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Notes annexes sur les élections Françaises et le NPA

Le 8 novembre 2020, Jean-Luc Mélenchon proclamait dans TF1 : « J’ai un programme, une équipe prête à gouverner. 2022 est l’heure du changement. La société est dans une impasse. (…) Nous avons les moyens d’innover, de faire les choses différemment, d’abolir la monarchie présidentielle. (…) Je suis un pôle de stabilité. » Et à partir de là, il a mis en branle toute la machine électorale de la France Insoumise (FI). La condition qu’il s’est imposée pour être candidat était d’amener 150 000 personnes à soutenir sa candidature. Un chiffre qui a été dépassé sans problème en quelques jours.

Et donc, dans un contexte de montée de la vie politique de droite, avec un gouvernement Macron récupérant des pans entiers de l’agenda de l’extrême droite, avec des mobilisations comme celles de la police en juin 2020, soutenues par toutes les forces institutionnelles – de l’extrême droite au PCF – à l’exception de la FI, et au milieu de graves difficultés pour les mouvements sociaux (aggravés par la pandémie), J. L. Mélenchon, malgré le fait que les sondages plaçaient toutes les forces de gauche à des niveaux historiquement bas (Mélenchon était autour des deux chiffres), a rejeté dans un revers toute possibilité d’une approche unitaire des élections.

Partant du fait qu’il était le candidat le mieux placé à gauche, il a choisi de jouer la carte pour se présenter comme l’alternative qui pourrait empêcher Le Pen d’atteindre le second tour. Et si au début de la campagne les sondages le plaçaient loin de relever le défi, sa campagne a été couronnée de succès : avec un programme antilibéral radical, avec des évolutions positives en termes de discrimination raciale, d’immigration ou de crise climatique, la mise en place de l’initiative parlementaire pour la campagne unité populaire[1] et avec une campagne très active, visant les quartiers populaires et les secteurs les plus touchés par les politiques discriminatoires de Macron. Les pourcentages obtenus dans les quartiers populaires, la jeunesse, ou les Antilles, etc., montrent que la France Insoumise a réussi à monopoliser la base électorale de pratiquement tous les partis de gauche et à être perçue comme un véritable rempart contre l’extrême droite. En fin de compte, les votes obtenus en font le meilleur résultat qu’une force de gauche radicale ait obtenu ces dernières années.

Quoi qu’il en soit, rester aux portes du second tour en l’absence de 420 000 voix laisse en suspens la question de savoir si le fait d’avoir soulevé une campagne plus inclusive et moins hégémonique, d’avoir œuvré pour un accord plus large n’aurait pas permis de briser ce plafond de verre.

La campagne du NPA (L’Anticapitaliste – NPA (nouveaupartianticapitaliste.org)) doit être comprise dans ce contexte : la proclamation de la candidature de Mélenchon a bloqué toute possibilité de travailler pour une proposition unitaire et forcé la présentation d’une candidature propre. Ainsi, bien qu’en son sein il y ait eu un courant qui préconisait de participer à la campagne électorale sans présenter de candidature, le NPA a décidé de se présenter aux élections. Il est vrai que faire campagne sans candidat semblait quelque peu difficile, étant donné le poids que l’existence de la candidature acquiert du point de vue politique et médiatique, sans lequel le NPA aurait été totalement absent dans cette période de campagne électorale.

Une campagne dans laquelle la candidature de Poutou lui a permis de placer dans le débat la nécessité d’organiser la résistance et la révolte à partir d’une réponse politique unitaire au-delà du résultat de ces élections et au-delà du champ électoral. Cela a également permis au NPA de développer une vaste campagne politique par le biais d’événements publics et de rassemblements, ainsi que par sa présence médiatique, ce qui n’aurait pas été possible autrement. Une campagne radicale, avec un programme anticapitaliste bien développé, où il manquait un message clair que dans le contexte actuel, l’unité de la gauche antilibérale et antifasciste n’est pas seulement nécessaire dans la rue, mais aussi dans les urnes. Parce qu’en fin de compte, le 10 avril, la bataille politique se jouait dans les urnes et le défi d’empêcher Le Pen d’atteindre le second tour n’était pas pecata minuta. Comment y parvenir sans une politique unitaire dans le domaine électoral ?

Par conséquent, lorsqu’il s’agit de faire le point, il est logique de se demander si cette bataille pour l’unité autour du vote (ce n’est pas le moment de discuter de la formule) n’aurait pas dû constituer un axe de la campagne du NPA. Pour deux raisons : premièrement, parce qu’il répondait à l’urgence politique du moment ; et deuxièmement, parce que c’était une préoccupation qui a largement submergé l’esprit du peuple de gauche et que la campagne a offert au NPA la possibilité de se connecter avec ces secteurs, au-delà de sa propre base électorale. Certes, la plus grande responsabilité de l’absence de dynamique électorale unitaire n’incombait pas au NPA, mais, en même temps, le NPA ne pouvait rester inconscient de cette préoccupation, qui est ce qui a motivé le vote utile pour Mélenchon dans cette campagne.

Au-delà de cela et en ce qui concerne le développement de la campagne, le NPA s’est bien développé, avec une campagne dynamique, avec un programme bien élaboré, répondant programmatiquement aux urgences de la période et prêt à travailler dans une perspective qui dépasse ses propres frontières pour avancer dans la construction d’un outil nécessaire pour répondre aux besoins politiques des exploités et des opprimés. Son écho médiatique a dépassé celui de 2017 et la fréquentation de ses rassemblements a été supérieure à la campagne précédente et à ce qui était attendu par le NPA lui-même: des salles débordantes et même avec des gens qui suivent le rassemblement dans la rue, avec une présence principalement de jeunes.

Cependant, la campagne a laissé entrevoir une difficulté face au résultat final : de nombreuses personnes qui pourraient être reconnues dans la proposition du NPA ont montré en même temps leur volonté de voter pour Mélenchon au premier tour pour empêcher Le Pen de passer le second. C’est ce qui explique la contradiction entre un plus grand écho de cette campagne, une plus grande audience de son message politique et la perte de votes lors du dépouillement final.

Comme en 2017, dans les derniers jours de la campagne, le débat a émergé sur la question de savoir si le NPA aurait dû appeler le candidat de la FI à voter face à l’attraction de ces derniers jours. Disons une forte attraction. Comme bouton d’échantillonnage, deux exemples: le premier, à Saine Saint-Denis où il y avait des écoles qui ont dû fermer une heure et demie plus tard que l’heure prévue en raison de l’afflux du public aux urnes; la seconde, à Montreuil, où malgré le fait que le maire Bessac (élu en 2020 avec plus de 50% au premier tour) a soutenu la candidature du PCF et a fait une campagne abondante en sa faveur, la candidature de Mélenchon a obtenu 50% des voix contre 3% du candidat soutenu par Bessac.

Sans aucun doute, et pour ne pas nous embrouiller dans le débat, un retrait du vote NPA n’aurait pas résolu la défaite de Mélenchon. En fait, Mélenchon a déjà traîné tous les votes que le NPA aurait pu lui donner sans avoir besoin de ce retrait. Mais, un geste du NPA dans ce sens lui aurait permis de s’inscrire dans la dynamique large et populaire pour empêcher Le Pen d’aller au second tour. Ce qui n’est pas un facteur négligeable. La question est donc de savoir comment le NPA n’a pas perçu ces facteurs, alors que même en son sein, certaines voix ont soulevé cette possibilité.

Le plus que l’on puisse penser, c’est que deux jours après le dépouillement, les sondages supposaient que Mélenchon ne pouvait pas dépasser les 2,5 millions de voix qui le séparaient de Le Pen et dans ces conditions (avec 1% prévu pour le NPA) il semblait logique d’opter car le 10 le pôle qui réfléchissait à la manière de répondre au lendemain des élections et au-delà du cadre électoral, sont sortis aussi renforcés que possible; parce que – et il faut éviter de ne pas l’oublier – la FI suit fondamentalement une machine électorale, sans aucune orientation pour construire une force d’action.

Le problème, c’est que les sondages n’étaient pas le reflet que ce qui était cuit dans l’électorat… Et face à l’échec des sondages, le seul antidote est de donner une intention au tissu social dans lequel s’insère l’activité du parti. Un antidote qui, visiblement, ne comptait pas pour le NPA.

En regardant vers l’avenir, et face au second tour, la situation qui s’ouvre est compliquée. La confrontation Macron-Le Pen se déroule dans des conditions beaucoup plus difficiles qu’en 2017. Il y a cinq ans, Macron et Le Pen incarnaient la confrontation entre un outsider, venu renouveler la vie politique du pays, et l’extrême droite. Les 24 suivants de la confrontation est celle d’un président qui a développé une politique très agressive contre tous les secteurs, qui a réussi à activer la révolte dans tout le pays, particulièrement détesté par de larges secteurs populaires et une extrême droite qui développe une bonne campagne pour capitaliser sur cette haine, au point que cela peut se traduire par des secteurs populaires votant au premier tour. décider de se débarrasser de Macron dans la seconde… voter pour Le Pen.

D’où une réelle difficulté à définir le slogan électoral (comme l’ont fait le PS, EELV et pcF, dans le cadre d’un terrible pacte républicain qui est un alignement presque sans critique après Macron). Dès le départ, tant les syndicats que des secteurs importants du mouvement associatif et de la FI comme le NPA, ont opté pour le « non au vote pour Le Pen », afin de ne pas entrer en conflit avec les secteurs populaires avec les veines ouvertes par la politique de Macron. Mais il n’est pas clair que ce slogan soit suffisant : le problème est que la seule façon de se débarrasser de Le Pen est que Macron obtienne une majorité le 24. A la recherche de références historiques, en 2002, la LCR – avant un second tour entre le gaulliste Chirac et le candidat fn – a choisi d’utiliser la formule : « Vaincre le FN dans la rue et dans les urnes », dans le but non seulement qu’il soit défait dans le calcul, mais que la défaite soit encombrante. Un critère qui correspond bien aux défis du moment, car s’il est vrai qu’une défaite à part entière de Marine Le Pen au second tour permet de se préparer à affronter Macron le lendemain, à l’inverse il n’en va pas de même : une victoire de l’extrême droite au second tour constituerait une défaite non seulement pour Macron, mais pour l’ensemble du mouvement ouvrier et des secteurs populaires.

Dans tous les cas, tout indique que la position de vote finale sera prise dans les jours précédents. Alors qu’il y a un énorme travail de pédagogie politique à mener au niveau de la rue pour empêcher tout vote des secteurs populaires qui ont voté à gauche d’aller à Le Pen. Un travail ardu et qui, le 16, dans lequel s’appelle une mobilisation unitaire contre le racisme et l’extrême droite, a un premier test.

A partir du 24, l’urgence principale sera de construire un front antifasciste et anti-néolibéral pour préparer dans les meilleures conditions les élections législatives de juin. La déclaration du NPA va dans ce sens, mais incontestablement la responsabilité de Mélenchon et de la FI dans cette tâche est énorme, et bien que les premières déclarations de Manuel Bompard, annonçant hier que « Nous sommes favorables à un regroupement autour du programme que Jean-Luc Mélenchon a mené aux élections présidentielles et autour des résultats du premier tour », Faisant à nouveau allusion à une position hégémonique de la FI, la lettre adressée à EELV, le 14 avril, avance une proposition plus ouverte : travailler à construire une majorité parlementaire ou une opposition unitaire, « sans aucune volonté hégémonique ». Proposition qu’ils transfèrent également « à la fois aux partis et aux groupes et aux personnalités et groupes qui le composent et qui pourraient vouloir le rejoindre ». Reste à savoir ce que cette initiative signée par Adrien Quatennens, coordinateur de France insoumise, Mathilde Panot, présidente du groupe France insoumise à l’Assemblée nationale, Aurélie Trouvé, présidente du Parlement de l’Union populaire et Manuel Bompard, président de la délégation de la France insoumise au Parlement européen.

Enfin, et en regardant vers l’avenir, l’enjeu est d’articuler les médiations nécessaires pour faire avancer la « reconstruction d’une gauche combative, une large force anticapitaliste capable de rassembler ceux qui souhaitent changer radicalement ce système, comme le dit la profession de foi pour les élections du NPA.

Traduction NCS via Google