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Numéros des NCS

 
Démocratie, entre dérives et recomposition
Comment le mouvement étudiant démocratise les structures du militantisme
Résistances
vendredi 24 janvier 2020
No. 17 - Hiver 2017

Au prin­temps 2012, le mou­ve­ment étu­diant qué­bé­cois rejoi­gnait la vague de contes­ta­tion inter­na­tio­nale contre les mesures d’austérité. Pendant plu­sieurs mois, plus de 200 000 étu­diantes et étu­diants – soit envi­ron 50 % de l’effectif post­se­con­daire – ont fait grève contre une hausse des frais de sco­la­rité. Semaine après semaine se suc­cé­daient actions artis­tiques, mani­fes­ta­tions noc­turnes, blo­cages de cibles éco­no­miques et mani­fes­ta­tions monstres. Pour plu­sieurs obser­va­teurs inter­na­tio­naux, cette grève s’inscrivait dans la lignée directe des indi­gnés, du mou­ve­ment Occupy, des luttes étu­diantes au Chili et en Angleterre. S’il est vrai que le mou­ve­ment étu­diant de 2012 répon­dait à une mesure d’austérité, son émer­gence tient davan­tage de la longue his­toire des grèves étu­diantes qué­bé­coises. Le mou­ve­ment étu­diant tire sa force de son mode d’organisation et de ses tac­tiques de pra­tiques mili­tantes pro­fon­dé­ment ancrées dans des orga­ni­sa­tions démo­cra­tiques.

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Démocratie, entre dérives et recomposition
Mouvements sociaux et approfondissement de la démocratie : expériences québécoises
Résistances
mercredi 22 janvier 2020
No. 17 - Hiver 2017

Dans une fresque remar­quable[2] retra­çant plus de deux siècles d’action des mou­ve­ments sociaux, Charles Tilly et Lesley Wood se penchent sur la rela­tion contra­dic­toire liant ceux-ci au déve­lop­pe­ment des ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques modernes. L’enracinement de l’idéal de sou­ve­rai­neté popu­laire, l’épanouissement du par­le­men­ta­risme et l’extension du suf­frage uni­ver­sel doivent beau­coup à ces cou­ra­geuses mobi­li­sa­tions popu­laires ayant ponc­tué l’histoire des États occi­den­taux depuis 1768.

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Démocratie, entre dérives et recomposition
Après le communisme : le commun et la commune
Résistances
lundi 20 janvier 2020
No. 17 - Hiver 2017

Le commun, sujet de l’heure pour une cer­taine gauche, n’est ni une idée nou­velle, ni quelque chose de pure­ment théo­rique. Au Québec, il suffit de penser à l’exemple des CLSC qui sont aujourd’hui en train de dis­pa­raître sous le coup des coupes bud­gé­taires, mais aussi et sur­tout en raison des réor­ga­ni­sa­tions du sys­tème de santé. Avant d’être inté­grées aux ins­ti­tu­tions publiques, les cli­niques popu­laires sont nées d’initiatives locales à la fois de mili­tantes et de mili­tants et de per­sonnes rési­dentes des quar­tiers ; elles ont été construites sur la base des prin­cipes d’autonomie et de démo­cra­tie, favo­ri­sant l’écoute des besoins des usa­gères et des usa­gers. Au fil du temps, mais par­ti­cu­liè­re­ment depuis l’acharnement « aus­té­ri­taire » du gou­ver­ne­ment Couillard, les CLSC sont peu à peu évidés de ce qui les fai­sait appa­raître comme un exemple qué­bé­cois de ce que Pierre Dardot et Christian Laval appellent les com­muns.

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NOTES DE LECTURE
Grève et paix. Une histoire des lois spéciales au Québec
Martin Petitclerc et Martin Robert, Montréal, Lux, 2018
dimanche 19 janvier 2020
No. 21 - Hiver 2019

Pour quelqu’un de ma géné­ra­tion, dont la poli­ti­sa­tion s’est faite au cours des années 2000, il est par­fois dif­fi­cile de conce­voir qu’à plu­sieurs reprises au cours des der­nières décen­nies, des dizaines de mil­liers de tra­vailleurs et de tra­vailleuses du sec­teur public se sont mis en grève illé­ga­le­ment pour défier une loi spé­ciale. L’ouvrage de Petitclerc et Robert nous rap­pelle plu­sieurs de ces luttes. Il nous montre aussi que des mobi­li­sa­tions syn­di­cales d’envergure deviennent de plus en plus dif­fi­ciles à mesure que se ren­force un dis­po­si­tif répres­sif dont les lois spé­ciales sont une com­po­sante essen­tielle. Malgré des efforts inven­tifs pour contour­ner les impacts de ces lois, les grandes cen­trales syn­di­cales sont pro­gres­si­ve­ment ame­nées à adop­ter une stra­té­gie de repli pour éviter d’y être confron­tées. Les lois spé­ciales contri­buent donc à la mar­gi­na­li­sa­tion poli­tique des syn­di­cats et favo­risent en même temps la mise en place d’un mode de gou­ver­ne­ment néo­li­bé­ral.

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NOTES DE LECTURE
Hegemony How-To. A Roadmap for Radicals
Jonathan Matthew Smucker, Oakland, AK Press, 2017
dimanche 19 janvier 2020
No. 21 - Hiver 2019

Parmi les ques­tions qui reviennent cou­ram­ment dans les dis­cus­sions stra­té­giques à gauche, celle de la conver­gence des luttes et celle de la conti­nuité entre les grandes vagues de mobi­li­sa­tion occupent une place de choix : com­ment nous unir autour d’objectifs com­muns tout en recon­nais­sant et en valo­ri­sant notre diver­sité interne ? Comment assu­rer à nos prin­cipes et à nos orga­ni­sa­tions une pré­sence durable dans l’espace public, sur la base de laquelle nous pou­vons espé­rer de nou­velles avan­cées ? Ces deux inter­ro­ga­tions ren­voient à une pro­blé­ma­tique com­mune, soit l’identification des moyens qui per­mettent à la gauche de gagner en puis­sance et de rem­por­ter des vic­toires, même dans un contexte poli­tique hos­tile. C’est à cette pro­blé­ma­tique que s’attaque l’ouvrage de Jonathan Matthew Smucker, doc­to­rant en socio­lo­gie à l’Université Berkeley et mili­tant de longue date dans les mou­ve­ments anti­guerre et, plus récem­ment, actif au sein d’Occupy Wall Street. En mobi­li­sant des auteurs tels que Gramsci et Habermas, Smucker pro­pose des clés d’analyse per­met­tant de lier les dyna­miques internes aux groupes mili­tants à des consi­dé­ra­tions stra­té­giques plus larges, avec comme objec­tif de par­ve­nir à une conci­lia­tion entre les prin­cipes anti­au­to­ri­taires de la gauche et ses visées hégé­mo­niques.

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NOTES DE LECTURE
Être, agir, enseigner en tant qu’anarchiste à l’école secondaire
Sylvain Larose, Saint-Joseph-du-Lac, M Éditeur, 2018

Est-il pos­sible, lorsqu’on est anar­chiste, d’enseigner dans une école secon­daire dans le res­pect de ses convic­tions poli­tiques et valeurs per­son­nelles, tout en répon­dant à des pro­grammes et à des règles offi­cielles édic­tées par l’État ? C’est le défi que Sylvain Larose, ensei­gnant des sciences humaines au secon­daire, relève depuis une ving­taine d’années. Il livre dans cet essai les leçons de son expé­rience, et pro­pose des orien­ta­tions et outils pour ini­tier ses col­lègues, actuels et futurs, à sa démarche.

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NOTES DE LECTURE
Les luttes fécondes. Libérer le désir en amour et en politique
Catherine Dorion

Montréal, Atelier 10, 2017

Le vibrant plai­doyer pour la liberté en amour comme en poli­tique de Catherine Dorion, ex-can­di­date d’Option natio­nale, puis can­di­date élue de Québec soli­daire aux élec­tions d’octobre 2018, s’ouvre avec une cita­tion d’Arthur Koestler qui témoigne du lien ténu entre « l’instinct poli­tique » des indi­vi­dus et les lois psy­cho­lo­giques gou­ver­nant leur libido sexuelle. Sur les ailes du désir, Catherine Dorion déploie dans ce bref ouvrage des plus ins­pi­rants quelques pro­po­si­tions qui, bien qu’elles ne soient pas expli­ci­te­ment défen­dues d’un point de vue théo­rique, se veulent incon­tes­ta­ble­ment d’enivrantes ins­pi­ra­tions pour une ima­gi­na­tion poli­tique à construire. À tra­vers une plume sen­sible, vive et char­nelle, le lien entre la soif d’engagement poli­tique et le désir amou­reux se pré­sente par de courts cha­pitres nar­rant situa­tions vécues et inté­res­santes réflexions. Notons au pas­sage les illus­tra­tions mono­chromes de l’artiste Martin Bureau qui se glissent au sein de Luttes fécondes, notam­ment celle repré­sen­tant le Parlement du Québec en ruines pour que le nou­veau advienne « là où tout peut com­men­cer ».

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Démocratie, entre dérives et recomposition
Penser ensemble la vie et la politique : exception, violence, démocratie
Histoire et théorie
samedi 18 janvier 2020
No. 17 - Hiver 2017

L’homme, pen­dant des mil­lé­naires, est resté

ce qu’il était pour Aristote :

un animal vivant et de plus capable d’une exis­tence poli­tique ;

l’homme moderne est un animal dans la poli­tique duquel

sa vie d’être vivant est en ques­tion[3].

Peu de notions sont à la fois aussi cen­trales dans notre tra­di­tion phi­lo­so­phique et aussi dif­fi­ciles à construire que celle de la vie. À la fois éprou­vée dans notre inti­mité la plus pro­fonde et défi­nie par des savoirs et des ins­ti­tu­tions telles que le droit et la méde­cine, la vie se com­plique d’autant plus lorsqu’elle s’applique à l’espèce humaine, car on doit alors la sépa­rer en deux ensembles : d’une part, la vie réduite à ses com­po­santes bio­lo­giques, constam­ment expo­sée à la mort et, d’autre part, l’existence régie et pro­té­gée par les lois com­munes[4]. Dans cette scis­sion de la notion de vie se situent d’innombrables contra­dic­tions et vio­lences, puisque les manières de mettre en apport ces deux dimen­sions ont constam­ment servi à jus­ti­fier l’exclusion et l’oppression. De la dis­tinc­tion entre vie poli­tique et vie bio­lo­gique, vie vouée à l’action et vie vouée essen­tiel­le­ment à la repro­duc­tion, pro­cèdent effec­ti­ve­ment la relé­ga­tion his­to­rique des femmes à l’espace privé – sous pré­texte qu’elles seraient assi­gnées aux tâches repro­duc­tives et que leur vie ne serait donc pas des­ti­née aux périls et à la plé­ni­tude de la sphère publique – ainsi que la mise sous tutelle de popu­la­tions entières, sous pré­texte qu’elles ne seraient pas en mesure de se gou­ver­ner elles-mêmes – on recon­naît ici la rhé­to­rique du colo­nia­lisme.

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Démocratie, entre dérives et recomposition
Le marketing politique et la dénaturation du politique
Histoire et théorie
jeudi 16 janvier 2020
No. 17 - Hiver 2017

Le clien­té­lisme est plus effi­cace que la Loi,

le vote étant devenu un rituel spec­ta­cu­laire.

Spinoza, 1632-1677

MARKETING [maʁ.kɛ.tɪŋ] : n.m. – Ensemble des actions ayant pour objet d’analyser le marché pré­sent ou poten­tiel d’un bien ou d’un ser­vice et de mettre en œuvre les moyens per­met­tant de satis­faire la demande ou, le cas échéant, de la sti­mu­ler ou de la sus­ci­ter. Mots qui ont un grand rap­port de sens : com­mer­cia­li­sa­tion, dis­tri­bu­tion, mar­chan­di­sage, mar­chéage, vente[2].

MARKETING POLITIQUE : Consiste à étu­dier scien­ti­fi­que­ment le marché et à posi­tion­ner le pro­duit poli­tique en fonc­tion de ce marché et à mettre en œuvre une com­mu­ni­ca­tion qui soit effi­cace (per­sua­sive)[3].

De la géné­ra­li­sa­tion du mar­ke­ting poli­tique à sa non-remise en ques­tion

Le mar­ke­ting poli­tique fait partie inté­grante des stra­té­gies de com­mu­ni­ca­tion élec­to­rale et gou­ver­ne­men­tale depuis la seconde moitié du XXe siècle dans les démo­cra­ties libé­rales occi­den­tales. Son his­toire débute offi­ciel­le­ment aux États-Unis lors des élec­tions pré­si­den­tielles de 1952, alors que le can­di­dat Dwight D. Eisenhower fait appel à un cabi­net de rela­tions publiques pour mener à bien sa cam­pagne élec­to­rale. Cette cam­pagne éta­blira plu­sieurs pré­cé­dents, dont la foi en un unique média, le publi­pos­tage, la pro­po­si­tion de vente unique (unique sel­ling pro­po­si­tion) et la pro­pa­ga­tion d’un slogan à tous les vents. Au Québec, on assiste aux pre­miers pas du mar­ke­ting poli­tique en 1956, lors des élec­tions[4]. Le déve­lop­pe­ment des son­dages d’opinion, la pro­li­fé­ra­tion d’études scien­ti­fiques sur le com­por­te­ment élec­to­ral, la dif­fu­sion mas­sive de la télé­vi­sion, la crois­sance publi­ci­taire, l’évolution des médias de masse et la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la com­mu­ni­ca­tion ont contri­bué à la géné­ra­li­sa­tion du recours au mar­ke­ting poli­tique. Même les plus récal­ci­trants n’ont eu d’autre choix que de s’y adon­ner, ne serait-ce que pour conser­ver leur posi­tion­ne­ment stra­té­gique sur l’échiquier poli­tique :

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BILAN DES ÉLECTIONS 2018
Réalignement, systèmes partisans et facteurs de polarisation
jeudi 16 janvier 2020
No. 21 - Hiver 2019

Il y a de ces élec­tions qui marquent l’histoire poli­tique du Québec et celle du 1er octobre der­nier en est une assu­ré­ment. D’aucuns la qua­li­fient d’élection de réali­gne­ment en ce qu’elle inau­gure l’entrée dans un nou­veau sys­tème par­ti­san, dominé par deux partis de droite fédé­ra­listes, la Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti libé­ral du Québec (PLQ). Comment inter­pré­ter la signi­fi­ca­tion d’un tel chan­ge­ment de para­digme et quelles pos­si­bi­li­tés celui-ci recèle-t-il pour les forces pro­gres­sistes ? Un bref retour sur l’histoire élec­to­rale du Québec moderne peut four­nir quelques pistes de nature à enri­chir la réflexion.

La période de réfé­rence prin­ci­pa­le­ment uti­li­sée dans le cadre du pré­sent texte est celle de la pre­mière moitié des années 1970, qui annonce l’entrée dans un nou­veau sys­tème par­ti­san, dominé celui-là par le PLQ et le Parti qué­bé­cois (PQ). La rup­ture avec l’ancien sys­tème, dominé par le duo­pole Union natio­nale et PLQ, s’effectue sur plu­sieurs années. L’élection de 1970 sonne d’abord le glas du règne de l’Union natio­nale comme parti de gou­ver­ne­ment, puis deux autres élec­tions, en 1973 et en 1976, consacrent la pous­sée ful­gu­rante du PQ dans le suf­frage popu­laire.

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