Nelson Mandela : « La lutte est ma vie[1]»

Parcours du combattant

Par Mis en ligne le 15 décembre 2013

Dans le texte qui suit, nous retra­çons l’histoire de Mandela en tant que com­bat­tant de l’ANC, de 1944 jusqu’à sa der­nière incar­cé­ra­tion. L’héritage fon­da­men­tal du leader de l’ANC reste avant tout le prin­cipe de la dénon­cia­tion et de la lutte contre toute forme d’injustice. Certes trans­for­mer l’État raciste de l’apartheid consis­tait à donner à la majo­rité de la popu­la­tion noire leurs droits civiques dans une société sud-afri­caine affran­chie de l’oppression raciale, mais la lutte contre l’apartheid pre­nait aussi la forme d’une lutte de dénon­cia­tion des com­pa­gnies mul­ti­na­tio­nales atti­rées par la manne de la main-d’œuvre noire à bon marché. Mandela en était conscient. Le chemin qu’il a par­couru montre clai­re­ment que la vic­toire sur le pou­voir raciste n’était pour lui que la pre­mière pierre dans la construc­tion d’une nou­velle société en Afrique du Sud, celle basée sur une meilleure dis­tri­bu­tion des richesses et sur une véri­table éga­lité entre Noirs et Blancs.

En 1944, Mandela rejoint le Congrès natio­nal afri­cain (en anglais African National Congress, ANC), un parti poli­tique fondé en 1912, dont l’objectif est de défendre les inté­rêts de la popu­la­tion noire sud-afri­caine. Mandela ainsi que Walter Sisulu, Oliver Tambo, Anton Lembede et d’autres jeunes femmes et hommes éta­blissent la Ligue de jeu­nesse de l’ANC, une ins­tance mili­tante conçue pour orga­ni­ser des mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion et de dénon­cer le pou­voir blanc. Mandela fut élu son pre­mier Secrétaire Général.

Âgé de 26, frai­che­ment diplômé de la faculté de droit de l’université Fort Hare, il est animé d’une déter­mi­na­tion farouche de libé­rer son peuple du sen­ti­ment d’infériorité incul­qué par des nom­breuses années d’oppression. Ses jeunes cama­rades et lui se donnent pour mis­sion de gal­va­ni­ser l’ANC, « un corps de gent­le­man avec les mains propres» ; et avant tout, comme on peut le lire dans le mani­feste de la Ligue, ils veulent incar­ner l’esprit du natio­na­lisme afri­cain. Les nou­velles méthodes de pro­tes­ta­tion adop­tées tou­jours gui­dées par la phi­lo­so­phie de la non-vio­lence ne s’appuieront plus sur la dépu­ta­tion, les péti­tions et les acti­vi­tés spo­ra­diques, mais sur « l’action directe ».

À l’époque, l’Afrique du Sud se dis­tingue de l’ensemble des pays du conti­nent par son indus­trie moderne et un sys­tème socio-éco­no­mique orga­nisé et per­pé­tué par un État poli­cier et un corps armé de façon à répri­mer les luttes de la majo­rité et pro­té­ger le pou­voir, les richesses et les pri­vi­lèges de la mino­rité blanche. Le pays connait une très grande expan­sion indus­trielle au cours de la deuxième guerre mon­diale : on assiste à une aug­men­ta­tion impor­tante d’investissements étran­gers pro­fi­tant de la main d’œuvre à bon marché.

En 1948, le parti Afrikaner Nationalist prend le pou­voir et ins­ti­tue le sys­tème de l’apartheid, sous lequel les lois dras­tiques sont intro­duites pour exclure et sub­ju­guer la popu­la­tion noire. Essentiellement, trois fac­teurs sont à ana­ly­ser pour com­prendre le méca­nisme de ce sys­tème : a) la ratio­na­li­sa­tion du contrôle ségré­ga­tion­niste de la main-d’œuvre « indi­gène », l’organisation de celle-ci repose sur le contrat tem­po­raire. « Tout est mis en œuvre pour que ne viennent dans les zones blanches, pour une durée limi­tée, que des céli­ba­taires qui leur contrat rempli, reviennent immé­dia­te­ment dans leurs Réserves[2]

Les Noirs se trou­vant dans les villes, dont cer­tains s’y sont éta­blis depuis plu­sieurs géné­ra­tions, voient leurs droits pro­gres­si­ve­ment réduits. Pour se dépla­cer, on les contraint à se munir de pas­se­ports inté­rieurs, et tout un sys­tème juri­dique (décrets, arrê­tés, etc.) est mis en place de façon si sys­té­ma­tique que ce sys­tème de contrôle est devenu pour les Noirs le sym­bole même de l’oppression raciale ; b) les ter­ri­toires réser­vés aux Noirs (les Réserves deve­nues les Bantoustans) devraient assu­rer non seule­ment le coût de la repro­duc­tion de la main-d’œuvre noire mais éga­le­ment en consti­tuer l’armée des chô­meurs ; c) la mise en place des Bantoustans, des ter­ri­toires afri­cains deve­nus « indé­pen­dants » à l’intérieur même du pays et diri­gés par des élites colo­ni­sées au ser­vice de Pretoria.

Cette nou­velle réa­lité permet sur­tout de rem­pla­cer l’idéologie de « la hié­rar­chie raciale et cultu­relle Blanc/​Noir [par] une idéo­lo­gie de la dif­fé­rence basée sur les spé­ci­fi­ci­tés natio­nales. La dis­cri­mi­na­tion dont font l’objet les non-Blancs ne sera plus jus­ti­fiée par une quel­conque infé­rio­rité, mais au contraire par le souci de res­pec­ter ‘leurs liens tra­di­tion­nels et émo­tion­nels, leur propre lan­gage, leur propre culture, leur patri­moine natio­nal’[3]

Le véri­table enjeu est bien entendu tout autre : dans la réa­lité, les Bantoustans per­mettent aux élites noires d’atteindre une ascen­dance sociale qu’elles n’auraient pu réa­li­ser dans les zones blanches, mais ce rôle que le pou­voir leur attri­bue n’est pos­sible que si elles « s’engagent à exer­cer sur leur propre peuple l’ensemble des moyens de contrôle indis­pen­sables au main­tien de la supré­ma­tie de l’économie blanche…[4]».

Pendant plu­sieurs années, le régime de l’apartheid, malgré de nom­breuses contra­dic­tions internes, permet ainsi aux com­pa­gnies sud-afri­caines et étran­gères (notam­ment des com­pa­gnies amé­ri­caines, cana­diennes, fran­çaises et sur­tout bri­tan­niques) de tirer le maxi­mum de pro­fits.

C’est au cours de cette période et dans ce contexte par­ti­cu­lier que fut réa­li­sée l’éducation poli­tique de Mandela et de ses cama­rades. Grâce à leur enga­ge­ment, l’ANC adopte un pro­gramme plus mili­tant basé sur les grèves, les boy­cotts et la déso­béis­sance civile. Ce nou­veau pro­gramme est mis en œuvre de manière pré­ci­pi­tée après le mas­sacre de 18 mani­fes­tants lors de la marche du pre­mier mai 1950. Le 26 juin, l’ANC lance avec succès une jour­née de pro­tes­ta­tion natio­nale pour dénon­cer la tuerie. C’était la pre­mière fois qu’un arrêt de tra­vail fut observé sous l’obédience de l’ANC.

À partir de 1951, l’ANC construit des alliances impor­tantes avec d’autres orga­ni­sa­tions, notam­ment le Congrès Indien de l’Afrique du Sud. La lutte consiste alors à dénon­cer et à violer les lois de l’apartheid. Comme le feront de manière sys­té­ma­tique les Afro-Américains à la fin de la décen­nie et au cours des années 60, des groupes de jeunes, orga­ni­sant la Campagne de Défiance (Defiance Campaign), inves­tissent des sta­tions de trains et des bureaux de poste réser­vés uni­que­ment aux Blancs.

Des couvre-feux appli­qués seule­ment aux Noirs ne sont pas res­pec­tés ; le mou­ve­ment prend une tour­nure impor­tante quand, par soli­da­rité, des Blancs entrent dans des quar­tiers (town­ships) habi­tés par des Noirs, vio­lant ainsi la loi de la sépa­ra­tion des races pro­mul­guée par le sys­tème de l’apartheid. En tout, 8 500 per­sonnes sont arrê­tées.

Mandela, avec vingt autres lea­ders, est reconnu cou­pable d’avoir orga­nisé le mou­ve­ment. Il est condamné à neuf mois d’emprisonnement avec sursis. Sa contri­bu­tion était si impres­sion­nante dans l’organisation de la Campagne de Défiance qu’il fut élu pré­sident de l’ANC (dans la pro­vince du Transvaal). Sa popu­la­rité gran­dis­sante le fit remar­quer par le gou­ver­ne­ment : on l’interdit d’organiser des ras­sem­ble­ments et il est confiné à Johannesburg. En sep­tembre 1953, l’interdiction est pro­lon­gée pour une période de deux ans.

Cette fois-ci on lui demande éga­le­ment de se reti­rer de l’ANC. Mandela écrira plus tard fai­sant réfé­rence à cette époque : « Je me suis retrouvé res­treint et isolé des hommes, suivi par­tout par les offi­ciers de la Branche spéciale…j’étais par la loi un cri­mi­nel non pas pour ce que j’avais fait, mais pour ce que je défen­dais. »

L’interdiction frappe éga­le­ment d’autres lea­ders. Plusieurs d’entre eux sont incar­cé­rés. Pour que l’ANC puisse sur­vivre, il fal­lait déve­lop­per conti­nuel­le­ment de nou­velles méthodes et stra­té­gies. Malgré tout, Mandela conti­nue avec force de lutter contre l’apartheid : « Vaincre l’oppression, écrit-il, est la plus haute aspi­ra­tion de tous les hommes libres. »

En dépit des har­cè­le­ments, per­sé­cu­tions et l’ordre de quit­ter Johannesburg, Mandela et Oliver Tambo conti­nuent d’exercer leur métier d’avocat dans la ville. C’est l’occasion pour eux de décou­vrir les injus­tices du sys­tème : des pay­sans expro­priés, des époux dont l’acte de mariage devenu illé­gal parce que l’acte n’était pas conforme à la loi sur la sépa­ra­tion des races, les pri­sons sur­char­gées, etc.

Tout cela illus­trait la bru­ta­lité du sys­tème. Le jour de son procès his­to­rique, Mandela dira que « toute la vie d’un Africain qui pense l’amène en per­ma­nence à un conflit entre sa conscience et la loi…une loi, qui, à notre avis, est immo­rale, injuste et intolérable…nous devons pro­tes­ter contre elle, nous devons nous oppo­ser à elle, nous devons la chan­ger. »

La lutte prend une tour­nure majeure quand le Congrès du Peuple fut mis sur pied par plu­sieurs orga­ni­sa­tions anti-apar­theid, dont les plus impor­tantes furent l’ANC, le South African Indian Congress, le South Congress of Democrats. L’objectif du Congrès est de per­mettre aux ouvriers, étu­diants, syn­di­ca­listes et pay­sans de prendre posi­tion sur la situa­tion en Afrique du Sud. Leurs demandes sont inclues dans la Charte de la liberté, et le 26 juin 1955 à Kliptown (situé à 17km de Johannesburg) trois mille per­sonnes adoptent la Charte comme la poli­tique offi­cielle du Congrès.

À tra­vers la Charte, le mou­ve­ment conso­lide son unité idéo­lo­gique et déve­loppe une vision com­mune de l’avenir du pays. En par­ti­cu­lier, la Charte met l’accent sur le fait que « le Sud Afrique appar­tient à tous ses citoyens, Noirs et Blancs ». Il s’agit avant tout de dépas­ser l’idéologie raciste du pou­voir, de la com­battre par tous les moyens et d’inscrire dans la lutte anti-apar­theid une doc­trine inclu­sive, où les com­bat­tants, Blancs et non-Blancs, pour une nou­velle Sud Afrique, pou­vaient se recon­naitre.

Dans une série de publi­ca­tions, Mandela dénonce et attaque l’éducation ban­toue et la ségré­ga­tion uni­ver­si­taire. Parallèlement, il met sur pied en col­la­bo­ra­tion avec ses cama­rades des cel­lules au niveau des orga­ni­sa­tions de base à partir des­quelles on pou­vait passer des direc­tives sans la néces­sité d’organiser des ras­sem­ble­ments. Cette méthode ren­for­çait struc­tu­rel­le­ment l’ANC et consti­tuait un élé­ment impor­tant de décen­tra­li­sa­tion.

Face à ce mou­ve­ment uni­taire et ce mili­tan­tisme de plus en plus impor­tant, l’État ségré­ga­tion­niste passa à l’offensive. Le 5 décembre 1956, Mandela, le chef Lutili (pré­sident géné­ral de l’ANC), Oliver Tambo et Walter Sisulu sont arrê­tés et accu­sés de tra­hi­son. Au terme d’un procès hou­leux, cepen­dant, tous les accu­sés sont acquit­tés après que le pou­voir ait échoué de prou­ver que le mou­ve­ment était infil­tré de com­mu­nistes et vou­lait ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment par la force.

En 1958, Mandela épouse Nomzamo Winnie Madikizela venue du Trankei pour étu­dier à Johannesburg. Winnie embrassa avec un excep­tion­nel cou­rage et une convic­tion inébran­lable, la lutte anti-apar­theid. Pendant plu­sieurs années, le couple devient le sym­bole de la résis­tance contre le pou­voir raciste.

En 1960, une série d’événements allèrent bou­le­ver­ser l’échiquier poli­tique sud-afri­cain. L’ONU pro­clame 1960 l’année de l’Afrique et recon­nait le prin­cipe uni­ver­sel de l’indépendance afri­caine après des décades de domi­na­tion colo­niale. En Afrique du Sud, la police tire sur une foule qui mar­chait paci­fi­que­ment à Sharpeville, tuant 69 per­sonnes et bles­sant 176.

Ce der­nier évè­ne­ment crée un véri­table outrage à tra­vers le monde et des mani­fes­ta­tions mas­sives sont orga­ni­sées à tra­vers la pla­nète. Pretoria déclare l’état d’urgence et pro­cède à l’arrestation de plus de 20 000 per­sonnes, dont Mandela. L’ANC fut déclaré hors la loi. Quelques mois après le mas­sacre de Sharpeville, les déte­nus sont gra­duel­le­ment relâ­chés, et, pour la pre­mière fois en neuf ans, Mandela pou­vait parler et orga­ni­ser libre­ment.

Voulant briser tout lien ins­ti­tu­tion­nel avec la Grande Bretagne, le Sud Afrique devient au cours de l’année 1961 une répu­blique, plus pré­ci­sé­ment une répu­blique blanche où les Noirs ne sont tou­jours pas recon­nus comme citoyens. Pour pro­tes­ter contre cet état de fait, 1 400 délé­gués afri­cains, venant de toutes les par­ties du pays, orga­nisent une confé­rence à Pietermaritzburg (capi­tale de la pro­vince du Kwazulu-Natal), l’objectif étant de dénon­cer le nouvel État sud-afri­cain dans sa volonté de conti­nuer à nier aux Noirs leurs droits civiques. La foule fut élec­tri­sée lorsque Mandela pro­nonça le dis­cours d’ouverture.

Inspirés par son cou­rage et sa déter­mi­na­tion, les par­ti­ci­pants l’élurent pour diri­ger les pro­tes­ta­tions et effec­tuer des reven­di­ca­tions afin d’établir non pas une répu­blique blanche, mais une nou­velle union de tous les Sud-Africains, une Convention natio­nale. Il était prévu de déclen­cher une grève géné­rale si le gou­ver­ne­ment n’obtempérait pas à ces demandes.

La réac­tion du pou­voir fut de déclen­cher une nou­velle vague de répres­sion. Mandela prit le maquis. Sa vie dans la clan­des­ti­nité ne fut pas de tout repos. Il explique dans une lettre que sa vie clan­des­tine reste pour lui le seul choix pos­sible, malgré les dif­fi­cul­tés et les souf­frances que cette exis­tence implique. « J’ai dû me sépa­rer, écrit-il, de ma chère épouse et de mes enfants, de ma mère et de mes sœurs pour vivre comme un hors la loi sur ma propre terre. J’ai dû aban­don­ner ma pro­fes­sion et vivre dans la pau­vreté et la misère, comme plu­sieurs de mes concitoyens…La lutte, conclut-il, est ma vie ».

Mandela écri­vit non seule­ment au Premier ministre, mais au leader de l’opposition pour défendre l’idée de la néces­sité d’organiser la Convention natio­nale. Celle-ci, indi­qua-t-il, doit être réa­li­sée avant le 31 mai 1961, sinon une grève géné­rale écla­tera le 29. Et il ajoute : « nous ne serons pas dis­sua­dés par les menaces et par la vio­lence venant de vous et de votre gou­ver­ne­ment. »

Les arres­ta­tions mas­sives de mili­tants radi­caux (de toutes les races) et, de façon arbi­traire, de mil­liers de Noirs qui s’en sui­virent illus­trèrent une fois de plus la volonté du gou­ver­ne­ment d’écraser tout mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion et son refus de dia­lo­guer avec toute orga­ni­sa­tion qui remet­tait en ques­tion les lois racistes de l’apartheid. De la clan­des­ti­nité, Mandela mul­ti­plie les décla­ra­tions et donne même des entre­tiens aux jour­na­listes.

Le 29 mai, le mot d’ordre de la grève fut res­pecté à 60% à Johannesburg et à 75% à Port Elizabeth, malgré les menaces d’arrestation. L’ampleur de la lutte et ses réper­cu­tions inter­na­tio­nales, le cha­risme et la farouche déter­mi­na­tion de Mandela à dénon­cer l’État raciste fai­saient de lui le leader incon­testé du mou­ve­ment anti-apar­theid. L’isolement poli­tique du régime s’accentuait et les appels au boy­cott de com­pa­gnies qui inves­tis­saient dans le pays étaient deve­nus de plus en plus nom­breux.

Toutefois, les stra­té­gies de lutte s’inspirant de la doc­trine de la non-vio­lence deve­naient à la fin des années 1961 inopé­rantes. Face à la bru­ta­lité du régime et du sou­tien qu’il conti­nuait de rece­voir des puis­sances occi­den­tales, il devint clair aux lea­ders de l’ANC que l’avenir du mou­ve­ment passa par l’organisation de la lutte armée. C’est ainsi que fut mis sur pied Umkhonto we Sizwe (fer de lance de la nation), le bras armé du mou­ve­ment. L’objectif immé­diat est le sabo­tage des ins­ti­tu­tions gou­ver­ne­men­tales.

Mandela explique, dans le mani­feste de Umkhonto, que le temps était venu où deux choix s’offraient aux mili­tants : soit de se sou­mettre soit de com­battre. Pour Mandela la lutte armée deve­nait incon­tour­nable. Au cours de sa clan­des­ti­nité, il se rendit à l’étranger et ren­con­tra des chefs d’état afri­cains ainsi que plu­sieurs lea­ders poli­tiques à Londres et en Algérie.

Après dix-sept mois dans le maquis, Mandela fut cap­turé dans la pro­vince du Natal le 5 août 1962. On le condamna à cinq ans de tra­vaux forcés. Le mou­ve­ment de libé­ra­tion subit peu de temps après un sérieux revers : Walter Sisulu et d’autres lea­ders furent appré­hen­dés un an après l’arrestation de Mandela. Tous les prin­ci­paux diri­geants de l’ANC furent condam­nés à la prison à vie.

Mais ce procès fut pour eux une occa­sion pour faire entendre à la nation et au monde leurs doléances ; ils le trans­for­mèrent en un procès poli­tique. Comme l’explique Joel Joffe, leur avocat, « Ils étaient déter­mi­nés à expri­mer fiè­re­ment leurs idéaux» ; le tri­bu­nal était devenu pour eux une pla­te­forme où ils devaient cla­ri­fier leurs posi­tions par rap­port au pro­blème cen­tral de la société sud-afri­caine : le sys­tème de l’apartheid. Le dis­cours que Mandela pro­nonça ce jour-là résonna à tra­vers le monde avec une puis­sance inéga­lée.



[1] Toutes les infor­ma­tions citées dans le texte (sauf indi­qué autre­ment) sont tirées du livre :Nelson Mandela, The struggle is my life, Pathfinder Press, New York 1990.

[2] René Lefort, L’Afrique du Sud. Histoire d’une crise. François Maspero, Paris, 1977

[3] Ibid. p.51

[4] Ibid.

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