Thème

No 12 – Automne 2014

 
La santé malade du capitalisme
La dépression : une épreuve sociale à part entière
Souffrance psychique et capitalisme
dimanche 17 mai 2020
No 12 - Automne 2014

L’individu humain, peu importe sa sin­gu­la­rité, ne souffre pas comme il le veut. Même s’il souffre somme toute indi­vi­duel­le­ment et que cer­taines dimen­sions de sa souf­france res­te­ront à jamais dans son for inté­rieur, la gram­maire de sa souf­france ne lui appar­tient pas : elle appar­tient à tous et à per­sonne. Un mal fort répandu, ins­ti­tu­tion­nel­le­ment reconnu, nor­ma­ti­ve­ment balisé et socia­lisé jusqu’à la plus dérou­tante des fami­lia­ri­tés appelle sou­vent un remède qui par­tage en gros les mêmes carac­té­ris­tiques. Comme la névrose et la psy­cha­na­lyse for­mèrent naguère un couple indis­so­ciable, la dépres­sion contem­po­raine et les anti­dé­pres­seurs s’offrent aujourd’hui comme un exemple remar­quable d’un tel tandem.

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La santé malade du capitalisme
Biopouvoir et souffrance psychique
Souffrance psychique et capitalisme

Propos recueillis par Marie-Claude Goulet

Miguel Benasayag est phi­lo­sophe, psy­cha­na­lyste et ancien résis­tant gué­va­riste franco-argen­tin. Il a publié de nom­breux ouvrages, dont Du contre-pou­voir, Résister, c’est créer, Le mythe de l’individu. L’entretien réa­lisé avec Miguel Benasayag por­tera plus spé­ci­fi­que­ment sur les deux ouvrages sui­vants : La santé à tout prix : méde­cine et bio­pou­voir[1]et Les pas­sions tristes. Souffrance psy­chique et crise sociale[2].

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La santé malade du capitalisme
Stratification sociale et santé Injustice et problèmes de santé vont de pair
Santé et capitalisme
vendredi 15 mai 2020
No 12 - Automne 2014

La jus­tice sociale est une ques­tion de vie ou de mort[1]

En 1848, les auto­ri­tés prus­siennes demandent à Rudolph Virchow[2], méde­cin ber­li­nois qu’on consi­dère main­te­nant comme le père de la bio­lo­gie moderne, d’enquêter sur une épi­dé­mie de fièvre typhoïde en Silésie. Il a tôt fait d’accuser la pau­vreté et son cor­tège de déplo­rables condi­tions hygié­niques et ne manque pas de cri­ti­quer les auto­ri­tés en place. Son rap­port lui valut de perdre son emploi à l’Hôpital de la Charité, mais il passa à l’histoire comme un docu­ment fon­da­teur de la méde­cine sociale. À la même époque en Angleterre, le réfor­ma­teur social Edwin Chadwick en arri­vait aux mêmes conclu­sions dans le cas d’une épi­dé­mie de tuber­cu­lose[3].

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La santé malade du capitalisme
Vieillissement et capitalisme : de l’exclusion à la solidarité ?
Santé et capitalisme
jeudi 14 mai 2020
No 12 - Automne 2014

L’époque est pour le moins étrange pour les per­sonnes vieillis­santes. Alors que l’espérance de vie ral­longe en Occident – toutes choses étant égales par ailleurs – cer­tains com­men­ta­teurs et jour­na­listes appré­hendent, à grand ren­fort de méta­phores, une menace réelle à moyen terme, incar­née dans une sourde peur de ces corps fati­gués, en désué­tude, dont il fau­drait s’occuper, devant les­quels il est impé­ra­tif de s’organiser col­lec­ti­ve­ment. Ce péril est tantôt nommé « tsu­nami gris », d’autres fois « arma­ged­don géria­trique » ou est par­fois même repré­senté par l’expression « démo­gra­phie apo­ca­lyp­tique » dans le monde anglo-saxon. On se réfère ici au fait que la plu­part des États occi­den­taux ver­ront leur pro­por­tion de per­sonnes dépas­sant l’âge de 65 ans atteindre plus de 20 % de leur por­trait démo­gra­phique natio­nal d’ici l’an 2050.

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La santé malade du capitalisme
Néolibéralisme, néomédicalisation et individualisme : un mélange toxique pour la santé des femmes
Santé et capitalisme
mercredi 13 mai 2020
No 12 - Automne 2014

De nom­breux écrits (y com­pris des articles de la pré­sente revue) traitent des consé­quences du capi­ta­lisme et du néo­li­bé­ra­lisme sur les ser­vices sociaux et de santé. Ces consé­quences incluent l’accroissement des inéga­li­tés et des injus­tices sociales, la pri­va­ti­sa­tion des soins, la sur­fac­tu­ra­tion de ser­vices médi­caux et la mar­chan­di­sa­tion géné­rale de la santé, dont la trans­for­ma­tion des béné­fi­ciaires de soins en « clients ». Par ailleurs, moins d’attention a été portée sur le contexte de « risque » au sein duquel ces chan­ge­ments sur­viennent et sur la façon dont cela favo­rise ce qu’on peut appe­ler l’« indi­vi­dua­lisme consu­mé­riste ». Selon ce type d’individualisme, recou­vrer la santé, être en santé ou le demeu­rer est une ques­tion indi­vi­duelle, per­son­na­li­sée, dépo­li­ti­sée, c’est-à-dire une ques­tion rele­vant d’un « choix per­son­nel » ou, pire encore, d’une res­pon­sa­bi­lité indi­vi­duelle. Dans le texte qui suit, je pro­pose d’explorer et de cri­ti­quer bon nombre de ces aspects du néo­li­bé­ra­lisme, en insis­tant sur les notions bien connues de médi­ca­li­sa­tion et de mar­chan­di­sa­tion et en atti­rant l’attention sur quelques-uns des dan­gers qui menacent la santé des femmes. Il s’agit davan­tage d’une série de réflexions que d’un texte suivi et linéaire.

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La santé malade du capitalisme
La santé, les soins et le capitalisme
Santé et capitalisme
lundi 11 mai 2020
No 12 - Automne 2014

Selon une croyance lar­ge­ment répan­due, le capi­ta­lisme serait à l’origine des pro­grès de la santé au cours des 125 der­nières années. Le capi­ta­lisme est vu comme le moteur de la crois­sance, et cette crois­sance est perçue comme une condi­tion essen­tielle à l’amélioration de la santé. Or, il n’en est rien. Les pays pauvres peuvent avoir et ont par­fois des popu­la­tions en meilleure santé que les pays riches. Les États-Unis sont pré­sen­tés par exemple comme le leader mon­dial en méde­cine alors que ce pays est en fait le cham­pion des échecs du marché dans le domaine de la santé. Les Américains dépensent près du cin­quième de leur immense budget natio­nal pour pro­duire des résul­tats à peine meilleurs, voire pires dans cer­tains cas que leurs voi­sins cubains, dont le revenu par per­sonne ne repré­sente que le ving­tième du leur. Les « per­cées » dans les sciences et les tech­no­lo­gies de la santé – en méde­cine nucléaire, en géné­tique ou dans les nano­tech­no­lo­gies – sont pré­sen­tées comme des triomphes de l’investissement capi­ta­liste dans la recherche. Or la recherche médi­cale réel­le­ment inno­vante se réa­lise en fait dans les écoles médi­cales et les labo­ra­toires sub­ven­tion­nés par l’État.

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La santé malade du capitalisme
La santé malade du capitalisme
Introduction au dossier
samedi 9 mai 2020
No 12 - Automne 2014

Bien qu’au Québec et au Canada le domaine des soins de santé soit, depuis plus de 40 ans, majo­ri­tai­re­ment dans le giron public, l’influence du capi­ta­lisme sur la santé se fait sentir de plu­sieurs manières. On la retrouve bien sûr dans la forme par­ti­cu­lière qu’ont prise les pra­tiques médi­cales et l’organisation du sys­tème de soins à tra­vers les époques, et elle pénètre éga­le­ment, jusque dans ses replis les plus intimes, le rap­port plus géné­ral que nous entre­te­nons, en tant qu’individus, mais aussi en tant que société, à la santé. Ce sont ces rap­ports contra­dic­toires et com­plexes entre santé et capi­ta­lisme que le pré­sent numéro des Nouveaux Cahiers du socia­lisme pro­pose d’explorer.

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