Ne pas tomber dans le panneau du vote stratégique

Pour un progressiste souverainiste, voter stratégique c’est se leurrer

Par Mis en ligne le 19 juillet 2012

« Votez stra­té­gique, votez utile ». C’est la ritour­nelle que les pro­pa­gan­distes péquistes res­sassent à chaque élec­tion à l’intention des élec­teurs, issus de la mou­vance pro­gres­siste sou­ve­rai­niste, en désac­cord avec l’orientation néo­li­bé­rale qu’a adop­tée cette for­ma­tion depuis le début des années 1980. Cette tac­tique, pour­tant éculée, a eu du succès jusqu’ici. On estime notam­ment qu’elle a ravi des mil­liers de votes à Québec soli­daire lors des scru­tins de 2007 et 2008. Et la même his­toire risque de se répé­ter lors des pro­chaines élec­tions.

On sait que cette ano­ma­lie démo­cra­tique est causée par le mode de scru­tin majo­ri­taire dont l’Angleterre a doté sa colo­nie cana­dienne au 18e siècle et qui n’a pas été modi­fié depuis. En accor­dant la vic­toire au can­di­dat qui a le plus de suf­frages, ce sys­tème fait en sorte que seuls les votes des élec­teurs ayant appuyé ce der­nier comptent contrai­re­ment à la repré­sen­ta­tion pro­por­tion­nelle où chaque vote compte per­met­tant ainsi à toutes les for­ma­tions de faire le plein de leurs appuis élec­to­raux.

Les élec­teurs pro­gres­sistes sou­ve­rai­nistes, tour­men­tés entre leurs convic­tions et leur aver­sion pour le gou­ver­ne­ment Charest, devraient, à mon avis, tenir compte avant tout de la réa­lité sui­vante : les poli­tiques néo­li­bé­rales mises de l’avant par les gou­ver­ne­ments péquistes et libé­raux, ainsi que le pro­gramme actuel des deux partis, sont de même nature. Ainsi, les gou­ver­ne­ments Bouchard et Landry ont mis la table pour le gou­ver­ne­ment Charest dans plu­sieurs domaines notam­ment par la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics ; le culte voué au défi­cit zéro ; les cou­pures mas­sives dans la santé. l’éducation et l’environnement ; les cou­pures dans l’assistance sociale ; l’adoption de lois anti­syn­di­cales, la réduc­tion de l’impôt pour les reve­nus élevés. Sur le plan de l’éthique, par ailleurs, la com­mis­sion Charbonneau démon­trera que le PQ est loin d’être blanc comme neige en matière de finan­ce­ment.

Depuis des décen­nies, le Québec est gou­verné par des partis tra­di­tion­nels défen­dant en prio­rité les inté­rêts de classe de l’establishment finan­cier qui domine l’économie mon­diale au détri­ment de la grande majo­rité de sa popu­la­tion. Il est urgent que les pro­gres­sistes sou­ve­rai­nistes donnent un coup de barre pour chan­ger cette situa­tion néfaste. Ils se leur­re­raient en accor­dant leur appui à un parti qui n’a pas res­pecté plu­sieurs de ses enga­ge­ments impor­tants alors qu’il était au pou­voir. Un gou­ver­ne­ment qui n’a jamais voulu, par exemple, implan­ter un scru­tin pro­por­tion­nel malgré les efforts déployés par René Lévesque et malgré l’engagement contenu dans le pro­gramme du parti de 1970 à 2111. La raison est simple quoique cynique : garder cap­tive la mou­vance pro­gres­siste pour conser­ver son hégé­mo­nie sur le mou­ve­ment sou­ve­rai­niste.

Paul Cliche, Montréal, 16 juillet 2012

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