Égalité des femmes

Nations Unies : le gouvernement Harper est fustigé par les déléguées de l’AFPC

Par Mis en ligne le 24 mars 2011

Au cours des deux der­nières semaines, une délé­ga­tion de l’AFPC a assisté aux tra­vaux de la Commission des Nations Unies sur la condi­tion de la femme, à New York. De concert avec d’autres syn­di­ca­listes du monde entier, les repré­sen­tantes de l’AFPC ont dénoncé les poli­tiques sexistes du gou­ver­ne­ment Harper.

Chaque année, la Commission se réunit à New York autour d’un thème précis et convient d’un train de mesures que les gou­ver­ne­ments et d’autres orga­nismes devraient mettre en œuvre pour éli­mi­ner l’inégalité entre les femmes et les hommes.

Le thème retenu cette année est : « L’accès et la par­ti­ci­pa­tion des femmes et des filles à l’éducation, à la for­ma­tion, à la science et à la tech­no­lo­gie, y com­pris pour la pro­mo­tion de l’égalité d’accès au plein-emploi et à un tra­vail décent ».

En matière d’éducation, les Canadiennes ont certes fait des pro­grès, mais il reste qu’elles ne repré­sentent que 11 % des ins­crip­tions aux pro­grammes d’apprentissage de métiers spé­cia­li­sés. Dans les sec­teurs à pré­do­mi­nance mas­cu­line, par exemple la construc­tion, les femmes sont encore sous-repré­sen­tées. Or, ce sont jus­te­ment ces sec­teurs qui ont béné­fi­cié des lar­gesses du plan de relance éco­no­mique fédé­ral.

L’accès à l’éducation est un enjeu impor­tant, par­ti­cu­liè­re­ment en ce qui concerne les enfants autoch­tones. Dans les réserves, les écoles finan­cées par le fédé­ral touchent de 25 à 50 % de moins, par élève, que les écoles finan­cées par les gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux. À Attawapiskat, par exemple, la situa­tion est grave : l’école est ins­tal­lée dans des mai­sons mobiles sta­tion­nées sur un ter­rain conta­miné. Il n’est donc guère sur­pre­nant que, dans ces condi­tions, seuls 3 jeunes sur 10 finissent leur secon­daire.

La Commission s’est aussi pen­chée sur le constat sui­vant : à elle seule, l’éducation ne suffit pas pour réa­li­ser l’égalité des femmes sur le marché du tra­vail. Au Canada, par exemple, les femmes consti­tuent 60 % de la main-d’œuvre à salaire mini­mum et occupent la majo­rité des emplois à temps par­tiel, tem­po­raires et pré­caires. En fait, 38 % des Canadiennes touchent un salaire si bas qu’elles sont exemp­tées d’impôt sur le revenu et ne béné­fi­cient donc pas des réduc­tions d’impôt.

Le 24 février 2011, Rona Ambrose, ministre de Condition fémi­nine Canada, a pré­senté la posi­tion du gou­ver­ne­ment cana­dien devant la Commission. Elle a vanté l’initiative fédé­rale sur la santé mater­nelle et infan­tile, mais a passé sous silence le fait que le gou­ver­ne­ment refuse désor­mais de finan­cer l’avortement dans les pays en déve­lop­pe­ment.

Elle a éga­le­ment men­tionné « la toute pre­mière stra­té­gie des­ti­née à enrayer les dis­pa­ri­tions et meurtres de femmes autoch­tones au Canada. » Le gou­ver­ne­ment a effec­ti­ve­ment annoncé récem­ment qu’il finan­cera des ini­tia­tives pour régler ce pro­blème. Il a tou­te­fois pré­cisé que l’argent est des­tiné aux pro­jets de la GRC et du minis­tère de la Justice, pas à des ini­tia­tives conçues par des groupes autoch­tones. D’ailleurs, plu­sieurs orga­nismes ont dénoncé le fait que le gou­ver­ne­ment cesse de finan­cer la cam­pagne Sœurs par l’esprit et ne se soit pas doté d’un plan d’action concerté pour mettre fin à la vio­lence faite aux femmes autoch­tones.

La ministre Ambrose a annoncé que le Canada allait lancer un appel à l’action pour mettre un terme à la vio­lence per­pé­trée au nom de l’honneur et autres « pra­tiques cultu­relles bar­bares des com­mu­nau­tés eth­niques ». Elle a omis de men­tion­ner qu’il n’y a pas plus de vio­lence faite aux femmes dans les com­mu­nau­tés immi­grantes que dans les autres familles cana­diennes et qu’il n’y a eu que 13 meurtres d’honneur au Canada entre 2002 et 2009.

Par contre, il y a eu 4 836 homi­cides ; dont 967 homi­cides conju­gaux, la majo­rité des vic­times étant des femmes. Autrement dit, au cours de la même période, 800 Canadiennes ont perdu la vie aux mains de leur conjoint. Si le gou­ver­ne­ment avait véri­ta­ble­ment l’intention de mettre fin à la vio­lence faite aux femmes, il concen­tre­rait ses efforts sur tous les homi­cides conju­gaux, pas seule­ment sur ceux qui sont commis au sein de com­mu­nau­tés par­ti­cu­lières. Il s’engagerait éga­le­ment à pré­ser­ver le registre des armes à feu qui, on le sait, réduit l’incidence de crimes vio­lents.

N’est-il pas iro­nique qu’à la veille de la réunion de la Commission, le gou­ver­ne­ment fédé­ral ait rejeté une pro­po­si­tion de la Fédération cana­dienne des ensei­gnantes et des ensei­gnants visant à former du per­son­nel ensei­gnant dans plu­sieurs pays afri­cains et en Inde. Cette semaine, des cen­taines de femmes de par­tout au monde ont signé une péti­tion inci­tant le Canada à ne pas aban­don­ner son rôle de défen­seur de l’éducation et de bâtis­seur de la paix.

Le gou­ver­ne­ment doit faire marche arrière et aban­don­ner ses poli­tiques rétro­grades. Nous insis­tons pour qu’il res­pecte et défende les droits des femmes.

Pour plus d’informations, consul­tez le blogue de la délé­ga­tion syn­di­cale. (En anglais seule­ment.)

Date de modi­fi­ca­tion : 2011/03/03

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