Nous ne sommes pas un problème, nous sommes des êtres humains

Katsi’tsak était Ellen Gabriel, 28 juin 2021

Hors de vue, loin de l’esprit – des excuses ordonnées par un tribunal et un programme d’indemnisation devraient tout faire disparaître, n’est-ce pas ? ! Les peuples autochtones savent depuis de nombreuses générations qu’il existe de nombreuses tombes anonymes d’enfants autochtones dispersées à travers le Canada. Leurs petits corps ne connaissant que l’angoisse dans leur courte vie, jetés dans des fosses banalisées aux mains de leurs « gardiens ». Un acte toléré par le Canada.

La Loi sur les Indiens demeure la pratique des relations du Canada avec les Premières Nations.

Les pensionnats indiens visaient à effacer l’identité autochtone. Le mot « éducation » ne peut qu’être vaguement associé à ces écoles. Beaucoup n’étaient guère plus que des camps de travail. Tous étaient un crime contre l’humanité.

Cela fait mal de penser à nos ancêtres, aux membres de notre famille qui ont tant souffert. La CVR a documenté les histoires de survivants pour que le monde entier puisse les lire. Son rapport témoigne des horreurs infligées aux enfants autochtones par le biais d’un génocide sanctionné par l’État.

Ce que la plupart de la société canadienne ne réalise pas, c’est que la loi même qui a créé les pensionnats et a permis à ce génocide de se poursuivre pendant si longtemps, continue d’exister aujourd’hui. La Loi sur les Indiens demeure la pratique des relations du Canada avec les Premières Nations.

Pendant ce temps, alors que les peuples autochtones ont le souffle coupé par le chagrin qui nous tourmente, nous savons qu’il y a des milliers d’autres enfants enterrés dans des tombes anonymes sur le terrain d’anciens pensionnats à travers le Canada. Au fur et à mesure que ces lieux de sépulture anonymes sont localisés, le chagrin que nous avons porté pendant tout ce temps refait surface. Ce chagrin accablant provoquera de la colère et des sentiments d’impuissance.

À mes relations autochtones, je veux dire que tout le monde a besoin d’un temps pour faire son deuil. N’oubliez pas que les soins personnels sont importants en ces temps traumatisants.

Depuis mon enfance, il semblait y avoir cette règle silencieuse selon laquelle nous étions moins précieux, moins dignes et moins humains que tout le monde. Nous nous sentions plus en sécurité dans nos communautés qu’à l’extérieur. Malgré le dysfonctionnement à l’intérieur de nos propres communautés, il y avait aussi un sentiment d’unité. Ma génération a entendu parler nos langues anciennes et précieuses parmi nos parents et nos aînés. Je crains d’avoir été l’une des dernières générations à avoir eu le privilège d’avoir entendu la langue ancienne de mes ancêtres : c’est pour moi un cadeau précieux.

Chaque Onkwehón:we (Autochtone) a des membres de sa famille qui ne sont jamais revenus du pensionnat. Nous ne saurons peut-être jamais ce qui leur est arrivé. En tant que personnes traumatisées, nous retenons notre souffle en écoutant attentivement ces histoires, alors que notre colère bouillonne dans notre sang. Nous nous retirons dans un endroit où nous nous sommes retrouvés bien trop souvent. Nous sommes traités comme si nous étions invisibles, jetables, violables, comme si nous pouvions supporter davantage cette blessure et ce traumatisme et continuer. Pourquoi pas?

L’effacement de l’histoire des peuples autochtones est la norme; les preuves des actes génocidaires du Canada sont insidieusement balayées. Sauf que maintenant, ces corps d’enfants parlent et demandent à être entendus.

Cette norme raciste est si profondément ancrée dans la société canadienne que le public a peu d’appréciation ou de compréhension de l’importance d’enseigner cette partie de l’histoire coloniale du Canada. En fait, il est rarement et à peine enseigné dans les programmes scolaires actuels des écoles canadiennes. Le public et même certains peuples autochtones semblent ignorer l’existence de ces lieux de sépulture contenant les petits corps d’enfants autochtones dont les noms et les histoires sont inconnus. Pendant sept ans, la CVR a témoigné des centaines de milliers d’Autochtones révélant les atrocités commises par leurs gardiens, tolérées par l’État.

Les pensionnats sont un élément central de l’histoire qui a contribué à façonner le Canada et ses provinces. Chaque enfant devrait connaître cette histoire. Ce n’est pas seulement le racisme systémique que nous devons essayer de combattre ensemble ; nous devons exposer et déraciner la norme raciste sur laquelle ce pays a été fondé.

Pendant que Stephen Harper était premier ministre, son gouvernement a refusé de fournir aux commissaires de la CVR les documents des pensionnats et les a plutôt détruits. Le gouvernement libéral actuel a fait de même. L’effacement de l’histoire des peuples autochtones est la norme; les preuves des actes génocidaires du Canada sont insidieusement balayées.

Sauf que maintenant, ces corps d’enfants parlent et demandent à être entendus. Et nous, leurs descendants, devons écouter et honorer leur mémoire en exposant la cause de leur décès et en veillant à ce que tout le Canada et le monde le sachent. Cette partie de l’histoire du Canada doit être enseignée.

L’ignorance du public et la dissociation du sort des peuples autochtones signifient que les Canadiens ne tiennent pas leur propre gouvernement responsable de ce qui sera fait. C’est le devoir du gouvernement de réparer ce tort… n’est-ce pas ?! Et donc nous sommes une fois de plus en proie à l’apathie de la société, notre histoire une fois de plus enfouie sous les vagues des extraits sonores et de la propagande médiatique jusqu’à ce que la prochaine tombe soit trouvée.

Afin de guérir d’un traumatisme, l’événement qui vous fait du mal doit cesser ; vous devez être retiré de la situation de préjudice continu pour apporter à votre esprit la paix, l’amour et un sentiment d’estime de soi. Pourtant, il suffit de dire que nous sommes loin d’être éloignés des effets continus du génocide. Traumatisés par la pensée de nos proches, enfants, kidnappés et emmenés loin de leurs parents et de leur communauté, de ne jamais rentrer chez eux.

Alors que nous restons immergés dans un système raciste en vertu de la Loi sur les Indiens, nous essayons de survivre à la cruauté de la colonisation alors qu’elle se rebaptise.

Au cours des trois dernières décennies d’activiste, j’ai été témoin d’un tour de montagnes russes de Canadiens qui ont relevé le défi de réparer les torts commis contre les peuples autochtones. En tant qu’aînée de ma communauté, Hilda Nicholas, a réfléchi le jour des excuses ordonnées par le tribunal des pensionnats indiens, il a fallu plus de 100 ans pour que les dommages causés à nos langues, à nos peuples se produisent; il nous faudra 100 ans pour réparer le mal qui nous a été causé.

… Land Back, les langues restaurées et les lois autochtones traditionnelles et l’autodétermination respectées. Rien de moins ne fera l’affaire.

Avec les nombreux méfaits qui continuent aujourd’hui – la destruction de notre environnement, la persistance des lois coloniales qui criminalisent les défenseurs des terres autochtones, plus d’enfants autochtones dans le système de protection de l’enfance que ceux qui sont allés dans les pensionnats, le vol persistant des terres pour le développement des ressources et l’étalement urbain – la décolonisation processus visant à aider les peuples autochtones à guérir du génocide n’a pas encore commencé.

L’insidieuse Loi sur les Indiens demeure un outil pour contrôler la population autochtone ou, comme l’a dit Duncan Campbell Scott, un architecte clé du système des pensionnats, « pour se débarrasser du problème des Indiens ».

Nous ne sommes pas un problème; nous sommes des êtres humains. Plus tôt cela sera réalisé, plus tôt nous pourrons mettre en œuvre un programme d’éducation qui protégera les générations présentes et futures de la même erreur apathique de ne pas reconnaître lorsqu’un crime contre l’humanité est commis.

La paix est quelque chose de difficile : elle demande du travail, elle demande le courage d’aller de l’avant dans des discussions inconfortables, elle demande des réparations pour les torts du passé. Cela conduit à Land Back, à la restauration des langues et au respect des lois autochtones traditionnelles et de l’autodétermination. Rien de moins ne fera l’affaire.

Skén:nen sewanonhtonhnio’k — que la paix soit dans votre esprit.

Katsi’tsak était Ellen Gabriel, Kanien’kehá:ka de Kanehsatà:ke