Ne pas oublier le « socialisme » dans l’écosocialisme

Mis en ligne le 13 mai 2010

Par Pierre Beaudet

Un débat orga­nisé par les NCS avec l’appui de Masse Critique et d’Alternatives a permis des échanges riches et inté­res­sants plus tôt cette semaine. Les nom­breux par­ti­ci­pants et par­ti­ci­pantes ont com­pris que la tâche de redé­fi­nir un pro­gramme de trans­for­ma­tion pour le 21e siècle était gigan­tesque et allait bien au-delà de cer­tains slo­gans et espoirs.

Certes la côte est d’autant plus haute à remon­ter que pen­dant des décen­nies, les mou­ve­ments de gauche et les orga­ni­sa­tions popu­laires qui ont lutté pour la jus­tice sociale et la démo­cra­tie ont négligé la ques­tion envi­ron­ne­men­tale. En fin de compte, pré­do­mi­nait plus ou moins sub­ti­le­ment la croyance que le socia­lisme allait régler les pro­blèmes en trans­for­mant l’œuvre de crois­sance éco­no­mique amor­cée par le capi­ta­lisme. Les socia­listes allaient une fois rendus au pou­voir redis­tri­buer les richesses et amé­lio­rer la ges­tion éco­no­mique, pen­sait-on. Derrière cette vision opti­miste sub­sis­tait la foi dans le pro­grès, la science et la moder­nité, héri­tée des Lumières durant la période ascen­dante de la bour­geoi­sie.

Bien des pré­cur­seurs, éco­lo­gistes avant la lettre, nous avaient cepen­dant mis en garde, à com­men­cer par Karl Marx lui-même qui crai­gnait la capa­cité révo­lu­tion­naire du capi­ta­lisme à tout éli­mi­ner y com­pris le tra­vail vivant et la nature.

Aujourd’hui, les illu­sions du passé ne sont plus très pré­sentes. Tant la crise éco­lo­gique est recon­nue par à peu près tout le monde, sauf Stephen Harper. L’écologie a la cote, dans toutes sortes de ver­sions, y com­pris à droite, sous la ban­nière du « green capi­ta­lism», qui consiste à ramieu­ter les pro­ces­sus de pro­duc­tion et à faire payer la note de l’effroyable gâchis créé par le capi­ta­lisme débridé aux vic­times, notam­ment les classes popu­laires.

À gauche, la ques­tion envi­ron­ne­men­tale est deve­nue très impor­tante éga­le­ment, en rup­ture avec un ancien socia­lisme « réel­le­ment exis­tant ». On essaie de penser, à l’échelle micro comme à l’échelle macro, des alter­na­tives en matière de déve­lop­pe­ment humain qui permet de pro­té­ger les condi­tions natu­relles.

Tant mieux.

Cependant, il reste impor­tant de ne pas mettre de côté les « bon vieux » objec­tifs de la lutte pour l’émancipation. Dans le sud, ces objec­tifs incluent des « bana­li­tés » comme le droit de manger, que le capi­ta­lisme dénie à envi­ron un mil­liard d’humains. Dans le nord, les couches popu­laires ont besoin d’une relance éco­no­mique qui garan­tit des reve­nus et des emplois dignes, et non les « mac­jobs » qui conti­nuent de prendre beau­coup de place.

Il faut donc agir avec un cer­tain dis­cer­ne­ment. Personne ne peut être contre la vertu, mais il faut récon­ci­lier la lutte éco­lo­gique avec la lutte sociale, et cela ne peut se faire de manière uni­la­té­rale. Par exemple dans plu­sieurs régions du Québec, l’avenir n’est pas dans une trans­for­ma­tion à la Disneyland, où tout doit deve­nir un parc vert. Il y a des res­sources et celles-ci doivent être har­na­chées d’une manière res­pon­sable, y com­pris l’hydro-électricité, la forêt, l’agriculture. Ce n’est pas à cer­tains écolos de droite bien pro­té­gés des centres-villes de déci­der ce qu’il faut faire dans les com­mu­nau­tés, mais à celles-ci, en toute connais­sance de cause. Si la gauche fait bien son tra­vail, ces com­mu­nau­tés seront équi­pées pour faire la rup­ture avec les « modèles » impo­sées par le capi­ta­lisme sur le monde de la coupe à blanc et de l’exploitation éhon­tée des res­sources.

Le capi­ta­lisme peut sur­vivre à la crise éco­lo­gique, en la repor­tant sur les plus vul­né­rables à qui on va deman­der de se serrer la cein­ture davan­tage. Le projet éco­so­cia­liste est de l’autre côté de la bar­ri­cade. Nous ferons face à la crise éco­lo­gique en leur fai­sant payer leurs dégâts, et en posant les jalons pour une autre approche.

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