaire mini­mum[3]. Le taux de cou­ver­ture syn­di­cale y est éga­le­ment signi­fi­ca­ti­ve­ment plus faible que le taux qué­bé­cois moyen[4]. Cette situa­tion est notam­ment impu­table à un taux de rou­le­ment élevé, lié aux emplois de courte durée[5]. Le fait que les éta­blis­se­ments employant moins d’une ving­taine d’employé-e-s aient un taux de cou­ver­ture syn­di­cale plus faible permet éga­le­ment de confir­mer l’inscription de l’industrie du dépan­neur plus spé­ci­fi­que­ment dans cette caté­go­rie d’entreprises[6].

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Syndicalisme : institution ou mouvement ?
Patience, persévérance et courage, L’histoire de la grève des travailleuses et travailleurs du Vieux-Port de Montréal
Mémoire de luttes
mercredi 6 juin 2018
No. 19 - Hiver 2018

La stra­té­gie de la grève était basée sur les points sui­vants : patience, per­sé­vé­rance et cou­rage. La patience nous per­met­tait de ne pas perdre la face devant les ges­tion­naires en leur fai­sant savoir qu’on serait prêts à résis­ter à toutes les bar­rières qu’ils met­taient devant nous, même si on devait pique­ter l’hiver. La per­sé­vé­rance accen­tuait cette idée qu’on pou­vait être constants dans l’exécution de nos actions, avec une rési­lience hors pair. Ce sont ces élé­ments qui ont fourni du car­bu­rant à notre cou­rage, afin de se battre conve­na­ble­ment pour les demandes que nous avons mises de l’avant lors de notre grève :

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Syndicalisme : institution ou mouvement ?
La grève comme force créatrice et rassembleuse. Témoignage
Mémoire de luttes
vendredi 25 mai 2018
No. 19 - Hiver 2018

Le choc des pre­mières minutes de la grève

Comment quelqu’un comme moi, qui ne mili­tais pas dans le mou­ve­ment syn­di­cal avant la grève, qui ne s’imaginais pas pou­voir s’impliquer, a-t-elle vécu (pas sur­vécu, mais vrai­ment eu une vie active) une grève de cinq mois et demi ? Je par­le­rai d’abord de mon expé­rience per­son­nelle. Au moment du déclen­che­ment de la grève, le 27 mai 2016, je n’avais pas idée de l’ampleur que notre mobi­li­sa­tion allait avoir. Je voyais la situa­tion à tra­vers une fente tout étroite. Je me posais des ques­tions telles que : est-ce que la grève signi­fie tout sim­ple­ment venir mar­cher avec des pan­cartes tous les jours ? Combien de temps pour­rons-nous sup­por­ter cela ? C’est quoi le pique­tage ? Est-ce que la grève est un mou­ve­ment agres­sif ? Est-ce qu’on va se faire tabas­ser et arrê­ter par les poli­ciers ? Est-ce que mes col­lègues non syn­di­qués vont tra­ver­ser la ligne de pique­tage pour aller tra­vailler et me jet­te­ront des regards de honte ? Est-ce que j’aurai le sup­port de ma famille ? À toutes ces ques­tions-là, ma réponse pen­dant les pre­mières minutes de la grève fut : j’ai peur. C’est la peur envers tout ce qui est inconnu. Je ne voyais pas ma place dans le mou­ve­ment. Moi, qui me consi­dé­rais comme pos­sé­dant un esprit tran­quille, paci­fique, conci­lia­teur… pour­quoi faire une grève ? Pourquoi et com­ment était-il pos­sible que les négo­cia­tions entre l’employeur et le syn­di­cat abou­tissent à un cul-de-sac ? Je réa­li­sais que j’avais vécu dans une bulle de gomme bal­loune rose. Dans ma tête, tout dans mon milieu de tra­vail était normal. Des négo­cia­tions de rou­tine… Et pour­tant, j’ai voté en faveur de la grève avec convic­tion. 

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