Nous ne voulons pas mourir dans les décombres du néolibéralisme !

Par Mis en ligne le 05 mai 2012

Les sys­tèmes tiennent sou­vent plus long­temps qu’on ne le pense, mais ils finissent par s’effondrer beau­coup plus vite qu’on ne l’imagine. » En quelques mots, l’ancien chef éco­no­miste du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal, Kenneth Rogoff, résume bien la situa­tion de l’économie mon­diale. Quant au gou­ver­neur de la Banque d’Angleterre, il affirme que « la pro­chaine crise risque d’être plus grave que celle de 1930 »

La zone euro ne va pas bien, mais les Etats-Unis et la Chine, sou­vent pré­sen­tés comme les deux moteurs de l’économie mon­diale, sont en fait deux bombes à retar­de­ment : la dette totale des Etats-Unis atteint 358 % du pro­duit inté­rieur brut (PIB) ; la bulle immo­bi­lière chi­noise, presque trois fois plus grosse qu’elle ne l’était aux Etats-Unis avant la crise des sub­primes, com­mence à écla­ter.

Vu le contexte inter­na­tio­nal, com­ment le PS et l’UMP peuvent-ils conti­nuer de tout­mi­ser sur le retour de la crois­sance ? Il n’y a qu’une chance sur mille pour que ce rêve devienne réa­lité. « Ça va être effroyable, me confiait récem­ment un res­pon­sable socia­liste. Il n’y aura aucune marge de manoeuvre. Dès le mois de juin, on va geler des dépenses. Dans quelques mois, le pays sera para­lysé par des mani­fes­ta­tions monstres et, en 2014, on va se prendre une raclée his­to­rique aux élec­tions. »

L’austérité est-elle la seule solu­tion ? La gauche au pou­voir est-elle condam­née à déce­voir ? Non. L’Histoire montre qu’il est pos­sible de s’extraire de la « spi­rale de la mort » dans laquelle nos pays sont en train de s’enfermer.

EN 1933

En 1933, quand Roosevelt arrive au pou­voir, les Etats-Unis comptent 14 mil­lions de chô­meurs, la pro­duc­tion indus­trielle a dimi­nué de 45 % en trois ans.

Il agit alors avec une déter­mi­na­tion et une rapi­dité qui raniment la confiance : cer­taines lois sont pré­sen­tées, dis­cu­tés, votées et pro­mul­guées dans la même jour­née. Son objec­tif n’est pas du tout de « ras­su­rer les mar­chés finan­ciers », mais de les domp­ter.

Son but n’est pas de « donner du sens à l’austérité », mais de recons­truire la jus­ti­ce­so­ciale. Les action­naires sont furieux et s’opposent de toutes leurs forces à la loi qui sépare les banques de dépôt et les banques d’affaires, aux taxes sur les plus hauts reve­nus ou à la créa­tion d’un impôt fédé­ral sur les béné­fices.

Mais Roosevelt tient bon et fait voter quinze réformes fon­da­men­tales en trois mois. Les catas­trophes annon­cées par les finan­ciers ne se sont pas pro­duites. Mieux ! L’économie amé­ri­caine a très bien vécu avec ces règles pen­dant un demi-siècle.

Ce qu’a fait Roosevelt en matière éco­no­mique n’était sans doute pas suf­fi­sant (sans l’économie de guerre, les Etats-Unis allaient retom­ber en réces­sion), mais les réformes qu’il a impo­sées en matière ban­caire et fis­cale ont par­fai­te­ment atteint leurs objec­tifs.

Jusqu’à l’arrivée de Ronald Reagan en 1981, l’économie amé­ri­caine a fonc­tionné sans avoir besoin ni de dette privée ni de dette publique.

Alors que, pen­dant trente ans, des règles for­distes avaient assuré un par­tage équi­table de la valeur ajou­tée entre les sala­riés et les action­naires, les poli­tiques de déré­gu­la­tion ont, en trente ans, fait passer la part des salaires de 67% à 57% du PIB des pays de l’Organisation de coopé­ra­tion et de déve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE), ce qui a conduit à aug­men­ter tant la dette publique – car lesim­pôts sur les salaires et la consom­ma­tion sont la pre­mière res­source des Etats – que la dette privée, car les sala­riés ont dû s’endetter pour main­te­nir leur niveau de vie.

C’est à cause du chô­mage et de la pré­ca­rité que la part des salaires a tel­le­ment baissé dans tous nos pays : le chô­mage n’est pas seule­ment une consé­quence de la crise que nous vivons depuis cinq ans, il en est une des causes fon­da­men­tales. On ne pourra pas sortir de la crise sans s’attaquer radi­ca­le­ment au chô­mage et à la pré­ca­rité.

N’en déplaise aux néo­li­bé­raux, nous ne sommes pas face à une crise de l’Etat-providence, mais bien face à une crise du capi­ta­lisme dont l’extrême gra­vité rend insuf­fi­santes les réponses clas­siques de l’Etat-providence. La jus­tice sociale n’est pas un luxe auquel il fau­drait renon­cer à cause de la crise ; recons­truire la jus­tice sociale est le seul moyen de sortir de la crise !

DEUX STRATÉGIES POSSIBLES POUR LE PROCHAIN PRÉSIDENT

Deux stra­té­gies sont pos­sibles pour le pro­chain pré­sident de la République : soit il pense que la crise est bien­tôt finie et qu’il suffit d’une bonne ges­tion des finances publiques pour passer les quelques mois dif­fi­ciles qui nous séparent de l’embellie.

Soit il pense au contraire qu’il ne reste qu’un temps limité avant un pos­sible effon­dre­ment du sys­tème éco­no­mique, et il doit « faire du Roosevelt » : orga­ni­ser un nou­veau Bretton Woods dès le mois de juillet 2012, mettre fin aux pri­vi­lèges incroyables des banques pri­vées dans le finan­ce­ment de la dette publique, lut­ter­fron­ta­le­ment contre les para­dis fis­caux et agir avec force contre le chô­mage et la pré­ca­rité en lan­çant dès le mois de mai des états géné­raux de l’emploi : trois mois de tra­vail avec l’ensemble des par­te­naires concer­nés pour construire un nou­veau contrat social, comme l’ont fait en 1982 les Néerlandais avec les accords de Wassenaar.

Quel est le rôle his­to­rique de la gauche euro­péenne ? Gérer l’effondrement du modèle néo­li­bé­ral, quitte à mourir dans les décombres, ou accou­cher d’une nou­velle société avant que la crise, comme dans les années 1930, ne débouche sur la bar­ba­rie ?

Pour pous­ser le pro­chain pré­sident à l’audace, nous venons de créer le col­lec­tif Roosevelt 2012 : avec Stéphane Hessel, Edgar Morin, Susan George, Michel Rocard, René Passet, Dominique Méda, Lilian Thuram, Robert Castel, Bruno Gaccio, Roland Gori, Gaël Giraud, la Fondation Abbé-Pierre, la Fondation Danielle Mitterrand, la Ligue de l’enseignement, Génération pré­caire et bien d’autres, notre objec­tif est simple : pro­vo­quer un sur­saut !

Pierre Larrouturou, Membre du col­lec­tif Roosevelt 2012

Pour plus de détails sur le col­lec­tif Roosevelt 2012, consul­tez son mani­feste et les quinze pro­po­si­tions de réformes sur www​.roo​se​velt2012​.fr

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