Le problème de nos retraites

Ni le rapport D’Amours, ni le plan du gouvernement ne le règleront

Agnès Maltais, la ministre du tra­vail, de l’emploi et de la soli­da­rité sociale et éga­le­ment res­pon­sable de la Régie des rentes du Québec, a pré­senté le 12 décembre der­nier un plan d’action inti­tulé « Vers des régimes de retraite équi­tables et durables ». Ce rap­port fait suite à la publi­ca­tion et les débats en com­mis­sion par­le­men­taire du rap­port D’Amours en 2013 (« Innover pour péren­ni­ser le sys­tème de retraite »).

Attaquer les tra­vailleurs et les tra­vailleuses

Ce plan d’action n’est rien d’autre qu’une sug­ges­tion d’échéancier pour la mise en appli­ca­tion de cer­taines des recom­man­da­tions du rap­port D’Amours, notam­ment celles qui ont trait au finan­ce­ment et à la perte de droits acquis pour les tra­vailleurs et les retrai­tés dans les régimes de retraite au Québec.

Le rap­port D’Amours, non seule­ment ne péren­nise pas les régimes de retraite à pres­ta­tions déter­mi­nées, mais au contraire, il les fra­gi­lise davan­tage, spé­cia­le­ment dans le sec­teur privé. Le rap­port D’Amours comme le plan d’action de la ministre Maltais visent, entre autres, à modi­fier la loi actuelle pour dis­pen­ser les employeurs de ce sec­teur à com­bler les défi­cits de sol­va­bi­lité des régimes de retraite, comme ce fut le cas pour les muni­ci­pa­li­tés, les uni­ver­si­tés et les CPE suite à un pacte fiscal avec le gou­ver­ne­ment Charest en 2007.

Cette entente en vigueur depuis sept ans n’a nul­le­ment réglé le pro­blème pour les muni­ci­pa­li­tés. Elles réclament main­te­nant des conces­sions sans pré­cé­dent dans les régimes de retraite de la part des employés. C’est ce prin­cipe que le gou­ver­ne­ment veut main­te­nant élar­gir à tous les régimes de retraite. Cet élar­gis­se­ment n’est pas une solu­tion et risque d’avoir des consé­quences dra­ma­tiques pour les tra­vailleurs et sur­tout les retrai­tés dans les cas de faillites d’employeurs.

Capitulation devant le lobby patro­nal

Dans le plan d’action de la ministre, il était prévu de tenir trois forums ou tables de concer­ta­tion du 1er jan­vier au 30 avril 2014. Ces forums devaient se tenir sur les régimes de retraite du sec­teur privé, sur ceux des muni­ci­pa­li­tés et sur ceux des uni­ver­si­tés. Chacun de ces forums étaient com­po­sés de repré­sen­tants du patro­nat concerné, du mou­ve­ment syn­di­cal et du gou­ver­ne­ment.

Il était aussi prévu d’y asso­cier des repré­sen­tants du Réseau FADOQ et de Force jeu­nesse. Cela c’était la démarche annon­cée le jeudi 12 décembre 2013 par la ministre Maltais. Mais les maires avec en tête Coderre-Labeaume-Forest sont montés aux bar­ri­cades et moins de 24 heures plus tard, soit le 13 décembre, la ministre recu­lait et modi­fiait la stra­té­gie en leur faveur. Je ne dis­cute pas ici du bien-fondé ou non de ces forums de col­la­bo­ra­tion qui pré­parent la défaite sans combat et qui visent à asso­cier les repré­sen­tants syn­di­caux aux modi­fi­ca­tions de la loi récla­mées par les employeurs.

Où est le point de vue des tra­vailleurs et des tra­vailleuses ?

Ce recul de la ministre démontre que c’est le patro­nat qui décide de l’avenir de nos retraites. D’autant plus que les muni­ci­pa­li­tés réclament une loi dès la ren­trée par­le­men­taire en février pro­chain alors qu’une pre­mière loi n’était prévue qu’au prin­temps 2014.

Bien que les direc­tions du mou­ve­ment syn­di­cal soient en accord avec le plan du gou­ver­ne­ment, une solu­tion repré­sen­tant le point de vue des tra­vailleurs et des tra­vailleuses sur la ques­tion des retraites s’impose. Nos pen­sions sou­mises aux aléas des mar­chés finan­ciers sont une véri­table catas­trophe et ce n’est pas dans le rap­port D’Amours ni dans le plan du gou­ver­ne­ment que se trouve la solu­tion.

Le temps est plus que venu pour les cen­trales syn­di­cales de sen­si­bi­li­ser, d’informer, de mobi­li­ser le mou­ve­ment ouvrier pour l’établissement d’un véri­table sys­tème de retraite, hors des mar­chés finan­ciers, acces­sible et adé­quat à toute la popu­la­tion. Cela s’appelle un sys­tème de retraite par répar­ti­tion. Un tel sys­tème existe dans plu­sieurs pays euro­péen et au Canada, la Pension de sécu­rité de la vieillesse repose déjà sur un tel sys­tème.

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