Néolibéralisme et austérité

Cette thématique sera abordée à l'université d'été du 20 au 23 août 2015

Par Mis en ligne le 11 mai 2015

Le néo­li­bé­ra­lisme est une théo­rie géné­rale sur le fonc­tion­ne­ment des socié­tés qui fait du marché la meilleure façon d’avoir des connais­sances à leur sujet. Les prix – ces signaux qui reflètent nos choix de consom­ma­tion indi­vi­duels – indi­que­raient les besoins de la société. L’importance de chaque besoin se révèle par le prix qui lui est accordé par le marché, seul pro­ces­seur d’information suf­fi­sam­ment effi­cace et décen­tra­lisé pour en faire sens. Selon le néo­li­bé­ra­lisme, il est impos­sible – pour un être humain ou un gou­ver­ne­ment – de pré­voir ce que sou­haitent les socié­tés humaines, car les indi­vi­dus qui les com­posent sont tou­jours chan­geants. Il est donc vain pour un gou­ver­ne­ment de tenter de pla­ni­fier ration­nel­le­ment l’économie, et les débats poli­tiques à ce sujet sont sans inté­rêt. Le marché est le seul accès ration­nel que nous avons à ce que veulent les humains. En somme, le néo­li­bé­ra­lisme étend à toute la société les pré­misses d’une com­pré­hen­sion limi­tée et étri­quée de la science éco­no­mique. La consé­quence poli­tique de cette pensée est la trans­for­ma­tion de l’appareil éta­tique pour qu’il réponde et s’adapte le mieux pos­sible aux demandes expri­mées sur le marché, voire qu’il se dote de mar­chés ou de struc­tures qui imitent le marché afin de rendre l’État plus per­for­mant, plus en phase avec une infor­ma­tion juste.

Le néo­li­bé­ra­lisme s’accompagne d’un dis­cours poli­tique, popu­laire depuis les années 1980, qui pro­pose de « faire le ménage », de « dégrais­ser » la machine éta­tique et d’améliorer son effi­ca­cité en s’inspirant du sec­teur privé. Si ces slo­gans poli­tiques reflètent bien les mesures néo­li­bé­rales mises en œuvre, ils sèment aussi la confu­sion à leur sujet. En effet, il est très rare que le néo­li­bé­ra­lisme mène à une dimi­nu­tion de la taille de l’État : il peut dans cer­tains cas mener à un accrois­se­ment de l’État dans cer­tains domaines au détri­ment d’autres sec­teurs. Le néo­li­bé­ra­lisme est d’abord une trans­for­ma­tion de l’État, pas une aug­men­ta­tion ou une dimi­nu­tion de sa taille. Cette théo­rie géné­rale de la société dou­blée d’un pro­gramme poli­tique concret est appa­rue dans la sphère publique il y a qua­rante ans et est deve­nue la théo­rie domi­nante sur le rôle social de l’État.

Les mesures d’austérité sont, quant à elles, une série de poli­tiques publiques où l’on demande à la popu­la­tion un effort excep­tion­nel de contri­tion pour atteindre un objec­tif pré­senté comme légi­time par les déci­deurs publics. L’austérité doit donc clai­re­ment signi­fier soit une dimi­nu­tion de ce qui est offert par l’État, soit un accrois­se­ment sub­stan­tiel de la contri­bu­tion fis­cale, soit les deux à la fois. Exemple clas­sique de mesures d’austérité : celles appli­quées lors de conflits armés. Pour sti­mu­ler l’effort de guerre, on édicte des ration­ne­ments de la consom­ma­tion, une réduc­tion des pro­grammes sociaux, des per­cep­tions fis­cales plus impor­tantes, etc. Plus récem­ment, on a jus­ti­fié des mesures d’austérité pour venir à bout de crises des finances publiques, que celles-ci soient réelles ou ima­gi­naires. Austérité et néo­li­bé­ra­lisme se coor­donnent par­fois. En effet, les tenants du néo­li­bé­ra­lisme peuvent se servir de mesures d’austérité pré­sen­tées comme indis­pen­sables au réta­blis­se­ment des finances publiques, dans le simple but d’imposer de nou­velles réformes néo­li­bé­rales, d’intensifier l’application de leur pro­gramme poli­tique. Nous croyons que c’est pré­ci­sé­ment ce qui se passe au Québec en ce moment.

[1]Extrait d’une étude de l’IRIS, Les mesures d’austérité et les femmes, février 2015.

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